‹ Histoire municipale de Vendome avant 1789Chapitre 63 sur 80 · CASERNES · texte numérisé non relu

CASERNES

9 juillet 174^, tic conseille!' du roi, cchcvin ancien et mi-triennal, et qui fut installé dans ses fonctions le 23 du même mois, par le lieutenant-général civil (').

Comme vers le même temps l'échec des tentatives faites logkmf.nt des pour affranchir de la taille ceux des habitants qui y étaient sou- ^''^^

mis, en remplaçant celle-ci par des droits d entrée sur les denrées et les marchandises, semblait être définitif, on chercha d'autres moyens de soulager le contribuable. On tenta, dans ce but, d'alléger la charge résultant du logement des gens de guerre.

Il pesait d'autant plus lourdement sur ceux qui devaient le fournir, que bon nombre d'habitants en étaient exempts, et que les passages et les séjours de troupes, en quartiers d'hiver dans la ville, étaient très fréquents. Pendant des mois entiers le soldat était logé chez l'habitant ; sa présence dans la maison, au milieu de la famille, était une cause incessante de frais, de gêne et d'inconvénients de toute sorte ; aussi l'arrivée de troupes envoyées en quartier d'hiver était regardée comme une calamité publique. Les échevins éprouvaient les plus grandes difficultés pour procurer le logement aux hommes et trouver des écuries pour les chevaux.

En 1739, il sembla se présenter une occasion favorable d'améliorer un état de choses aussi fâcheux. Deux maisons, qui avaient d'assez vastes écuries, se trouvaient alors à vendre. L'une, qui portait pour enseigne : UEcu (*), était située au faubourg Chartrain, et l'autre, nommée le Grand-Pressoir, à l'extrémité du faubourg Saint-Lubin.

Les échevins sollicitèrent de l'intendant l'autorisation de les acheter pour en faire des casernes. Dans la requête qu'ils lui adressèrent à ce sujet, ils disaient, pour justifier leur projet, ({ que toutes les fois qu'il vient, en exécution des ordres du « Roy, des troupes en garnison dans cette ville, ils sont dans

(') Registre i3, folio 2. Le lieutenant-général civil était M. Gilles-François de Trémault en laveur de qui son père. M. François-Joseph de Tréinault, avait résigne son otlice de lieutenant-général civil en i"4i.

(-) Maison oix est aujourd'hui le Grand Bal.

« la nécessité, pour les caserner, de faire déloger une partie « des habitants de leurs maisons, ce qui leur cause un dom- « mage considérable (i) ».

L'intendant autorisa l'acquisition de la maison de VÉcu. Elle était en fort mauvais état ; celui des écuries était pire encore. Il aurait fallu y faire des réparations coûteuses ; mais l'argent manquait, de telle sorte que rien encore n'avait été fait, lorsqu'il survint, pendant le Carême de 1^43, de grands vents qui endommagèrent la maison, au point qu'elle menaçait ruine, et qui renversèrent complètement les écuries.

Les échevins en informèrent sans tarder l'intendant et lui demandèrent l'autorisation d'emprunter les sommes nécessaires pour faire exécuter des travaux de réparations et acheter la maison du Grand-Pressoir {-). On ne voit pas bien quelle réponse fut faite à cette demande. 11 semble qu'elle dût n'être pas favorable ; car il ressort de plusieurs lettres que les échevins adressèrent à l'intendant au cours des années qui suivirent, qu'ils éprouvaient toujours les mêmes embarras pour assurer le logement des officiers, et que toute annonce d'arrivée de troupes, vraie ou fausse, était pour eux un sujet de graves préoccupations.

Le 3o mars 1750, ils lui écrivaient :

« Monseigneur,

« La nouvelle que nous avons apprise par la voix publique « de l'arrivée des gi-enadiers à cheval de la Maison du Roi, ({ pour rester en quartiers en cette ville l'année prochaine, « nous cause une alarme d'autant plus juste que nous sommes « dans l'impossibilité de pouvoir leur trouver des logements. « Le petit nombre des maisons logeables, la multiplicité des (( exempts tant de la noblesse que des sièges royaux, du bail- (( liage, élection et grenier à sel, sont des obstacles invincibles.

(') Registre 12, folio 5zj, v°.

(-) Bibliothèque de la ville. — Lettre du 8 avril 1743. Dossier des casernes.

« Votre Grandeur sent aussi bien que nous ces inconvénients. « Vous savez vous-même, Monseigneur, que vous eiltes la « bonté, l'année dernière, de décharger notre ville de l'état- « major du régiment de Saxo-A'olontaires, attendu la pauvreté <L des habitants et la dépense dans laquelle les jetait la fournice ture des officiers. Nous sommes même aujourd'hui dans le a plus grand embarras du monde pour trouver le logement de « MM. les officiers du régiment de Berri-Cavalerie, qui doivent « arriver en cette ville pour la revue de l'inspecteur (^).

(( Ayez égard, s'il vous plaît, Monseigneur, à notre juste « remontrance. Souvenez-vous de l'ancienne patrie de vos « illustres ancêtres (2), et ne permettez pas qu'une ville qui « vous est dévouée par tant de titres, soit totalement écrasée. (( Un mot de recommandation de Votre Grandeur auprès de « M. le ministre de la guerre peut détourner cet orage de nous. « Nous sommes, avec le plus profond respect. Monseigneur, « vos très humbles et très obéissants serviteurs.

