Manou, liv.. III, v
3. Euripide. — Jocasle : Je n'ai pas allumé la torche \i\i^\\A^^^>» vos noces, ô mon ûU, comme il convieiit à une heweaft^ TXi<^T^
nourrir du moins par le toucher et les yeux, et lui faire passer dans les veines la divine flamme.
Aussitôt que les enfants devenaient grands, et que les passions commençaient à gronder en eux, comme ces pauvres mères veillaient, éperdues, autour de ces âmes où allait s*effacer peut-être la céleste image!
Une chrétienne, femme d'un païen d'Antioche, avait un fils de quinze ans, beau et spirituel. Une sainte terreur la saisit; elle voit le cœur de son fils qui va lui échapper peut-être; elle croit que son père le jettera dans les plaisirs corrupteurs et qu'elle sera trop faible pour lutter seule et sauver celui qu'elle a formé. Alors, par une sorte d'inspiration, elle attire dans sa maison un des saints solitaires qui vivaient dans la montagne, et dont la méditation faisait toute l'existence; puis, quand il est là devant elle, tout à coup, sans préparations, sans préliminaires , elle court à la chambre de son fils, le prend, l'amène au saint homme, et le lui mettant pour ainsi dire dans les bras : Voilà mon fils, lui dit-elle, « il faut que vous me le sauviez î il faut que vous quit- « tiez votre solitude, votre vie de réclusion, et que vous « veniez demeurer ici , dans cette maison , pour le di- « riger. S'il n'avait que moi, je vous le donnerais et je « vous dirais : Emmenez-le; mais son père n'y consen- « tirait pas. Il faut donc que vous veniez ici t.,. » Fuis s' attendrissant malgré elle et pleurant : « Accordez-moi « cette grâce; il y va de l'âme de mon fils qui estex- « posée à un extrême péril. Que si vous êtes assez dur « pour me refuser, j'artteste Dieu que je n'ai omis au- « cune chose qui pût être utile au salut de l'âme de mon « enfant; et s'il lui arrive quelques-uns de ces accidents € 5/ ordinaires dans \acx>iT\x^\io\vdL\ktiLQ»TÀ<Ê.,\^^
€ fera rendre un compte très-rigoureux de son âme, « et vos mains en qui je le confie maintenant lui en < seront responsables*. »
Quelle véhémence t quelle énergique passion pour le salut de son enfant t Eh bien, voilà, voilà pourquoi il ^ faut que les mères élèvent leurs fils jusqu'à douze ans; c'est pour les ressaisir à dix-huit et à vingt.
La loi borne au temps de la minorité des enfants Tempire du père et de la mère; mais croit-on que leur influence doive cesser avec leur empire? Est-ce quand l'âge des passions précipite le jeune homme dans la vie tumultueuse du monde, que les conseils maternels lui deviennent inutiles? Qui lui fera conserver le goût du bien, même au milieu des désordres du mal? Qui le préservera, sinon de la faute, au moins du vice? Sa mère, si elle a dirigé ses premières années.
Il est, dit-on, des choses qu'une mère doit ignorer. One mère dmt tout savoir, pour tout consoler ou tout purifier.
Ce rôle ne va pas cependant sans quelques périls qu'il importe d'indiquer.
Tant que la confiance du jeune homme est pour lui un besoin de conscience, pour sa mère un moyen de direction, qu'elle l'accepte et la provoque, c'est un devoir; mais aussitôt que commencent les joies de la confidence, lorsque l'entretien n'est plus dans la bouche de celui qui parle qu'une occasion de raconter sa passion même, la mère doit couper court : sa pudeur de femme comme sa dignité maternelle recevraient outrage d'un tel récit; son attention complaisante deviendrait
/. SiUM Chrytostome, Pe la me motrastiqite.
de la complicité. Qu'elle se mette donc en garde contre cette vanité, si prompte à s'enorgueillir de tout ce qu. s'appelle un succès. Plus d'une mère qui réclame dt telles confessions sous le prétexte d'intervenir comme juge, n'y cherche que le plaisir d'écouter tout le détail des triomphes de son fils; en vain son visage tâche-t-il de s'armer d'une expression sévère, en vain jette-t-elle par intervalles quelques paroles de blâme, ses yeux qui rayonnent, sa bouche qui sourit malgré elle, son ardente curiosité qui veut tout apprendre, révèlent même au fils que ce n'est pas un conseiller qu'il a devant lui, mais un confident.
