BÉNÉDICTINS
protestèrent, séance tenante, contre cette mesure, dont les Bénédictins accusaient le curé de Saint-Martin (^) d'être l'instigateur.
L'assemblée ne fut d'ailleurs guère plus favorable aux curés de la ville, car elle ne voulut leur reconnaître qu'une seule voix collective pour eux quatre, quand précédemment il en était accordé une à chacun d'eux.
Après que les Bénédictins se furent retirés, on procéda à l'élection du maire et des échevins. Ces derniers seuls furent élus, attendu que l'on décida de surseoir au choix d'un maire, probablement à cause d'une protestation que le lieutenantgénéral civil, M. de Trémault, avait fait signifier, dont il avait été donné lecture au début de la séance, et à laquelle avaient adhéré M. Godineau, procureur du roi et le greffier en chef du bailliage, M. Sanegon, par laquelle ils faisaient toutes réserves contre les délibérations qui pourraient être prises contrairement aux droits et prérogatives de leurs charges. On décida seulement que le premier échevin ferait fonction de maire jusqu'à ce qu'il plût au roi ou à son conseil d'en décider autrement (2).
Mais les Bénédictins ne se contentèrent pas d'avoir protesté. Ils trouvèrent un puissant appui auprès de leur abbé, Philippe de Vendôme, grand prieur de France qui, de concert avec eux, intenta une action contre les échevins, officiers, corps, communauté et habitants de la ville. L'affaire fut portée devant le parlement ; les défendeurs n'ayant pas comparu à l'appel de la cause à la chambre des requêtes, furent déclarés défaillants.
La Cour adjugea aux demandeurs le profit du défaut et leur donna acte d'une déclaration faite par les défaillants, portant que leur dessein n'avait jamais été d'exclure l'abbé de la Trinité de leurs assemblées, et que les religieux Bénédictins seraient convoqués à toutes les assemblées générales qui seraient tenues à l'avenir. En conséquence, l'arrêt qui fut rendu le 3o juin 1718, maintint l'abbé et les religieux dans la possession où ils étaient, de temps immémorial, d'assister par leurs
(1) M. André Mosnier, docteur en théologie. C^) Registre 7, folio 41 et suiv.
RESTITUAS
PAR l'kDIT de
députés aux assemblées pour l'élection el noininaiioii des olUciers de l'Hôtel de Ville, et autres assemblées générales pour les affaires de ladite ville, et d'y avoir voix délibérative (i).
Il n'avait pas encore été statué sur la difficulté soulevée retrait
par la protestation du lieutenant-général civil et des officiers du ^ks droits
bailliage, au sujet de l'élection du maire, lorsque les villes perdirent de nouveau le bénéfice des droits que leur avait restitués l'édit de 17 17.
L'apparente prospérité, aussi prodigieuse qu'éphémère, enfantée par le système financier de Law^, venait de s'effondrer comme dans un abîme (2), et laissait le gouvernement du régent aux prises avec une situation inextricable.
Il fallut retirer, par tous les moyens, la plus grande quantité possible du papier de banque et des effets qui avaient été créés en profusion et sans aucune prévoyance. Pour en absorber une partie, un édit d'août 1722 (3) rétablit les offices de gouverneur, lieutenant de roi et major dans toutes les villes closes du royaume, ainsi que ceux de maire, lieutenant de maire, assesseurs et greffiers des Hôtels de Ville qui avaient été supprimés
(1) Bibliothèque de Vendôme, pièces manuscrites.
Les Bénédictins conservaient dans leurs archives une liasse contenant 3a pièces relatives au droit d'assister aux assemblées de la ville, et d'opiner les premiers. (Inventaire).
C"') La dépréciation des billets était complète. Les porteurs cherchaient à s'en défaire ; mais personne ne voulait plus les accepter. Ce quatrain était dans toutes les bouches :
Un écu est un écu,
Un billet de banque est un billet de banque,
Un écu est un écu,
Un billet de banque est un torche eu.
Dans ces conditions, les Pères de l'Oratoire avaient refusé de recevoir en billets de la banque une somme de 900 livres que leur offrait un sieur d'Haulon pour l'amortissement d'une rente de 45 livres par lui due sur sa maison. Des contestations au sujet du refus de recevoir ce remboursement en billets eurent lieu entre lui et les Oratoriens, et ceux-ci obtinrent en 1721 un arrêt du Grand Conseil qui déclarait nulles les offres faites en billets par le débiteur de la rente (Inventaire des titres de l'Oratoire, folio 281, Archives de Loir-et-Clier).
(3) Registre 9, folio 9.
en 17 17, et en paiement desquels toutes ces valeurs discréditées furent reçues.
Mais après avoir encaissé le prix des offices ainsi vendus, il fallait assurer le paiement des gages des nouveaux titulaires. Le gouvernement était sans ressources pour cela. Il le mit simplement à la charge des villes et communautés.
Pour faciliter aux Vendomois l'accomplissement de cette obligation, un arrêt du Conseil du i5 décembre 1723 les autorisa à lever, par forme d'octroi, 10 sols par poinçon de vin entrant dans la ville, faubourgs et banlieue, et 20 sols par poinçon de vin vendu en détail. Cette mesure provoqua, de leur part, de très vives protestations (^).
Soit que les changements incessants auxquels les offices étaient exposés en eussent dégoûté le public, soit que les ressources des particuliers eussent été englouties dans le désastre du système de Law, on ne voit pas qu'à Vendôme ils aient été recherchés et que des acquéreurs se soient présentés, pour s'en rendre titulaires. D'ailleurs, un édit de juillet 1724, abolit une fois encore ceux rétablis en 1722 (2).