‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 99 sur 124 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

.RALLÈLE DE L*HOMME ET DE LA FEMME. — QUALITÉS DISTINCTIVES DE LA FEMME

Qu'est-ce qu'une femme ' ? Cette question est déjà le réponse. On ne demande pas : Qu'est-ce qu'un

] . Sans parler de Tadmirablc chapitre de Rousseau dans V Emile, il élé écrit, au point de vue philosophique et nioral, bien des pages r la nature intime des femmes ; mais nous recommandons à nos steurs le fragment de Daniel Stem dans les Esquisses morales (Iroijme édition , chez Techener). On y trouve une finesse et une force observation, une émotion pathétique, comme par exemple dans le ssage sur la maternité, qui nous semblent dignes des plus éminents nseurt.

homme ? L'histoire du passé et du présent le définissent. Dès le premier jour du monde, son rôle dans la civilisation et dans la vie a été marqué d'un caractère évident, et dès ce premier jour aussi la femme a porté sur son front, mystère. Elle est donc autre chose que nous, puisqu'elle l'était en naissant ; c'est cette autre chose qu'il faut mettre en lumière.

Le premier coup d'œil ne révèle à la réflexion que la similitude de ces deux êtres. La femme, ainsi que l'homme, a une âme immortelle. Comme lui, elle possède les dons de l'intelligence , du corps et du cœur ; à elle aussi bien qu'à lui appartiennent le sentiment du bien, le sentiment du beau et le sentiment religieux. Où donc réside la différence ? Est-ce que toutes ces facultés se rencontrent, en effet, chez la femme, mais plus faibles ? ou plutôt ne serait-ce pas que le partage, inégal pour tous les deux, laisse la supériorité à l'homme sur quelques points, et fait dominer la femme sur quelques autres ? Tout le problème porte sur cet objet. La première supposition, en effet, proclame sans appel l'infériorité féminine ; mais si la vérité se trouve dans la seconde hypothèse, la cause de l'égalité peut entrer en lice et avoir ses chances de vaincre. Le long asservissement de la femme ne constate lui-même qu'une chose, c'est que le monde jusqu'ici a eu plus besoin des qualités dominantes de l'homme, et que son heure, à elle, n'était pas venue encore. Or, de ce qu'elle n'est pas venue, on ne peut pas conclure qu'elle ne doit pas venir. Combien de siècles a-t-il fallu pour produire cette simple maxime de bon sens : Tous les Français sont égaux devant la loi 1 Le tardif avènement d'une idée, loin de prouver son inutilité ou son injustice.» plaide donc sour

vent pour sa grandeur-; les principe» de liberté, de charité, de fraternité, sont tous des principes modernes, et la femme vaut d'autant plus peuMtre que sa cause n'a pas encore triomphé.

Ainsi, tentons ce parallèle, et commençons par Texamen du corps. Un Mi important nous frappe dès Tabord chez les animaux : la supériorité de force, de beauté, de santé, se trouve tantôt chez le mâle, tantôt chez la femelle. Si la lionne doit envier au lion sa formidable queue et sa royale crinière ; si Tétalon l'emporte en force sur la cavale ; si le taureau étale sur son front puissant et sur son large cou les titres de sa suzeraineté nato^ relie, la famille presque entière des oiseaux de proie nous montre les femelles supérieures aux mftles psor l'énergie musculaire et la grandeur de la taille. La femelle du faucon est plus grosse que le mâle ; la femelle de l'aigle est plus forte que le mâle. Parmi les insectes, les fomrmis, les araignées, maintiennent ce fait de la su^ périorité féminine. Dans les espèces mêmes chez qui le m|ile a la force en partage, cette supéri<»rité ne va jamais jusqu'à la domination ; il n'y a point> que je sache, de seigneur et maître dans les ménages d'animaux, ou plutôt il en existe dans une seule classe, et là, c'est la femelle qui est le seigneur ; les ruches d'abeilles nous offrent le curieux spectacle de pères dominés, nourris, chassés et tués par les mères.

Entre ces modèles différents, lequel Dieu a-t-il choisi pour y conformer la race humaine? Aucun et tous. Chez nulle autre espèce, la prédominance de la force masculine n'est plus marquée, mais chez nulle autre non plus la grâce et la beauté n'appartiennent plus exclusivement au sexe faible.

Le corps, en eflTet, est un instrument, — une parure, — un interprète.

