‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 104 sur 124 · Villermé, t. I, Statistique de la ville de Reinu · texte numérisé non relu

Villermé, t. I, Statistique de la ville de Reinu

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'établirait-elle pas aussi contre les hommes de semlables interdictions ? Il faut que les êtres qui ne peu- 3nt être ni soldats, ni forgerons, ni menuisiers, ni gens B peine, ni constructeurs, ne voient pas envahir le peu s métiers qui leur sont permis. Que font dans les ma isins de soieries et de nouveautés tous ces grands unes gens qui exercent leurs bras vigoureux à auner Bs étoflfes ou à débiter des rubans! Arrière, messieurs, rrière ; non-seulement vous n'êtes pas à votre place, lais vous usurpez celle d'autrui ! Cette place , les mnies françaises l'ont véritablement conquise, elle est ur bien ; ni les Italiennes, ni les Allemandes, ni les nglaises, n'ont su parvenir dans le commerce à ce tng honorable et utile ; seules, les femmes de France, :iistes et énergiquement vivantes, ont disputé pied à ied ce domaine, et pour être plus sûres d'y avoir un )le, elles se le sont créé. Oui, c'est leur génie inventir ni a doté le commerce national de la plus élégante de >3 gloires. Si le goût français règne même chez nos enemis, si nos fabricateurs d'ornements, d'ajustements, jncontrent partout des disciples et nulle part des rilux, à qui le doit-on ? Aux femmes. La jalousie des Litres peuples peut élever des usines qui fassent conirrence à nos usines , des manufactures qui l'em- Drtent sur nos manufactures; ils peuvent nous dé- )ber nos inventions mécaniques, transplanter sur leur )1 nos produits naturels, mais il est une chose qu'ils e nous raviront jamais, une chose qui ne vit qu'en rance, c'est le goût. Amérique, Allemagne, Espagne, ngleterre, tous, il faut qu'ils viennent chez nous, à aris, rendre hommage lige à cette souveraineté. Il ne ait pas un petit prince au BrésiU il ue ^ TCâxv^ ^^^Si

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une nche hériUère dms les États de l'Union, qu'on ne demande à la France corbeiUe, trousseau et layette ; le inonde entier est uotvt tributaire. Ce tribut, qui l'a imliosë au monde? Les femmes. Paris renferme mille femmes, obscures ou célèbres, ridies ou pauvres, qui, douées de cette inexplicable et ravissante qualité, métamorphosent sous leurs d<ûgts de fées l'or, la soie, les fleurs, et attirent chaque année plusieurs cents millions dans nos villes. Plus d'une, arbitre de la mode aujour* d'hui et vraiment artiste par la grâce et l'invention, est partie, pour commencer sa carrière, de l'échoppe ou de la mansarde. Plus d'une a gagné denier à denier sa dot, son mobilier de jeune fille, son voile nuptial même. Obligée peut-être de quitter à seize ans son père et sa mère, contrainte de se hasarder souvent au dehors pour son travail, plus d'une enfin s'est maintenue pure parmi tant d'occasions de faute, etofire à celui qu'die a choisi un cœur qu'elle a su défendre et une I^M^tune qu'elle a su se faire. Voilà le modèle des filles du peuple et de la petite bourgeoisie.

Après les femm^ marchandes, si nous examinons tes filles pauvi*es de la haute bourgeoisie ou de la noblesse, le préjugé nous apparaît sous une autre forme, mais plus accablant encore. Sans dot et sans moyens d'en gagner une, exclues des travaux manuels par leurs habitudes, exclues des professions libérales par les lois, ces tristes victimes sont livrées en pâture à cet affreux et incurable fléau qu'on appelle Tennui ! Souffrir, être blessé, s'épuiser de fatigue, sont des douleurs bien réelles, sans doute; elles ne révoltent pas cependant, car elles sonlp une des conditions de Fexistence ; mais J 'ennui ! cette mort au sein de la vie .> œ néant senti, ce

