‹ Histoire municipale de Vendome avant 1789Chapitre 32 sur 80 · DU XVII*" SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU XVII*" SIÈCLE

IE malaise dont la ville de Vendôme avait souffert pendant inondations j toute la première moitié du XVIP siècle n'était pas arrivé à son comble. Des causes fortuites et toutes locales vinrent l'aggraver dans une proportion inouïe.

Des crues du Loir qui se succédèrent à d'assez courts intervalles pendant la seconde moitié de ce siècle, causèrent à la ville d'énormes dommages et la réduisirent à un état de misère excessif.

Vers la fin de l'automne de i65o et le commencement de crues du loir l'année i65i, la pluie ne cessa presque pas de tomber pendant de i65o-i65i

plus de deux mois, et amena une crue du Loir qui dura trois semaines consécutives. Les ii et 12 décembre les eaux atteignirent une hauteur qui, de mémoire d'homme, n'avait jamais été vue, et causèrent des dommages qui prirent les proportions d'un véritable désastre. On les trouve exposés dans le rapport qu'en fit l'un des échevins à l'Asssemblée générale des habitants réunis le 22 janvier i65i, pour aviser aux moyens d'y porter remède, et rien ne peut en donner une idée plus exacte, que le texte du procès- verbal de l'Assemblée.

Il s'exprime ainsi (i) :

« Sur la remontrance faite parles sieurs échevins, par-

(1) Registre municipal, n° i, f 6.

« lant l'un d'eux, M""^ Jehan Delocques, que par les pluies « continuelles, trois sepmaines sont, ou environ, la rivière du « Loir qui descend et qui coule tant au dedans de cette ville que « autour d'icelle, est tellement enflée et accrue, que par son « volume extraordinaire et qui n'a esté veu de mémoire « d'homme, en sorte que les ponts de ladite ville ont été « emportés et enlevés tant en leur superficie que fondements, « particulièrement le pont de la porte Ghartraine, mesme la « muraille qui supporte le bois dudit pont (i) vers le forbourg, « ensemble le logis (?)... . emporté la levée d'entre les portes « Ghartraine et S'-Michel, tant du côté d'iceluy forbourg que de « la ville, de sorte que les murailles de la ville sont en inimi- « nent péril, mesme font des précipices et cavités qui ont ruiné « les abors et advenues de ladite ville et forbourgs et changé « son cours ordinaire en plusieurs endroits, et traverse à présent « dans le milieu dudit forbourg S'-Michel, si bien que ledit « foi bourg sera en péril de submersion et ruine entière, et par « ce moyen la ville sans commodités et accès, ce qui pourra « contraindre les particuliers habitants ladite ville et forbourgs « de déserter les lieux, sy promptement il n'y est donné ordre ; « pourquoi rcquèrent lesdits échevins lesdits habitants de leur « donner advys et moyen pour réparer lesdits désordres et « prévenir les accidents plus graves qui pourraient adve- « nir. » (2).

Les habitants, après avoir reconnu l'exactitude des ruines

(') Ce pont était encore en bois.

0 Sur cette crue de 1601, on lit dans l'histoire manuscrite de l'abbaye de la Trinité :

« ArriA'^a au mois de janvier une si grande inondation qu'elle occupa « tout le bas du monastère, en telle sorte qu'il fallut porter le Très-Saint- « Sacrement dans la chambre commune, dire les messes et y faire l'office « divin huit jours durant. Par bonheur, il se trouAa du pain de cuit, non « seulement pour la conununautc, mais encore pour soulager plusieurs « de la Avilie retires dans les greniers, auxquels \in homme à chenal jetait « par les fenêtres du pain. L'on appréhendait que cette inondation, « laissant une très grande humidité, ne causât beaucoup de maladies « aux religieux; mais Dieu y pourvut, en telle sorte que persone n'en « tomba malade ».