« Les échevins de la ville de Vendôme,

« Signé : Le Roy, Legomte, de Baugé, Adam. »

Pour cette fois, les échevins en furent quittes pour la peur. En effet, le i""' avril, l'intendant leur répondait de Paris : a Je « ne sais, Messieurs, ce qui peut donner lieu au bruit qui s'est « répandu de l'arrivée des grenadiers à cheval dans votre ville. « Je n'en ai point entendu parler, et véritablement ce bruit est « sans fondement... »

Comme il n'était pas apporté de modifications à l'état de choses, cause de ces alarmes et de ces réclamations, elles ne cessaient pas de se renouveler.

(1; Le 16 mars i;5o, ils aA-aient consulté l'intendant pour saAoir s"ils pouvaient prendre deux maisons qui étaient inoccupées, pour y loger des oiliciers, et le 25 suivant, il leur avait été répondu qu'ils pouvaient les prendre, mais en payant le loyer au prorata du temps pendant lequel elles seraient occupées (Reg. i4)-

(•2) L'Intendant était M. de Barentin, d'une famille vendomoise qui possédait la terre des Minières, paroisse d'Azé, et celle de Pierrefitte paroisse de Saint-Ouen.

Le 3 août i^SS, les échevins écrivaient encore à l'intendant :

(( Monseig-neur,

« C'est avec douleur que nous venons d'apprendre par le (( lieutenant de la compagnie de Ma... que vous étiez déterminé « de mettre en cette ville l'état-major du régiment de la Reine- « Cavalerie. Nous espérions, Monseigneur, (jue Votre Grandeur. « touchée de compassion pour notre ville déjà surchargée du « logement de vingt-trois conseillers du parlement, aurait égard « à l'impuissance où nous nous trouvons de loger les officiers « de l'état-major de ce régiment. L'augmentation (du prix) des « denrées pour le public est le plus faible motif que nous ayons « à vous représenter ; mais la difficulté de pouvoir loger ces « officiers vous fera voir que nous sommes forcés de recourir (( à vous, pour vous prier de détourner cet orage de dessus nos « têtes.

« Nous savons. Monseigneur, qu'il dépend de vous de « mettre l'état-major à Ghàteaudun. M. de Sanson (?), lieute- « nant de ce régiment, a convenu avec nous qu'il y serait beauce coup mieux, et que notre ville était en effet déjà surchargée « d'avoir vingt -trois conseillers delà cour qui, avec leurs domes- « tiques, font plus de quatre-vingts bouches d'extraordinaire. « Nous n'avons, Monseigneur, que la voie de la représentation. (( Nous supplions Votre Grandeur de faire une sérieuse atten- « tion et de considérer que notre ville est cent fois plus mal- « heureuse que vous ne pouvez vous imaginer. Il est vrai, « Monseigneur, que messieurs du parlement sont logés chez (( différents particuliers privilégiés et non sujets au logement « de guerre ; mais il vous sera impossible de trouver chez les « contribuables une seule maison pour le colonel, lieutenantce colonel et autres officiers. Ainsi. Monseigneur, il est encore ft temps, et vous pouvez mettre l'état-major à Ghàteaudun, « comme nous l'y avons vu plusieurs fois depuis vingt « ans (^)... »

(1) Registre i4, folio 34.

On voit combien les échevins, dans l'espoir d'éviter à la ville tous les inconvénients d'une garnison, insistent sur la présence de vingt-trois conseillers du parlement.

Ceux-ci s'y trouvaient réunis par suite des circonstances suivantes :

Au mois d'avril 1753, le parlement, qui était toujours en lutte avec l'archevêque et les curés de Paris, depuis les troubles de la bulle Unigenitus, avait résolu de présenter au roi des remontrances au sujet du refus de sacrements que faisaient certains curés. Il avait rédigé très fortement ces remontrances, et le 3o avril il députa plusieurs de ses membres pour les porter à Versailles. Le roi ne reçut pas ces députés et lit dire qu'auparavant il voulait savoir quel était l'objet de ces remontrances. Quand il le connut, il dit qu'il ne voulait pas les entendre.

A la suite de ce refus, le parlement s'assembla et délibéra de cesser ses fonctions.

Le roi lui adressa des lettres de jussion lui ordonnant de les reprendre et de continuer à rendre la justice.

Le parlement répondit ne pouvoir obtempérer à ces ordres. Le 6 mai, le roi assembla le Grand Conseil. Il y fit expédier des lettres de cachet qui, dans la nuit du 8 au 9, furent portées à tous les membres du parlement, à l'exception d'abord de ceux de la grand'chambre. Mais celle-ci ayant fait cause commune aA'ec les autres, fut exilée comme elles.

Vendôme fut désigné coiiiine lieu d'exil à vingt-trois conseillers, parmi lesquels se trouvèrent MM. Lebas du Plessis, conseiller de la grand'chambre, de Brétignières et de Saint- Germain. Ils paraissent avoir séjourné à Vendôme pendant tout le reste de l'année 1^53 et une partie de 1754.

Barbier écrit dans son joiu^nal, à la date du mois de février 1754 : « Depuis quinze jours, il fait un grand froid et beaucoup « de neiges. On ne sort point avec ses chevaux, ni trop à pied. « Les conseillers exilés passent un hiver rude dans leurs villes « de province où ils doivent bien s'ennuyer. »

A la fin du mois d'août, ils reçurent l'ordre de rentrer à Paris.

C0NSKIL1.EKS

DU PAHLEMENT

VKNOOMK

SUITK DU

Page 1