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Social Wèlfare & Moral PHilosopht
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H^^ M. ERNEST LCGOUVÉ. ^H
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H r.l'STAVK SÏVIIBI'., KIHTRIB.
Dessein ffënëral de l'oiiiraive.
Cet ouvrage a pour objet d'examiner la condition actuelle des femmes françaises, selon les lois et selon les mœurs, en la comparant à ce qu'elle fut, et en cherchant ce qu'elle peut être. Aucune histoire ne présente, nous le croyons, plus de préjugés iniques à combattre, plus de blessures secrètes à guérir. Parlerons - nous du passé? c'est toujours, c'est partout, c'est dans le Midi comme dans le Nord , chez les Juifs comme chez les Romains , sous Brahma comme sous Mahomet, c'est par générations entières et ininterrompues que les femmes ont été tomber sous les mômes coups et mourir do la même douleur! Frappées non pas seulement dans leur corps, mais dans les plus purs dons de la Providence, dans leur âme, dans leur intelligence, dans leur dignité; déshéritées, pendant une longue suite de siècles, du droit d'agir et de vivre, elles so sont vues condamnées à remplir en subalternes les rôles sacrés de filles, de femmes et de mères; et condamnées par qui? par leurs prolecteurs na-
lurels. C'étaient leurs pères qui les déshéritaient; leurs maris qui les opprimaient; leurs frères qui les dépouillaient; leurs fils même qui les gouvernaient. Parlerons -nous du présent? d'hier? que dis -je, d'aujourd'hui (*)? Filles, pas d'éducation publique pour elles, pas d'enseignement professionnel, pas de vie possible sans mariage, pas de mariage sans dot. Épouses, elles ne possèdent pas légalement leurs biens (^), elles ne possèdent pas leurs personnes, elles ne peuvent pas donner, elles ne peuvent pas recevoir, elles sont sous le coup d'un interdit éternel. Mères, elles n'ont pas le droit légal de diriger l'éducation de leurs enfants , elles ne peuvent ni les marier, ni les empêcher de se marier, ni les éloigner de la maison paternelle, ni les y retenir. Membres de la cité , elles ne peuvent être ni tutrices d'un autre orphelin que leur fils ou leur petit-fils, ni faire partie d'un conseil de famille, ni témoigner dans un testament; elles n'ont pas le droit d'attester à l'état civil la naissance d'un enfant ! Parmi les ouvriers , quelle classe est la plus misérable? les femmes. Qui est-ce qui gagne seize sous , dix-huit sous pour douze heures de travail ? des femmes (^). Sur qui tombent toutes les charges des enfants naturels? sur les femmes. Qui supporte
{^) Je ne prétends pas nier les exceptions heureus<?s, les affianchissenaents individuels; mais ici la règle, la loi doit seule nous occtiper.
(2) Chacun des faits allégués dans cette énumération sera prouvé par le texte même de la loi , à mesure que se dérouleront devant les yeux du lecteur les diverses phases de la vie des femmes.
{^j Nous reviendrons sur ce fait, et nous citerons les sialisliques faites par tous les économistes.
loute la honte des foutes commises par passion? les femmes. Dans les classes riches, les femmes sont-elles plus heureuses? pas toujours. Incapables pour la plupart, à cause de leur insignifiante éducation, d'élever leurs enfants ou de s'associer aux travaux de leurs maris, c'est l'ennui qui les ronge, c'est l'oisiveté qui les tue , ce sont toutes les petites passions produites par cette oisiveté même qui rapetissent leurs âmes; et ainsi esclaves partout, esclaves de la misère, esclaves de la richesse, esclaves de l'ignorance , elles ne peuvent se maintenir grandes et pures qu'à force de noblesse native et de vertu presque surhumaine. Une telle domination peutelle durer? Evidemment non. Elle tombe forcément devant les principes de l'équité naturelle, et le moment est venu de réclamer, pour les femmes, leur part de droits et surtout de devoirs ; de faire sentilr tout ce que l'assujettissement leur enlève et tout ce qu'une juste liberté leur rendra; de montrer eniin le bien qu'elles ne font pas et le bien qu'elles peuvent faire.
Je ne me dissimule pas les difficultés de cette tentative , et les périls même que pourraient amener de telles réformes.
