Id., art
nauté. » Le croirait-on, si un magistrat lui-même ne l'avait écrit et imprimé^? Des femmes ont vu vendre ainsi jusqu'à trois fois le pauvre mobilier acquis par elles à la sueur de leur front. Dès que la maison était vide, le mari partait; dès que Tindustrie de la femme l'avait remeublée, il revenait et vendait tout de nouveau.
Voilà les fruits de ce fatal système d'omnipotence administrative; il déprave le mari, qui se croit maître par droit divin, détruit parfois la paix intérieure (car la moitié des querelles domestiques sont des querelles d'argent), il ruine souvent la femme et les enfants. Que le mari soit un joueur, un spéculateur, ou môme seulement un prodigue, la femme voit les biens communs, qui composent quelquefois tous ses biens, se dissiper en folles dépenses. Elle prévoit la ruine, la faillite même, et elle ne peut rien , rien pour elle, rien pour sa famille. La loi, il est vrai, lui permet de poursuivre en justice la séparation, si la mauvaise gestion de son mari met sa dot ou ses droits en péril. Mais, est-ce qu'elle connaît cette gestion ? Est-ce que l'exclusion même qui crée le mal ne l'empêche pas de le sonder? Est-ce qu'il n'arrive pas mille fois que la femme n'apprend sa ruine que le jour où elle est ruinée? Est-ce qu'elle sait ce que c'est que la justice? Toutes les tyrannies se touchent, se justifient l'une l'autre. L'éducation des femmes, encore toute factice, leur a si bien inculqué l'horreur des choses sérieuses; nous avons si bien intéressé leur vanité et leurs vertus mêmes à leur ignorance , que le seul mot d'af-
1 . Travail et salaire, par M. Tarbé, substitut du procureur du roi, page 249,
faires les épouvante. Une femme entrer dans un greffe, paraître devant un tribunal ! Elle se croirait plus que ridicule, déshonorée! Souvent enfin sa bonté commande son silence, et craignant par un acte public de flétrir son mari, elle aime mieux dévorer ses larmes, courber la tête sous la ruine qui s'approche, et voilà toute une famille réduite à la misère par cette autorité et cette unité qui devaient la soutenir I •
A tant d'excès, à tant de douleurs , on oppose pour excuse une règle d'ordre, le besoin d'un chef.
Nous croyons, comme tous les gens sensés, qu'une certaine partie des biens doit être remise à un seul gérant; mais pourquoi la gérance maritale ne subit-elle aucun contrôle? Tous les pouvoirs sociaux sont inspectés ; pourquoi le mari gérant est-ii seul, nous le répétons, inviolable et inamovible?
Cette injustice est réelle, dira-t-on, ces malheurs incontestables; mais que faire? comment les prévenir sans renverser la famille même?
Rien de plus simple : il ne s'agit de rien renverser ni même de rien créer, il ne faut que combiner, et modifier, en les combinant, trois chapitres de la loi conjugale^. Car le progrès, c'est-à-dire l'avenir, se trouve presque toujoui's en germe dans le présent ; le progrès ne détruit pas, il développe et généralise.
1. Ces trois chapitres sonl : le § 2 de la section IX de la clause de séparation de biens; la section IV du chapitre 3 des biens parapher- Daux, et quelques articles de la communauté. Le défaut des deuxpre' miers régimes est d'investir la femme de dix-huit ans de la possession de ses biens et de rompre le lien de communauté. Nous ayons longuement développé les viceà du dernier système, mais il implique cependant nu esprit de fusion très-important à conserrer dans une juste ïûesurc.
ICO L'ÉPOUSE.
Un fait a toujours frappé les hommes qui réfléchitr sent, c'est qu'il n'y a pas de majorité pour l'épouse; la femme, après vingt ans«de mariage, est aussi mineure que la jeune fille qui entre en ménage à dix-huit ans.
La justice et le bon sens s'élèvent contre cette loi : il faudrait que le mari, au début de l'union, fût nommé, il est vrai , gérant même des biens personnels de la femme, qui ne tombent pas dans la communauté, mais avec obligation de lui remettre cette gérance au bout de cinq ans; ces cinq ans,' il les emploierait à l'initier au gouvernement de ses propres affaires, à lui enseigner l'administration de sa fortune, elle serait élève et non subalterne, il serait éducatem* et non pas maître^.
Quant à la masse de la communauté, que le mari en soit nommé l'administrateur, rien de plus juste, mais administrateur contrôlé , surveillé , responsable. Ici encore, pour réaliser le progrès, il ne faut que se souvenir ou regarder, c'est-à-dire appliquer ce qui fut ou ce qui est.
La république romaine et la féodalité avaient établi, l'une sous le nom de tribunal domestique, l'autre sous le titre d'assemblée de parents, un conseil de famille chargé de protéger l'épouse contre l'époux. Cette institution manque dans notre Code. Il nous faut un conseil de famille conjugal. Composé d'amis et d'amies, de parents et de parentes, cette assemblée, sur la demande de deux de ses membres et de la femme, aurait le droit d'appeler à sa barre l'époux accusé de dilapi-
1 . Les États-Unis nous offrent dans un grand nombre de provinces l'application de ce système. La loi accorde aux. Américaines des États du sud et de l'ouest l'administration entière de leurs biens. (BUss Mariineaa, Mœurs des Américains ^ t. I, Civiiisaiion,)
POUVOIR DU MARI SUR LES BIENS. IKl
dation ou d'incapacité. Si Tenquête le condamnait, et si la femme, au contraire, avait donné des preuves irrécusables d'intelligence dans le maniement de ses propres affaires, la direction de la communauté pourrait temporairement être ravie à l'incapable et remise au plus digne.
A ceux que ce contrôle du pouvoir marital effrayerait nous répondrons qu'agir ainsi, c'est simplement traiter le mari comme le tuteur, protéger la femme comme la mineure, et appliquer au ménage une institution déjà acceptée pour la famille.
A ceux qui se révoltent à l'idée d'une femme élue chef de la communauté , nous répondrons que cette élection, naturellement fort rare, puisqu'elle ne pourrait être faite que par le conseil de famille, dans des circonstances exceptionnelles, en casd'incapacité reconnue du mari, en cas de capacité reconnue dans la femme, introduirait dans le ménage ce qui peut seul assurer sa prospérité , l'emploi des deux forces qui le composent.
Enfin , aux personnes que ces raisons ne convaincraient pas, nous répéterons ce que nous avons déjà dit : Puisque la famille est le royaume des femmes, il est juste qu'elles y puissent être reines. Or, sur quoi règnent-elles aujourd'hui ? Sur les enfants ? le père seul exerce l'autorité paternelle. Sur le mari? le mari est seul chef de la communauté. Sur elles-mêmes? la femme doit obéissance à son mari. Sur les domestiques? le chef de la maison pe^t en chasser ou y introduire qui il veut. Sur les immeubles? la femme ne peut pas même les administrer. Sur les meubles? les siens ne lui appartiennent pas. Or, je voudrais qu'on xoi^v^v
i62 L'ÉPOUSE.
quât ce que c'est que la famille sans le mu*i, la femme, les enfants, les domestiques^ les immeubles et les meubles.
Passons au pouvoir sur la personne.