Bibl. nat'% ms. n° 12700 latin. Monasticum benedictiniim.

et dommages causés par l'inondation, dirent ; qu'il y a nécessité de réparer le pont S^-Michcl « qui est le moins endommagé ; « qu'à cet effet il sera fait recherche des bois ruinés, pour être « employés à cette réparation, que le travail sera fait le plus « diligenmient que faire se pourra pour que le commerce ne soit « davantage retardé ; que du reste des bois, il en sera employé « pour faire un plancher à la porte Chartraine, pour donner « passage aux gens de pied et de cheval, sy faire se peut. » Il fallait de l'argent pour subvenir à ces besoins aussi pressants qu'imprévus ; mais la ville n'en avait point, car elle était fort obérée par les charges résultant des impositions extraordinaires que successivement elle avait eu à supporter depuis quarante années, et qu'elle n'avait pas encore pu liquider. On décida alors que Jehan Delocques se rendrait à Paris auprès du duc pour lui exposer la déplorable situation de la ville et prendre ses ordres à ce sujet, et aussi pour présenter une requête au roi et à son conseil, dans l'espoir d'en obtenir « des lettres d'assiette « sur la généralité, pour faire appel et levée de deniers, pour « satisfaire aux ruines et urgentes nécessités de la ville ».

Jehan Delocques, accompagné de Compoint son échevin, s'acquitta de sa mission. Il en rendit compte dans l'assemblée générale du i4 mai i65i. Le duc, après avoir été mis par lui au courant des dommages causés jiar l'inondation, lui « aurait « témoigné grande afection pour les dits habitants et désir de <( les assister tant vers sa majesté, que vers nos seigneurs de « son conseil, pour trouver remède et moyen pour pouvoir ce réparer les ruines advenues tant aux ponts, murailles, fossés, « que chemins et avenues de cette ville. »

Jehan Delocques proposait l'imposition d'une certaine somme sur la taille ou le taillon de la généralité d'Orléans, ainsi qu'il avait été fait pour la réparation du pont de Cloyes, et pour secourir d'autres localités plus ou moins voisines, dépendant de l'élection. Mais l'intendant du duc représenta que l'on rencontrerait de très grandes difficultés, à cause des oppositions que feraient les autres élections, dont aucune n'avait été exempte de semblables ruines, et aussi les partisans (*) de la

0) Fermiers de la taille.

taille et du taillon ; et qu'il serait plus à propos de demander et plus facile d'obtenir quelque levée sur les deniers d'octroi de la ville, parce qu'ainsi tout le monde contribuerait à la dépense des réparations, même les étrangers passant par la ville pour les besoins du commerce, et qu'il ne pourrait y avoir de contradiction. Jehan Delocques invita ensuite les assistants à dire s'il devait retourner à Paris auprès du duc, et dans le cas de la négative, à le décharger de la mission qui lui avait été donnée, afin qu'on ne put l'accuser d'y avoir apporté de la négligence.

Il dit encore qu'il fallait fournir aux échevins les moyens de faire exécuter les réparations les plus urgentes, et à ce sujet, « que le bois du logis et bastiment des poissonneries qui sont « sur le pont de la Cheverie, se gâte et dépérit n'estant point « couvert, même que l'on en dérobe, et il demande advis s'ilz « le vendront au profit de la ville, où en prendont pour pichona lier (') à la porte S'-Michel, au lieu et endroit où les eaux ont « cours, et où l'on porte les terres, estant nécessité d'y pichonner « avant que il arrive des grandes eaux, (pour que) le travail « que l'on y fait (ne soit pas) inutile et que les eaux n'entraînent « pas les terres ; ou de la vente qu'ils en feront, achepter des « bois propres à faire pichons. »

Jehan Delocques fit ensuite connaître que des créanciers de la ville avaient obtenu un arrêt du Conseil autorisant la levée en deux ans, sur les habitants, d'une somme de 8.000 livres pour paiement des intérêts qui leur étaient dus ; mais que le receveur des tailles représentait qu'au lieu d'être répartie sur deux années, il conviendrait mieux qu'elle le fût sur dix.