Comme instrument, l'organisme masculin l'emporte évidemment sur celui de la femme. Les jambes de rhomme, plus vigoureuses, le transportent plus loin el plus vite ; ses bras musculeux soulèvent et supportent des poids plus lourds; sa poitrine rend des sons plus puissants, et son estomac, consommateur plus énergique, renouvelle mieux ses forces. Mais si nous considérons le corps comme parure et comme interprète, la comparaison donne tout l'avantage aux femmes. Un beau visage de femme semble l'ouvrage le plus achevé de la création. La personne de la femme est, si l'on peut parler ainsi, mille fois plus éloquente, plus douée de la parole que celle de l'homme. La physionomie masculine, le geste masculin, ont certes une singulière énergie d'expression et d'accent ; mais ils représentent la langue française, langue précise, forte et bordée. La personne de la femme, au contraire, rappelle la langue grecque ; elle dit tout. Instrument merveilleux de souplesse, de richesse, de variété, elle se prête à toutes les nuances. L'homme a dix regards, la femme en a cent; l'homme a un sourire, la femme en a mille. La voix surtout, la voix sonore mais grossière chez nous, abonde chez la femme en demi-tons, en quarts de tons qui reproduisent comme autant d'échos toutes les vibrations du cœur et de la pensée.

Ainsi, relativement au corps, l'homme l'emporte dans ce que le corps a de plus puissant ; la femme dans ce qu'il a de plus délicat. Ici donc égalité dans la différence.

Passons à l'examen de leur être spirituel.

Un premier objet s'offre à notre analyse, Tintelligence, c'est-à-dire la raison avec ses sévères attributs, et rimagination avec son riant et mobile cortège.

Parlerons -nous d'abord de cette raison pratique et d'usage journalier qui consiste dans la disposition bien entendue de la vie ordinaire, et dont l'esprit d'ordre, la prévoyance dans le gouvernement intérieur, l'art d'accorder la richesse et la dépense domestiques, sont autant de dépendances nécessaires? La définir, c'est la désigner comme l'apanage naturel des femmes. On peut même conclure de là que les femmes, si elles y étaient préparées par une éducation convenable , apporteraient dans l'administration des revenus, dans la conduite des affaires privées, une prudence de détail et tme précaution minutieuse qu'exclut souventla vigueur de l'esprit masculin. L'homme est un meilleur spéculateur que la femme, la femme est un meilleur homme d'affaires que l'homme; l'un sait mieux gagner, l'autre mieux conserver la fortune. Ici donc, en core, égalité dans la différence et nécessité dans l'association.

La raison est aussi cette justesse d'esprit qui, dans les circonstances difficiles, nous fait choisir le parti le plus sage. L'homme et la femme y montrent des qualités et des ^défauts tout opposés : l'homme se laisse plus conduire par le calcul et l'intérêt personnel ; la femme par la passion et le sentiment ; l'un juge d'instinct, l'autre par réflexion ; il voit le vrai, elle le sent. Demandez un conseil à une femme, sa réponse jaillira subitement par un oui ou un non, comme une étincelle au choc d'un caillou; mais ne la forcez pas à vous analyser les motifs de son avis^ peut-êtxe ^V\a \s^

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ignore , peut-être ne trouverait-elle que de mauvaises raisons à vou$ donner, et cependant elle a raison. Peu accoutumée à rexercice sévère de la logique, peu prq)r6 ptr sa nature à la déduction rigoureuse des idées, elle n'est sensée que par inspiration^ comme on est poète. L'homme, au contraire, a pour premier fondement de son bon sens la réflexion : conseiller sûr, mais plus l^it, il a besoin, pour vous éclairer, de s'éclairer d'abord lui-même; il lui faut la mise en regard du pour et du contre, il n'a raison qu'à force de raisonnements.

Lequel de ces deux bons sens l'emporte sur l'autre? Ni l'un ni l'autre. Séparez-les, ils se valent; unissez-les, ils se décuplent

