‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 25 sur 124 · Idem, Vie ée £§eurffue · texte numérisé non relu

Idem, Vie ée £§eurffue

moins du monde ; grâce à nos mœurs elle ne le connaît pas, et grâce à son âge, elle ne peut pas le connaître. Elle épouse un visage, si son liancé est beau ; une fortune, s'il est riche; un habit, s il est élégant; mais lui, son être moral, lui, travailleur ou penseur, je l'en défie, car elle est forcément étrangère à ce qui fait le fond du cœur et de la vie de cet homme, aux travaux qui remplissent Tune, aux pensées qui animent l'autre; elle épouse, comme dirait la géométrie, un x.

Deux causes à ce malheur. D'abord la vanité de beaucoup de parents qui se font un point d'honneur de marier leurs filles très-jeunes; il s'établit, à ce sujet, une sorte de joute entre quelques familles. Puis un étrange amour-propre masculin, qui a décrété qu'un homme était toujours de dix ans plus jeune qu'une femme, et qu'une fille de vingt-quatre ans et même de vingt-deux ne pouvait plus prétendre qu'à un homme mûr.

Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble que nous nous créons de singulières illusions sur le déclin relatif des femmes et sur le nôtre. Nous sommes très-sévères pour elles, mais par compensation nous nous montrons fort indulgents pour nous. Législateurs même de ce qui est hors des lois, nous avons habilement converti nos défauts d'âge mûr, en qualités. L'embonpoint pour nous s'appelle de la noblesse; les rides donnent du caractère au front et à la bouche; la calvitie élargit le crâne en le dévoilant; il n'est pas jusqu'aux cheveux gris, qui, trahissant des méditations profondes, ne transforment tout homme entre deux âges en penseur; et enfin, établissant, ainsi que Fa spirituellement observé madame de Genlis, la supériorité de notre décadence jusque dans la langue, ivous di^ns d'une rose

qui passe, quelle se fane^ et d'un chêne qui meurt, qu'il se couronne.

La nature sanctionne-t-elle notre décret? borne-t-elle\ le règne des grâces extérieures de la femme à de si courtes années, que le déclin commence pour elle dix ans plus tôt que pour Thomme? Nous ne le croyons pas.

En effet, si ce charmantet premier coloris de la figure ne va guère plus loin que l'adolescence de la jeune fille, bien des avantages nouveaux viennent le remplacer. La taille d'une femme ne se dégage et ne se dessine qu'après vingt-deux ans; ses mains ne sont jamais aussi belles qu'à vingt-cinq ans; son cou, à cet âge, s*élance plus élégamment, ses épaules s'élargissent, sa poitrine se développe, et toutes les formes de son corps s'harmonisent en un ensemble de mouvements souples et gracieux qui n'appartiennent pas à la première jeunesse. Les statuaires antiques, ces adorateurs intelligents de la beauté, ont merveilleusement rendu cette progression de la nature. La délicieuse Vénus de Naples qui figure la jeune fille adolescente; Diane à la Biche, sa sœur aînée; la Vénus de Milo, leur souveraine, nous reproduisent, dans trois types parfaits, ces trois âges successils de la beauté de la femme. N'est-ce pas à vingt-cinq ans, et à vingt-cinq ans seulement, qu'apparaît la seconde et durable grâce du visage, la physionomie? N'est-ce pas alors que le feu intérieur de l'intelligence éclate dans le regard; que la finesse de l'esprit se révèle dans les narines plus mobiles et plus nettement accusées; que l'âme surtout, l'âme dévouée et tendre, se répandant sur les lèvres, dans le sourire, dans les larmes, nous montre la femme avec tout l'éclat dont Dieu l'a parée en la créant ? Enfin, et là se tTO\x\e \fe -çwxvV»

. ACE DU mahiag

^jiialioDs; Doiu a'ioroos notre ou-

Bers retours quand l'îlluâiOD ceseie.

i statue d'eue froide : elie l'a lou-

e cœur seul qui était brûlant ; oous

e est de marbre : elle l'était hier

, notre main seule était vrvante. Et

juérie mais désencbautée, et laissant

■'■me dans la guérLsoa, aperdu la plus

iiidiesse, la croyance à son éternité.

