Ck>de elrii. art, 872m
'2(iH LA MERE.
Cette faculté n'est que légitime. Un père répond devant Dieu, devant les hommes, devant l'enfant lui-même, de l'avenir de l'enfant ; il lui faut une puissanœ égale à sa responsabilité, il faut qu'il puisse le sauver par force. Mais la mère? — La mère I elle n'est pas même nommée.
Ainsi, la mère est impuissante légalement à défendre ses enfants, impuissante à les corriger, impuissante à les diriger, impuissante à les éloigner de la maison commune, impuissante à les y retenir. Les mots mêmes, ces symboles des choses, le prouvent ; on ne dit pas l'autorité maternelle. Ce qui peut en résulter, c'est, d'une part, la déconsidération ou la sujétion de la mère; de l'autre, la démoralisation ou l'oppression de la famille. Le maître absolu est-il trop dur, pas de contre-poids à ses injustices. Est-il trop faible, pas de frein à sa fatale indulgence. Fort de son pouvoir paternel, tantôt il en fera un instrument de domination maritale, et mesurera à la mère la présence de ses enfants, afin de l'abaisser à des conditions indignes d'elle : — « Je vous « tiens à la chaîne par vos .enfants, disait un mari à sa « femme, et s'ils mouraient... vous en auriez bientôt « d'autres, et je resterais votre maître. » Tantôt la conscience de ce pouvoir lui fera dire à une mère devant ses enfants : « Je vous défends de leur donner « aucun ordre, car vous n'êtes ici qu'un meuble vivant « destiné à soigner les autres meubles. »
Qu'on ne réponde point par l'éternel mot d'exception; si les excès sont des exceptions, les abus sont trop souvent la règle. Parfois, éclatent tout à coup aux yeux du monde, des crimes, des monstruosités, qui sont de terribles leçons.
Un procès récent ne nous^-U\ ^^% feit voir une femme
DROIT DE DIRECTION. 2(îî)
de bien, une mère de neuf enfants, exclue du soin de les diriger, privée de leurs caresses, même de leur vue ? Qui n'a gardé le souvenir de cette mère, apprenant la maladie d'une de ses filles, et ne pouvant la soigner; allant habiter la chambre d'une servante, pour pouvoir entendre de là respirer sa chère malade; mise au secret dans son vaste château, et suivant, du haut de sa fenêtre, les promenades de ses filles qu'accompagnaient leur père et une autre que leur père ? Avait-elle donc commis quelque faute grave pour mériter un tel châtiment! Aucune. Le maître le voulait. L'enquête la plus scandaleusement publique sur la vie de cette femme, ses actions les plus secrètes et ses pensées les plus intimes étalées au grand jour, n'ont pu faire découvrir contre elle le moindre sujet de reproche; n'importe, le maître le voulait ! Et pendant deux années, il l'a torturée ainsi impunément aux yeux de tous ! Pendant deux années il l'a tuée lentement dans le cœur de ses filles, il l'y a calomniée, il l'y a remplacée... Que dis-je? Il a commis tous ses crimes à la vue même du père de sa victime I Or, qu'a fait ce père tout-puissant par la fortune, par le rang, par le nom? Ce père n'a eu d'autre pouvoir contre le bourreau, que de le supplier timidement d'être moins cruel, et quand sa fille est tombée enfin sous le coup de couteau qui n'était que le dernier coup, elle s'est dit peut-être avec désespoir : « Ma mémoire sera pour mesw enfants la mémoire d'une mère marâtre t » Mon Dieu ! si de telles leçons ne nous éclairent pas, que faut-il donc pour nous éclairer ? Quand donc sortira-t-il enfin du cœur de tous les honnêtes gens un cri d'indignation et de colère contre cette loi qui arrache à une femme les êtres qu'elle ^ ^<v^\é& <^^dsv^
ses flancs, les livre sous ses yeux à une étrangère, et permet à un homme de lui dire : Vous ne serez plus mère ! Oter à la mère son droit de direction, c'est ôter à l'enfant son droit de protection, c'est déshériter l'un en déshonorant l'autre 1
Certes, loin de moi la pensée de vouloir instituer dans la famille deux puissances égales, ayant toutes deux le droit de dire : Je ne veux pas, sans qu'aucune puisse dire : Je veux ! ce serait écraser l'enfant entre deux veto. Nous le savons; pour l'enfant, la premike condition de santé , de travail et d'éducation , c'est l'ordre, c'est-à-dire le développement calme et continu d'une seule pensée directrice. Nous le savons; le tiraillement brise les sentiments comme les idées dans les jeunes natures, et les éducations sans but fixe font les caractères sans force, les esprits sans justesse, et les cœurs sans croyance. Donc une autorité, mais une autorité morale, c'est-à-dire avec contrôle, avec responsabilité, avec déchéance en cas d'indignité ; c'est-à-dire •un conseil de famille protecteur pour la mère comme pour l'épouse.
