‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 18 sur 74 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

DicioD popoUire. — Les Ugiférei, — BritMter ; porlriit el eichel de Brissol de WarTille. — ^ Uq conseil des minlitret. — 1'* séance de l'assemblée légisUtÎTe. <— Naissance de la 6tTonde. — Massacre de la glacière d'ÂTignon* — Circulaire pour l'émigralion ; les Coblendert ; veto sur le décret contre les émigrés. — Louis XVI en cage. — Deux proclamations. — Un couplet de Tanderille. — Caricatures ; les pèlerins de St-Jacques. — La poule tPau" tr^'uche, ^Question de la guerre. — Départ deCoeo-Ballly ; dianson de madame Coco. — f étion, maire deux de Paris. -— Lee parquet nationales parlalennes. ^ La reine applaudie à l'Opéra* -*- Abolition de la cérémonie do jour de Tan.

« Tu raisonnes comme la fin d^nae législature *, » disait-on peu de temps ayant la clôture de l'Assemblée constituante , chacun voulant indi(iuer par li combien les députés s'occupaient tristement des affaires de Fétat au moment d'achever leur mission. Des placards furent répandus dans tout Paris, et engagèrent les citoyens A demander des comptes aux constituants. On vendit le Tarif dei députés à V assemblée nationale, ou leur valeur actuelle, brochure sortie des presses de l'imprimerie impartiale**. Un mois suffit pour les réélections de la seconde législature, qui ouvrit ses séances le premier octobre , le lendemain de la clôture de l'assemblée nationale. Cette seconde assemblée, dite législatiee, fot composée de sept cent quarante membres , on lé^if^es/ selon le surnom ironique que beaucoup leur avaient donné. Il se dit force plaisanteries sur leur compte; mais nous rapporterons seulement un couplet en dialogue , sur Tair : Connaissez-vaus n9ire intendant f

* C'était le dicton do Jour. Mémoire* de Briuot.

*' Elle se trouTait dans la bibliothèque de H. de Pîiérécourt.

IM DE ocELQCES dApctAs. (ociobre 17^}

Conoaissez-Toos nos députés ?

CHOEUm.

Non.

Connaifsex-vous leur origine?

CHOBCB.

^^oo.

Connaissez-vous ces gueux crotlés Depuis les pieds jusqu'à Téchine ?

CHOBCB.

Non.

Ayez-Tous vu des va-pieds-nus?

CHOBUV .

Oui.

Eh bien ! vous les avez tous vus *.

Quoiqu'il en soit, l'assemblée législative semblait devoir acquérir bien vite une haute influence. La moitié des députés environ étaient hommes de loi. On y remarquait quelques journalistes , dont les plus Duneux étaient Condorcet et Brissot de Warville; comme aussi de simples motionnaires ou électeurs renommés par leur ardeur civique sous la constituante, tels que Cl. Fauchet, le procureur-général de la vérité, devenu évéque constitutionnel deCaen; Cérutti,le panégyriste de Mirabeau; PastoretetLamourette. Au reste, Condorcet avait perdu toute popularité en siégeant au Cercle social. Quant à Brissot, il jouissait d*une ièrt mauvaise réputation. BrUsotter^ chez le peuple , voulait dire friponner. « Tu m'as brUsotté ma toupie, > criaient les enfants des rues. Tel était le proverbe : et foetus $um proverMum ^ disait Camille Desmoulins en parlant de Brissot.

Une caricature montrait Brissot mef/an^ set gants, c'est-à-dire, volant adroitement une paire de gants dans la poche d'un passant; une autre représentait le roi au milieu de son conseil des ministres. Il leur dit : > Ah çà, messieurs, qui est celui d'entre vous qui a hrissotté ma tabatière? qu'il la garde , mais qu'il rende au moins le portrait de la reine qui était dessus, s — Le premier ministre dit : « Ce qui est bon à prendre.... b est bon à garder, interrompt un autre ministre. Le sentinelle qui est à la porte fait

* Saumal de la C^ui* ttàe la wUle.

(octobre 1791) inauguration des séancbs. i09

oette réflexion : Je Yois bien qu'il faudra désormais faire clouer les tapis. Enfin, il y eut un portrait de Brissot, avec ces vers dessous :

Cet auteur si fameux , qui, de la comédie, Atteignit le vrai but, fit de si beaux portraits Un siècle ayant le mien devina mon génie , Il composa Tartufe, et rendît tous mes traits.

D'autres l'appelaient dédaigneusement le Brissotin, et prétendaient qa'il devait mettre en tête de tous ses journaux , discours et autres ouvrages, ce Mercure, destiné à lui servir de cachet ou de portrait symbolique.

Chabot, le capucin défroqué , était allégoriquement représenté par les royalistes sous la figure d'un masque. Les plaisanteries du même goût allèrent trouver aussi des personnes bien connues, qui ne faisaient pas partie de l'assemblée législative, mais qui avaient au moins autant de puissance que les légifères. Gorsas le journaliste éiaii pourtraicté par une chouette, et madame la marquise de Sillery,— en guenon, donnait des leçons de jeu de la constitution à M. le comte de Beaujolais.

