DROIT DE DIRECTION. — ÉDUCATION PUBLIQUE ET ÉDUCATION PRIVÉE
Le droit de direction comprend le droit d'éducation. Mais celui-ci se présente avec tant de caractères particuliers, qu'il veut un examen spécial.
Les systèmes divers d'éducation qui se partagent notre société, tantôt veulent arracher presque complètement les enfants à l'influence des mères, tantôt en font peser sur elles tout le fardeau.
S'agit-il ici des filles^, les parents, comme nous l'avons vu, ont toute la responsabilité et tout le soin de leur éducation. Aucun appui dans la cité.
1 . Il est inutile de rappeler que nous ne parlons ici que des fiilei de la danse riche.
S'agit-il des tils, on les enlève à la famille dès la première enfance, et on les confie soudain à l'éducation publique.
De ces doctrines, aucune, selon nous, n'est juste complètement. La vérité est à côté d'elles, ou plutôt audessus d'elles. Il faut allier l'éducation privée à l'éducation publique; chacune a son pouvoir, et l'influence de l'une, loin d'exclure celle de l'autre, la réclame et ne peut se compléter que par elle.
Pour le prouver, exposons d'abord les critiques sérieuses qui disputent les tils aux mères; car il n'est question ici que des fils^.
« Quand on n'écoute que l'instinct du cœur, disent certains moralistes, l'éducation du fils par les parents, au moins jusqu'à sa douzième année, semble d'abord si naturelle, qu'on oublie de se demander si elle est possible, et si les modèles séduisants que nous en offre le monde ne sont pas des exceptions, ou même de pures apparences. En effet, qui nomme les parents, dit le père et la mère; mais le père ne peut presque jamais élever son fils, même jusqu'à douze ans; sa profession, les affaires extérieures s'emparent de sa vie. Reste donc la mère. Or, combien de mères sont capables de remplir cette fonction? Chez l'une, c'est le manque de fortune; chez l'autre, c'est la santé; chez celle-ci, c'est l'insuflisance de l'instruction qui fait obstacle à l'office maternel, et il ne convient ni aux femmes de campagne, ni aux femmes d'ouvriers, ni aux femmes commerçantes.
I . Nous avons suffisamment traité la question de l'instruction des iilles dans le cliapitre 111 du livre i" ; et quant à leur éducaliow vski^'c^*^^ mil ne conteste qu*elle doit se faire dans \atam\\\Q.
« En règle générale, les mères ne peuvent donc pas | élever leurs fils; mais occupons-nous des rares élues qui le peuvenl, le veulent et le font. Comment le font-elles? I Élever un .enfant est un soin de tous les moments et qui veut que tout lui soit subordonné, emploi de la journée, ^ plaisirs, relations. Les paroles d'un ami peuvent contrarier votre enseignement, il faut veiller sur vos amis. La grossièreté d'un domestique peut compromettre votre < i œuvre, il faut inspecter vos domestiques. Un récit frivole, un mot hasardé de votre mari suffit pour détruire < en un instant le &uit de vingt exhortations; il faut ré- 1 genter votre mari. Vous-même, vous n'avez plus le droit } d'être vaine, coquette, capricieuse, car vous êtes une ii leçon vivante, et pour suivre l'éducation de votre en- a fant il faut d'abord recommencer la vôtre. Ce sévère, i mais juste exposé de devoirs, ne rappelle guère, en i dépit de quelques exceptions plus superficielles elles- t mêmes que positives, la maternité poétique et théorique i dQnt les femmes aujourd'hui se parent comme d'un o^ i nement qui leur va bien. Elles croient élever leurs fils \ comme elles croient les nourrir, parce qu'elles leur i achètent un biberon. Une fois qu'elles ont choisi un i instituteur (dont elles ne sauraient d'ailleurs contrôler ' l'enseignement) , leur conscience mise à l'aise les abandonne de nouveau à leur vie d'amusement et de futilités. Avant de partir pour une fête, elles entrent dans la salle d'étude, le front paré de fleurs, embrassent leur enfant, lui disent : Travaille bien, et partent laissant dans cette jeune âme étonnée l'image discordante de la inère au bal et de l'enfant à la maison. Croit-on qu'il . soit bien convaincu quand pour toute raison il entend cette phrase éternelle : Que nous sommes grands et qu'il
est petit? Il obéit, il reste; mais dans le fond de son cœur germent le mépris de son âge, la convoitise du nôtre^ la pensée qu'être grand c'est pouvoir tout faire; la semence mortelle du fruit défendu.
