‹ Histoire morale des femmes (volume 2)Chapitre 72 sur 124 · ET MORAL · texte numérisé non relu

ET MORAL

Lorsque, par la pensée,on évoque devant soi le personnage maternel, lorsqu'on prononce ce seul mot de mère, soudain tous les souvenirs de bienfaits et de dévouement qui s'attachent à ce nom comme un cortège, vous pénètrent d'un tel respect, que l'on doute d'abord qu'il puisse rester aucun droit légitime à réclamer pour elle. Parler de son émancipation, c'est calomnier, ce semble, la conscience publique. Regardons , en effets autour de nous; descendons dans les cœurs les plus incrédules , nous y trouvons une sorte de culte pour ce titre de mère. Dites à ce jeune homme sceptique, dont toute la verve se dépense en satires contre la vertu des femmes, et qui rit de cette vertu même comme d'un préjugé, dites -lui que sa mère a été faible un jour! le voilà qui bondit d'indignation ; il vous démentira, il vous provoquera; tous les sev\Vvttv«v\V& v^'^ '^

vantes pour chercher le sens de ce blasphème énigmatique, et je lus ce qui suit : « Lorsque vous choisissez la € saison convenable, et que vous semez dans un champ « bien préparé des graines mûres, ces graines se déve- « loppent bientôt en une plante de la même espèce. Peu « importa que ce soient des semences de riz ou de sé- « same, le champ vous rendra ce que vous lui aurez « donné ; car il n'est pour rien dans la nature des plan- « tes, il ne contribue qu'à leur nourriture, et la semence « dans sa végétation ne déploie aucune des propriétés « de la terre. Il en est ainsi pour la reproduction des « êtres humains. L'homme est la graine, et la femme « est le champ. La femme ne détermine pas le caractère « de Tenfant, elle donne ce qu'elle a reçu, et le fils naît « toujours doué des qualités de celui qui l'a en- « gendre^. »

Ces idées, contre lesquelles protestait le seul bon sens, me parurent d'abord si monstrueuses que je les rejetai comme un des mille contes fantastiques de l'Orient, et pour absoudre l'antiquité d'une telle doctrine, je m'adressai au prince des naturalistes grecs, à Aristote. Que trouvai-je dans ce grand homme? ces mots : « Le père seul est créateur. »

Je cherchai refuge dans le moyen âge, et je lis appel à cette science qui comprenait alors presque toutes les sciences, la théologie. Saint Thomas, dans son chapitre de l'Ordre de la charité, me dit : « Le père doit être « plus aimé que la mère, attendu qu'il est le principe « actif de la génération, tandis que la mère y est seule- « ment le principe passif. » J'interrogeai les savants des

/. Lois de Manou, 8, ^0, ^\.

siècles suivants, presque tous répétaient cette doctrine de Manou : « Le pouvoir procréateur est le pouvoir mâle. La progéniture de tous les êtres animés est distinguée par les marques du pouvoir mâle ^. » Enfin, des littérateurs illustres de nos jours, prenant à la fois exemple et appui sur la genèse indienne, et lui empruntant ses comparaisons comme ses raisons, ont été plus loin encore, et ils ont dit : « Il y eut un premier chêne : ce € premier chêne, couvert de glands, contenait en lui, « non-seulement les chênes auxquels il a donné nais- « sance, mais les chênes issus de ceux-là et ceux qui « leur ont succédé; toutes les générations à venir des « chênes, renfermées dans ces premiers glands avec « leurs puissances latentes, sous forme de germes em- « boîtes les uns dans les autres, en sont sorties à leur « tour, et continuent à en sortir, semblables à des feuilles « que Ton déplie successivement. Telle est l'image de « la genèse humaine. Adam contenait en lui , non-seuc lement Caïn, Abel et leurs sœurs, mais tous les êtres « humains qui sont nés depuis le commencement du « monde, et qui naîtront jusqu'à sa ruine. Quant à Eve, « sa seule part à la perpétuation de la race humaine fut « celle de la terre, qui a reçu et alimenté les fruits du « chêne. Eve est la nourrice. »

Je l'avoue, quand je lus ces paroles, quand je les vis appuyées sur une série d'observations physiologiques, quand je les trouvai revêtues de plusieurs noms immortels, mon anxiété fut réelle et profonde; car nous ne saurions le dissimuler, toute la question de l'égalité des femmes est là en droit. Si ce fait est vrai, Dieu lui-même

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