‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 23 sur 124 · Code civil, art · texte numérisé non relu

Code civil, art

&. Orâonnance du U octobre 184i, aftalteOœut.

un étudiant, au mois de juillet 4844. L'étudiant ( couche : il se lève brusquement, se précipite sur ( lui déchire ses habits, la meurtrit, la menace delaj par la fenêtre si elle lui résiste, et n'échoue dans projets que parce que cette fille, indignée, s'arrach ses bras et va demander du secours. Quelle peine fra ce misérable appelé devant la justice?^ Aucune : il u eu ni viol, ni outrage public à la pudeur.

Un jeune homme ^ entre en relation avec une je ouvrière ; il en fait sa maîtresse habituelle; il loge i elle pendant dix-neuf ans, et permet qu'elle prenne nom ; pendant cette union naissent cinq entants c présente lui-même à l'état civil, qu'il met dansunep sion où ils sont appelés de son nom. Ces dix-neuf écoulés, cet homme veut se marier : il chasse la fea et les cinq enfants; la femme réclame au moins pension alimentaire pour elle et pour eux; il refi Indignée, elle s'adresse au tribunal, le tribunal la pousse. Cet homme ne doit rien à cette femme, il m pas violentée; il ne doit rien à ces enfants, il ne 1 pas reconnus.

Une fille de vingt-quatre ans ^, une servante, est traînée dans une chambre où se trouvaient cinq jeu gens : c'était le soir; ils l'entourent, ils la prient, il menacent. Après une lutte de trois heures, la malh reuse, épuisée, consent à s'abandonner à l'un deux, demandant, pour seule grâce, que la lumière soit étei pendant qu'elle va se dépouiller de ses habits. La lumi est souflJée. Aussitôt la fille Fournier fait le signe d<

I. Tribunal civil delà Seine, l>e chambre, 15 avril 1847, aiï Denlend.

?. Affaire de Ja fille Fournier, 184G,

LÀ SÉDUCTION. eu

croix, et, profitant de Tobscurité, se jette par la fenêtre entr*ouvertel Une terrasse se trouvait au-dessous; elle s'y brise, en tombant, le poignet et plusieurs dents. Les jeunes gens courent à la fenêtre : c Elle s'est sauvée ! » s'écrient-ils, et ils se mettent à sa poursuite. Ett'rayée, elle se relève, se précipite de nouveau de la terrasse dans la rue, et, toute sanglante, la tête fendue en trois places, elle se traîne chez un portier qui lui donne asile. Quel châtiment frappe ces cinq coupables? Quatre sont absous, le propriétaire de la chambre est condamné seul à deux mois de prison. Il n'y a eu ni viol, ni outrage public à la pudeur.

Qu'on ne regarde pas ces jugements comme des faits exceptionnels triés à grand' peine pour le service d'une \ illèse, au milieu de mille autres faits contradictoires : ï: ils sont l'esprit même de la jurisprudence, ils résument ce qu'elle appelle ses principes. Ainsi, de toutes parts, dans la pratique et dans la théorie, dans le monde et dans la loi, pour les classes riches comme pour les classes pauvres, abandon de la pureté publique, rênes sur le cou à tous les désirs effrénés ou dépravateurs ! Ce qui en advient, c'est que tous les penseurs qui I percent cette légère couche de décence dont la police 1 recouvre notre société , reculent épouvantés comme s'ils pénétraient dans un vaste lupanar. Économistes, statisticiens, tous n'ont qu'un cri; il semble qu'ils aient entrevu Sodomel la dépravation y apparaît sous toutes ses formes, patentée, clandestine, intermittente, éternelle. Des manufacturiers * séduisent leurs travailleuses , des

