CHAPITRE YI
Deux êtres vont s'unir ; cette union a pour principal objet la fusion de leurs cœurs et de leurs existences; c'est une association indissoluble, et çott^cal ^\tt c\vdL^<^ mi-
nute de leur vie. Quel est, ce semble, le premier devoir des parents dans cette circonstance? Demander à chacun de ces deux êtres : Consentez-vous à vi\re unis? Eh bien, il a fallu des siècles de lutte pour que la fille eût droit d'intervenir dans ses propres fiançailles.
Ouvrez la Bible, que voyez-vous dans le mariage de Lia et de Rachel? Un fiancé qui demande; un père qui répond ; quelqu'un qui donne, quelqu'un qui reçoit : quant à la jeune fille, elle est absente ou muette, et on la promet, on la livre, on l'emmène sans que nous ayons entendu sa voix.
Les traditions de la Mythologie antique nous montrent les cinquante filles de Danaûs mariées deux fois : la première, elles sont tirées au sort comme des objets en loterie; la seconde, elles soni données en prix dans une sorte de tournoi.
Montesquieu cite cette coutume des Samnites: « Acer- « taines époques, dit-il, ils assemblaient tous les jeunes € gens de leur contrée, et les soumettaient à un juge- « ment public; puis le jugement porté, le jeune homme € qui était déclaré le meilleur prenait pour sa femme la « fille qu'il voulait; celui qui avait les sufirages après a lui, choisissait encore, et ainsi de suite^. »
De quoi parle-t-on? de choses ou d'êtres humains?
On met ces jeunes Samnites en montre comme les Danaïdes, on les distribue ainsi que des parures; et Montesquieu, ce grand esprit si voisin de nous, ne trouve pas une parole pour flétrir cette odieuse livraison de la jeune fille. Bien plus, frappé seulement de tout ce que les hommes y gagnent, il ne s'aperçoit pas de ce que la