‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 105 sur 124 · Chronique des UrsulineSf t. 1, chap, i · texte numérisé non relu

Chronique des UrsulineSf t. 1, chap, i

Enihi deux états sont encore dévolus légitimement \ aux femmes :

La carrière des lettres.

La carrière de l'enseignement.

Pour la première , le progrès est réalisé , et le reste de ridicule qui s'attache encore au titre de femme auteur tombera devant le mérite de celles qui le portent ou le porteront. Mais pour vaincre ce que ce préjugé peut avoir de juste, les femmes doivent circonscrire dans des limites sévères l'emploi de leur talent, et s'emparer surtout de la place laissée vide par les hommes.

Il est toute une série d'ouvrages destinés à former le fonds de la conscience publique, ouvrages de morale et d'éducation, qui ne peuvent prendre que sous la plume des femmes la forme persuasive et touchante qui les fera passer dans les mœurs. Les Fénelons manquent dans notre littérature parce que les femmes en sont exclues. Qui peut pénétrer et décrire les délicieux mystères de l'enfance? qui peut traduire les charmes de la vie de famille en préceptes, en hymnes poétiques, en ouvrages d'imagination? qui peut dépeindre tous les devoirs, toutes les difficultés, toutes les joies de l'éducation maternelle, si ce n'est l'épouse et la mère? A elles d'être

écrit, plusieurs femmes se sont fait recevoir docteurs en médecine. Une notice très-intéressante, publiée dans la Revue européenne du 15 mars 18C0, nous parle de miss Elisabeth Blackwell, qui a obtenu, après examen, l'autorisation d'exercer la médecine en Angleterre. Miss Blackwell avait fait ses études en Franco, sous la direction d'un de nos professeurs d'accouchements les plus distingués, M. le docteur Blot. Le journal le Globe, dans son numéro du 4 avril dernier^ meniionne également la nomination au titre de médecin d'Elisabeth Garrelt. Ce ne sont là, certes, que de bien rare^ exceptions; mais c'est ainsi que les préjug(<s tombent. Si les exceptions confirment la règle, on peut dire aussi qu'ils la commencent.

îs poètes et les moralisles du foyer domestique, coiiinie lies en sont déjà les bons anges ( L'admirable ouvrage e madame Necker de Saussure, grave comme la parole 'un honnête homme et charmant comme Tentretien 'une honnête femme, réalise toutes ces espérances^ «s femmes doivent toujours avoir ce modèle devant les eux, car la pratique des lettres les menace d'un danger lus dérieux que le ridicule, d'un mal plus profond que \ pédantisme. L'artiste, dans la plus noble signification e ce nom , est longtemps apparu au monde comme un Ire enthousiaste, désintéressé, irréfléchi, prodigue; nfant parfois, mais enfant sublime. Un examen sévère lit cruellement disparaître ces illusions. Autant l'artiste st grand lorsqu'il crée, autant il est parfois misérable uand il ne fait plus que vivre ; deux passions corruprices rôdent autour de lui et l'envahissent, s'il ne se éfend avec une énergie désespérée : l'avidité et la vaité ! Jadis l'écrivain était vénal parce qu'il était faméque; il l'est trop souvent aujourd'hui parce qu'il est lipide; et quant à la vanité, elle ronge un à un dans le peur tous les sentiments désintéressés. Un illustre poëte nglais voit arriver chez lui un de ses jeunes disciples , perdu de douleur. « Qu'avez-vous? — Je viens de perdre la mère. — Profitez du moment oîi votre douleur est toute baude, pour la peindre; faites des vers sur votre mère. » e mot est affreux , mais plein de vérité. Voulez-vous iger l'artiste à fond, étudiez sa vieillesse ; comme il n'y a

] . N*oubIions pas non pluâ le beau livre de madame de néniiisat ir l'éducation ; les écrits de madame Guizot ; tout ce qui est sorti de plume de madanABBelloc et de mademoiselle Montgolfler; n'joubliun:i M surtout la Temme qui a su le mieux être à la fois poëte et mère e famille, madame Tastu.

38G Là femme.

dix-huit mois après, leurs économies réunies payaieut les frais de la première fondation d«s Ursulines à Germont. Â Dijon, la fcoMlatriee fut la fille d'un conseiller au parlement, mademoiseUe Françoise de Saintonge, et le récit de ses douleurs vempliiait presque un lÎTie. D'abord son père ne lui donne son adhésion qu'apiès s être assuré, par une consultation de quatre docteois, qu'instruire des femmes n'était pas une œuvre du démon ^; puis bientôt, effrayé de Yoir toute la ville se sonlever contre elle, et les enEamts la' poursuivre, dans la rue, de cris» et de pierres, il lui retire son consentement. Mais Françoise, avec cinquante livres, qui formairat tout son bien, tooe une maison ^ s'y retire on jour de Noël, à minuit, avec cinq jeunes filles qui s'étaient adjointes à elle. Arrivée en ce lieu, elle leur dit : « Cest « ici que nous fonderons la première maison dlJrsa- « lines à DijcHi ; seulement^ comme j'ai dépensé tout ce « ce que je possédais pour payer la location d'une « année, il nous faudra passer c^ienuit en ptières, car « nous n'avons pas de Ut ^. » 11 ne se trouvait, en ^i^, dans ce logis, ni coucher, ni feu, ni pain, et elles y demeurèrent jusqu'au lendemain soir^ jeûnant et frissonnant, mais fondatrices. Le soir, M. de Saintonge, pris de pitié, leur envoya les restes de sa table. Leur premier repas fut un repas de mendiantes. £h bien, dooie ans après, la ville de Dijon retentissait de cris de fête et de joie; les cloches sonnaient, les rues étaient jonchées de fleurs ; d'une maison de chétive apparence, sortaient, en procession, cent jeunes filles, vêtues de blanc, avec

Page 1