On marche entre deux écueils : d'un côté, les utopies romanesques ou socialistes, qui, pour égaler la femme à l'homme , ne trouvent rien de mieux que de l'assimiler à lui, c'est-à-dire qui, sous prétexte de l'affranchir, la dégradent. Car, je le déclare avec une foi profonde , la théorie de la femme libre me semble une théorie aussi fatale qu'insensée î J'aimerais mieux voir la femme éternellement su-
bordonnée comme elle l'est aujourd'hui , que de la voir libre d'une telle liberté. Du moins à cette heure n'est-elle sous le joug que des lois et des hommes, c'est-à-dire de ce qui n'est pas elle; mais, femme libre, elle serait esclave de ses passions matérielles , esclave de son corps et de ses vices ; mieux vaut l'assujettissement que la. dégradation.
D'un autre côté s'élèvent des voix sérieuses et convaincues , qui , aussitôt que l'on parle de modifier le sort des femmes , crient à la ruine de la famille. Ruiner la famille! Eh! qui oserait porter la main sur celte arche sainte? sans la famille , que deviendrait la femme? sans la famille que deviendrait l'homme? sans la famille que deviendrait la France , le monde lui-même? La famille seule peut moraliser le riche et le pauvre. Par la famille et dans la famille, s'organise, non seulement cette vie matérielle qui nourrit le corps , mais cette vie bien autrement féconde du cœur qui aime , de l'intelligence qui se développe, du caractère qui s'épure par le dévouement, de tout l'être intérieur qui s'élance vers le beau et le bien. Donc un livre, dans lequel une seule ligne attaquerait la famille , serait une mauvaise action. Heureusement c'est l'intérêt de la famille elle-même , l'intérêt de sa stabilité et de sa grandeur morale , qui réclame le plus impérieusement l'amélioration du sort des femmes.
Pour s'en convaincre , il suffit de se représenter, par une rapide esquisse de l'histoire de notre Code civil, quelle place occupait dans la pensée de nos législateurs la compagne de l'homme, et quel rang ils lui ont assigné dans la vie.
La Révolution française , qui a tout renouvelé afin d'affranchir les hommes, n'a, pour ainsi dire, rien fait pour Témancipation des femmes. Sauf l'abolition du droit d'aînesse, qui intéressait autant les fils cadets que les filles, 91 a respecté presque toutes les servitudes féminines de 88 , et le Consulaties a consacrées dans le Code civil.
Pourquoi cette contradiction dans le Code républicain? pourquoi cette injustice dans le Code consulaire? Leurs origines philosophiques l'expliquent.
Le génie du xviii^ siècle a été l'inspirateur de la Révolution, et le xviii® siècle se résume en quatre illustres penseurs : Montesquieu, Rousseau, Voltaire, Diderot. Or, tous quatre furent, chacun à sa manière, hostiles au développement des femmes, indifférents ou aveugles à leurs véritables qualités.
Diderot (*), en leur prêchant le sensualisme brutal d'Otaïti, les dégradait par la liberté môme.
Voltaire, qui a parlé de tout particulièrement , n'a pas écrit une seule ligne spéciale en faveur des femmes, et, s'il a rompu une fois ce dédaigneux silence , c'est pour les immoler toutes dans la personne de celle qui lui avait dévoué sa vie : on connaît son amer sarcasme sur madame Duchâtelet.
Montesquieu (^) a formulé sa pensée sur elles dans cette phrase de VEsprit des lois : « La nature , qui a distingué les hommes par la force et par la raison, na mis à leur pouvoir d'axUre terme que celui de cette raison et de cette force. Elle a donné aux
{}) Diderot , Supplément au voyage de Uougainville. (^) Monlesquieu , Efpril des lois, livre XV f, cliap. 1>.
femmes des agréments , et a voulu que leur (ascendant finît avec ces agréments, » C'est la théorie de l'infaillibilité du pape appliquée au mari.
Rousseau (*), en dépit de son spiritualisme , cède à l'esprit de son siècle^ et dans la cinquième partie d'Emile , consacrée à la femme , morceau charmant de finesse, de grâce et de profondeur, il conclut comme malgré lui en ces termes : « La femme est faite spécialement pour plaire à l'homme; si l'homme doit lui plaire à son tour, c'est d'une nécessité moins directe; son mérite est dans sa puissance; il plaît par cela seul qu'il est fort, »
Ainsi la femme est, selon Diderot, une courtisane; selon Montesquieu, un enfant agréable; selon Rousseau, un objet de plaisir pour l'homme; selon Voltaire, rien.