De la raison dépend encore cette faculté qui nous sert à connaître les autres et à nous connaître nousmême. La connaissance des autres a deux objets, les hommes et l'homme, l'individu et l'espèce. La pénétration féminine est sans égale pour juger les individus. Les moindres mouvements du cœur, les ridicules les plus cachés, les pénétrations les plus secrètes lui sont visibles comme des faits extérieurs. Tout le système de défense et de domination des femmes se fonde sur cette connaissance, et elle est si profonde, qu'elle leur suffit souvent pour contre-balancer l'empire des lois et des coutumes. C'est armée de cette science toute-puissante, que l'épouse parvient quelquefois à s'affranchir, que la coquette gouverne; c'est appuyée sur cette ancre flottante, et cependant inébranlable, que Célimène ose dire à Âlceste son sublime : « Il ne me plaU pas, inoi I » Mais là se borne la sagacité féminine. La femme connaît admirablement

es hommes qu'elle connaît ; elle ne connaît pas .'homme ; rien ne lui échappe dans TindiTidu, presque tout lui est obscur dans l'espèce. S'il s'agit donc de s'élever à la généralisation des idées de détail, s'il faut en tirer ou les lois philosophiques de l'âme humaine, ou l'exposition scientifique de nos facultés, ou encore la science des grands mouvements d'une masse, d'une nation, d'une assemblée, la femme s'efface, et l'homme apparaît. Le monde des faits est trop présent à la femme pour ne pas lui dérober le monde des idées. Rien ne le prouve plus nettement que sa manière de se connaître elle-même. Les femmes possèdent une conscience incroyable de leurs sentiments et même de leurs physionomies. Grâce à cette sensibilité électrique qui s'impressionne de l'imperceptible, elles trouvent le temps de sentir mille fois plus que nous, et de sentir qu'elles sentent : tout le manège de la coquetterie, la science des regards, des inflexions de voix, des gestes, nous montrent dans la femme un être qui assiste à sa vie jusque dans les moindres détails. On dirait qu'un miroir invisible pour tous la réfléchit toujours à ses propres yeux, et cependant le yvwflt «auT&v, dans son large sens philosophique, lui est étranger. Elle ne se possède pas scientifiquement; elle ne peut pas se définir, n en doit être ainsi ; le génie de l'analyse exclut presque toujours celui de la synthèse. L'intelligence humaine est si imparfaite dans sa grandeur même, que sa supériorité lui sert souvent de borne. L'illustre Geoffroy Saint-Hilaire était l'héritier de Buffon par la largeur de se* vues synthétiques et sa puissante compréhension des lois générales de la nature ; aussi ne pouvait-il que difficilement atteindre k cette %\àfcT\efc ^\vi^>s«r

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des faits de détail où brillait le génie analytique de Cuvier; c'est ce qu'il exprimait par un mot charmant et profond. « Chose singulière! disait-il avec sa naïveté d'homme supérieur, quand, M. Guvier et moi, nous nous promenons dans la galerie des singes, il voit mille singes, moi, je n'en vois qu'un. » A l'un le génie de l'individuel, à l'autre celui de l'ensemble : c'est l'histoire de l'homme et de la femme.

Nous comprenons par là que les systèmes métaphysiques, les abstractions, les idées générales et politiques de patrie, d'égalité, doivent être indifférentes ou étrangères aux femmes. Il n'est qu'un moyen de les introduire dans leur intelligence, c'est de les faire passer par leur cœur ; dépeignez aux femmes toutes les souffrances qui naissent pour Ico individus de l'inégalité sociale, et alors, mais seulement alors, elles se passionnent pour les droits de V homme : ce qui est pour nous la justice est pour elles la charité. Ainsi de l'idée de Dieu. Pour les hommes. Dieu est quelque chose; pour les femmes, c'est quelqu'un; nous l'expliquons, nous le commentons, nous le créons quelquefois; elles, elles l'aiment. La femme peut donc, dans les idées complètement abstraites, s'élever par l'étude jusqu'à la raison qui comprend, rarement jusqu'à la raison qui crée. Aucune découverte mathématique, aucune théorie métaphysique n'est due à une femme. En Grèce, où les disciples féminins se pressaient si ardemment autour des grandes écoles de philosophie ; où Pythagore comptait tout un peuple de femmes parmi ses adeptes, pas un système philosophique n'est sorti de la tête d'une femme. Intelligentes comme interprètes , passionnées comme sectatrices, leur puissance s'arrêtait et s'est tou-

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jours arrêtée là où la création commence. Notre siècle nous en offre un exemple éclatant. Une femme s*est rencontrée parmi nous que la nature a dotée d'une plume et d'un caractère virils ; toutes les qualités qui font, ce semble, le philosophe, Tamour des idées générales, le mépris des préjugés, le sentiment de la dignité humaine, elle les possède. Indignée contre les esclavages de toute sorte, contre celui de l'ouvrier et contre celui du pauvre, aussi bien que contre celui de l'épouse, sa pitié sympathique et réformatrice s'est émue de tous les problèmes^ sociaux et humains. A-t-elle produit une doctrine ? Non. Même dans son rôle de romancier socialiste, elle est restée femme, c'est-à-dire écho, miroir , harpe éolienne ; elle a reflété successivement toutes les théories des théoriciens que le hasard ou son instinct lui faisait connaître. Derrière chacune de ses pensées il y a un penseur. Une seule chose dans ses systèmes lui est demeurée personnelle, son âme qui les sent et son style qui les exprime. Les femmes ne sont philosophes que par le cœur.