Le moment de délibérer venu, les échevins invitèrent les personnes présentes à donner leur avis. Mais celle-ci, inquiètes sans doute de la grave responsabilité résultant des décisions qu'on leur demandait de prendre, firent observer qu'elles n'étaient pas en nombre suffisant pour délibérer, et qu'en l'absence de la plupart des personnes notables et de bon conseil, elles ne pouvaient donner d'avis sur la réfection des ponts et réparation des chemins, ni sur les moyens de trouver des fonds pour exécuter ces travaux. En conséquence elles prièrent les

(*) Enfoncer des pieux.

échevins de remettre à un autre jour l'assemblée à laquelle devraient assister les corps et cominunautés ecclésiastiques et les plus notables habitants. Cependant, comme il y avait nécessité de rétablir le passage des ponts pour pouvoir introduire dans la ville les vivres, bois et autres nécessités et denrées, on décida de continuer ce le travail encommencé par escouades de per- « sonnes qui portent les terres aves butez (') et que la fosse et « creuseau qui s'était fait au bout du pont S'-Michel soit aussi « remply, et ce fait, pichonner afin que les eaux ne puissent « entraîner les terres et faire de nouvelles fosses ; et pour ce « faire, que lesdits sieurs échevins acheptent des bois et pierres « où ils verront bon être, pour être la dépense employée dans « leurs comptes. Aussy que l'on fasse travailler au chemin « qui est entre le grand cimetière et les Capuchins, à cause des « incommodités que leur causent les fosses qui y sont. )y

Après que l'avocat et le procureur du duché eurent été entendus, il fut ordonné qu'une nouvelle assemblée serait tenue au plus prochain jour que faire se pourrait, pour aviser sur ces différentes propositions ; que les échevins avertiraient les corps et communautés ainsi que les plus notables habitants d'avoir à s'y trouver, et les assigneraient à y comparaître, à peine de lo livres d'amende contre les défaillants ; que, pendant ce temps, il serait pourvu à la réparation du chemin entre le grand cimetière et les Capucins par les charretiers des paroisses voisines et du faubourg Chartrain ; qu'il serait fait commandement à chacun d'obéir et satisfaire à ces réquisitions en son rang et ordre, ce et tjue les habitants du faubourg Chartrain c( seraient contraints, chacun à son tour, d'y contribuer et « travailler, mesme charger les charettes qui travailleront pour « lesdits échevins. »

On ne sait si cette assemblée, pour la convocation de laquelle des recommandations si précises avaient été faites aux échevins, eut lieu ; car on n'en trouve pas de procès-verbal sur le registre de la ville. Il se peut cjue la difficulté de prendre une décision sur des affaires aussi graves, dont le manque d'argent

{}) Petites lioltes dont se servaient les vignerons pour porter le fumier dans leurs vignes.

rendait la solution à peu près impossible, ait empêché de la tenir. Il semble même qu'il en fut ainsi, et que l'année i65i s'écoula sans qu'aucun travail sérieux ail été entrepris.

