CREATION DE MAIRES PERPÉTUELS
Pendant que la ville était aux prises avec toutes ces difficultés, il s'était accompli dans l'organisation des municipalités des changements qui portèrent un coup sensible aux prérogatives du vieux bailli, M. de Rémilly ; car il lui fallut renoncer en 1698 à ce titre de maire, pour la conservation duquel on l'a vu lutter opiniâtrement en 1686.
Un édit du mois d'août 1692 avait enlevé aux villes et aux communautés le droit d'élire leurs magistrats, et créait, pour les remplacer, des offices de maires perpétuels et d'assesseurs de maires. Cependant, pour ménager la transition, des arrêts du Conseil d'État avaient permis aux communautés d'habitants des villes dans lesquelles il y avait un maire pourvu, de procéder à l'élection des échevins, en réservant toutefois la moitié des places pour les assesseurs à pourvoir (-), de façon que des quatre échevins de la ville de Vendôme, deux restaient électifs.
Ces mesures avaient été motivées par la déplorable situation des villes qui étaient écrasées de dettes et souvent mal administrées « par suite de la nécessité où se trouvaient les maires a de ménager les bourgeois qui leur donnaient leurs suffrages, « aux dépens d'autres bourgeois. » (3)
Le fréquent renouvellement du personnel chargé de l'administration n'était pas sans inconvénients. L'édit de 1692 devait y porter remède par la création, dans les villes du
Q) Registre 2, folio 108.
Le grand nombre de personnes qui assistèrent à l'assemblée du 28 mars est à remarquer. Il dépasse de beaucoup celui des réunions ordinaires. L'énumération des noms remplit trois pages du registre. Cette grande aflluence pouvait avoir pour cause l'inquiétude que l'imminence d'événements redoutés causait au public.
(2) Registre 3, folio 64. Élection du 2 février 1695. — (Un édit de 1690 avait déjà créé des procureurs et greffiers de ville.)
O Correspondance administrativp de Louis XIV : Depping, introduction, p. XLIII et passini.
royaume, d'olTiccs de maires, d'assesseurs de maires, et oiïicicrs des hôtels de ville perpétuels ; car on avait pense que les nouveaux titulaires, une fois en possession durable de leurs fonctions, acquerraient des connaissances spéciales et une expérience des affaires qui seraient profitables à leurs administrés ; mais derrière ces motifs clairement exposés dans le préambule de l'édit, il y en avait d'autres plus puissants. C'était la nécessité de subvenir aux besoins du Trésor, que les guerres épuisaient, et auquel la création de ces offices, offerts et vendus au public à beaux deniers comptants, procurait une ressource.
Ce triste système financier fut largement développé dans les dernières années du règne de Louis XIV, et l'on en arriva, pour contribuer à l'entretien des armées, à créer des offices que l'on supprimait en partie au retour de la paix, pour en créer ensuite de nouveaux, lorsque la guerre venait à se rallumer (^).
Monsieur François Morin, seigneur de Boidan, avocal, s'était rendu acquéreur de l'office de conseiller du roi, maire perpétuel de la ville de Vendôme et lieutenant général du bailli. Des lettres de provisions lui furent délivrées à la date du 3o janvier 1693, et il fut installé dans ses fonctions le 16 février suivant par les échevins, en présence du procureur du roi et du duc, malgré l'opposition que M. de Rémilly avait ftut signifier par l'huissier Rétif, par laquelle il protestait contre l'usurpation, faite à son préjudice, d'une qualité qu'il prétendait lui appartenir (2;.
Si les Vendomois avaient été déjà vivement froissés quand, en i656, M. de Rémilly avait pris la qualité de maire, ils le furent bien plus profondément encore, lorsqu'ils virent cette fonction passer aux mains d'un titulaire ayant acquis à prix d'argent le droit de l'exercer. Aussi, il ne tarda guère à se former