Manou, liv.. III, v
3. Euripide. — Jocasle : Je n'ai pas allumé la torche nuptiale pour V08 noces, ô mon fils^ comme il convient k une \\craLT^raA^\&^T^
consentement n'était ni demandé ni nécessaire : les mères bénissaient, elles ne consentaient pas.
A Rome, la mère, sœur de ses enfants ou étrangère à ses enfants, ne pouvait comparaître comme partie autorisante. Qui dit autorisation, dit autorité.
Aujourd'hui, même exclusion. L'avis de la mère ne vaut, ni pour, ni contre ; si elle consent et que son mari refuse, son consentement ne compte pas. Si elle refuse et que son mari consente, son refus ne compte pas davantage. Elle ne peut ni marier sa fille, ni lempêcher de se marier, ni la préserver d'un choix fatal, ni la soutenir dans un choix heureux.
Cette annihilation du pouvoir maternel est funeste, car le coup d'œil de la mère porte ailleurs et plus loin que celui du père. Le père s'inquiète de la fortune, de la carrière, de la position de son gendre; la mère prend plus de souci des rapports sympathiques qui Tuniront à sa fille. Le père le juge mieux comme homme, la mère le juge mieux comme gendre. La mère se laisse trop séduire, peut-être, aux qualités aimables : qu'il plaise, la voilà plus d*à moitié conquise ; le père écoute trop absolument ce qu'on appelle souvent la raison, c'est-à-dire l'ambition et l'intérêt. Tous deux voient la vérité, mais de profil ; leurs deux points de vue réunis font seuls l'ensemble. Tous deux doivent donc être appelés ; c'est toujours l'application de ce principe fondamental : doubler l'unité.
Il est cependant une passion, spéciale aux mères, et qui pourrait troubler leur jugement; passion assez nouvelle, assez rare, et qui doit nous arrêter un moment, parce qu'elle naît pour la mère de son rôle même d'éducalrice : c'est la jalousie.
Autrefois, quand les mères n'élevaient pas leurs îlles, elles étaient, dit-on, jalouses de leur beauté; lujourd'hui, elles sont jalouses de leur cœur, jaouses avec toutes les amertumes de la jalousie. Sourent elles accusent leur fille, elles haïssent leur gen- Ire. L'amour qu'éprouve l'une les irrite comme une ngratitude, les droits qu'obtient l'autre les blessent îomme une usurpation. Par un sentiment très-complexe et très -explicable cependant, leur délicatesse naternelle s'offense de voir un homme porter la main >ur leur enfant; sa candeur, dont elles étaient de »i fières et de si vigilantes gardiennes, leur semble îomme profanée par le mariage même : leur fille est noins pure à leurs yeux, c'est une femme, ce n'est plus xn ange.
La raison du monde accuse d'égoïsme et d'absurdité îette jalousie des mères. On ne doit que les plaindre; îlles souffrent tant et elles ont tant de motifs pour louffrir ! Que l'on y songe ! Avoir pendant vingt ans, )eut-être, vécu pour une seule créature, n'avoir eu (u'une pensée... elle! qu'un bonheur... elle! ne s'être amais levée un seul jour sans la trouver sous ses yeux [ son réveil; avoir été pendant vingt ans sa seule conidente, sa seule *amie, puis, un jour, voir arriver un nconnu qui lui parle dix fois peut-être, et sentir aus • itôt ce cœur qui n'appartenait qu'à vous, se partager ; ester seule dans cette maison si pleine hier, si vide auourd'hui ! De tels coups brisent le cœur ! Une de ces )auvres désolées, privée ainsi de la compagne de sa vie, dlait prendre dans une armoire les habits de jeune ille que sa chère absente y avait laissés, les posait sur m petit siège, place habituelle de celle qui n'était plus
là, et les baisait en sanglotant comme s'ils eussent été son enfant elle-même.
Heureusement, ces douleurs sont souvent aussi courtes que profondes, et la nature leur réserve une consolation souveraine.
Une jeune femme, dans le premier enivrement de son bonheur d'épouse, oublie peut-être sa mère, mais elle lui revient bien vite à son premier chagrin ou à son premier enfant. Le nouveau-né est le conciliateur qui ^ renoue soudainement ces liens qui semblaient presque ' rompus. A la vue de son enfant, je me trompe, de son j petit-enfant, appellation plus douce encore, la triste ^ abandonnée renaît comme par miracle à la vie, elle sent avec une surprise délicieuse s'éveiller dans son âme, qu'elle croyait morte, un amour maternel inconnu et pénétrant; elle aime d'une aifection non pas plus tendre, mais plus attendrie, qu'elle n'aimait sa fille; ^ son gendre même lui devient cher ; car elle n'est plus belle-mère, elle est grand' mère. Grand' mère t ce mot familier exprime bien le mélange d'expérience et d'in- s dulgence, de faiblesse et de perspicacité, de déraison apparente et de bon sens caché qui caractérise l'afifection des aïeules t Une maison sans aïeule est une maison V incomplète, lesiége d'honneur y est vide. C'est Taïeulequi tempère par ses souvenirs les inquiétudes de la jeune mère sur ses enfants. La voit-elle s'effirayer de leur caractère? « Tu as été bien plus méchante, » lui dit-elle, et la mère se rassure. La voit-elle éperdue pour un malaise? « N'aie pas peur, je t'ai guérie de la même souf- » « france en un jour. » C'est ainsi qu'elle l'instruit > encore, c'est ainsi qu'elle la guide. Hélas i quelquefois , ^
elle la remplace t On a vu des femmes septuagénaires,
<iui, diargées par la mort de leur fille, d'une famille à ëlever, retrouvaient, pour remplir ce pénible office, toute Tactivité et toute Ténergie de la jeunesse. Elles étaient à la fc»s mères et grand'mères; mères par la tête, grand'mères par le cœur.
Réclamons donc pour l'aïeule, comme pour la mère, la radiation de cet article inique, dans la question de mariage : « En cas de dissentiment, le consentement de Taïeul suffit. »