‹ Histoire morale des femmesChapitre 2 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

IVai«caiiee.

Un lit de douleur est là, lit nu et grossier pour le riche comme pour le pauvre, pour les peuples du Nord comme pour ceux du Midi ; car il faut une couche dure pour cette dure opération... Une femme accouche. Auprès d'elle, son mari inquiet, sa mère tremblante, le médecin silencieux; tous les regards sont tournés vers celui-ci : on attend. Soudain part un faible cri , premier cri de la vie , Tenfant est né. — «Qu'est-ce? qu'est-ce? demande-t-on avec angoisse. — C'est une fille, » Pendant combien de siècles , chez combien de nations , ce mot : « C'est une fille ! » a-t-il été une parole de désolation, même un signe de honte !

Chez les Juifs, la femme (^) qui avait enfanté

(') Si une femme enfante un mâle , elle sera impure pendant sept jours, et elle demeurera encore trente-trois jours pour être purifiée de la suite de ses couches; si elle enfante une fille, elle sera impure pendant deux iemaines^ el elle demeurera soixante-six Jours pour être purifiée de la suite de ses couches. Lévilique, Xil, i-ô.

était exclue du sanctuaire pendant quarante jours si elle avait un fils ; mais , si elle avait une fille , pendant quatre-vingts. Dans l'Inde , la réprobation jetée sur la fille naissante était une conséquence de la religion même. La religion indienne prêtait à la venue des enfants de bizarres et pieuses influences. Liant entre elles toutes les générations par une solidarité louchante, elle voulait que les bonnes ou les mauvaises actions d'un homme ne fussent pas suffisantes pour le conduire après sa mort au séjour de joie ou au lieu de douleur: son salut ne dépendait pas de lui seul, il dépendait de ses descendants , et Fâme de Taïeul errait , désolée, autour de la demeure bienheureuse, tant que ses enfants n'avaient pas célébré en son honneur le sacrifice funèbre, le Sraddha, Or, ce sacrifice de piété, cette œuvre de salut , les filles ne pouvaient pas l'accomplir. Séparées de leur famille môme, inutiles aux êtres les plus regrettés, leur stérile tendresse connaissait les maux de leurs pères , y croyait , en pleurait, et ne les pouvait soulager. Aussi dès la naissance, autour du lit de douleur, quelle attente, et, selon l'événement , quel contraste! Était-ce un fils qui naissait (*)? Avant qu'il eût crié, pour ainsi dire, quand il était encore attaché au sein maternel, le père courait chercher ce que la nature a de plus doux et ce que la terre renferme de plus précieux , du miel et de l'or. Il en enduisait les lèvres du nou-

(') Une céi'éinonie csi prescrite à la naissance d'un enfant mâle. On doit lui faire goûter du miel , du beurre clarifié et de Tor, en récitant des paroles sacri^es. Loi» de Manon ^ t. H, p. 29.

voau-né, et au son des paroles saintes récitées solennellement, il lui donnait les titres les plus expressifs qui devenaient ses noms; il l'appelait Powtfra (*), Sauveur de l'enfer, ou bien VEnfant du devoir, parce que, grâce à lui, la dette envers les aïeux se trouvait acquittée. Bien plus, la mère elle-même avait part à ces honneurs ; et dans cette famille indienne, qui renfermait sept ou huit épouses de divers degrés, la mère d'un fils montait par la seule force de ce titre au premier rang. Etait-ce une fille qui naissait , au contraire? Quel morne silence! pas de chants sacrés, pas de fête religieuse. Par quel aliment Tinitiera-t-on à la vie? par le lait? par le miel? La loi religieuse ne le dit même pas. Que lui importe? c'est une fille. Quel titre lui donnera-ton? Aucun, puisqu'elle ne représente rien; seulement que son nom (^) soit coulant et facile à prononcer, voilà tout ce que le législateur réclame pour elle. Quant à la mère, elle pleurait et elle tremblait; son séjour dans la maison de son mari devenait moins assuré par la naissance de cette enfant; la femme (^) qui ne mettait au monde que des filles pouvait être répudiée la onzième année. Voilà ce que dit Manou. A Athènes, le père d'une fille allait ordonner avec dépit de suspendre au-dessus de sa

0) Lois de Manou, liv. IX, v. 138. Par la raison que le fils délivre son père du séjour infernal appelé Poul , 11 a été appelé Sauveur de l'Enfer {Poutlra) par Brahma lui-même.