Signalerai-je une autre indulgence maternelle plus coupable encore? Un jeune homme de vingt ans séduit une pauvre ouvrière? Plus d'une mère dit tout bas : « Mieux vaut cette liaison qu'une autre; c'est moins « ruineux qu'une lille de théâtre, c'est moins périlleux « qu'une fille du monde; il ne l'épousera pas du moins, « et cela recule son mariage. — « Mais cette fille va « être déshonorée ! — Ces filles-là n'ont pas un hon- « neur comme nous. — Mais cette enfant a une mère! « — Les mères du peuple ne sentent pas comme nous. « — Mais cette malheureuse peut rester chargée d'un € enfant! — Que voulez-vous? il faut bien que la jeu- « nesse de mon fils se passe. » Enfin, n'est-il pas des mères indignes de ce nom, qui, voyant leur fils rêver et poursuivre le déshonneur d'une femme qui est la femme d'un honnête homme, favorisent, sans s'en rendre compte, ce criminel dessein, glissent dans l'oreille de celle qui n'est pas coupable encore, des éloges de Jeur fil:^^ plus calculés qu'elles ne le croient elles-mêmes, et osent, si leur conscience lexit Te^\oe)«v^çfc\Xfc<î«sv^siy^
impie, osent l'amnistier en la décorant du nom d'amour , maternel... Ah I détournons nos yeux d'un tel spectacle, et reportons notre pensée sur Timage d'une mère vraiment éducatricel Elle aussi, suivra son fils de la pensée et du regard auprès de celles qu'il voudrait perdre, mais pour les lui arracher, pour lui dire : « Au nom de ta mère, ne déshonore pas celle qui sera mère ! » Sans doute en dépit de cette sainte vigilance, il pourra faillir; mais du moins ne faillira- t-il que par passion, et jamais par calcul vaniteux ou par esprit de débauche; il ne trahira personne, il ne trompera personne ; il sera peut-être jeune homme, mais il sera toujours honnête homme.
Aux passions succèdent l'ambition et les affaires.
La mère éducatrice soutiendra Tâge mûr de son fils, comme elle a épuré sa jeunesse. Quand les âpres soucis de la lutte Taccableront, c'est dans les mêmes bras où toutes ses douleurs enfantines ont trouvé refuge, qu'il viendra chercher quelque chose du calme et des bonnes résolutions de son enfance. Elle sait toutes les paroles qui le consolent (elle l'a consolé si souvent!); elle passe sur son front et dans ses cheveux, qui blanchissent peut-être, cette main caressante qui le calmait dans son berceau; elle l'appelle mon enfant^ et ce doux nom, qui, hélas I ne lui convient plus, lelouchant par le contraste même, après une heure d'entretien où sa mère lui a rendu courage rien qu'en lui rappelant combien de fois il s'est découragé, il part, le cœur ardent, la tête libre, rajeuni, et comme recréé par elle une seconde fois. Ah I on ne sait bien, ce qu'est une mère éducatrice, que lorsqu'on l'a perdue! A mesure qu'on s'avance seul dans la vie, des paroles d'elle que l'on cïo^îâI v^qvx w!!sîv\^^>
des conseils tendres et prévoyants qui ont dix ans de date, se réveillent tout à coup et viennent encore vous éclairer. En vain brillent autour de vous Tamour, les amitiés ardentes, parfois même les enthousiasmes, au fond de votre âme, se lève plus belle chaque jour, par la comparaison de toutes choses, la divine image maternelle! On trouve d'autres cœurs qui vous adorent peut-être; mais il n'y a qu'elle qui vous aime!