1. Ces détails m'ont été attestée par le commis^lre de v^\\c«k ^xi^ 'l'squarIJe/v legpJag populeux de Paris. *

chefs d'atelier chassent les jeunes filles qui ne veulen pas s'abandonner à eux , des maîtres corrompent leur servantes. Sur 5,083 filles perdues que comptait le grav Parent-Duchâtelet, à Paris, en \ 839, il y avait 285 de mestiques séduites par leurs maîtres et renvoyées. De commis-marchands, des officiers, des étudiants, dépra vent de pauvres filles de province ou de campagne, le entraînent à Paris, où ils les abandonnent et où la pros titution les recueille : Duchâtelet en comptait 409. Dan tous les grands centres d'industrie, à Reims ^, à Lille, i se trouve des compagnies organisées pour le recrute ment des maisons de débauche de Paris; des proxé nètes, postées à l'entrée des manufactures, guettent I( temps du chômage ou de la faim, les jours de déses poir, de maladie, et, le pacte une fois fait avec la misère elles expédient leur marchandise humaine vers la capitale. Dans l'intérieur des usines, même dépravation : ui travail commun réunit les hommes et les femmes côte i côte; un seul dortoir les rassemble souvent comme de: bohémiens, et parfois un même lieu * sert pour les deu) sexes, à la satisfaction des besoins les plus secrets. Poiu achever le mal, d'infâmes vieilles femmes, assises aupiè des plus jeunes, s'étudient, tout en travaillant avec elles, à les éclairer sur le prix de leur beauté, leur en enseignent l'usage, les font rougir de leur candeur, et II jeune fille se hâte de se déshonorer, puis de s'en vanter, pour échapper ainsi aux sarcasmes tout en satisfaisuil à ses passions attisées. Enfin, dans les hôpitaux méineB. au chevet des jeunes ouvrières pauvres, se glissent de hi-

1. Voyez Condition des ouvriers y x^Sir M. Villermé, t. I, paRsim. ^. Voyez Condition de$ ouvriers, par M. ViU«riiié« t. I, kidodlrii cotonnière.

Aeuses habituées des prisons et des hospices, qui escomptent à la convalesoeote sa santé qui revient, sa beauté qui rensdt, et rachètent d'avance pour quatre ou cinq francs par semaine, pour, la revendre ensuite à prix d'or. En face de tels excès, où donc les législateurs trouyent-ils le courage de leur silence et de leur incurie? . Avec quels arguments apaisent-ils leur conscience? Sur quels principes établissent-ils la double théorie de l'indulgence pour la corruption et de l'impunité pour la . séduction ? Quant à la corruption, ils se taisent ; pour la \ séduction, ils s'appuient, qui le croirait ? sur deux pré- [ ceptes de morale et^ur une règle d'ordre public : i La recherche de la paternité est interdite , comme impossible et scandaletise»

Tout contrat qui a pour objet une chose honteuse est nul ■ de droit, ^

Accorder à une fille coupable une action judiciaire contre m, séducteur^ c'est offrir une prime d'encouragement à la

débauche.

Ahl si oes prétextes de moralité, ces mensonges de justice n'étaient pas émis de bonne foi; si l'on ne savait que le cœur humain est habitué à se payer de tels sophismes, il faudrait, au lieu de les combattre comme des erreurs, les stigmatiser comme des infamies. Une prime à la débauche) Mais quelle prime plus honteuse, plus énorme, pouvez -vous lui accorder que cette impunité même laissée à l'homme? Quoi! vous ne voyez pas qu'en désarmant la jeune lille, vous armez le séducteur i Vous ne voyez pas qu'en ajoutant à toutes ses ressources de richesse, d'adresse, d'expérience, d'ar- J deur sensuelle, d'ardeur vaniteuse, la sanction de volv^

médiaire ou son complice, et que vous démoralisez! conscience publique qui innocente toujours ce que voi absolvez! Qu'on châtie la jeune fille coupable, soi mais châtiez aussi l'homme /Elle est déjà punie, ell punie par l'abandon, punie par le déshonneur, pun par les remords, punie par neuf mois de souffrance punie parla charge d'un enfant à élever ; qu'il soit doi frappé à son tour, sinon ce n'est pas la pudeur publiqi que vous défendez, ainsi que vous le dites, c'est la su2 raineté masculine dans ce qu'elle a de plus vil, le drc du seigneur !