Ce souvenir nous amène naturellement à cette autre faculté de l'esprit qui a pour objet l'étude des arts, l'imagination.

Les femmes sont artistes par tempérament. Impressionnables comme l'artiste, véritables instruments de précision comme l'artiste, elles ressentent et marquent, pour ainsi dire, les plus imperceptibles variations d'atmosphère dans le domaine des sentiments. Comme l'artiste, tout ce qui brille les enivre ; comme l'artiste, le monde réel leur pèse ; et de plus que l'artiste, elles possèdent une qualité éminente. L'artiste, dans l'enthousiasme, dans i'amoui* même, Tve\o\\. c^^\d.^^\t^<

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c'est-à-dire lui. La femme , dans la gloii^ même, ne voit que l'amour, c'est-à-dire un autre. Tout semble donc l'appeler au premier rang dans les arts.

D'où vient cependant que, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, on ne cite pas une seule grande œuvre qui soit signée d'un nom de femme?

Dans la peinture et la sculpture, aucun tableau, aucun paysage, aucune statue immortelle dont l'auteur soit une femme 1

En musique, pas une symphonie, pas un opéra, pas même une sonate, je parle des chefe-d'œuvre, qui aient été composés par une femme t

Dans l'art dramatique, pas une tragédie, pas une comédie vraiment célèbre cpii soit partie de la main d'une femme t

Dans: l'épopée, même phénomène; et, à son tour, l'histoire ne compte ni un Tacite, ni un Thucydide féminin..

Comment expliquer ces faits?

Par l'insuffisance de l'éducation féminine? Sans doute c'est là une des causes qui les ont produit», mais ce n'est pas la seule, ce n'est pas même peut-être la principale. En effet, l'étude de la musique, par exemple, tient beaucoup plus de place dans la vie des femmes que dans la nôtre; la profession théâtrale est ouverte aux actrices comme aux acteurs, et cependant ni le commerce assidu des grandes œuvres harmoniques, ni le contact perpétuel avec le goût du public, qui créa en partie Molière, Shakespeare et Lesage, n'ont donné aux femmes le génie dramatique ou musical.

Il faut donc aller chercher la solution du psoblème ailleurs, c'est-à-dire dans la nature des étre»at des choses»

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même loi, il est quatre genres secondaires qui lei mettent des succès éclatants : c'est la poésie élég le roman, le style épistolaire et la causerie. Là leurs qualités sont de mise, leurs défauts devienn* qualités.

Le poète, dans la poésie élégiaque, n'est pas ui teur qui domine, c'est un esclave inspiré qui L'âme, enivrée d'elle-même ou attendrie sur elles'enthousiasme ou se raconte. Les femmes ont dans cette poésie du cœur des accents incompa Sapho n'était que la voix la plus éclatante (4) de t chœur charmant de poètes féminins dont s'enorgi sait la Grèce; et de nOs jours, oix la carrière des le rouvre pour les femmes, l'amour et l'amour mi ont rencontré en elles des interprètes moins savant peut-être plus vrais et plus profonds que dans nos poètes.

Le roman est à l'épopée et au drame ce que l'iii est à la foule. Tout ce qu'il y a de profondémeii sonnel dans chaque être, tout ce qui est vrai en et à côté de la vérité générale, la variété, l'origi l'excentricité même, composent son plus riche naturel domaine; ce qu'il cherche dans le cœur h\ ce sont les mystères. Il vit surtout par l'analyse entre les chefs-d'œuvre de l'épopée domestique, i tons-nous pas à inscrire la princesse de Clèves, Ck Adèle de Sénange, Mauprat.

