GÉNÉRALES
DE l'État
C'est pour ces motifs que l'intendant adressait, le 24 mars 1689, aux maire, échevins et habitants de Vendôme, une lettre dans laquelle il appuyait sur des raisons tirées de l'histoire particulière de leur ville, pour les porter à accueillir favorablement sa demande.
LETTRE « Messieurs, leur écrivait-il, vous avez en toutes rencontres
DE l'intendant (( pris plaislr à vous signaler, et comme vous appartenez de plus (( près que les autres villes à la maison royale, il n'y a point eu « d'occasions de témoigner la part que vous prenez à sa gloire (( que vous ne vous soyez efforcés de surpasser les autres en « marques de joye et d'allégresse. Ce sont aujourd'hui d'autres « témoignages d'affection qu'il s'agit de donner à Sa Majesté, et « quand l'Europe quasi entière, jalouse des conquêtes de notre (( invincible monarque, se déclare contre nous, je suis persuadé (( que la ville de Vendôme, patinmoine de la maison de Bourbon « et dépositaire des restes de plusieurs de ses princes, ne pourra « s'empêcher, toute pauvre et toute diminuée qu'elle est d'habi- (( tants et de facultez, d'offrir, ainsi que la plupart des villes de (( France, quelque gage de son amour pour la patrie et pour « l'affermissement de cette supériorité que la valeur et la « sagesse du roi nous ont acquise sur les autres nations. « Orléans délibéra avant-hier, pour lever sur les habitants, ({ ecclésiastiques, couvens, nobles, officiers et autres, une somme « de cinquante mille livres. Vous ne ceddez pas sans doute, (( Messieurs, en zèle pour le bien public à cette capitale de la a Généralité ; mais comme vostre conmiunauté est infiniment a plus faible, vostre offrande, quelque petite qu'elle soit, sera « fort sensible à Sa Majesté. 11 s'agit, pour un premier effort, de « diviser la ligue conjurée de nos ennemis. Leur division fera « leur ruisne et mettra Louis-le-Grand en estât de donner une « seconde fois la paix au monde et de renouveller les heureuses « et tranquilles années de l'Empire d'Auguste, comme il a fait « veoir lorsqu'il a esté en guerre (contre) les plus grands et les « plus glorieux ennemis de César. Prenez-donc, Messieurs, les « mesures nécessaires pour suivre l'exemple de la plupart des « villes de France. Je répéterai toujoui'S. tant que je parlerai
« ou cscrirai sur ce sujet, ce que je dis à l'assemblée des habi- « tants d'Orléans, que celuy dont vostre roi est l'image ne (( dédaignera pas la pitte (i) de la veuve. Quand vous ne feriez « de l'épargne des deniers communs ou de votre affection pour « la patrie qu'une offrande de deux mille escus, le roi n'en serait « pas moins persuadé de vostre zèle. Je seray très aise d'avoir « occasion d'en rendre compte fidèle et de vous donner des « preuves de la sincérité avec laquelle je suis. Messieurs, vostre « très humble et très affectionné serviteur. Signé : de Creil {-).
On mit le plus grand empressement à fournir la réponse à cette lettre; car à quatre jours de sa date, le 28 mars, les habitants assemblés délibérèrent, et dirent que, « bien que cette « ville soit pauvre et toute diminuée d'habitants et de facultez, « néantmoings comme elle ne cède en zèle aux autres villes de « ce royaume, quand il s'agit du service du roi, de la patrie et a du bien public, n'y ayant que son impuissance qui y puisse « mettre des bornes, ont unanimement esté d'avis que mesdits « sieurs les maire et échevins, qu'ils ont pour ce autorisez, (( escrivent à mon dit seigneur l'intendant pour le remercier de « l'honneur qu'il leur a fait, et le supplier de faire agréer au {( roi, pour témoignage de leur affection dans la conjoncture des « affaires présentes, l'offre qu'ils font à S. M. de la somme de six « mille livres qui sera levée sur les habitants de cette ville, « ecclésiastiques, couvens, nobles, officiers et autres privilégiés, « sans la contribution desquels les autres habitants non privilé- « giés ne pourraient effectuer lesdites offres. »
Les Bénédictins, les chanoines de Saint-Georges, les prêtres de l'Oratoire, les officiers des maisons royales que l'on a vus, dans des circonstances analogues, protester contre leur inscrip-
(1) Pite, pièce de monnaie moindre que l'obole.
(2) Registre 2, folio 102.
Dans la lettre du 25 novembre 1676, M"' de Sévigné raconte comment elle rencontre, dans l'avenue de Livry, Poraier qui lui apportait des nouvelles de sa lille. Elle l'interroge aussi sur l'assemblée des Etats de Provence que tenait alors M. de Grignan et sur le don gratuit qu'il lui fallait en obtenir. Elle lui dit : « Et votre don de l'.^.ssemblce? — Madame il est accordé. — A combien ? — A huit cent mille francs. — Voilà qui est fort bien. Notre pressoir est bon ; il n'y a rien à craindre ; il n'y a qu'à serrer; notre corde est bonne. »
tion au rôle des contribuables, n'osèrent pas refuser leur concours et dirent qu'ils se conformeraient à ce qui serait fait dans les villes voisines ; mais les nobles, qui étaient appelés cette année à servir à l'arrière-ban, prétendirent devoir être dispensés de participer à la contribution (*)•