(2) Lois de Manou, liv. Il , v. 33.

[^} Une femme stérile peut être répudiée la huitième année; celle dont tous les enfants sont des filles, la onzième. {Lois de Manou , liv. IX, V. 81.)

porte une quenouille de laine (*), au lieu des guirlandes d'olivier qui devaient dire à toute la cité : Un flls est né dans cette maison.

A Sparte, sur dix enfents abandonnés comme trop coûteux à élever, ou trop difficiles à établir, il y avait sept filles ; leur sexe équivalait à une difformité (*) A Rome, le nouveau-né était placé aux pieds de son père f ) , qui pouvait le relever ou l'abandonner à son gré. Que de fois le patricien, avec toute la colère de Torgueil trompé , s'est-il détourné de la pauvre petite créature couchée à terre devattt lui, vagissant, pleurant, appelant... Vain appel, c'était une fille !

Chez nos ancêtres, sous le régime féodal, la naissance d'une fille paraissait au père une calamité. L'histoire (*) rapporte qu'à Nogent-le-Rotrou , quand on présenta à Louis XI son premier enfant, Jeanne de Valois, sa colère fut telle qu'il ne voulut pas la regarder, qu'il repartit aussitôt pour Paris, qu'il défendit toute réjouissance publique , et que l'enfant, reléguée au château de Linières , fut pendant

(•) Antiquités grecques^ t. Il , cli. 15. — Aristophane , Les grenouilles.

(2) Deux mots servaient à exprimer le malheur des i'nfants rejelés par leur père : a7roT(ô«a9ai , pour désigner l'exposition d*un erifant condamné à périr comme contrefait ; exTcGiaGat, pour marquer l'aban^ don d'un enfant que ses parents, trop pauvres, ne pouvaient nourrir. Cet abandon menaçait particulièrement les filles ; leur éducation plus coûteuse , et leur établissement plus difficile, en faisaient souvent un fardeau. [Antiquités grecques, t. II, chap. 13.-

(3) I/enfant nouveau-né n'était légitimé que quand le père Pavait lève" de terre (terra levaverat). De là le moi élever, — Adam, Antiquités romaines, 1. 1, p. 76. — Denys d'Halicarn.sse, lîv. vrtT.

(*) Histoire de Jeanne de Valois, par Pierquin de Gembloux.

quatre ans privée des caresses de sa mère , et hé vit pas son père une seule fois. La naissance môme d'un fils ne désarma point la haine de Louis XI éôntre son innocente fille: la première fois qu'il l'aperçut, il ne dit que ces mots : « Je ne l'aurais p^s crue aussi laide... » Depuis, il témoignait à sa vtre tant d'irritation , que la gouvernante de la jjâtlvre enfant la cachait dans les plis de sa robe si soh père venait à passer; et l'on dit qu'un jour, niiè ^ôrte de rage aveugle le saisissant, il tira soh épée contre Jeanne, et lui porta près de la tempe garuche un coup dont la cicatrice ne s'effaça jamslîs, un coup qui l'aurait tuée si M. de Linièrés, sofi gouverneur, n'eût détourné l'arme... Dépouilles^ cette haine de ce que le caractère de Louis Xï y ajotrtait de farouche, de cruel, et vous y voyez peint aii vif le cœur de plus d'un père féodal, de plus d'un grand seigneur de la Renaissance , de plus d'un courtisafn du xvip et du xvin* siècle, de plus d'un noble d'hier, de plus d'un petit bourgeois d'aujourd'hui, de plus d'un homme du peuple.

L'homme du peuple, dans son langage si plein de l'esprit des choses, marque d'une sorte de ridicule et semble dépouiller d'une part de sa valeur virile l'homme qui ne fait que des filles. Interrogez tel paysan sur sa famille , il vous répondra : Je n'ai pas d'enfants, monsieur, je n'ai que des filles. Le fermier breton, dont la femme met au monde urië fille , dit encore aujourd'hui : Ma femme a fait une fausse couche.