« Ce portrait fûMl une satire et l'image d'une mère vraiment éducatrice pût-elle se réaliser, le droit d'éducation, disent toujours ses adversaires, serait encore, entre ses mains, fatal au fils.
<c En effet, ce qui manque aujourd'hui le plus parmi nous, c'est la grandeur d'âme et le sentiment national. Il y a des industriels, des écrivains, des avocats, mais peu d'hommes, moins encore de patriotes. Or, l'éducation publique peut seule faire des hommes, la cité des citoyens. L'éducation par les mères, prolongée jusqu'à douze ans, substitue les sentiments individuels aux sentiments généraux, la sensibilité qui se reporte sur soi au dévouement qui nous identifie avec les autres. L'amour désintéressé de la patrie s'efface devant l'amour égoïste de la famille; égoïsme charmant, à la vérité^ plein de délicatesses et de tendresses, mais égoïsme enfin. Avec les premiers besoins de l'enfance doit donc cesser pour le fils une éducation qui amollit le caractère, rétrécit l'intelligence et isole le cœur. »
Nous avons laissé à ces objections tout leur développement et toute leur valeur. Il ne nous sera que plus facile d'y répondre.
D'abord , écartons ce sophisme qui taxe l'éducation maternelle d'impossible; les faits répondent pour nous. Ne voyons-nous pas les mères, saisies d'une noble émulation, s'emparer chaque jour davantage de leurs fils? Ne les voyons-nous pas, tantôt appeler un maître auprès d'elles et présider, en s'y mêlant^ k cfeVXfc è^uç.'^NÀa^ iv
^JIV* LA MÈRE.
chère; tantôt parcourir la ville malgré la rigueur de la saison, conduire leur enfant aux cours publics, s'y asseoir sur les mêmes bancs que lui, écrire comme lui les paroles du professeur, apprendre la leçon pour la lui faire apprendre. Elles se refont élèves à trente ans afin de pouvoir être répétitrices.
Leur volonté, leur désir est donc incontestable. Est-il légitime? Répondons en exposant une partie des bienfaits de réducation maternelle.
Certes, l'éducation publique agit énergiquement et salutairement sur les caractères. Elle les rend souvent plus fermes par le besoin de se défendre; elle les rend plus justes par la nécessité de respecter les droits d'autrui; elle mate les orgueilleux, elle tourmente les vaniteux, elle trempe les pusillanimes par une vie rude et simple; mais aussi que de leçons de mensonge, d*envie, d'indélicatesse, parfois d'improbité! Abandonnez un caractère un peu farouche ou un peu faible à ce monde où règne la force, et il va souvent devenir cruel ou lâche, despote ou vil ; je ne parle pas des autres vices. La vie commune est une vie de lutte, il ne faut s'y présenter qu'armé. Or, qui peut armer l'enfant? La mère seule. Si l'éducation maternelle prolongée jusqu'à douze ans n'a pas nourri l'enfant de leçons d'honneur et de dignité; si elle n'a pas aguerri sa moralité incertaine contre les exemples funestes; si elle n'a pas gravé ineffaçablement en lui l'horreur de la fausseté; si même elle n'a pas fortifié peu à peu sa mollesse native, l'éducation publique le brisera ou le dépravera. Qu'on ne répète pas ce vulgaire anathème contre l'aveuglement de la tendresse maternelle ; qu'on ne dise pas qu'aimer, c'est ne pas voir. Rien de p\us c\3L\t\o^^\vl. c^ue L'affection; on
lissimule souvent les défauts de ceux qu'on aime, on les nie quelquefois, mais on les voit toujours. Qu on n'objecte pas la faiblesse des mères. Il n'y a de mères Taibles que celles qui font de la maternité un plaisir et non un devoir. Une mère qui élève ses enfants est plus courageuse pour eux et contre eux que le père lui-même. Quand un enfant doit subir quelque dure opération, qu'il faut que son sang coule, le père s'enfuit , la mère reste; et j'ai vu une mère, la plus tendre et la plus dévouée des mères, saisir son fils qui venait de mordre la main d'un enfant de son âge, et le mordre à son tour jusqu'à ce que le sang coulât. Quel père lui eût donné cette leçon héroïque? Voulez- vous donc former le caractère de l'enfant, il vous faut et l'éducation maternelle et l'éducation publique.