Ce qui est certain, c'est que le duc étant à Vendôme au printemps de l'année suivante, eut à s'occuper de cette déplorable situation. Par une ordonnance du i" avril 1662, qu'il rendit sur le rapport de son procureur général du duché et des échevins, il fit savoir « à tous qu'il appartiendra, qu'il y a « plusieurs chemins et advenues inaccessibles, et notamment c( au dessous de la Basse-Ghappe, au lieu vulgairement appelé c( la Gaize, sur le chemin qui va de la ville à Orléans, et au « bout du pavé du forbourg Ghartrain qui va de la ville à « Paris, Ghartres et autres lieux, près des forbourgs de la « ville, pourquoy les habitants d'icelle et circonvoisines sont « incommodés de ce qui empêche que les bledz, vins, foings et « aultres provisions n'entrent point en icelle, ce qui cause une « charte extraordinaire, oultre l'incommodité qu'ils en reçoip- « vent, pour la dificulté du passage, où plusieurs cheveaulx et « aultres bestes de harnais et charrois ont été perdus, et ce qui « a fait destourner les marchands et rouliers de passer par la « dite ville et les a obligés de prendre aultre route. Pour à quoi « remédier et rectablir le commerce de la dite ville, son « conseiller et bailly de Vendosme et maire de la ville aurait « rendu plusieurs ordonnances portant injonction tant aux « dits habitants qu'à ceux des paroisses circonvoysines de la (( dite ville de contribuer au restablissement desdites advenues « et chemins inaccessibles. A quoy quelques ungs auraient « obéi et les autres diféré de ce faire, ce qui a causé un très « grand préjudice aux dits habitants de la dite ville, duché et « province circonvoysine ; à laquelle requête inclinant, dit-il, « et sur la cognoissance particulière que nous en avons, à « cause du séjour que nous y avons faict depuis quelques « années, nous avons enjoint et enjoignons à notre dict procu- « reur général et aux dits échevins de faire toutes diligences « possibles afin de réparer et restablir lesdites advenues et « chemins inaccessibles, et à cet effet ordonné et ordonnons à « tous les dicts habitants de la dite ville, pays et duché de

« Vendosmois et particulièrement des paroisses les plus pro- (( ches de la dite ville, de contribuer de leurs peines, journées, « de leurs harnais, cheveaulx et charettes ou autrement, à la « réparation et réfection des dites advenues et chemins, le plus « promptement que faire se poui'ra, et selon le rend (i), ordre, « nombre et jours qu'ils seront commandés par nostre dict « Bailly et maire de notre dicte ville, à la diligence des dicts (( échevins, à peine contre chacun contrevenant de cen (sic) « solz d'amende pour chacune journée payable par emprison- « nement de leur personne, et applicable au profit des dites « oeuvre et réparations publiques ; ce qui sera publié à son de « trompe et cvj publicq au marché de ceste ville et aux prosnes « des paroisses de notre dict duché, et à ce que personne n'en « ignore. Mandons à notre dict bailly ou son lieutenant de faire « mettre à exécution les présentes par les voies susdictes et « autres qu'il jugera estre nécessaires, à la diligence des dits « échevins, et à notre procureur général de tenir la main et de « nous en (rendre compte).

« Donné en nostre château de Vendosme, le premier jour « d'apvril M V j c cinq'^ deux. »

Signé : César de Vendosme.

Et, plus bas :

par Monseigneur, Signé : Jabre (avec paraphe).

Grandes étaient les difficultés pour réparer les dommages guerre

causés par l'inondation de i65i. Dans le même temps, d'autres de la

embarras non moins graves et aussi pressants, vinrent les fronde

compliquer et les accroître.

La deuxième guerre de la Fronde éclatait alors et troublait de nouveau le royaume. Le cardinal Mazarin, audacieusement rentré de l'exil, avait rejoint la cour à Poitiers (2) pour

C) Rang.

(2) 28 janvier 1662.

reprendre la direction des affaires. La reine Anne, afin de fortifier son gouvernement, venait de faire proclamer la majorité du roi. Un de ses premiers soins fut d'inviter les villes que les frondeurs pouvaient menacer, à se préparer à leur résister. Vendôme était du nombre de celles-ci, et les bourgeois, très inquiets de leur situation, avaient déjà, dans des assemblées des 21 et 24 janvier, réorganisé leur milice et nommé les capitaines des portes de la ville.

Dès le 2 février, le Cardinal faisait écrire par le roi, aux maire et échevins de Vendôme, la lettre suivante :

