I. Beaumanoir, Utre
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soin surtout de frapper la viclimé à huis clos et sans ^ troubler l'ordre public, personne ne viendra le gêner n dans l'exercice de son privilège ; son titre de mari pourra <!( même lui servir de circonstance atténuante. Qu'en % advient-il souvent? Que plus d'un ouvrier de campagne js ou de ville, modelant sa conscience sur la loi, bat sa l: femme théoriquement et pour la corriger. Un charretier if montrant un jour son fouet, disait : « Voici la paix de -é mon ménage! — Vous frappez votre femme ? lui dit-on. « — Sans doute. — Vous n'en avez pas le droit. — Pour- ii quoi? Quand mon cheval ne va pas, je le bats bien. — ^ Votre femme ne peut se comparer à votre cheval. — m Non, ma foi, car elle est plus entêtée que lui. — Qu im- (s porte son entêtement? C'est une lâcheté de se mettre en i colère contre une femme. — Ah! monsieur, je la bats, ^ mais je ne me mets pas en colère ! » Un pédagogue |, n'aurait pas mieux dit. A Dieu ne plaise que je prétende « faire là le portrait de toute la classe ouvrière; mais, pour ^ plus d'un, battre sa femme est une distraction, un soula- h gement à sa colère. Tel ouvrier est ivre, il bat sa femme; ^i il n'a pas d'ouvrage, il bat sa femme; il est battu, il bat ^ sa femme. J'ai vu une pauvre créature, la femme d un ^ carrier, qui portait sur sa figure l'empreinte des clous ^ de souliers de son mari. Pendant sa grossesse, il l'avait ^ si cruellement traînée par les cheveux à travers les ro- ^ ches de grès de Fontainebleau, qu'elle était accouchée ^ d'un enfant imbécile, muet, défiguré par les convulsions, ^ et six mois encore après, dès que la voix de cet homme ^ se faisait entendre, le petit idiot tremblait dans les bras ^ de sa mère, comme s'il eût reconnu à son accent celui ^ qui l'avait frappé d'épouvante et presque de mort jusque dans le sein maternel t Eh bien ! cet homme ne se croyait
uUement coupable, il n'aurait peut-être pas battu une lire femme, mais la sienne t c'était son droit de proriétaire, le silence de la loi lui semblait une amnistie. Après le pouvoir du mari sur la personne de la imme, vient le pouvoir sur ses actions. Les paysannes disent avec une poétique mélancolie : Là oii le soleil reluit, la lune n'a pas de puissance. » e mot est la traduction populaire de l'opinion de nos ^slateurs. Bonaparte parlait en ces termes exprès au onseil d'État ' :
€ Un mari doit avoir un empire absolu sur les actions de sa femme; il a le droit de lui dire : Madame, vous ne sortirez pas, madame vous n'irez pas à la comédie; madame, vous ne verrez pas telle ou telle per- : sonne. »
A son tour, le Code formula ainsi ce système : « Le : mari peut contraindre sa femme à le suivre partout où : il lui convient de résider, à habiter où il habite. »
Pothier, le véritable légiste du Code civil, avait écrit* : : Une femme ne peut rien opposer pour se défendre de l'ordre marital ; elle n'est pas même admise à dire que l'air du lieu où la conduit son mari est contraire à sa santé, ou qu'il y règne des maladies contagieuses. »
Certes il faut un pouvoir directeur dans le ménage. Si 5s actes ordinaires de la vie étaient livrés au conflit de leux volontés différentes; si, lorsque le mari veut de- Qeurer à Paris, la femme voulait et pouvait s'établir à iOndres, que deviendraient la famille et les enfants, en