S'agit-il de l'intelligence, c'^est Socrate lui-même qui nous trace la règle. Ce grand précepteur de l'antiquité rendit un jour un jeune homme à son père qui le lui avait confié pour l'instruire, en lui disant : « Je ne puis rien lui enseigner^ il ne m'aime pas. » Dans une autre circonstance, interrogé sur sa profession, il répondit : « Courtier de mariages : je vais parla ville cherchant quels <x hommes sont propres à lier mutuellement amitié, afin « de les réunir, et grâce à leur affection, ils se servent « de précepteurs l'un à l'autre .. » Ces paroles résumaient toute sa théorie d'éducation. « Pourquoi s'é- « claire-t-on? disait-il. Parce qu'on aime. Pourquoi « éclaire-t-on? Parce qu'on aime. Maîtres et élèves ont « tous un maître commun, l'affection. Celui qui n'aime « pas et qui veut instruire ressemble à un homme qui « prend une terre à ferme ; il ne cherche point à l'amé « liorer, mais à en tirer le plus grand i^toV\\.. Çx'âcvyv o^v
« aime, au contraire, ressemble au propriétaire d'un « champ ; de toutes parts, il apporte ce qu il peut pour « enrichir Tobjet de son affection. »
Socrate, par ces ingénieuses paroles, plaidait et gagnait la cause des mères; il constatait leur toute-puissante influence sur l'éducation intellectuelle de leurs fils. En effet, rien ne nuit plus à l'originalité de l'esprit que l'éducation publique et commune trop tôt commencée. Jetez dans un sac, de petits cailloux de toutes formes, et remuez-les longtemps ensemble , le frottement les aura bientôt changés en autant de pierres rondes. Ainsi des enfants. Confiés avant l'âge aux mains des instituteurs publics, ils se ressemblent tous ; cette même nourriture pour tant d'esprits différents les assimile les uns aux autres, quand elle ne fait pas pire. Que d'intelligences rebelles, mais fortes au fond, que d'esprits délicats ou de natures puissantes, mais dont la puissance même réclamait des soins particuliers , ont été rebutés, dégoûtés, empoisonnés peut-être par ce régime de gamelle! S'ils avaient eu leur mère pour première institutrice, ils auraient porté fruit. Une mère, l'œil sur son fils, cherche, essaye, recommence. Qu'il soit indisciplinable, n'importe; tout homme porte en lui une qualité qui peut servir de gouvernail pour conduire tout le vaisseau; laissez agir la mère, elle saura bien la trouver. Une mère qui prend part aux premières leçons de son fils découvre souvent des fautes ou imagine des ressources d'enseignement qui échappent au maître. Un jeune homme me fut cité qui n'avait pu apprendre le grec et le Code qu'avec l'aide de sa mère. Est-ce à dire que la mère avait plus de science que le professeur? Non; mais entre son fils et elle, l'instruction se donnait de cœur à cœur.
Plus d'une fois il a été dit que les hommes illustres avaient été élevés par leurs mères, et les noms de Schiller, de Lamartine, d'André Chénier, se présentent aussitôt comme autant d'illustres exemples. Faut-il entendre par là que leurs mères leur avaient seules servi de maîtres d'histoire , de langues ou de poésie? Non; mais elles avaient versé en eux cette âme de la femme sans laquelle il n'y a point de véritable grand homme; assez instruites pour s'immiscer à ces premières études viriles, assez persévérantes pous les suivre, elles mêlaient à toute instruction le lait maternel que rien ne remplace.
Donc, pour diriger l'intelligence comme pour former le caract&re, il faut le collège et la mère; mais la mère d'abord.