« Ghers bien aimez, nous ne pouvons à présent vous donner « une plus particulière preuve de la satisfaction que nous avons « de la conduite que vous tenez sur ces occurances, qu'en vous (( tesmoignant que nous pensons à vostre repos particulier et à ce vous garantir des surprises qui le poui'oient troubler. Nous (( sçavons que ceulx qui essaj^ent d'afloiblir nostre auctorité ne c( laissent pas de s'en servir pour décevoir noz bons subiectz et « pour les obliger à recevoir et loger dans nos villes les trouppes ({ qu'ilz lev. nt et qu'ilz tiennent sur piedz, au préjudice des def- « fences que nous en avons faittes; et parce qu'il importe, pour « nostre service et pour vostre conservation, d'empescher ces « abus, nous voulons et vous mandons que vous ayez à refuser « l'entrée et le logement à tous gens de guerre à pied et à cheval « qui se présentci'ont devant nostre ville de ^"endosme pour y a loger, s'ilz n'ont des ordres, signez de nous et de l'un des secré- (( taires de nos commandements, qui soient postérieurs en datte « au présent et que vous aj^ez mesmc à les repousser par la c( force s'ilz tesmoignent vouloir entrer contre nostre gré (^). »

On ne connaît pas la date à laquelle cette lettre parvint aux échevins. Ce ne fut peut-être que tardivement, car c'est le 12 mars seulement que les habitants, convoqués par le bailli, tinrent une assemblée générale pour délibéi*er sur les mesures à prendre en d'aussi graves circonstances. En effet, les coureurs des troupes de la Fronde, qui, sous les ordres du duc de Beau-

0) Voir les lettres des rois de France aux habitants de Vendôme, par M. Gh. Bouehet. (Bulletin de la Société Archéologique du Vendomois, année i8y5, page 5o, et pièces juslijicath'cs, page i.fyj.

fort, occupaient alors le Perche, se répandaient déjà dans toute la région, jusque dans les environs de la ville, et y commettaient toutes sortes d'excès.

L'échevin J. Delocques fit ainsi l'exposé de la situation à l'Assemblée du iî2 mars. Il dit a ... qu'il y a plusieurs troupes <( de gens de guerre, à pied et à cheval, qui font grandz désor- « dres, pillent et ravagent, violent en leurs logements, emmè- (( nent les chevaulx des laboureurs de la Champagne (sic) et « prennent les meubles et provendes (i) jusques aux lieux pro- (( chains de cette ville et forbourgs, qui donnent subiect (( d'apréhender quilz ne facent quelque entreprise sur cette (i. ville et forbourgs et donnent juste subiect de craindre, attendu (( quilz n'ont faict apparoir à Monseigneur le Duc, ny au Gou- « verneur du païs, d'aulcun ordre de la part de sa Majesté, qui « auroit cy-davant pris le soin de nous donner ordre de prendre « garde aux surprises, et de ne souffrir aulcuns gens de guerre, « sans son ordre exprès signé de sa main et d'un secrétaire de (( ses commandements ; supplient lesdits échevins, régens lesdits « habitants, de leur donner advis touchant la seuretté (sûreté) « de la ville et du païs, et de leur conservation pour le service (( du roi. »

Après avoir entendu ce rapport, les habitants furent unanimement d'avis qu'il y avait lieu de monter la garde à chacune des portes, par escouades ordinaires, pour empêcher les incursions et pillages des troupes qui pourraient se présenter sans ordre du roi ; que l'on commencerait, dès ce jour, à faire garde, sur l'avis que l'on a de la présence, dans le voisinage de la ville, de troupes qui pillent et volent; et que, pour le cas où les escouades ne suffiraient pas, les capitaines avertiraient toutes leurs compagnies de se tenir prêtes à se mettre sous les armes pour repousser, ainsi que l'ordonne la lettre de sa Majesté, les troupes qui se présenteraient pour passer par la ville, ou pour y loger sans ordre du roi.

0) Voir pour les dommages, les désordres et les excès causés dans le Perche par les soldats de la Fronde, les lettres de Michel Denyau, notaire à Mondoubleau, à M. de la Popelinière, seigneur des Radrets, i65i-i652. « Le monde, dit-il, est fort effrayé, deux fois plus qu'il n'était

L'assemblée décida aussi d'informer son Altesse le duc de ce qui précède, et de la supplier de continuer aux habitants sa protection. A cet effet, on lui envoya en députation Jehan Delocques et Jacques Compoint, échevins, avec trois autres personnes.