it^l péril , la mj;re prudente nliéûle

I [cr de ses entretiens avec sa fille le

[unie s'il n'existait pas, ou de l'ana-

- il était le génie du mal, elle le lui

i (litables traits, c'est-à-diie hôte na-

uii'^.. créateur de tout ce qui se fait

'au dans le monde I Les jeunes cœurs

lar la-passion que par ce qui lui res-

1 jeune fille apprend que rien n'e&t

iitiineQt divin que les caprices éphé-

i}>peler de son nom. si elle l'entrevoit

:> ~ tiésors qu'on n'acquiert qu'en les

4 Tiu ^-arde qu'en les méritant; si eJle

Tijui veut être digne de le recevoir doit

ff un sanctuaire et s' agrandir comme un

Ij^ez-en sûr, cet idéal sublime, gravé en

, par sa seule beauté , des vaines

rofauent ou le parodient : on n'adore

1 on connaît Dieu.

ftut : la mère, pour satisfaire à ce besoin

edécouvTe dans sa l'ilte, peut app^er

s plus belles lois de t'âme humaine.

s passlous, maià vl wuuâ vsk

possible de les diriger; elles sont dans notre cœur comme une source vive qui bouillonne, jaillit, s'épanche malgré nous, mais dont notre main détourne et conduit le cours à son gré : en d'autres termes, la même passion peut se satisfaire presque également sur deux objets différents, et le mal ou le bien dépend plus souvent de l'objet de la passion que de la passion même. La chaleur de cœur qui précipita saint Augustin dans les plus sensuels désordres de la licence est celle qui l'éleva aux mouvements les plus spiritualistes de la piété ; sainte Thérèse n'est pas autre chose, qu'Héloïse regardant le ciel. Ainsi, mères sages, ne vous effrayez pas de ce besoin d'affection qui fermente dans le cœur de votre fille, et n'y voyez pas toujours un fiancé pour soudain et inévitable dénoûment : elle aime, elle veut qu'on l'aime ; eh bien, ouvrez-lui la vaste carrière de la charité! que la bienfaisance ,^au lieu d'être pour elle une satisfaction de cœur presque égoïste, une aumône qu'on jette en passant, devienne un état et entre dans la pratique habituelle de sa vie comme la prière, comme l'étude, comme le soin de sa propre personne. Tant d'heures chaque jour pour cette occupation, et toujours les mêmes heures; donnez-lui une, deux, trois familles à visiter et à soutenir ^. Pour fortifier cet enseignement pratique, conduisez-la dans les manufactures, et là , ne lui épargnez pas les spectacles tembles et hideux : la leçon ne peut jamais être assez rude , car elle ne saurait être trop bien sue; montrez-lui, à elle

1 . On nous reprochera peut-être de ne parler ici que pour les jeunes filles de la classe riche; mais les filles du peuple et des campagnes se marient, en âge moyen, à vingt-trois ans (voyez Villermé, Condition des ouvriers), No8 observations ne peuvent donc porter sur elles.

que défendent contre les plift légers souffles de l'air de riches et chauds vêtements, à elle qui prolonge son sommeil jusqu'au matin dans un lit moelleux, montrezlui de pauvres petites filles de six ans arrachées au repos, dans rhiver, avant le jour, et transportées à la manufacture pleurantes et grelottantes sur les épaules de leurs mères ^. Faites-lui voir, dans les grandes villes industrielles, les jeunes filles pauvres de son âge, frappées par mille maladies cruelles, la taille déformée, le cou gonflé de scrofules, les doigts dévorés d'ulcères, les membres contournés. Si la première vue la fait reculer d'horreur, persistez; il ne s'agit pas d'une visite de curiosité, c'est un devoir qui commence. Alors entrera à flots dans son âme cet amour le plus pur et le plus fécond des amours, l'amour du pauvre ! Devant ces dures réalités s'évanouiront, comme honteuses d'elles-mêmes, les douleurs factices et les attachements artificiels. Elle verra la vie et le mariage, qui jusqu'alors ne lui apparaissaient que comme des rêves charmants, sous leur face austère, avec le mari soucieux, les enfants malades, les couches douloureuses. Quand on a dix-huit ans, on se donne tout entier dès qu'on se donne. Cet exercice continuel de la charité, ce commerce de tous les jours avec la misère remplira sa vie et son cœur jusqu'aux bords; l'amour de tous éloignera l'amour d'un seul.

Après la charité, l'étude.