Reste enfin le cœur. Nous écarterons de notre analyse la plus riche et la plus douce moitié de son domaine, les affections de famille ; car nul ne met en doute que l'éducation maternelle ne puisse seule les créer et les faire vivre. Bornons-nous donc au sentiment le plus héroïque et le moins individuel, l'amour du pays. Où a-t-on vu que jamais les femmes aient fait défaut à une grande cause nationale? Où a-t-on vu que leur pusillanimité ait arraché à leur fils les armes qui doivent défendre la patrie? Nous ne remonterons ni à Véturie nia Comélie; mais nos aïeules, les Gauloises, n'assistaientelles pas aux combats où leurs fils et leurs maris versaient leur sang pour la Gaule, et ne les enflammaientelles pas par leurs chants? La révolution française ne iK)us a-t-elle pas montré les femmes aussi enivrées que les hommes de ce grand nom de patrie? Et les sœurs, les filles, les mères, loin d'énerver le couYa^^ ôes» fe-Vx^^ o^
t'80 LA MÈRE.
leur étaient chers, ne marchaient-elles pas comme eux et devant eux^? Partout où la nationalité est puissante, le cœur des mères est national ; ne les accusez donc pas si l'esprit héroïque s'était éteint en elles : la faute en était à nous qui nous étions laissés déchoir de notre i rang de grand peuple. En définitive, l'être qui repré- | sente le mieux la nationalité française , qui a le plus i aimé le peuple de France ', qui a le mieux défendu la i France , cet être est de leur sexe et non du nôtre , c'est Jeanne d'Arc!
Allons plus loin. Le patriotisme ne consiste pas tout < entier dans l'horreur de l'étranger; le courage qui repousse l'ennemi, l'ardente ambition pour la grandeur du pays, ne forment que la moitié de cette passion : et ^ le plus divin des sentiments inspirés par elle est cette fraternelle sympathie qui nous attache à tous nos concitoyens par la pitié ou l'admiration. Être patriote, ce n'est pas seulement haïr, c'est aimer. Qui donc saura mieux que les mères, mêler dans notre âme le patriotisme qui compatit à celui qui combat, le patriotisnae qui secourt à celui qui tue? Si Horace avait été élevé par une mère, il n'aurait pas égorgé Camille. Les mères nous enseigneront qu'au delà de notre pays il y a le monde; qu'au-dessus de la patrie se trouve l'humanité, et qu'audessus de l'humanité même plane le premier et le plus saint objet de notre culte, Dieu ! Seules, les mères peuvent instruire l'enfant à aimer Dieu. L'hommequi n'a pas
1. Voyez dans M. Lairluillier, Histoire des femmes de la révolution^ tous les détails de ce beau mouvement.
2. Quand on lui demanda quel motif lui avait mis les armes à la main, elle répondit : « Je ne pouvais me résoudre à voir couler tant de sang français. »
€u sa mère pour institutrice s'élèvera-peut être à la piété par le mouvement naturel de son âme; mais il manquera toujours à ses relations avec le Créateur ce je ne sais quoi de familier qui fait précisément le fond de la tendresse ; il ne Taura pas connu enfant. Qui a converti saint Augustin? Sa jnère. Quia élevé saint Chrysostome? Sa mère. Qui a sauvé saint Basile? Sa mère. Qui a sanctifié saint Louis? Sa mère. Chargées de ce précieux baume de la foi, dès qu'un enfant leur était né, ces mères chrétiennes ne quittaient plus son berceau ou son lit, et versaient goutte à goutte dans sa bouche entr*ouverte le lait pur de l'Évangile. Ce sont les mères qui ont formé cette race sublime et tendre des martyrs, mélange de l'agneau et du lion. Ce sont les mères qui ont créé cette génération des croisés , poitrines bardées de fer, cœurs revêtus de charité, apôtres-soldats qui, comme Bayard, faisaient un crucifix avec le pommeau de leur épée. Ce sont les mères qui ont produit ce charmant peuple des chevaliers qui embellissaient Famour terrestre par je ne sais quel ravissant mélange de céleste pureté. Partout, dans les familles pieuses, depuis la maison de Marcella jusqu'à celle de la reine Blanche, depuis les cœurs des rois jusqu'aux cœurs des hommes du peuple, vous trouvez à cette époque l'empreinte de l'esprit des mères, c'esirà-dire de l'esprit même de Jésus. Jésus! tel est le divin nom qu'elles leur apprennent à bégayer dès qu'ils balbutient, à prononcer dès qu'ils parlent, à adorer dès qu'ils sentent, à admirer dès qu'ils pensent. Quand Grégoire de Nazianze était encore petit enfant, sa mère le conduisait au temple, et là, lui mettait dans les mains les saints Évangiles ^ les lui faimt palper, tourner, regarder, comme si eW^ exA NvwXxiXe^
nourrir du moins par le toucher ef les yeux, et lui faire passer dans les veines la divine flamme.
