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COUVENT DU CALVAIRE

Jusqu'à ce temps, il n'y avait pas dans la ville de couvent de iilles. C'était un sujet de regrets pour les catholiques, car depuis longtemps ils désiraient en avoir un ; et comme ils savaient que le bailli, M^ Robert Forestier, leur prêterait, pour atteindre ce but, un concours dévoué, d'accord avec lui, ils jetèrent les yeux sur la congrégation des religieuses Bénédictines du Calvaire de Notre-Dame, de la ville de Poitiers. Le bailli s'employa avec zèle pour faire réussir ce projet. Il fit plusieurs voyages à Paris pour y intéresser le duc et la duchesse, et négocier avec la supérieure générale. Ses démarches eurent un plein succès. Les religieuses arrivèrent à Vendôme au mois d'avril 1625 ; mais rien n'était préparé pour les recevoir. On loua de M. Anthoine Fousteau, président aux Grands Jours, pour les loger provisoirement, une maison située près du pont Rondin. Dès le mois de janvier 1626, on commença à acquérir dans le faubourg Chartrain des terrains et des maisons que l'on

(1) Registre municipal, 11° 19, page 90.

démolit pour élever à leur place les bâtiments et l'église. Les travaux commencèrent en cette année 1626 (^) ; mais ce ne fut qu'en 1629 que les religieuses purent prendre possession du couvent (2).

Les avantages que le collège des RR. PP. de l'Oratoire ursulines

offrait pour l'éducation des jeunes gens faisaient regretter de n'avoir pas une maison semblable pour les filles. Dans ce temps, l'évêque de Chartres Léonor d'Étampes, constata, au cours de ses visites pastorales, qu'un grand nombre de jeunes filles, dont une partie appartenait à des familles calvinistes, ne recevaient pas d'instruction, faute de personnes pour la leur donner. Il proposa à la duchesse, alors pourvue de la procuration générale du duc son mari, absent pour :e service du roi, d'établir dans la ville une maison d'Ursulines qui, conformément au but de leur congrégation, donneraient l'instruction gratuite à ces enfants.

La duchesse entra volontiers dans les vues de l'évêque; mais avant de rien décider, elle voulut connaître le sentiment des habitants, au sujet de l'établissement projeté. Sur son ordre, le bailli ]VP Forestier, les réunit, le dimanche 17 août i63i, en une assemblée générale, et comme ils se déclarèrent favorables aux intentions de la duchesse, elles ne tardèrent pas à être mises à exécution.

(^) Titres anciens du Calvaire. — L'établissement de ce couvent amena une modification dans le système des Aoies de communication du faubourg Chartrain. Les religieuses ouvrirent en face de leur église une allée qu'elles prolongèrent jusqu'au faubourg, et dans l'axe de laquelle elles élevèrent un calvaire. Elles la liordèrent de haies et la plantèrent d'ormeaux destinés à la décoration de leur église. Cette allée est devenue la rue du S'-Cœur d'aujourd'hui. On prit l'habitude d'y passer pour gagner le hameau de la Tuilerie, que l'on nommait alors les Tuileries, au lieu de prendre la venelle Guénard, qui n'était pas comme aujourd'hui une impasse. Elles se prolongeait alors par une rotte, à travers les jardins des maisons du faubourg et les champs, jusqu'à la planchette sur laquelle elle franchissait le fossé Chevrier, se dirigeant ensuite vers la Tuilerie. La portion de la rotte comprise entre l'extrémité de la A^enelle Guénard et l'allée du Calvaire cessa peu à peu d'être fréquentée, et linit par disparaître.

(-) Histoire de Vendôme, Ahl)é Simon, t. III, page 118.

Le 19 février i632, quatre religieuses Ursulines arrivèrent à Vendôme, On les logea provisoirement dans la maison près le pont Rondin (*) qui, quelques années auparavant, avait été occupée par les Dames du Calvaire. Elles y demeurèrent jusqu'en i635. En cette année, les premières constructions élevées sur les terrains qu'elles avaient commencé d'acquérir en 1634, dans le faubourg Ghartrain, se trouvèrent assez avancées pour les recevoir (2).

BUREAU La fondation de ces divers établissements avait contribué

DES PAUVRES ^^ dévcloppcmcnt de la ville, mais sans lui procurer aucun

allégement des charges publiques sous lesquelles elle fléchissait ;

car leur qualité de maisons religieuses les dispensait d'y

participer.

Le grand nombre des pauvres constituait l'une de ces charges. Il était même devenu si considérable, que le gouvernement dut porter son attention sur les inconvénients et les dangers de la mendicité et du vagabondage. Dans le but d'y remédier, un édit du mois d'avril i656 avait ordonné la création, dans les villes d'une certaine importance, d'établissements destinés à recevoir et à enfermer les pauvres valides mendiants.