Aussi, comment comprendre que notre loi ait accepté l'héritage des antiques défiances contre la mère, et ne lui ait pas accordé un droit égal à celui du père dans le mariage des enfants^? Le Code dit : « Les enfants mi- « neurs ne pourront se marier sans le consentement de « leurs parents. » Puis, par une contradiction qui ren-
1 . Cette défiance contre toat ee qui vient de la m^e se marque d'une manière bien évidente dans le fait de la tuteUe des bisaïeux. Un homme meurt, ainsi que sa femme, et laisse un orphelin. Il semble que la tutelle doive appartenir à celui des ascendants qui oifre le plus de garantie comme fortune, comme moralité, comme intelligence, au plus digne enfin. Il n'en est rien cependant. La tutelle, dit le Code (art. 402), appartient de droit à l'aTeul paternei; à défaut de celui-ci seulement, on appelle l'aïeul maternel, et en remontant on a toujours soin (art. 404) que l'ascendant paternel soit préféré. Ainsi , que le père de votre père, sans tomber dans des cas d'inconduite notoire (le cas d'inconduite notoire l'exdut seul de la tutelle), soit prodigue ou débauché, qu'il n'ait souci ni de sa famille, ni de sa dignité , ni de votre amélioration, n'importe ; il aura de droit le soin de votre direction morale, le soin de votre fortone, il est votre parent |iar les hommes t la loi s'incline devant ce nom : mais qu'au lieu d'aïeul il ne vous reste que deux bisaïeuls, et tous deux de la ligne maternelle, le choix entre les deux est remis au conseil de famille. Curieuse preuve de cette jalouse et secrète hostilité contre les femmes. Tant que les parents de l'orphelin sont ses parents par son père, on livre au hasard de la naissance le soin de décider qui relèvera ; mais dès que le mot de paraits mutermls est pronosoé , la sollicitude de la loi s'éveille et intervient dans la nomination du tuteur ; elle y veut la sanction du conseil de famille : on dirait que cette parenté par les mères imprime même aux màhB un cachet d'infèrioTUè.
verse le principe même, il ajoute : « En cas de dissenti- « ment, le consentement du père suffit*. » N'est-ce pas une dérision de permettre à la mère de dire oui, et de lui défendre de dire non? On objecte l'intérêt des enfants : il faut, dit-on, que Topinion d'un des deux époux décide, afin qu'en cas de partage, le sort de l'enfant ne reste pas en suspens, c'est sa voix seule qui fait pencher la balance entre deux pouvoirs égaux. Égaux? Pourquoi alors n'avoir pas dit : En cas de dissentiment, le consentement d'un des deux suffit; pourquoi, si ce n'est qu'on voulait réduire l'autorité de la mère à une autorité fictive comme dans le passé?
Chez les Juifs, jamais dans les fiançailles le consentement de la mère n'est mentionné.
Dans l'Inde, les lois de Manou disent* : « Le père
qui a donné sa fille , le père qui accorde la main de
sa fille , le père qui marie sa fille avec les honneurs
convenables, etc. » Le nom de la mère n'est pas même prononcé.
En Grèce, la mère n'avait, ce semble, d'autre droit dans le mariage de ses enfants, que le vain privilège de porter la torche nuptiale et de préparer le repas particulier pour les femmes*. Dans Iphigenie en Aulide^ Clytemnestre s'informe bien auprès d'Agamemnon de quel pays est Achille, quand se fera l'hymen, si l'époux emmènera l'épouse en Phthie ; elle réclame vivement, comme sa prérogative naturelle, sa place auprès de sa fille pendant la cérémonie, mais tout indique que son