‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 19 sur 74 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Quelques réflexion» Aur l'année 1791. — Digaensions religieuse». — Un cachet d'évéque constitudonoel. — Paroles de l'abbé Gré|;oirc. — Lettre du curé Pontian GilIcL — Lettre de Palloy. — Influence croissante des clubs. — Dynastie des sans-culoUes. — Cbuplet sur Condorcet. — Les alliamces nationales et civiques, Livres, journaux, brochures, almanachs. Couplets sur le ci-^uant peuple français — Morurs

et usages du peuple Jeux-de-mots sur tes assignats.— Les monnaies particulières." Langage populaire Forces militaires de la France — » De la guerre contre les coalisés, et de la guerre de la Vendée.

Les faits historiques sont les rayous lumineux de la vérité, et de leur agglomération parfaite, natt la vérité elle-même. En vue de ce principe, et d'après les narrations précédentes. Tannée 1791 est une de celles que l'époque révolutionnaire offre de plus curieuses, de plus importantes, de plus difficiles à étudier. Comme cela arrive à l'approche des grands cataclysmes politiques et sociaux, un malaise général avait saisi les esprits. Chacun était en peine de l'avenir, chacun était incertain sur les mesures qu'il convenait de prendre. On avait des pressentiments, et pas de volontés : on laissait les choses aller, mais toujours battant en brèche la monarchie, sans posséder seulement les matériaux de l'édifice à élever sur ses ruines. La France ressemblait à un homme qui abandonne son guide, avant de s'en être choisi un autre. Et cependant, à chaque pas, des labyrinthes tortueux, des montagnes et des précipices I Comment en soriira-t-elle? Vers quel but pourra-t-elle se diriger? — 1792, 1793 et 1794 sont là pour répondre. Constatons toutefois, dès à présent, l'absence réelle de puissance monarchique en France, depuis les premiers jours de l'année 1791. Car, est-ce un gouvernement que celui dont l'influence est morte? Est-ce un bras que celui qui est paralysé?

Plusieurs faits principaux dominent d'ailleurs l'année qui vient de s'écouler. Nous traiterons, en premier lieu,la querelle religieuse.

Remarquez ces mots dans un rapport lu à l'assemblée législative. « L'époque de la prestation du serment ecclésiastique a été, pour le département de

,Ann*el79l.;

CONSTITUTIORHELS.

Il Vendée, la première époque de ses troubles... La division des prêtres assernealésetnon-asaennenlésaéUbli une véritable scission daos le peuple des paroisses; les familles y soot divisées : on a tu et on voit chaque jour des femmes se séparer de leurs maris, des enfants abandonner leurs pères... Les nniiucipatités soat désorganisées... Une grande partie des citoyens ont re- DMKé au seirice de la garde nationale *. >>

U guerre religieuse enfante la guerre civile : derrière lo décret du serment ecclésiastique apparaît la Vendée.

Voici que nous avons en France les dissensions civiles et rdigiouses.

U ne s'arréteDt pas les efTels du serment ecclésiastique. S'il y a des martyrs de b puissance coDStitntîonnelle, elle a aussi, par contre, ses héros. Les prè- Uta assermentés sont devenus des hommes politiques, accolant ensemble les moli évangile et contlitution, comme nous le voyons |>ar ce cachet curieui de l'ét^ue du département de la Haule-Vicnne ".

D'un côté, la croix ; de l'autre, le bonnet de la liberté : la branche d'é|iines figurant avec la branche de chêne.

Les prêtres assermentés sont alors fOTcés par les circonslances d'entrer dans tel ou tel parti : acte fatal, et qui doit préparer leur ruint^. En effet, à part quelques hommes eiallés , qui ont jeté, comme ils disent, le froc aux ortit» . pour endosser la carmag noie jacobine, les autres ont parlagé le sort du parti brissotin et de la gironde. Sous ce rapport, les assermentés uni peut-être plus hâté la mort de ta caste ecclésiastique que les récalcitrants, parce que peu à peu, de concessions en concessions, ils ont fait de la religion une chose poli-

i80 LETTBT-: d'cn curé. ^Année 1791.;

tîque et profane. I^s assermentés ont été au catholicisme ce que les girondins ont été à la république : ils ont creusé Pabtme presque à leur insu ; et la tourmente les y a précipités tous, péle-méle, girondins et royalistes, intrus et réfracta ires.