La Révolution éclata : deux esprits éminents , Condorcet (^j et Sieyès (^), demandaient, l'un à l'Assemblée, l'autre dans la presse, l'émancipation domestique et même politique des femmes ; mais leurs protestations furent étouffées par les voix puissantes des trois grands continuateurs du xvin* siècle , Mirabeau , Danton et Robespierre.
Mirabeau (*) , dans son travail sur l'éducation publique , s'élève vivement contre l'admission des
(*) Rousseau, Emile ^ livre V.
(*; Condorcet , Journal de la Société de 1789, n" 5, 3 juillet
(3) Je n'ai pu retrouver dans le Moniteur le discours de Sieyès ; mais il est cité à la date de 91 , dans le remarquable ouvrage de M. Lairtuiliicr sur les Femmes de la révolution. Inlroduciion, p. 18.
) Mémoire sur l'éducation publique ^ p. '69 et suiv.
femmes à toute fonction sociale , et même contre leur présence dans toute assemblée publique.
Danton , disciple sensualiste de Diderot , ne voyait guère en elles que des objets de sensualité.
Robespierre (*) comJ>attit directement et fit rejeter la proposition de Sieyès ; et , depuis, pas une ligne partie de sa main , pas une parole sortie de sa bouche ne vint protester directement contre la dépendance des femmes dans la famille. Ce grand apôtre de l'égalité n'oublia dans son plan d'émancipation que la moitié du genre humain.
Vient enfin le Code civil. Le Code fut conçu et discuté dans des circonstances fatales aux femmes. On sortait du Directoire; les imaginations étaient toutes pleines encore des mille désordres où les femmes s'étaient précipitées. Le moment ne convenait pas pour réclamer leur affranchissement, et l'esprit général des penseurs et des législateurs y convenait moins encore. Tandis que, d'un côté, le parti du régime ancien proclamait par la bouche de son philosophe , M. de Donald (^) , « que l'homme et la femme ne sont pas égaux et ne pourront jamais le devenir, » quels étaient les représentants du régime nouveau, les sept ou huit codificateurs du conseil d'Etat? Des jurisconsultes tout imprégnés de l'esprit aride de la loi romaine ; des philosophes disciples de Montesquieu ou de l'Ecole sensualiste du xviii^ siècle (^); des complices, donc des accusateurs
(1) Lairluillier, Femmes de la révolution. Inlroduclion . p. 18.
(2) Du divorce et de la Société domestique , p. 72.
(3) Loin de nous la pensée d'aitaquer l'ensemble de notre Gode civil qui est un grand monument législatif; mais toute œuvre humaine
8 IIISTOIUE MOUALE DES FEMMES.
impitoyables des excès du Directoire, et enfin Bonaparte. La liberté féminine n'eut pas d'adversaire plus décide ; homme du Midi, le spiritualisme de la femme lui échappe ; homme de guerre , il voit dans la famille un camp , et y veut avant tout la discipline ; despote , il y voit un Etat et y veut avant tout l'obéissance; c'est lui qui termina une discussion au conseil par ces mots : a Ily a une chose qui n'est pas française j c'est qu'une femme puisse fairece qui (*) lui plaît. » Quand on rédigea l'article 213 : La femme doit obéissance à son mari , Bonaparte démanda que le maire, en prononçant ces paroles devant les époux, fut revêtu d'un costume imposant , que son accent fût solennel, et que la décoration austère de la salle prêtant à renonciation de cette maxime une autorité terrible, put la graver à jamais dans le cœur de la fiancée. Enfin , dans la célèbre délibération sur le divorce pour incompatibilité, lui seul entraîna l'opinion du conseil vers l'adoption de l'article , et ses arguments portèrent tous, non pas sur la nécessité d'arracher la femme au despotisme du mari , mais sur le besoin de fournir à l'époux trompé un prétexte honnête pour se délivrer d'une femme qui l'aurait trahi. Toujours l'homme, toujours l'honneur de l'homme ! Quant au bonheur de la femme , il n'en est pas question une seule fois.
Préparé par de tels philosophes, conçu par de
a un côté faible , et dans le Code le côté faible, c'est la pariie morale.
[^) Tliibcaiuleau , Mémoires sur le Consulat, Ces mémoires soûl fort importants à consulter, car, seuls, ils rapportent les paroles mêmes du premier Consul.
DESSEliN DE CET OUVIUGE. 9
tels législateurs, réglé par un tel homme d'État, le rôle de la femme se devine d'avance : nul dans la cité , subalterne dans la famille.