Le monde accuse sans cesse Findifiérence des femmes pour les études sérieuses, et l'on en donne pour preuve leur empressement à rejeter leurs livres de travail, ou

1. Villenné, Condition des ouvriers, raanuraclurea(ÎLe\A\\ft,^"^\kfcVa»,

même à abandonner l'exercice de leurs talents dès le lendemain de leur mariage : rien ne marque mieux leur bon sens. Que leur importe que Tibère ait succédé à Auguste et qu'Alexandre soit né trois cents ans avant Jésus-Christ ? En quoi cela touche-t-il au fond de leur vie? la science n'est un attrait ou un soutien que quand elle se convertit en idées ou se réalise en actions ; car savoir, c'est vivre, ou, en d'autres termes , c'est penser et agir. Or, pour atteindre ce but, l'éducation des jeunes filles est trop frivole dans son objet et trop restreinte dans sa durée. Presque jamais l'étude, pour les jeunes filles, n'a pour fin réelle de perfectionner leur âme ou de leur donner l'amour désintéressé de la science et de l'art; tout y est disposé en vue de l'opinion des autres. Un maître d'histoire est un maître de bienséance comme un maître à danser; un maître de musique est un maître de vanité. Rien pour la pratique solitaire du travail, c'est-à-dire pour le cœur ou pour la pensée. Comment en serait-il autrement? On enlève les jeunes filles à l'étude au moment où l'étude devient féconde, lorsque commence la seconde et réelle éducation, celle que chacun se fait à soi-même, lorsque l'esprit, reprenant une à une toutes les études précédemment ébauchées, les perfectionne, se les approprie, et transforme ce qui n'était qu'un dépôt pour la mémoire en une nourriture pour la réflexion. Reculez l'âge du mariage, et avec lui se reculent les bornes mêmes de l'intelligence féminine: devant les yeux de la femme se déploient toutes les richesses duATai, toutes les splendeurs du beau; son imar gination s'ouvre en même temps que sa raison se forme, et sur ce double soutien s'élève et s'affermit son caractère»

Ëntin, après Tétude et avec l'étude , le plaisir. Pour la jeunesee, le plaisir est uq besoin. Vouloir diiférer l'entrée de sa fille dans le monde jusqu'au moment de son mariage, c'est lui inspirer le désir de se marier pour aller au bal ou au théâtre. Si vous voulez retenir vos enfants auprès de vous, amusez-les. Ce n'est pas un di^oit pour eux, mais c'est une nécessité pour vous. Arrive un âge où il faut se montrer (qu'on me pardonne cette expression familière qui seule traduit ma pensée), où il faut se montrer coquet pour ses enfants, surtout pour les filles qui ne vous quittent pas; coquet de sa personne afin de leur dissimuler les imperfections de Ja vieillesse, coquet de son esprit pour lem* rendie la maison aimable et douce, coquet d'imagination pour leur créer des plaisirs et des jeux. Heureusement les frais d'invention sont faciles : il ne s'agit pas de luxe k étaler ; un déjeuner improvisé dans les bois, une danse avec le piano pour orchestre, et voilà la joie dans tous les cœurs. Que craignez-vous ? des rapports trop habituels avec les jeunes gens? Il n'est pas de plus sûr remède contre la séduction '. Nous écartons les hommes des jeunes filles avec un soin si inquiet qu'elles les rêvent irrésistibles. Voulez-vous qu'ils soient sans danger, faites-les connaître. Que redoutez- vous encore? la coquetterie? la coquetterie qui veut inspirer des sentiments qu'elle n'éprouve pas est un vice affreux et détestable; mais vouloir plaire innocemment, c'est une manière d'aimer son prochain. Ouvrez donc, ouvrez à larges portes le monde du plaisir innocent à cette ardeur qui

1. Les Étalô-Unis le prouvent. On y voit une liberté de commerce eomplète entre les jeunes gens et les jeunes filles, 8an% (\ue<^«U%\\V^vc\.^^ c'est ropinioa de tooê Jûg voyageurs^ amène a\M»]iii «âL&BKvràt^ \)9iiÀ\»fâi,

est encore de Finnocence; laissez marcher de pair Tâge de rinsouciance et l'âge des amusements, ils vont si bien ensemble!

La nature nous donne à ce sujet une leçon charmante. Quand les fourmis sont petites, elles ont toutes des ailes; le temps des amours arrive, elles s'élèvent dans les airs en couples bourdonnants et s'unissent pendant leur vol; puis l'œuvre de la fécondation terminée, elles redescendent sur la terre, et là, elles-mêmes, avec leurs pattes de devant, elles tirent et font tomber leurs petites ailes, légers instruments de leurs amours aériens. Plus de courses à travers le ciel, plus de volages tendresses, la vie sérieuse a commencé pour elles, elles sont mères.

Voilà notre modèle. Que la jeune fille n'arrive au mariage que l'esprit déjà libre de ses frivoles désirs satisfaits; qu'elle apporte dans sa condition nouvelle un caractère formé par une vie de travail et de charité; que son organisation, pleinement développée, puisse suffire aux fatigues qui l'attendent ; qu'elle soit enfin une épouse, une mère, et non un enfant, c'est-à-dire qu'elle ait vingt-deux ans et non pas dix-huit.

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