H y a certes là un fait moral très complexe et très mystérieux j la vanité ou le préjugé ne sauraft

suffire à en donner Texplication, il faut la chercher ailleurs.

Ce qui distingue Tamour paternel et maternel de tous les autres sentiments, ce qui l'élève au-dessus deux, c'est la prévoyance. L'amant, Tami, le frère, le mari , peuvent aimer avec autant de passion et de dévouement que le père ou la mère, mais leur tendresse se répand presque tout entière sur l'heure présente; la sollicitude des pères et des mères ne s'arrête au contraire jamais ni à la santé actuelle , ni aux talents et au bonheur du moment ; ils voient toujours leur enfant à dix ans de distance; ce sont les sentinelles de l'avenir. Or, ce sentiment de prévoyance , dont Dieu a fait le fond de l'amour paternel, est précisément celui qui pousse le cri d'alarme à la naissance d'une fille. Tout père vraiment sensé, quand il reçoit pour la première fois dans ses bras la chère petite créature naissante, doit se demander avec une anxiété mille fois plus profonde que s'il s'agissait d'un fils, que deviendra-t-elle? La vie est si rude et si incertaine pour une fille! Pauvre , que de chances de misère 1 Riche , que de chances de douleurs morales ! Si elle ne doit avoir que son travail pour soutien, comment lui donner un état qui la nourrisse dans une société où les femmes gagnent à peine de quoi ne pas mourir? Si elle n'a pas de dot , comment la marier, dans ce monde où la femme , ne représentant jamais qu'un passif, est forcée d'acheter son mari? Si elle ne se marie pas , comment la préserver au milieu de tant d'occasions de chute; et, si elle tombe, comment la relever, au sein de cet ordre de choses où chaque

faute lui est comptée si durement? La richesse , l'éclat de la position, la santé , la beauté, les dons de Tâme ne suffisent pas pour rassurer un père ; car, il le sait, la vie de sa fille ne sera qu'une vie relative; son bonheur et son développement même seront à la merci d'un autre ; de là, dans le cœur paternel, le découragement. Cette enfant ne lui appartient pas plus qu'elle ne s'appartient à elle-même ; jeune femme, il la perd; jeune fille, il sait qu'il la perdra ; l'avenir qui manque à leur affection l'attiédit en la circonscrivant.

La tendresse, en effet, ne vit pas d'elle seule ; s'aimer, sauf dans les courts enivrements de l'amour, ce n'est pas seulement se dire, je t'aime ; c'est travailler et penser ensemble. Une affection qui n'enveloppe pas notre vie entière par un mélange d'occupations communes, ne remplit que la moitié de notre âme, et l'amour paternel surtout qui , en raison même de ses devoirs d'éducateur, se complète par l'espérance; l'amour paternel ne trouve que dans la présence d'un fils un aliment à tous ses besoins. Industriels, nous rêvons dans notre fils le continuateur de nos travaux; commerçants, nous voyons d'avance son nom joint au nôtre , et un tressaillement d'orgueil nous saisit à la pensée de cette maison fondée par nous, et s'élevant à un degré nouveau de splendeur sous la direction commune de MM. père et fils: Penseurs , nous lui gardons les idées que nous n'avons pas eu le temps ou la force de mûrir, et notre postérité morale nous apparaissant comme perpétuée dans notre postérité matérielle , nous ne regrettons plus la gloire qui nous a fuis nous-même».

alors que nous la croyons destinée à cet être si ch^r. Ainsi , mais seulement ainsi , se prolonge notre existence terrestre, et nos jours, en s'enchainant aux siens qui se nouent à leur tour à ceux de ses enfants , nous offrent presque la perspective de l'infini, au lieu de cette vue lointaine de la mort, si odieuse pour notre imagination.

Avec une fille, aucune de ces joies : par suite de l'organisation despotique du mariage , tout lien légal est rompu, et tout lien de société peut se rompre entre le père et sa fille mariée (*). Par suite de son insignifiante éducation , toute communauté sérieuse de travail se trouve , sauf de rares exceptions , pres^ que impossible entre elle et lui : les bons enseignements même se stérilisant parfois sous l'influence maritale , le père et la mère peuvent hésiter à développer chez leurs filles les plus pures passions d'un grand cœur, l'amour du bien, surtout l'amour du beau , car il est mille femmes pour qui la culture de l'intelligence, la générosité de l'âme, la charité même , sont des causes incessantes de luttes et de discorde avec leurs maris. Enfin un préjugé cruel, et qui doit nous arrêter un moment, fait un véritable malheur de la naissance des filles : c'est la souffrance particulière et l'espèce de honte attachée à leur célibat.