Les femmes sont nos maîtres, et doivent l'être < causerie et dans le style épistolaire. Que nous rep

1 . Voyez à ce sujet dans V Encyclopédie nouvelle un excellei de M. Mongin.

lent, en effet, les lettres et les entretiens? Une improvisation; improvisation de sentiments aussi bien que de paroles. La sensation fait naître le mot; le mot à son tour fait naître la sensation ; plus la pensée a d'imprévu pour celui qui parle, de sous-entendu pour celui qui écoute, plus la causerie par.aît piquante; et le geste, le regard, l'accent venant en aide au langage, tous ces petits mondes d'idées légères s'élèventdans l'air, semblables à autant de bulles de savon, irisées et insaisissables, comme elles disparaissant quand on appuie, renaissant comme elles dès que Ton souffle encore. Ce génie appartient surtout aux femmes.

Après les artistes créateurs, viennent les artistes interprètes. Comédiens ou chanteurs, il leur faut, pour qualités premières, le talent de Fobser^^ation de détails, une flexibilité d'organes qui se prête à tous les mouvements de la pensée, et surtout cette impressionnabilité mobile, ardente, variée, qui multiplie dans une proportion presque incroyable les sensations et les signes destinés à les représenter. Aussi les femmes naissent-elles plus naturellement comédiennes que les hommes. Toutes les grandes cantatrices, Texpérience le prouve, atteignent . au degré suprême de leur talent avant vingt ans, c'est-àdire après quatre années d'études; un grand chanteur en demande huit. Nous avons tous vu une comédienne consommée qui n'avait pas dix ans, et il était réservé au sexe féminin de produire la merveille que nous admirons aujourd'hui, d'une jeune fille s'élevant en quelques moiS; et pour ainsi dire sous le regard, aux plus hautes sublimités de Tart dramatique, oii Talma, Lekain, Baron, n'arrivèrent qu'après de longs travaux, et dans les dernières années de leur virilité.

Il nous reste encore à parler d'une faculté importante de l'intelligence, le don de jouir des ouvrages de l'esprit ^ et de les apprécier. Les longs loisirs des femmes et leur ardeur enthousiaste leur ont toujours assuré une grande part d'influence dans ces jugements; mais^el^ influence est-elle heureuse? Le goût des femmes esi41 on guide aussi sûr que celui des hommes? Oui et non. D est un goût critique, raisonnable, raisonné, quelquefois éleré, qui naît de la culture de ^intelligence, et croît par l'exercice de la comparaison, qui tantôt cherche avant tout dans une œuvre son rapport avec le prindpe de l'art ou \ avec telle règle de convention, et qui tantôt, si le juge ' est éminent, le transporte pour ainsi dire dans la postérité, et établit son tribunal hors du temps. Les femmes possèdent rarement cette sorte de goût; mais il en est un autre, instinctif, irréfléchi, qui ne s'inquiète ni du style, ni de l'habileté de composition, on qui, s'il les sent, ne s'en aperçoit pas. L'énsK^tion est son guide, la TÎe son premier besoin. Pour lui le passé ne compte pas, l'avenir ^ ne compte pas, le présent seul est tout, le présent, c'està-dire l'accord de l'artiste avec son époque. Tel est le goût du public ; tel est le goût des femmes. Les plus cultivées, dès qu'elles écoutent, deviennent>des servantes de Molière. Hérauts précurseurs de toutes les renommées, elles devinent à sa première parole l'homme cfui doit ' plaire à son siècle; elles reconnaissent et saluent jusque dans les premières clartés du crépuscule l'étoile qui conduit à son berceau, et entraînant après elles cet autre peuple mobile, enthousiaste et charmant qu'on appelle la jeunesse, elles courent s'agenouiUer avec hii <)evant , le dieu naissant. De ces deux goûts, de œs deux guides, lequel le génie doit-il suvvte'^ lou^Xsa ^rm3l,U n'y a de

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grandes œuvres que celles qui appartiennent à tous les siècles par la vérité éternelle, mais qui se lient étroitement à leur époque par la vérité relative; or, plaire aux femmes, c'est être de son temps. De là l'éclatante gloire de Racine, de Jean-Jacques, de Voltaire. Qui les a forcés, philosophes et poètes, à descendre jusqu'à la portée du vulgaire? Les femmes. Un professeur illustre , qui comptait quelques femmes dans son auditoire, raconte qu'amené un jour par le développement des idées à' traiter une question fort délicate, il dit à ses auditrices qu'il comptait sur leur absence pour la prochaine leçon. Au jour fixé, il arrive; que voit-il? cent femmes au lieu de vingt. Que faire? Parler comme devant une assemblée masculine c'était courir le risque de n'être ni compris ni goûté. Il bouleverse son plan; cette présence importune, mais excitante, lui suggère d'heureuses nouveautés, d'heureux détours d'expression; il devient à la fois plus clair et plus ingénieux; quelques femmes de plus font une œuvre éminente d'une froide leçon.

