‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 58 sur 124 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

FORMATION DE l'iDÉAL DU MARIAGE

ai les vœux que nous avons exprimés jusqu'ici pour ipouse se trouvaient soudainement réalisés ; si des lois luvelles sur Tadministration intérieure lui donnaient part légitime dans le gouvernement de ses propres aires, et que le pouvoir marital sur sa personne, réit à une juste mesure, rendit au plus faible son habeas *pus; si, enfin, l'adultère du mari était puni comme dultère de la femme, le mariage s'offrirait-il à nous que ïe rêvent et l'appellent toutes les âmes élevées ? idemment non. Ce^ améliorations, si importantes 'on les estime, ne font qu'établir et constituer le droit chacun, c'est-à-dire séparer; maintenant il faut réu- ' .' après avoir marqué les deux termes, il faut les idre en un seul, car qu'est-ce que le msuriage, sinon, urne nous l'avons dit : Jipris humani et divini commu^ wttio? Ce que l'on peut traduire en termes simples et ineasife : 4c Une école de perfectionnement mutuel. » Snirez dans une église, assistez à une célébration de Biage, quelle pensée vous saisit d'abord à la vue de ; deux êtres s' avançant à l'autel? Gelle-d : se gâteilr-ils ou s'amélioreront-ils l'un l'autre? La loi eniBne, dans son poétique langage, dit : « Une goutte ïeaoL salée qui tombe dans un verre d'eau lui donne la saveur du sel ; une rivière en se jetant dans POoéan iBMÎent océan elle-même : la femme, en épousant un wmme^ se fait à son image. » Go mol ^«^Nt^Y'^va

l'époux comme pour l'épouse. Au début de l'union, la force éducatrice est tout entière dans les mains de « l'homme ; Dieu lui envoie cette jeune âme pour qu'il se perfectionne par l'amour qu'il inspire, comme elle par l'amour qu'elle éprouve. C'est en s'épurant, pour ainsi * dire, à la pureté de sa compagne qu'il doit la guider, l'élever, jusqu'à ce que, parvenue à l'âge de la femme avec les vertus de la femme, et devenue guide à son tour, elle reverse sur lui en salutaires influences, en conseils, en bonheur, tout ce qu'il a su lui conserver de qualités natives. Plutarque dit d'une façon charmante dans sa lettre à Pollianus : « Mon ami, la chambre nup- « tiale doit être un gymnase d'honneur et de savoir : « ornez donc votre esprit de toutes connaissances en « fréquentant ceux qui peuvent vous être utiles; amas- « sez de tous côtés pour votre femme ainsi que font les « abeilles, lui apportant vous-même et en vous-même « tout ce que vous penserez lui pouvoir profiter. Devise sez avec elle, et lui rendez familiers les meilleurs « livres et les meilleurs propos que vous pourrez trou- « ver; car vous lui êtes maintenant comme mère et « comme père, et il n'est pas moins honorable d'ouïr « une femme qui dit à son mari : Tu es mon régent et « mon maître en toutes belles sciences, que si elle « l'appelle : mon bien-aimé. Mais, ajoute le philosophe, « il y a des hommes si maladroits, qu'ils ne peuvent € monter sur leurs chevaux quand ceux-ci restent droits, « et ils leur enseignent à se mettre à genoux : ainsi, il € se trouve des maris qui, ayant épousé des femmes « nobles et de haute maison, ne s'étudient pas à les « rendre plus honnêtes et meilleures; mais ils aiment € mieux les abaisser, là où *v\ îaw\., ^m «mVxivx^, xcL^in.-

€ tenir la dignité de la femme comme la juste hauteur € du chevaP. »

Plutarque ne semble-t-il point parler de plus d'un mari de nos jours? Une jeune femme arrive à eux avec on cœur ingénu et ouvert, ignorante des choses de la vie, attendant pour penser qu'ils aient parlé. Que fontils? Au lieu de recueillir cette pure flamme et d'y verser doucement Fbuile qui doit l'entretenir, ils soufflent brutalement sur elle et l'éteignent. Insensés qui renversent le flambeau qui doit les éclairer 1 La nature ne nous distille que goutte à goutte, année par année, comme un remède enfin, cette science, si facilement mortelle, qu'on appelle l'expérience; eux, ils la jettent d'un seul coup dans cette jeune âme comme un poison. Leur femme croit au dévouement, ils la raillent. Elle parle d'abnégation, de sacrifice, ils sourient. Cela s'appelle la former. D'où vient cette déraison? De ce que le monde ne comprend encore qu'imparfaitement l'idée du mariage et le rôle de l'épouse. Essayons donc, pour le dessiner plus nettement à tous les yeux, de suivre dans l'histoire du monde la lente formation de cet idéal.

Le début fut terrible. Quelle est, en efiet^ la première image de l'épouse? Eve, Eve la tentatrice, et les paroles du législateur hébreu sur elle disent son infime et douloureuse mission : Ton mari te dominera, — ta conctipiscence sera sur ton mari, — tu enfanteras dans la doubleur. Trois paroles, trois anathèmes; et, marquée de ce sceau fatal, la malheureuse créature s'avance dans la vie, pour souffrir, servir, séduire et produire. Toute la femme orientale est là : une esclave, une concubine,

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