CARRIh;RES PROFESSIONNELLES. Mil

les poêles et les moral islcs du foyer domestique, conime elles en sont déjà les bons anges ! L'admirable ouvrage de madame Necker de Saussure, grave comme la parole d'un honnête homme et charmant comme Tentreticn d'une honnête femme, réalise toutes ces espérances^ Les femmes doivent toujours avoir ce modèle devant les yeux, car la pratique des lettres les menace d'un danger plus sérieux que le ridicule, d'un mal plus profcmd que le pédantisme. L'artiste, dans la plus noble signification je ce nom , est longtemps apparu au monde comme un Hre enthousiaste, désintéressé, irréfléchi, prodigue; dnfant parfois, mais enfant sublime. Un examen sévère îait cruellement disparaître ces illusions. AutantFartiste îsi grand lors(]u'il crée , autant il est parfois misérable {uand il ne fait plus que vivre ; deux passions corrup- ;rices rôdent autour de lui et l'envahissent, s'il ne se léfend avec une énergie désespérée : l'avidité et la vaille ! Jadis l'écrivain était vénal parce qu'il était faméique; il l'est trop souvent aujourd'hui parce qu'il est cupide; et quant à la vanité, elle ronge un à un dans le ^ur tous les sentiments désintéressés. Un illustre poète inglais voit arriver chez lui un de ses jeunes disciples , Iperdu de douleur. « Qu'avez-vous? — Je viens de perdre na mère. — Profitez du moment où votre douleur est toute ;haude, pour la peindre ; faites des vers sur votre mère. » ^ mot est affreux , mais plein de vérité. Voulez-vous uger l'artiste à fond, étudiez sa vieillesse ; comme il n'y a

] . N'oublions pas non plus le beau livre de madame de Rémusat ar Téducation ; les écrits de madame Guizot ; tout ce qui est sorli de 1 plume de madanfe Belloc et de mademoiselle Montgolfler; n'oubliun:! as surtout la femme qui a su le mieux être à la fois poète ut mûre e famille, madame Tustu.

domesticité dans le salçn. Certes, les fonctions d'insti tutrice, telles que les fait trop souvent rorguell insensi des parents, ne sont pas sans amertume; mais du moin l'institutrice a-t-elle des droits réels, puisqu'elle a de devoirs sérieux à remplir ; elle est maîtresse quand ell< enseigne, et son office porte d'ailleurs en soi une valeui et une utilité qui la rélèvent à ses propres yeux. Maii une demoiselle de compagnie, quel est son emploi i Amuser. A qui tient-elle compagnie? A l'ennui, à Ifi frivolité, quelquefois au vice. Cependant, par une bizarrerie bien caractéristique, et qui prouve combien le mépris du travail et du pain gagné est entré profondément dans les mœurs des femmes, une jeune fille de cette classe préfère aux occupations d'institutrice la place intime de demoiselle de compagnie. Cet office la séduit par l'oisiveté même qu'il permet; en ne faisant rien, elle croit déroger moins. Ah! du travail, du travail pour ranimer ces cœurs , pour purifier et remplir toutes ces existences! Dieu a placé de bien rudes épreuves sur cette terre; mais il a créé le travail, tout est compensé. Les larmes les plus amères tarissent grâce à lui; consolateur sérieux, il promet toujours moins qu'il ne donne; plaisir sans pareil , il est encore le sel des autres plaisirs. Tout vous abandonne, la gaieté, l'esprit, l'amour; lui, il est toujours là; et les profondes, jouissances qu'il vous procure ont toute la vivacité des enivrements de la passion avec tout le calme des plaisirs de la conscience. Est-ce en dire assez? Non; car à ces privilèges du travail, il faut en ajouter un dernier plus grand encore : c'est qu'il est comme le soleil , Dieu l'a fait pour tout le monde. Et voilà le bien que l'on arrache aux femmes t On accuse leur imagination^ et on les livre en pàtore i

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sâs rêves; on frémit de leur impressionnabilité, et Ton cri exalte toutes les délicatesses... Ah t disputez-leur les droits de succession , enviez-leur même les droits maternels ; mais , au nom de Dieu , qui les a créées , laissez-leur le travail! Riches, pauvres, nobles, roturières, toutes vous le demandent comme la vie même! Une fois rage des passions et des plaisirs évanoui , que reste-t-il à la femme? Rien , rien qu'à lutter misérablement contre les rides. Il faut un aliment à cette âme, sinon elle se ronge elle-même. Ce que Ton appelle l'instruction ne peut lui en servir; étude sans objet, savoir sans pratique, rinstruction élargit le cercle des besoins de la femme sans lui rien apporter qui les satisfasse; vous lui donnez soif et vous lui refusez de quoi boire; car vivre, ce n'est pas apprendre, c'est appliquer!