Résumons-nous. L'intelligence appartient aux femmes comme aux hommes, plutôt avec des qualités qu'en des proportions différentes. Cette différence est-elle ici l'égalité? Évidemment non; car les femmes ne l'emportent que dans les qualités secondaires, les hommes dominent dans les qualités supérieures ; mais remarquons aussi que ces qualités supérieures ne sont le partage que de quelques rares élus, ne s'appliquent qu'à des positions exceptionnelles, et ne peuvent pas plus être considérées comme un besoin que comme une règle. Le génie n'est pas nécessaire pour constituer unecréature intelligente. D'ailleurs Tintelligence ne compose pas l'homme tout entier.

En e(Vet, ne rcste-t-il pas d'abord le caractère? Le mol caractère, pour me borner à ses deux acceptions usuelles, signifie état habituel de l'âme ou humeur, vigueur morale ou courage.

Quant à l'humeur, les femmes valent beaucoup plus ou beaucoup moins que nous. 11 y a parmi elles des caractères diaboliques, mais il y en a aussi d'angéliques. Lorsque les femmes ont l'humeur égale, cette égalité, qui ne semble que l'absence d'un défaut, devient chez elles tout un ensemble de vertus; la grâce, la bienveillance, la compassion naissent comme à sa suite. Que de qualités délicieuses dans ce seul mot : un caractère charmant! Or, avouons-le, il ne s'applique guère qu'aux femmes. On ne compte pas un homme sur vingt qui sache que la douceur est une force. Leur vanité trouve même son compte dans leurs emportements : cette inégalité d'humeur leur paraît sentir l'homme fort, le maître; ils se croiraient moins hommes s'ils étaient doux.

Par compensation, la vigueur morale, ce que j'appel» lerai le pouvoir exécutif, naturellement plus faible chez la femme, est encore affaibli par son éducation. Elle ne sait pas agir, elle ne sait pas vouloir, parce qu'on n'a exercé son caractère ni à la volonté ni à l'action. Ne refusons pas cependant le courage aux femmes. Elles ont le leur comme nous le nôtre, et certes il n'est ni d'une importance moins grande, ni d'une application moins utile et moins commune. S'agit-il de braver un péril, de répandre son sang, l'hommes'élance etla femme tremble; c'est le courage actif et extérieur. Mais l'homme ne sait ni souffrir ni se résigner; les maladies l'abattent, les pertes de fortune l'écrasent : c'est là que triomphent les femmes. Douces envers» \^ m^uN^v^fc fovlmie^ uon-seule-

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ment elles supportent leurs maux, mais elles portent les maux des autres. La moitié des hommes ne se soutient que soutenue par la main d'une femme; ce sont les femmes qui raniment le commerçant abattu, l'artiste découragé; la mort dans le cœur, elles sourient pour le faire sourire; elles représentent à la fois la résignation et Tespérance.

Elles représentent surtout cette qualité fondamentale, et par laquelle nous terminerons notre rapide analyse, le cœur.

Le cœur n'a pas besoin d'être défini; qui sent ce mot le comprend, et tout le monde le sent, car il embrasse toutes les aifections qui font de l'homme un fils, un père, un frère, un amant, un mari, un homme.

Pour l'amour filial, ajoutons un seul trait à ce que nous en avons déjà dit (4) : Le type d'Antigone n'a pas de pendant parmi les fils.

Pour l'amour maternel, remarquons que toutes les langues anciennes et modernes expriment par un seul mot, l'afiection du frère ou de la sœur, de l'époux ou de l'épouse, de la fille ou du fils : on dit amour filial, fraternel, conjugal; mais la tendresse d'une mère pour ses enfants est marquée d'un caractère si personnel, que tous les idiomes lui ont consacré un nom particulier ; dans le Midi comme dans le Nord, on dit l'amour maternel comme l'amour /?a^erne/. Il faut du reste que ce sentiment ait chez les femmes une énergie bien native, car on le rencontre jusque dans des cœurs d'enfants. Une petite fille, âgée de cinq ans, et chargée dans une salle d'asile de veiller sur quelques enfantsplus jeunes encore, pleu-

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