Le mot de vieille fille fait frémir les pères. Ce n'est pas assez , en effet , que ce mot signifie isolement, privation des joies les plus douces, misère parfois, il faut encore qu'il dise ridicule :

(1) Le droil du mari peul s'étendre jii^uc l<^ ; non» le d^pioiiirrroQs.

Une vieille fille est, pour ainsi parler^ honteuse dan« la vie ; elle se sent sous le coup (}es regards et 4bs suppositions moqueuses. Sa pauvreté ne paraissant pas à la malignité une raison suffisante de son célibat , on y cherche , on y trouve parfois , à force (Je fouiller le passé , quelque motif plus triste encore pour la pauvre victime y dans une défectuosité secrète, ou dans une faute ignorée. Pourquoi donc cependant flétrir le célibat de la femme et amnistier celui de l'homme? Le vieux garçon offre-t-il un type si digne de respect? Souvent égoïste , défiant , livré parfois à l'empire dégradant de quelque servante , il n'a cherché peut-être dans son célibat volontaire qu'un moyen de prolonger les désordres de s^ jeunesse , ou de réserver toutes ses pensées pour lui seul ; la vieille fille , au contraire , est presque toujours restée fille par confiance en une promesse qui l'a trompée , par fidélité à un amour qu'a suivi l'oubK, ou par dévouement pour ses parents ; son isolement nous représente une vertu ou un malheur. Quelquefois aigre , parce qu'elle est aigrie ; prude, parce qu'on se fait un jeu de sa pudeur, elle rachète en plus d'une circonstance ces défauts, qui sont ceux de sa position , par mille preuves de dévouement et d'affection. Il faut une famille à son cœur; orpheline, ell^ s'attache à ses grands parents; privée d'ascendants, elle cherche quelque sœur, quelque jeune parente à aimer, et dans cette famille qu'elle a choisie, elle prend un rôle qui tient de l'aïeule et de la gouvernante , et que les Allemands ont exprimé par un mot charmant , le rôle de tante berceuse. La vieille fille se charge de ce

que personne ne veut faire ; seule assez patiente pour apprendre au^ enfants leurs lettres et leurs notes de musique , elle les habille , les conduit à la prome nade, les garde à la maison, et sa mémoire a toujours dans quelque case un conte qui les amuse , comme son tiroir une friandise qui les attire. Dans son besoin d'aimer, et dans son indigence d'objets d'affection , elle s'attache aux animaux domestiques , aux fleurs, aux petits pauvres du village qu'elle instruit, aux orphelines qu'elle habille; elle se sent la mère de tous ceux qui n'en ont pas.

Si cette défense de la vieille fille est juste, que dirons-nous donc de la fille jeune encore?

Nous avons dépeint toutes les joies qui naissent de l'association du fils et du père ; mais ces joies , comme on l'a vu , tiennent plus à l'espérance qu'à la réalité, à l'avenir qu'au présent. La fille seule pourrait les compléter, et le charme, qu'en dépit de sa position ingrate elle répand déjà dans la maison , nous apprend tout ce que la famille lui devrait de bonheur dans un meilleur ordre de choses.

Si le fils y représente l'espérance, la fille a pour mission d'y figurer la pureté, et, grâce à sa présence, comme dit l'Indien dans son poétique langage, le père participe à la vie des vierges. Quand la mère pleure, est ce le fils qui la console? Quand le père souffre, est-ce le fils qui le soigne? Le père revient le soir, brisé de fatigue , sombre de préoccupations : qui court au devant de lui jusque sur le seuil? qui le délivre des incommodes vêtements de la route? qui essuie son front soucieux? Sa fille; et soudain fatigue et soucis se dissipent.