Les habitants de Vendôme s'empressèrent de se conformer aux prescriptions de l'édit en fondant un bureau pour empêcher la mendicité et donner bon oi-dre à cette ville et forsbourgs. Pour en assurer le bon fonctionnement, ils adoptèrent, dans une assemblée du 23 décembre lôS^, un règlement général qui devait être soumis à l'approbation du duc de Vendôme, César. Son fils, le duc de Beaufort, avait chaudement encouragé la fondation de cet établissement.

Malheureusement, et sans doute par suite de l'impossibilité où l'on s'était trouvé de le faire, on n'avait inscrit dans ce régie

(') Pont sur le canal descendant du pont Parin à l'arche de S*-Père, appelé anciennement rivière de Vieil Pont et ensuite de Beaux Oncles, et qui traverse la rue Poterie.

('^) La première pierre de leur chapelle ne fut posée qu'en 1662. — Cette chapelle fut fermée le 10 octobre 1791, ainsi que la petite école tenue par les religieuses, parce qu'elles avaient refusé pour chapelain le sieur Morin, prêtre asscrmenlé, pour prendre le sieur Proust, prêtre non conformiste. Reg. mun., n° 22.

ment aucune dotation productive de ressources permanentes, suffisantes pour en assurer l'existence. Cependant il vécut d'abord de dons assez considérables, que lui firent les princes de Vendôme et plusieurs personnages de leur entourage qui habitaient Paris.

Mais c'étaient là des ressources précaires qui, ne se renouvelant pas. ne pouvaient manquer de s'épuiser. C'est ce qui se produisit proniptcment, car, dès l'année 1662, le trésorier dut exposer aux habitants assemblés l'impossibilité de faire vivre le bureau dans les conditions où il se trouvait. Ceux-ci, reconnaissant l'exactitude de l'exposé du trésorier, et se déclarant incapables d'assurer l'existence du bureau, étant pour la plupart pauvres et nécessiteux, leur pauvreté causée dès longtemps tant par les maladies que par les tailles, délibérèrent de solliciter le duc de vouloir bien permettre que le bureau /cH cassé, et que les habitants fissent à l'avenir leurs charités comme ils l'entendraient ('j- L'impossibilité démontrée de l'entretenir plus longtemps en amena la suppression.

Le moment où il disparaissait était précisément celui où un nouvel édit (juin 1662), provoqué par Colbert, ordonnait la création dans les villes et bourgs d'hôpitaux destinés à recevoir les pauvres, dans lesquels on leur fournirait du travail et du pain, afin d'arriver à supprimer la mendicité.

L'échec que venait de subir le bureau des pauvres coupait court à tout projet d'une nouvelle organisation. Cependant l'idée de combattre la mendicité était si juste, elle répondait à un besoin si réel, qu'elle fut reprise au bout de peu d'années.

La fondation d'hôpitaux généraux fut ordonnée dans ce tentative but, par un arrêt du Conseil du 7 juin 1678, et le marquis de de

Ménars, intendant de la généralité d'Orléans, enjoignit aux habitants de Vendôme de se conformer, sur ce point, aux ordres du roi. Ils s'assemblèrent en conséquence le 11 juin 1679, pour délibérer « sur les moyens et choses nécessaires pour Ci l'établissement d'un hôpital général que le roi désire être c< fait en cette ville, pour y loger, enfermer et nourrir les

(') Registre municipal i, f' 66, et Bulletin de la Société Arch. du Vcndomois, année iSS'î, p. .ï3 et suiv.

FONDATION d'un HOPITAL

ce pauvres mendiants invalides, natifs de cette ville, ou quijy a auraient demeuré pendant un an Q)....

L'hôpital général projeté ne différait que peu de l'ancien bureau des pauvres ; il était cependant conçu d'une façon moins large que ce dernier, puisqu'il n'était destiné qu'aux pauvres invalides natifs de la ville ou y ayant demeuré pendant un an.

Cette dernière disposition était si sage, qu'elle a passé dans notre législation hospitalière actuelle, où elle sert à déterminer le temps pendant lequel un indigent doit avoir résidé dans une commune pour y acquérir son domicile de secours.

Eclairés par l'expérience, les A endomois se montrèrent très préoccupés de l'avenir de cet hôpital, auquel ils ne voyaient attribuer ni dotation, ni fondation pouvant lui procurer un revenu certain, capable d'en assurer l'existence. Les mêmes causes devant produire les mêmes effets, ils redoutaient pour lui le sort de son prédécesseur ; malgré toute leur bonne volonté pour le soutenir, ils se déclaraient d'autant moins capables de le faire « qu'ils étaient beaucoup depuis diminués de nombre ce et de moyens, par les grandes impositions qu'ils avaient ce paj^ées et logements de gens de guerre qu'ils avaient ce soufferts, tant de passage que de quartiers d'hiver, et les ce misères qui les avaient affligés et affligeaient Journellement ce par la cessation de leur commerce. »