Pour la recherche de la paternité, le prétexte est pli visible encore. On la proscrit comme impossible etscai daleuse, soit ; mais pourquoi donc alors autoriser la n cherche de la maternité? Est-il si facile de convainc) une mère, après vingt ans, que tel enfant soit le sier Vous prouverez peut-être sa grossesse, son accouch ment; mais que de difficultés pour établir l'identité ( l'enfant I Quant au scandale, de quel côté est-il le pli grand? Un homme est marié, père de famille : tout coup survient un inconnu qui, se prétendant son fils, î jette au travers de cette honorable fortune, pour en usui per la moitié. Certes, le coup est cruel ; mais on ne soi géra qu'à plaindre cet homme: c'est un malheur, < n'est pas une honte. Qu'au contraire il s'agisse d'ui femme, toute sa vie est brisée, flétrie, le passé comme présent, l'avenir comme le passé; elle est perdue dai J'esprit de son mari, perdue dans le cœur de ses enfant perdue, que ce soit vérité ou calomnie, car le mom verra dans son acquittement non la marque de se innocence, mais la preuve qu'on manquait de preuv< pour la condamner. Àjoulex que, de toutes les faut

humaines, la faute de la maternité est la seule qui ne se prescrive pas. Le vol, le meurtre même s'innocentent avec le temps; mais une femme, après quarante ans de vertu expiatrice, peut tomber pour toujours sous le coup porté par son fils lui-même.

Résumons-nous.

L'intérêt de l'enfant, la moralité publique, tels sont les deux prétextes allégués en faveur de ce système. Nous répondons : Pourquoi tant de souci des enfants contre la mère, et si peu contre le père? Pourquoi cette sollicitade en faveur de la morale publique s'éveille-t-elle si Tivement quand il s'agit d'attaquer la femme, et s'éteintelle si vite quand il s'agit de la défendre? Évidemment il y a là sophisme et iniquité. Aux yeux de tout homme sincère, la séduction, surtout dans les classes ouvrières, s'exerce mille fois plus de l'homme sur la femme que de la femme sur l'homme. Il faut une loi contre la séduction. Quelle forme revêtira cette loi? Accordera-t-elle une action à la fille séduite? frappera-t-elle seulement le séducteur? permettra-t-elle la recherche de la paternité? n ne m'appartient pas de le décider; mais ce qui est certain, c'est qu'elle existera : car il est impossible qu'une société vive avec un tel cancer au cœur; car les politiques comme les moralistes, les statisticiens comme les philosophes, les médecins, les administrateurs, les fonctionnaires de l'État comme les penseurs^ tous stigmatisent avec indignation cette doctrine fatale de l'impunité. L'impunité, assurée aux hommes, double le nombre des eafants naturels; or, la moitié des voleurs et des meurtriers sont des enfants naturels. L'impunité nourrit le libertinage; or, le libertinage énerve la race, bouleverse les fortunes et ûéirii las enfants L'impunité aYviaeuVfô\^

prostitution; or, la prostitution détruit la santé publiqu et fait un métier de la paresse et de la licence. L'impv nité, enlin, lÎTre la moitié de la natioD en proie aux Vm de Vautre: sa condamnation est dans ce seul mot. Qu'o n'allègue pas la loi anglaise et ses fâcheuses conséquei ces; la mauvaise application d'un principe ne détru pas le principe même. Si la loi anglaise est mal lait re£aites4a, re£aites4a jusqu'à ce qu'elle soit bonne, i quand elle ne devrait jamais l'être ccHnpIëtement, éts blissez-la; car, aurdessus des inconvénients de telle c telle disposition, au-dessus des obstacles qui sunriennei dans la pratique, au-dessus des sociétés mêmes, s'élèvei des principes qui veulent être respectés à tout prix, < le plus sacré de ces principes, c'est la pureté de l'âix humaine.

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