Un article du Gode contient en germe l'institution dece tribunal de contrôle; car il ne s'agit de rien créer, de rien détruire, il ne faut que généraliser les principes reconnus.
Quand une veuve tutrice veut faire détenir son fils coupable, il ne lui suffit pas d'en adresser la demande à la justice; force lui est d'exposer aux deux plus proches parents paternels du mineur ses motifs de plainte, et leur consentement seul l'autorise à exercer son droit maternel de châtiment^. Voilà le conseil de famille installé, voilà le
J. Code civil, TuteUe de la mère^ art. dSI,
iiYernement de la famille soumis à une surveillance. urquoi donc ne pas étendre l'application de ce prince? Pourquoi ne pas l'établir en faveur des femmes ssi bien que contre elles ? Pourquoi les lois qui bornt le pouvoir répressif de la mère veuve n'assureient-elles pas le pouvoir protecteur de la mère mariée? »urquoi, dans les circonstances importantes de la vie s enfants, lorsque leur éducation, leur avenir, sont mpromispar l'aveuglement du père, la mère n'auraitle pas le droit de provoquer la réunion de ce conseil i famille, et d'y venir plaider la cause de son bonheur de son cœur? Allons, du courage, osons proclamer le l'homme peut avoir tort, que la femme peut avoir lelquefois raison, et introduisons dans la famille le rincipe fécond et générateur de tous les progrès légimes, l'égalité! Si, dans les classes pauvres, les mères »nt souvent sans considération ; si, dans les classes riles, elles se montrent souvent sans vigilance, c'est u'elles sont sans pouvoir. Le sentiment de leur autoté les relèverait à leurs propres yeux, et la certitude B pouvoir être utiles leur donnerait la force de vouloir lire. Reste donc la crainte d'amoindrir la dignité légime du père. Scrupule chimérique ! Forcé de mériter t puissance pour l'exercer, le père n'en sera pas moins »pecté pour être contraint d'être respectable. Âh ! si s hommes, qui se complaisent dans le solitaire orleil de leur autorité, savaient tout ce qu'il y a de joie refonde à s'associer , pour aimer son enfant, à quelu'un qui l'aime autant que soi ; s'ils pouvaient deviner uelles lumières inattendues éclairent la conscience du ère, quand, appelant les conseils de sa compagne, il li confie ses espérances et ses craintes sur teus ^ASk, ^\
que tous deux, marchant appuyés l'un sur l'autre, ils se consultent sur son caractère, s'avouent ses côtés faibles, et mettent en commun tout ce qu'ils ont d'âme pour se bien assurer qu'ils feront de lui un honnête homme; si, dis-je, tous les pères savaient cela, ils rejetteraient bien vite avec dégoût le triste fardeau de leur souveraineté. Mais il est vrai que, pour chercher ainsi un guide dans la mère, il faut avoir cherché dans la fiancée une amante; il faut respecter dans l'épouse une égale, il faut voir dans le mariage une alliance pour le bien; et, hélas ! qu'est-ce que les unions du monde ont généralement de commun avec de semblables rêves?