De même pour réducation. A peine votre fils estil sorti de renfonce, que l'éducation publique le réclame et vous l'enlève ; vous l'envoyez à cent lieues de vous, si vous demeurez en province; à l'extrémité de Paris , si vous habitez Paris ; puis , selon la distance , deux jours par mois , ou une fois par an, vous êtes père, votre Hls vous revient, mais désaccoutumé de vous , formé par un autre , et ne cherchant bien souvent sous votre toit que le plaisir de l'oisiveté, de la liberté et du bien-être.

Ses études achevées , ce sont les passions , les plaisirs, le jeu, qui vous le disputent ; la maison paternelle est une prison pour lui; vous êtes son geôlier, ou, qui pis est, son caissier. Sans doute vos reproches le touchent, les larmes de sa mère l'affligent, mais pour une heure ; il a la fièvre, la fièvre de la vie, il fout qu'il vive; n'avez-vous pas vécu, vous aussi? Voilà le fils jusqu'à ce qu'il soit homme. Une fille , au contraire, si l'organisation delà famille s'accordait avec son idéal, serait à vous, ne serait qu'à vous , et représenterait l'éducation domestique. Vous étiez père, vous devenez créateur ; car, créer, ce n'est pas donner un corps , c'est former une âme , et vous pouvez élever votre fille. Une fois cette tâche entreprise et accomplie, ne craignez plus que son cœur vous abandonne quand une autre maison deviendra la sienne; car elle ne vous quittera que pour devenir mère à son tour, et repassant alors comme institutrice le chemin qu'elle aura parcouru comme élève , chacune de ses épreuves dans celte voie nouvelle sera un souvenir reporté vers vous, chacun de ses souvenirs un mouvement de reconnaissance.

ij)6 HISTOIRE MpHA^tË DES FEMMES.

Ëndp l'd vieillesse vient pour les parents, et avec la vieillesse 9 l'isolement^ la tristesse, les infirmités. Votre 61s ne vous abandonne pas ; mais, emporté par ce besoin d*activité, qui fait le fond de la vie de l'homme, ses visites sont plus rares, ses paroles plus brèves : l'homme ne sait pas consoler. Que votre ftUe, au contraire, soit veuve ou libre, elle s'établit à votre chevet ou derrière votre fauteuil de malade ^ et ramène dans les cœurs les plus incré* dules 1^ croyance à la divinité à force de bonté vrsiip^Ht divine. Qui de nous n'a pas rencontré da^s 1^ yia , quelqu'uQe de ces Cordéli^ agenouillée dav^nt un père infirme ou affaibli de raison ? Par i^pe contradiction vraiment touchante , la ^Ue alors devient la mère ; souvent même, les intonations tendres et caressantes réservées pour l'enfance, les paroles qui n'appartiennent, ce semble, qu'à la bouche des mères , sont parfois échangées entre eux avec une grâce charmante , car le vieillard s'aperçoit de ce renversement des rôles, et un demi-sourire plein ^e mélancolie et de tendresse va dire à sa fille : Ce sont des enfantillages, je le sais, mais je suis si heureux d'être ton enfant I

Tels sont en partie les bienfaits par lesquels les filles combattent, dans le cœur paternel , le préjugé qui frappe leur naissance ; m^is comme ce préjugé tient à des raisons matérielles , à des institutions , il f^utdes institutions pour le détruire. Dès ce début, en effet, et dans ce berceau d'enfant , pour ainsi dire, nous avons trouvé et entrevu toutes les chaînes qui attendent les femmes : insuMsanee de l'éducatipo pQur 1^ SUe riche; insuffisance du salaire

poi^c la fiU^ pauvre ; exclusion de la plupart des piTif^ssions; ^ubalternité dans la maison conjugale ; et atpsi se démontre la nécessité de toutes les rér^ former dpot la suite des idées amènera le développism^nt. Ces changements sont difficiles , mais le perfectionnement de la famille est à ce prix. Alors seulement y la &l\^ , mêlée à la vie morale el matérielle de ses parents, comptera comme une compagne et comme une aide dans cette maison où elle pèse trop souyent comme une charge ; elle en sera la joie, ainsi que le fils en est l'orgueil, et, à nos yeux , se dessinera une première image de cet i4éal que npii^ poursuivons , l'unité naissant du développement di8s différences.

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