M. MORIN
(1) Sept fois en 80 ans, le fisc reprit aux communes et leur rcA'endit le droit de nommer leurs ofliciers municipaux; et pour payer cette finance énorme, les villes doublèrent leurs octrois et s'imposèrent les plus grands sacrifices. Voy. Tainc, Or-igines de la France, t. I., livre V, chapitre II § VII. — de Tocqueville. — Rei'ue des Deux-Mondes : Les biens communaux en France, par Jules Le Berquicr, livraison du iTi janvier 1809.
(2) Registre 3, folio 5.
contre M. Morin une opposition très vive, à la tête de laquelle on trouve l'un des échevins électifs, Michel de la Fourche, maître apothicaire, et Augustin Girard, procureur au bailliage et receveur des derniers communs et patrimoniaux. Non seulement ils cherchaient, par leurs démarches et par leurs brigues, à s'emparer de l'esprit d'une partie des habitants, pour faire tomber l'échevinage entre les mains de leurs amis et se rendre ainsi maîtres des affaires de la ville, mais encore ils se laissaient aller à des violences de langage telles, que le maire, dans le procès-verbal de la séance du 9 février 1698, constate que le sieur Girard « l'aurait traité en cet hôtel de ville avec indignité, {( et aurait dit, avec des paroles que l'honnêteté publique ne « permet pas de prononcer, qu'il se moquait de lui. fi) » De son côté, Michel de la Fourche annonçait la suppression de l'office de maire et répétait en public que M. Morin était maire par argent, mais que lui était échevin par son mérite.
Qu'advint-il de cette lutte si vivement engagée ? on l'ignore. Le temps sans doute l'assoupit peu à peu.
QUESTIONS Presque dès son entrée en fonctions, M. Morin se trouva
DE PRÉSÉANCES en facc de difficultés nées de questions de préséances, toujours délicates à régler, à raison du rôle qu'y joue l'amour-propre.
Le 3i mai 1693, dans une assemblée générale, le procureur du roi, M. Jabre, avait pris place immédiatement à la droite de M. Morin qui présidait. Mais le premier échevin, M. Linant, ancien officier du roi, réclama cette place comme étant la sienne, et contesta au procureur du roi le droit de l'occuper, attendu, disait-il, qu'il ne devait prendre rang qu'après les échevins en exercice. Le procureur du roi répliqua en contestant avec beaucoup de vivacité les prétentions du premier échevin. Le débat s'échauffa de plus en plus et devint très animé. M. Morin y mit un terme en assignant la première place, à sa droite, au premier échevin. Ce que voyant, le procureur du roi renouvela, d'une manière plus énergique encore, ses protestations contre la décision du maire, le menaçant de
(^) Rof^islre 4. folio 9-
le prendre à partie, et lui demandant de lui donner acte de sa réclamation, ce qui fut fait (^).
Depuis longtemps il régnait entre le maire et le bailli un esprit de rivalité qui s'était manifesté déjà en i6y5 dans la circonstance suivante :
En 1675, l'intendant avait ordonné un feu de joie (*) pour célébrer les victoires remportées par les armées du roi. Lorsque les échevins eurent annoncé la cérémonie, les procureurs manifestèrent l'intention d'y assister en robe, et d'accompagner le bailli. Peut-être avaient-ils pris parti pour celui-ci dans sa lutte contre le maire. Mais ce dernier décida que ce serait, non en robe, qu'ils assisteraient au feu de joie, mais en armes, et dans les rangs des compagnies de la milice dont ils faisaient partie, ainsi qu'il se pratiquait à Orléans, à Blois et à Tours (3).
PBU DK JOIE
L'esprit d'hostilité qui régnait toujours sourdement entre M. Morin, d'un côté, et le bailli et le procureur du roi, de l'autre, éclata de nouveau à l'occasion d'une assemblée convoquée le 2 novembre 1693 (*) par le bailli, en l'auditoire du palais, pour aviser aux mesures à prendre pour l'assistance des pauvres, ordonnée par arrêt du parlement du 20 octobre précédent ; les choses s'aigrirent au point que, le 24 du même mois, M. Morin voulait se pourvoir au Conseil du roi, contre le bailli (5).
Des affaires plus graves vinrent distraire de ces mesquines
HOSTILITK
r.XTRR