Ces députés se rendirent (le lendemain i3, sans doute) auprès du duc qui était ce jour-là à la Ville-aux-Glercs. Il avait avec lui le gouverneur de Vendôme, M"^^ Claude du Bellay, seigneur de Drouilly (9, qu'il avait amené pour surveiller de plus près et entraver les mouvemeuts des frondeurs réj^andus dans le Perche ; car le duc était alors entièrement rallié au parti de Mazarin, depuis que son fils aine, le duc de Mercœur, avait épousé Laure Mancini, nièce du cardinal.

Répondant sans retard à la démarche des envoyés de la ville, il écrivit de la Ville-aux-Clercs même, le i4 mars i652 à II heures du matin, aux échevins et habitants de Vendôme. Il les informe par sa lettre qu'il a besoin de garder auprès de lui leur gouverneur, et que pour le remplacer dans ses fonctions pendant le tempsdesonabscncc.illeur envoie M. de Boisfermé, auquel il leur ordonne d'obéir comme à lui-même, leur recommandant bien aussi de ne laisser aucune troupe passer la rivière sans son ordre, qu'il ne donnera point d'ailleurs, sans avoir

lors des guerres de la Ligne ». Essai histoi'ujuc sur Mondoubleau, par Beaiwais de S'-Paal, pages ii4 à iiS (iS^aJ.

Q) La lecture du nom de ce personnage, que l'on trouve dans le procèsverbal d'assemblée du 12 mars, et dans la lettre de César de Vendôme, a donné lieu à des difficultés. Dans la première de ces pièces, la première lettre du nom est mal formée. M. Bouchet (Bull, de la Soc. Arch. du Vendomois, 1870^ p. 149) y a vu un R et a lu Ruilly. On peut la prendre aussi pour un D, ce qui donne Duilly. M. de Pétigny (Hist. du Vendomois I" éd. p. 3^3) pensant sans doute que ce nom était écrit par abréviation, a lu, mais à tort, Rémilly, ne faisant ainsi qu'un seul et même personnage du bailli et du gouverneur. D'un autre côté, la copie de la lettre de César donne Douilly. Quelles que soient les diftérentes incorrections de ce nom, il doit être lu Drouilly, qui longtemps a été prononcé Druilly, prononciation qui pourrait se retrouver encore sur les lèvres des gens du pays. En somme, il n'est pas douteux qu'il désignait M" Claude du Bellay, seigneur de Drouilly et des Haies, au Bas-Vendomois, qui fut gouverneur de Vendôme de 1640 à 1667, année dans laquelle il eut pour successeur dans cette charge son 111s François du Bellay.

lui-même col ni du roi, et de ny faire fanlte sur peine d'en répondre en leur particulier.

Lecture en fut donnée le jour iDènie dans une nouvelle assemblée des habitants, qui consentirent unanimement à se soumettre et obéir aux ordres contenus dans la lettre du duc. Ils en requirent la transcription sur les registres de la ville. De son côté, M. de Boisfermé était arrivé en grande hâte pour prendre ses fonctions de gouverneur intérimaire, car sa signature figure au bas du procès-verbal de cette assemblée.

Fort heureusement, lo danger contre lequel les Vendomois prenaient ces sages précautions ne se produisit pas. La ville semble n'avoir été l'objet d'aucune démonstration hostile ; mais l'émotion causée par ces événements avait été vive. Elle était à peine calmée, qu'il surgit d'autres sujets de préoccupations d'une nature différente, mais qui n'étaient pas sans gravité.

Le bailli, M<= Robert Le Forestier, seigneur du Tertre-lès- Montoire ('), avait cessé ses fonctions, sans doute par cause de décès, au cours de l'année i65i. Il eut pour successeur M'''^ Jehan de Remilly, seigneur de la Champinière et du Coudre, que l'on trouve en charge dès le mois de janvier i652. Celui-ci prit, comme son prédécesseur, la présidence des assemblées générales de ville.

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