Il faut le dire, oui, ils ont fait de la religion une chose profane. Outre qu'ils ont transformé' la chaire en tribune, le sacrement en acte patriotique, la charité en philanthropie, ils se sont de plus donnés en spectacle, faisant parade de leurs sentiments révolutionnaires. A côté de l'hypocrisie religieuse, est venue «e placer Thypocrisie politique, dans le cœur de certains prêtres. Ils ont entretenu des correspondances patriotiques, avec les hauts fonctionnaires ou les hommes bien en peuple, avec les journaux, avec les clubs; Le clergé de Paris, évéque en tête, vint complimenter l'assemblée législative â son entrée en fonctions. Grégoire prononça, le k octobre, cette phrase au club des jacobins : '<( C'est aujourd'hui la guerre des rois contre les nations, des oppresseurs contre les opprimés. Les tyrans ont plus â craindre de la déclaration des droits que nous de leurs boulets. »

Dans les papiers de Palloy, nous avons trouvé une lettre de M. Pontian Gillet, curé de Vauderlan, département de Seine-et-Oise, adressée à un membre du club des Amis de la constitution du Bourget. Nous la reproduisons en entier, comme un document unique, comme une pièce rare et importante.

<x Je reçois votre lettre, cher frère et brave citoyen, je m'empresse d'y répondre ; oui, j*ai brûlé à la pointe de mon sabre, le dimanche, 6 du courant*, au prône de ma grande'messe paroissiale, le saint sacrement exposé, et en présence de tout le peuple, la lettre pastorale du ôi -devant archevêque de Paris **, qu'il m'a écrite de Chambéry, par la poste, en date du 7 février dernier, dans laquelle il nous traite de sacrilèges, d'intrus, de schismatiques, d'hérétiques, de protestants et de calvinistes, moi et tous leM prêtres de son diocèse, qui prêteront le serment de fidélité â la nation, annulant, de son prétendu plein droit, toutes les fonctions sacerdotales, mariages et absolutions, faites et données en son absence. J'ai aussi prêté mon serment civique, mon êabre à la main, au prône de ma grand' messe, que j'ai déposé entre les mains de MM. les administrateurs du district de Gonesse. Je ne me repens pas, brave frire et citoyen, d'avoir brûlé ladite lettre pastorale, en criant de tout mon cœur, et de toute mon âme, pendant qu'elle brûlait au bout de mon sabre : V^ive la nation, vive la loi, vive le roi, vive à jamais la constitution civile, décrétée par l'auguste assemblée nationale, dictée et inspirée par le Saint-Esprit, et acceptée par le roi. .

fc C'est la pure vérité dont j'ai l'honneur de vous informer. Au reste, si vous en doutez, tous mes paroissiens en sont témoins ; j'ai, cAfr/r^r^ versé mon

* Avril (le l'année 179!' •• M. de Juiené.

(Année 1791.) lettbb de pallot. 181

sang pour la nation, dans les guerres d'Hanovre et d'Allemagne, en qualité de grenadier, dans le régiment de la Couronne, où j'ai reçu quatre blessures dans différents combats; et pour prix de mes blessures, le roi Louis XVI m'a fait une pension de 50 livres, sur son trésor royal. Voili seize à dix-sept ans que je suis curé à Vauderlan ; j'ai resté à Gonesse en qualité de vicaire pendant plusieurs années, enfin, cher frère et brave citoyen, je suis et terai tiout3 mu vie à vous, au roi et à la nation, avec mon sabre à la main, avec l'attachement sincère et fraternel.

« PONTIÀN GlLLET,

Titulaire, curé de Vauderlan el peoMonnaire du roi.

Cette lettre fut publiée dans le journal la Chronique de Paris; elle obtint Tassentiment général et inspira au patriote Palloy, le démolisseur de la Bastille, l'épltre suivante, que nous allons reproduire également, afin de pouvoir

établir un parallèle entre le curé Gillet et le citoyen Palloy.

c< Monsieur le Curé,

'( C'est avec la plus vive satisfaction que j'ai vu dans la Chronique de Paris, n"" 99*, la belle lettre que vous avez écrite à un membre du club des Amis de la constitution du Bourget.