Pourquoi donc l'immense variété des emplois administratifs et bureaucratiques ne leur appartiendrait-elle pas, du moins partiellement^? Pourquoi l'inspection des prisons de femmes, des manufactures ou travaillent les femmes, n'est-elle pas confiée à des femmes '? Si ces offices étaient les leurs depuis vingt ans, il y a vingt ans que la journée de travail des enfants serait réduite à une

1 . Personne n'a traité cette question délicate de l'accès des femmes à certaines fondions ou à certaines profesaions particulières avec plus de lK)n séné supérieur, plus d'équité et plus d'humanité que M. Bau-, driUart. Nous engageons nos lecteurs h étudier les trois articles excellents consacrés par cet écrivain, dans le Journal des Débats^ en juin et juillet 1862, au travail des femmes. Ce grave sujet y est oonsiëéré sous toutes les faces, et les diiïlcuUés qu'il présente y sont posées ou résolues avec une sûreté de jugement et une netteté de principes qui font également honneur à l'esprit et au caractère de l'auteur.

2. Trois administrations, l'administration des postes, des tabacs, du timbre , ont réalisé cette idée et s'en applaudissent ; les rapports des inspecteurs constatent que les bureaux les mieux tenus sont tenus par des femmes.

mesure humaine, et que la France ne serait plus déslionorée par le spectacle scandaleux d'ouvriers et d'où* vrières réunis dans un travail commun, que dis-je, entassés pêle-mêle dans un même dortoir comme des Bohémiens. Pourquoi certaines spécialités de l'art médical ne seraient-elles pas accessibles aux femmes? La chirurgie opératrice, science positive et matérielle, exige une hardiesse d'exécution, une fermeté de main, une force d'insensibilité qui on excluent naturellement les femmes ; mais la médecine les appelle au nom de tout ce qu'elle a de conjectural et de variable. Comme science théorique, elle repose sur l'observation; qui pourrait contester aux femmes leur supéric»'ité d'observatrices? Comme science pratique, elle s'appuie sur la connaissance des individus; qui connaît aussi bien les particularités de chaque être qu'une femme? Un médecin illustre a dit : «Il n'y a pas de maladies, il y a des malades. » Ce seul mot donne aux femmes le grade de docteur. Si , en effei , et l'expérience le démontre chaque jour, le même mal revêt chez deux malades difi&rents deux formes si différentes, que le remède qui guérit l'un tuerait l'autre; si une des sciences du médedn doit être la science du tempérament de son malade, de son âge, de son caractère, les femmes, avec leur merveilleux sentiment de l'individuel, alerteraient au traitement des maladies une finesse divinatrice et un art de manier les esprits où nous n'atteindrons jamais. Les maladies nerveuses, surtout, ces fléaux insaisissables que la civilisation multiplie chaque jour davantage, trouveraient dans le génie féminin le seul adversaire qui puisse les saisir et les combattre. Les femmes les guériraient parce qu'elles les couual^^nt; la science d« la

taine, les dons les plus éminenis de leur nature ? Le péril est réel ; pour s en présenter, un seul moyen leur reste : ne jamais regarder Tart comme la vie même, mais comme un accident et une parure dans la vie ; parler quand elles ont quelque chose à dire, se taire quand elles Font dit ; sacrifier tout, même leur renommée, à leurs obligations de filles, d'épouses et de mères ; se dire sans cesse qu au-dessus de la pensée il y a le cœur, au-dessus de la gloire le dévouement; que savoir n'est rien, que briller n'est rien, et que toute la destinée d'une femme se résume dans un seul mot : aimer I A ce prix, mais à ce prix seul, les femmes pourront être femmes de lettres sans cesser d'être femmes, et le monde n'aura pas à leur reprocher une occupation qui agrandira le domaine de la pensée publique, sans rien coûter à leurs devoirs privés.

Reste l'enseignement \ Quant à cette profession, elle appartient aux femmes pai* droit de vocation et par droit de conquête. Ce fait caractéristique et charmant mérite de nous arrêter.

Nos aïeules ne savaient pas lire; l'ignorance était une distinction de plus chez les femmes nobles, une nécessité pour les pauvres femmes. Cependant une jeune fille en Italie et une jeune veuve en France formèrent presque en même temps le projet d'élever des jeunes filles et des institutrices déjeunes filles '. Ce n'était rien moins qu'une révolution ; et, chose assez rare, celles qui la firent le comprenaient : « Il faut, disaient-elles,

J. Parmi les écrivains qui ont jeté le plus de lumière sur cette question citons MM. Plée, Jourdan et Sauvestre, dont les articles ont été justement remarqués dans le Siècle et VOpinion nattona/e*

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