Cette subordination est-elle nécessaire, est-elle légitime? Telle est la question.
Les adversaires des femmes disent : La femme obéit parce qu'elle doit obéir , et la preuve qu'elle doit obéir, c'est qu'elle obéit. Ce qui fut éternellement d'jnstitution humaine se montre, par cela seul , d'institution divine , et une subordination qui a toujours duré est une subordination équitable, car elle tient à la faiblesse même de l'être subordonné. Donc, celui qui réellement a fait la femme sujette, c'est celui qui l'a faite inférieure , Dieu ; et en maintenant cette sujétion , on se conforme à la nature des êtres aussi bien qu'à la volonté de celui dont ils sortent.
Disciples légers de ces graves théoriciens, les hommes du monde soutiennent celte doctrine en la déguisant sous une ironique adoration. C'est au nom des agréments des femmes qu'ils protestent contre l'amélioration de leur sort ; les instruire , c'est les déparer; ils ne veulent pas qu'on 4eur gâte leurs jouets. Ne reconnaissant , selon la doctrine de Rousseau, d'autre destination aux femmes que de plaire aux hommes , ils les traitent à peu près comme les fleurs auxquelles ils les comparent toujours : respirer leur parfum, vanter leur éclat, puis les rejeter quand l'un est évanoui et que l'autre est effecé , tel est leur système. Or, les deux tiers de la vie de la femme se passent à n'avoir pas encore ces charmes ou à ne les avoir plus ; son sort , grâce à
ciiX) se résume donc en deux mots : attendre et regretter.
Pour appui de ces doctrines , ils mettent en avant deux principes sacrés : u Innovez , bouleversez , disent-ils y messieurs les utopistes; noufi, nous faisons ce qu'ont feit nos pères , nous sommes les hommes de lu tradition. Refaites la femme à Timago de l'homme ; nous , nous maintenons la différence établie par le Créateur, nous sommes les hommes de la nature, »
La tradition et la nature I comment résister k de si imposantes autorités? Comment? En prouvant qu'elles plaident elles-mêmes pour les femmes.
Nous pourrions d'abord répondre : Que nous importe la tradition? que nous importe l'histoire? Il est une autorité plus forte que le consentement du genre humain, c'est ledroit. Quand mille autres sièclesde servitude viendraient s'ajouter à tous ceux qui sont déjà passés, leur accord ne pourrait abolir le droit primordial qui domine tout, le droit absolu de perfectionnement que chaque être a reçu par cela seul qu'il a été créé. Avant notre Révolution , quelques penseurs isolés s'intéressaient seuls à la liberté des noirs; l'idée de leur émancipation n'a guère plus d'un demi-siècle de date ; c'est donc à dire que leur titre à la liberté n'existait pas il y a soixante ou quatre-vingts ans, et qu'il n'a commencé d'être que quand Penn et la Convention ont commencé d'en parler? La concordance de l'humanité entière sur la sujétion des femmes ne prouve qu'une chose , la longueur de la servitude, etconséquemment l'impérieuse nécessité de songer à la délivrance.
Si légitime que soit cet argument, laissons-le de côté 9 et disons avec les théoriciens de la tradition : Oui 9 toute réforme a tiré sa force et sa légitimité de sa liaison avec ce qui la précédait : nier le passé c'est se nier soi-même : Dies poslerioVy prions est disdpuluSj aujourd'hui est l'élève d'hier.
Voilà bien les trois principes de cette théorie : qu'en conclure au sujet des femmes ? Qu'il faut se hâter de concourir à leur affranchissement, car leur histoire n'offre qu'une suite non interrompue d'émancipations successives, et leur destinée présente, qui est la sujétion si on la compare à l'avenir, est la liberté si on la compare au passé. Voilà donc les hommes de la tradition devenus malgré eux les hommes du progrès, puisque le progrès, c'est la-' tradition.