«t Mon Ame, embrasée du plus ardent patriotisme, a été émue jusqu'aux larmes en voyant la manière dont un prêtre citoyen a reçu et traité la lettre pastorale de son ci-devant archevêque devenu réfractaire à la loi. Rien de plus digne d'un ministre du Dieu de paix, que les vœux que vous adressiez au ciel, pendant la consommation de l'holocauste, et je suis dans la ferme persuasion qw le Saiwt'Eiftrit vous inspirait dans ce moment comme il avait inspiré l'as-^ semblée nationale.

« J'ai servi le roi, mais je n'ai pas eu comme vous Vavantage de contribuer i la gloire du nom français, en versant mon sang pour la patrie, dans une guerre aussi juste que celle de Hanovre; il est beau, après avoir troqué un bonnet de grenadier contre un bonnet carré, de donner à ses paroissiens l'exemple de la soumission à la loi comme on a donné à ses camarades celui du courage.

tf Je n'ai point versé mon sang pour la patrie, mais j'ai exposé mes jours pour la rendre libre, et je disputerai toujours de patriotisme avec vous, monsieur le curé, et je vous prierai très-instamment de vouloir bien, comme ecclésiastique citoyen, recevoir l'hommage du civisme le plus désintéressé, c'est le plan de la Bastille, monument qui n'est destiné qu'aux seuls personnages qui, dans les circonstances actuelles, se sont fait remarquer par leurs actions patriotiques et leur dévouement aux lois.

>'• 99. a^iil de l'anncV* I7«m.

182 suBVEiLLANCE (Année 1791 .}

c< Daignez accepter cette légère marque de ma ienêibilité. Je m'estimerai lieureux d*ayoir eu l'avantage de vous offrir quelque chose qui pût tous être agréable, et veuillez aussi recevoir les assurances de l'attachement respectueux et fraternel avec lequel j'ai rhooneur d'être, monsieur le curé, etc., etc.

« Pallot. »

Nous l'avons dit au commencement de cet ouvrage, Palloy est le pasquin révolutionnaire. Eh bien! comparez les deux lettres, quant au style d'abord. Lequel des deux est le jpius patriotique ? Comprenez-vous ensuite cette humi* lité chrétienne du curé de Vauderian, qui croit avoir besoin de rappeler à tout le monde — car il se sert de la voie du journalisme — qu'il a été un brave soldat, qu'il s'est battu pour la patrie, qu'il a reçu des blessures, et qu'enfin il sera toute sa vie au roi et à la nation, avec son sabre à la main ? Nous avons eu sous les yeux le n. 99 de la Chronique, et les originaux des deux lettres.

Puisque les assermentés se passionnent de la sorte, on ne saurait s'étonner des menaces de leurs antagonistes. L'occasion aidant, des soulèvements religieux troubleront les provinces, et les Vendéens arboreront l'étendard de la révolte.

Sous le point de vue essentiellement politique, Texamen des faits amène à de douloureuses réflexions. Les sociétés populaires étaient proclamées partout comme les surveillantes de l'autorité*, comme les sentinelles delà liberté, comme les yeux du gouvernement, — deux yeux bien ouverts et bien attentifs, que le club des Jacobins , et que celui des Cordeliers. Savez-vous que le premier avait pour public une foule, pour local une église qui lui suffisait à peine; qu'on y tenait séance r^ulière; qu'un bureau y était constitué, et qu'il s'y trouvait un registre des délibérations? Le club des cordeliers avait moins d'influence, mais ses membres s'alliaient aux jacobins, toutes les fois qu'il s'agissait d'une affaire grave. Au reste, il avait, plus que son concurrent, l'esprit d'observation et de surveillance, comme on^ le voit par l'œil qu'il avait placé sur ses cartes d'entrée

Toutefois, bien des gens protestaient contre la puissance et la dynastie inS'Culottes. Mais ceux-ci étaient véritablement les plus forts. Leurs ce

des sanS'Culottes. Mais ceux-ci étaient ventaoïement les plus forts. Leurs coups

Langage réitolutionnaire , par liaharpe.

** Nous avons imprime le cIïcIk^ même qui a rontrôlé les cartes d'entrée des membres composant It vlub des cordeliers; ij nous a été prêté par M. Maurin.

Année 1791.)

Page 1