‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 59 sur 124 · Plutarque, Préceptes du mariage, (OEuwoa motBV · texte numérisé non relu

Plutarque, Préceptes du mariage, (OEuwoa motBV

une génératrice. Depuis la création jusqu'après les patriarches, l'office et la gloire d'une épouse se résument presque en un seul mot : enfanta. Le monde n'est pas peuplé encore, il faut qu'elle enfante; et les farces entières de son cœur se concentrant sur l'unique rôle qui lui soit laissé, elle ne se passionne et ne vit, ce semble, que poui* produire. Rien ne vient mieux à l'appui de cette assertion que l'histoire de Rachel et de Lia. Jacob aimait Rachel, puisqu'il avait travaillé deux fois sept ans pour l'obtenir; elle était la femme de son choix, et il n'avait épousé Lia que par surprise; mais Lia devient féconde, elle monte au premier rang. Dans sa fureur jalouse, Rachel accourt auprès de Jacob et s'écrie: « Donnez-moi des enfants ou j'en mourrai. » Mais lui, la repoussant avec colère : € Suis-je, moi, comme Dieu, et n'est-ce pas lui qui empêche que votre sein ne porte fruit ^? » 11 s'éloigne. Rachel, alors, appelant à son aide le moyen le plus étrange, va chercher une jeune et belle servante qu'elle possédait, et qui se noçiinait Bala; puis l'amenant à Jacob : € Allez à Bala, lui dit-elle, afin qu'elle conçoive de vous, que je reçoive entre mes bras ce qu'elle produira^ et que j'aie des enfants d'elle t » Jacob accepte; Bala conçoit, Rachel triomphe. Mais Lia vient d'apprendre cette nouvelle : elle sollicite Jaoob de la visiter une seconde fois; son second fils naît, la gloire est à elle I « Je l'emporterai t » s'écrie encore à son tour Rachel éperdue, et ayant ramené sa servante Bala à Jacob, ayant obtenu un second enfant, une sorte de joie triomphale la saisit, et elle chante daifô son orgueil : € Le Seigneur m'a fait entrer en combat avec ma SÉceur.

î. Genèse, ehafiu i&O.

et la victoire m*est demeurée. » Un pareil duel dit tout : cette lutte d'enfantement, cet amour de maternité sans amour maternel, cette passion d'avoir des enfants, non pour eux, mais pour soi, ces rivalités haineuses, cette identification de l'épouse et de la servante, font ressembler à une condamnation l'accomplissement du plus touchant des devoirs : voilà le premier anathème réalisé. Le second est plus déshonorant encore : Ta wncupiseence sera sur tonmari, avait dit Moïse; l'arrêt s'accomplit. Enivrée par cette nature luxuriante de l'Orient, enflammée d'ardeurs sensuelles par cette atmosphère tonte chargée de parAims, livrée sans défense, par son oisiveté même, à tous les délires de la passion, la femme aqpire sans cesse après son époux et son maître. Depuis la mer Rouge juscpi'à l'Himalaya, le feu de la concupiscence tombe sur tout ce monde oriental comme la pluie de soufre sur Sodome. « La femme, s'écrie le législateur € de rinde, ne regai*de pas si un homme est jeune, ni

< s'il est beau, ni s'il est estropié : il est homme, cela f lui suffît; car la mer n'est jamais rassasiée de rivières, € le feu de bois, la mort d'êtres vivants, ni la femme € d'hommes. » Manou dit : « Dieu a fait la femme na- € turellement perverse \ amoureuse de son lit, de sa

< chaise, d'ornements, déréglée dans ses passions. » Et terminant ses invectives par une exclamation qui dépasse tout le reste : « Les mères de famille, s'écrie-t-il,

< envient les courtisanes qui vivent dans la prostitu- € tioin. » C'est un oode qui tient ce langage! Dès lors le mariage ne devient plus que l'accouplement de deux malheureux condamnés à se servir de bourreaux mu-

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