Aussitôt que les enfants devenaient grands, et que les passions commençaient à gronder en eux, comme ces pauvres mères veillaient, éperdues, autour de ces âmes où allait s*effacer peut-être la céleste image!
Une chrétienne, femme d'un païen d'Antioche, avait un fils de quinze ans, beau et spirituel. Une sainte terreur la saisit; elle voit le cœur de son fils qui va lui échapper peut-être; elle croit que son père le jettera dans les plaisirs corrupteurs et qu'elle sera trop faible pour lutter seule et sauver celui qu'elle a formé. Alors, par une sorte d'inspiration, elle attire dans sa maison un des saints solitaires qui vivaient dans la montagne, et dont la méditation faisait toute l'existence; puis, quand il est là devant elle, tout à coup, sans préparations, sans préliminaires, elle court à la chambre de son fils, le prend, l'amène au saint homme, et le lui mettant pour ainsi dire dans les bras : Voilà mon fils, lui dit-elle, € il faut que vous me le sauviez ! il faut que vous quit- € tiez votre solitude, votre vie de réclusion, et que vous € veniez demeurer ici , dans cette maison , pour le di- € riger. S'il n'avait que moi, je vous le donnerais et je € VOUS dirais : Emmenez-le; mais son père n'y consen- € tirait pas. Il faut donc que vous veniez ici!... » Fuis s'attendrissant malgré elle et pleurant : € Accordez-mm € cette grâce ; il y va de l'âme de mon fils qui est ex- « posée à un extrême péril. Que si vous êtes assez dur « pour me refuser, j'artteste Dieu que je n'ai omis au- « cune chose qui pût être utile au salut de l'âme de mon € enfant; et s'il lui arrive quelques-uns de ces accidents € si ordinaires dans la;f|HB»tion du monde, Dieu vous
c fera rendre un compte très-rigoureux de son âme, « et vos mains en qui je le confie maintenant lui en « seront responsables^. »
Quelle véhémence t quelle énergique passion pour le salut de son enfant I Eh bien, voilà, voilà pourquoi il faut que les mères élèvent leurs fils jusqu'à douze ans; c'est pour les ressaisir à dix-huit et à vingt.
La loi borne au temps de la minorité des enfants l'empire du père et de la mère; mais croit-on que leur influence doive cesser avec leur empire? Est-ce quand l'âge des passions précipite le jeune homme dans la vie tumultueuse du monde, que les conseils maternels lui deviennent inutiles? Qui lui fera conserver le goût du bien, même au milieu des désordres du mal? Qui le préservera, sinon de la faute, au moins du vice? Sa mère, si elle a dirigé ses premières années.
Il est, dit-on, des choses qu'une mère doit ignorer. Une mère doit tout savoir, pour tout consoler ou tout purifier.
Ce rôle ne va pas cependant sans quelques périls qu'il importe d'indiquer.
Tant que la confiance du jeune homme est pour lui un besoin de conscience, pour sa mère un moyen de direction, qu'elle l'accepte et la provoque, c'est un devoir; mais aussitôt que commencent les joies de la confidence, lorsque l'entretien n'est plus dans la bouche de celui qui parle qu'une occasion de raconter sa passion même, la mère doit couper court : sa pudeur de fenoime comme sa dignité maternelle recevraient outrage d'un tel récit; son attention complaisante deviendrait