Reste la nature , c'est-à-dire la différence (j'entends par différence l'ensemble des qualités particulières à l'homme et à la femme qui les différencient l'un et l'autre). A Dieu ne plaise, qu'à l'imitation de quelques socialistes, il nous vienne à l'esprit de la nier et de prétendre assimiler les femmes aux hommes ! ce serait le plus sûr moyen de les assujettir; car un être, déplacé de son rôle naturel, est forcément inférieur, donc asservi. Oui, la femme nous apparaît comme une créature profondément dissemblable de l'homme ; mais , loin de voir le signe de son infériorité dans cette dissemblance^ nous y trouvons la raison même de son élévation à un sort meilleur. En effet de deux choses l'une : ou bien l'on circonscrit la vie des femmes dans l'enceinte du foyer domestique, et l'on proclame que là est
12 lilSTOlUË MOKALE DES FEMMES.
leur royaume : alors au nom de la différence, nous dirons : Si là est leur royaume , elles doivent donc y être reines ; leurs facultés propres leur y assurent donc l'autorité, et leurs adversaires sont forcés par leurs propres principes de les émanciper comme filles, comme épouses, comme mères. Ou au contraire, on veut étendre leur sphère d'influence, leur donner un rôle dans TÉtat (et nous croyons qu'il leur en faut un); eh bien! c'est encore dans cette dissemblance qu'il convient de le chercher. Lorsque deux êtres se valent, c'est presque toujours parce qu'ils diffèrent, non parce qu'ils se ressemblent. Loin de déposséder les hommes , la mission des femmes sera donc de faire ce que les hommes ne font pas , d'aspirer aux places vides , de représenter enfin dans la cité l'esprit de la femme.
Ainsi , l'objet de ce livré se résume par ces mots : Réclamer la liberté féminine au nom des deux principes mêmes des adversaires de cette liberté : la tradition et la différence , c'est-à-dire montrer dans la tradition le progrès, et dans la différence l'égalité.
Ce dessein se trouve d'accord tout ensemble avec l'histoire , avec la conscience et avec la nature. Comme l'histoire, il établit que la femme a toujours tendu à la liberté; comme la conscience, qu'elle doit y tendre ; comme la nature , qu'elle doit y marcher par une autre route que l'homme.
Guidés par ce principe ,* avançons sans crainte. Dieu a créé l'espèce humaine double , nous n'en utilisons que la moitié ; la nature dit deux , nous disons un ; il faut dire comme la nature. L'unité elle-même, au lieu d'y périr, sera seulement alors l'unité véri-
table, c'est-à-dire non pas l'absorption stérile d'un des deux termes au profit de l'autre , mais la fusion vivante de deux individualités fraternelles , accroissant la puissance commune de toute la force de leur développement particulier.
Enfin rÉtat y trouvera profit comme la famille.
L'esprit féminin est étouffé ^ mais il n'est pas mort : iFvit , il éclate sourdement de toutes parts. Nous ne pouvons pas confisquer à notre gré une force créée par Dieu , éteindre un flambeau allumé de sa main : seulement, détournée de son but, cette force, aii lieu de créer, détruit ; ce flambeau consume au lieu d'éclairer.
Ouvrons donc à larges portes l'entrée du monde à cet élément nouveau, nous en avons besoin.
A côté des mots égalité et Ifterté notre drapeau / porte le mot sublime de fraternité ; mais il ne suffit pas que ce mot soit écrit sur un lambeau d'étoffe , il ne suffit pas même qu'il passe dans les lois , c'est dans les cœurs qu'il faut le graver ! Les femmes seules peuvent être les missionnaires de cette parole. La liberté et l'égalité sont des sentiments virils, c'està-dire jaloux , soupçonneux et qui ne parlent qu'au nom du droit. La fraternité parle au nom de l'amour, et la fraternité c'est l'âme même des femmes. Que cette âme soit donc mêlée à la vie tout entière de la France ; qu'elle vivifie la famille, qu'elle circule dans la société ; qu'elle attendrisse , qu'elle apaise, qu'elle réconcilie!... L'apostolat de la République ne manquera ni de saints Pierres prêts à prendre le glaive contre l'ennemi, ni de saints Pauls tonnant par la parole ; mais il nous faut aussi la voix tou-
14 HISTOfilB MORALE DES FEMMES.
chante du disciple bien-aimé , du frère de cœur do Jésus j de celui qui dit : Aimez-vous les uns les autres... divin saint Jean, tes seules héritières légitimes y ce sont les femmes.
Diwiftioif de Touirase
Les femmes sont filles , épouses , mères , membres de la cité. Notre ouvrage suivra ces quatre grandes divisions naturelles , en se subdivisant, comme elles, en autant de chapitres que chacune de ces conditions offre de phases distinctes ; puis , dans chaque chapitre, nous mettrons en présence le passé, le présent, et, avec toute la réserve que nous commande notre insuffisance, l'avenir.