Néanmoins ils se disaient prêts à faire tous leurs efforts pour se conformer aux intentions du roi ; mais ils demandaient que S. M. voulût bien leur venir en aide en attribuant à l'hôpital général les revenus de bénéfices des petits hôpitaux situés dans le Vendomois. qui n'avaient point été réunis à l'ordre de S^-Lazare, et dans lesquels, dit un procès-verbal de délibération, l'hospitalité ne s'exerce qu'en figure. C'étaient l'hôpital de la paroisse de Lisle, les prieurés de Lancé, de S'-Mars, de S'-Pierrela-Motte, la chapelle S'-Jacques-du-Bourbier au faubourg S'- Georges, et celle de S'^-Marie-Madeleine au faubourg Chartrain à lacjuelle le domaine de la Maladrerie avait été réuni depuis longtemps. Le roi était encore prié d'abandonner à l'hôpital la

(') Origine de la fixation du temps de résidence nécessaire pour acquérir le domicile de secours.

moitié du produit de l'octroi qu'il prélevait, et de permettre de lui attribuer la portion de l'autre moitié qui appartenait à la ville, en l'affranchissant des frais de reddition des comptes, devant la chambre des Comptes, qui s'élevaient toujours à de grosses sommes. A l'hôpital devraient encore être attribuées toutes les aumônes, tant générales que particulières, faites par les communautés (i) et les habitants. Il jouirait aussi du droit de franc salé (2) et ne paierait que le prix du marchand pour le sel qu'il consommerait.

On proposa de placer le nouvel établissement dans le faubourg Chartrain. Ce quartier était regardé comme le plus convenable tant à raison de sa situation, que parce que la ville y possédait un terrain où il y avait déjà un grand bâtiment, dans lequel il serait possible d'installer des salles et des dortoirs pour les pauvres. En effet ce terrain avait été donné en i6i5 (3) aux

(') Depuis un temps très reculé, l'assistance des pauvres avait toujours été pratiquée dans la ville de Vendôme, notamment par les couvents de la Trinité et des Cordeliers, par la Maison-Dieu de S'-Jacques et par une association de laïques nommée la Blée, qui, au XV' siècle, était affiliée aux églises des trois paroisses de la ville. (La quatrième, celle de la Madeleine, ne fut érigée que le 5 décembre 1487.)

(2) On ne sait pas à quelle époque un grenier à sel fut établi à Vendôme ; rétal)lissement en remonte au moins au XIV siècle, car, le 20 juillet 1897, le roi Charles VI lit don à la comtesse de la Marche, en considération des services rendus par son lïiari, du tiers des aides levées dans les terres de ladite dame el du tiers des revenus du grenier à sel de Vendôme. (Archives Nationales, K. 54, n° 3o.) Charles VI le reconstitua en i4ii (Pièces relatives à Louis de Bourbon, Bibliothèque nationale, ms. n" 20893, français, f° 6, pièce 2, an 1412.)

Au siècle sxiivant, la coutume du sel, ou droits sur cette denrée, appartenait au seigneur du Bouchet-Touteville. On lit dans un aveu que dame Alison d'Eslouteville rendit pour lui le i" mars i44o :••• « Item la cou- « tume du sel, des aulx, ouignons et de tout egrun (aj qu'il a en ladite « ville de Vendôme au sabmedi, et les mesures du sel qu'il baille à tous « ceux qui vendent sel en la ville et chatellenie de Vendôme, et le profit « qui lui en appartient et amendes de mal user d'icelles ou de désobéir « de payer ladite coutume et le droit desdites mesures. »

(Archives Nationales P. Cm, pièce n° 97.

(3) Ce terrain, situé dans la A^arenne de Vendôme, près Saint-Denis, de la contenance d'environ une septrée, était anciennement planté en vigne. Pierre Hardouin, seigneur du Mas, qui l'avait donné en i6i5 aux

(a) Egrun, aigriin. — Herbes, salades, légumes, œufs et menues denrées vendues par les marchands regrattiers.

échevins et aux habitants par Pierre Hardouin, Seigneur du Mas, et il y avait été établi un Sanitas dont le nom est resté à la rue qui y conduisait, ainsi qu'au quartier où elle se trouve.

Pour fonder un établissement de cette sorte, il fallait des ressources importantes. Celles que l'on s'était flatté de réunir ne purent être toutes recueillies, et à raison de leur insuffisance et aussi du refus absolu du gouvernement de participer aux frais d'établissement et d'entretien des maisons de ce genre, qu'il entendait laisser en entier à la charge des habitants, ce projet, qui semblait si bien préparé, ne put être exécuté.

échevins et aux habitants de la ville, était probablement fils de Robert Hardouin, seigneur du Mas, qui fut lieutenant général du bailli de Vendôme en 1682 et io83.

Le Sanitas est ainsi décrit en 1629 :... Une maison composée de deux chambres à cheminées, grenier, étable ; un autre grand corps de logis, où il y a plusieurs petites chambres bâties, grenier, cour, jardin et appartenances, contenant le tout, une septrée ou environ, servant de Sanitas de cette ville.

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