Les ConêtituanU» dont aucun n'avait pu être réélu, d'après leur propre décret, se montrèrent pleins de fierté vis-à-vis des légifères; ils croyaient n'avoir rien laissé d'inachevé après eux.

Pour l'inauguration des séances, Camus, archiviste de l'assemblée nationale, vint faire lecture de la constitution, — évangile politique sur lequel on prêta serment de vimre libre oti de mourir. On décida immédiate-

no MASSACftB d'atignon. (novembre 1791)

ment après qu'on n'appellerait Lonis XVI ni tire, ni sa majtitéy mais seulement roides Français, lorsqu'il se rendrait pour la première fois auxséances; qu'il n'aurait qu'un fauteuil semblable à celui du président, et qu'on s'assiérait devant lui. —Louis s'était déjà, soi-disant, glorifié du nom de rot de la eanaiUe. — En même temps, on décréta que les bustes de J.-J. Rousseau et delfirabeau seraient placés dans la salie. Ajoutezà ces mesures démocratiques la suppression des tribunes primiigiée$ et du titre d'^onorodlemenidre. et vous comprendrez, dés l'abord, la marche que la nouvelle assemblée voulait suivre, bien que ces mesures ne fussent pas toutes mises à exécution *.

Déjà un parti lbrmidid>Ie, surtout par les talents et l'honnêteté des vues , s'élevait dans son sein, souslen(Hn de Gtrondifif, parti qui soutenait les républicains du dehors, et qui avait à sa tète Yergniaud, célèbre avocat; Condorcet, publiciste; Guadet, homme de loi; Gensonné, membre du tribunal de cassation, et Ducos, négociant, tous députés du département de la Gironde. Les Girondim allaient commencer à creuser avec légèreté un abtme qui devait plus tard les engloutir. D'après la progression des opinions diverses, le côté gauche de TAssemblée constituante se trouvait être, pour ainsi dire, le côté droit de l'Assemblée législative. Les extrêmes étaient représentés par Chabot, Merlin de Thion ville et Claude Basire.

Un journal ultra-monarchique avait, par l'ordre du roi, cessé d'exister. Les Actes des Apôtres ne paraissaient plus. A deux liardsl à deux liards mon Journal ! leur succéda immédiatement; mais comme cette feuUle était trop sérieuse, elle fît moins d'efTet que les Actes des Apôtres.

Suivons à présent les mouvements et les faits de la politique.

Les le et 17 octobre, un événement horrible se passa à Avignon. On sait que le Gomtat-Venaissin et la ville d'Avignon venaient d'être récemment réunis à la France. La population était divisée d'opinions à cet égard : les uns applaudissaient; les autres regrettaient leur ancienne position. De là naquit une lutte sanglante, terminée par des massacres, par des assassinats, et où se distingua Jourdanle coupe-tête. On lui donna le nom de massacre de la glacière d'Avignon, parce que les corps des victimes furent jetés dans une glacière. Les partisans de la réunion à la France l'emportèrent.

Kais ce n'était là qu'un fait isolé. Les grandes nouvelles du jour résultèrent encore de rémigration et de la coalition des rois étrangers. Louis XYI, par une proclamation , avait prudemment invité les émigrés à revenir en France. Leur nombre atteignit le chiffre de deux cent mille et plus. Hal^é les dires des patriotes qui traitaient Vémigration Û!évacuation salutaire et de transpiration naturelle de la terre de la liberté, il fallait bien la regarder comme un mal véritable, comme une plaie mortelle, si on n'y apportait pas

* Moniteur universtL Premières séancei d'oeiobre 1791.

(novembre 1791} lbs coblencibbs. 171

on prompt remède. La noblesse avait déserté ses châteaux; des quenouilles étaient envoyées, en signe de mépris, aux gentilshommes qui restaient en France. Plusieurs d'entr'eux reçurent une circulaire officielle, ainsi conçue :

tf Monsieur,

» Il vous est enjoint, de la part de Monsieur, régent du royaume, de vous rendre à pour le 90 de ce mois. Si vous n'avez pas les fonds nécessaires pour entreprendre ce voyage, vous vous présenterez chez M. ***r qui vous délivrera cent livres. Je dois vous prévenir que si vous ne vous êtes pas rendu à l'endroit indiqué à l'époque susdite, vous serez déchu de tous les privilèges que la noblesse française va conquérir*. »

L'Assemblée se dépécha de rendre contre les émigtés plusieurs décréta c(Hnminatoires. Mais, les Cod/enct«r<— on les surnommait ainsi à cause de leur résidence à Goblentz— en appelaient de chaque décret à la hotte du général Bender^ un de leurs chefs, et pensaient qu'il euffisait d'un fouet de poite pour mettre les révolutionnaires à la raison .Us répondirent notamment au rappel qui leur était fait, qu'ils n'obéiraient pas, qu^ils ne reviendraient pas, parce que Louis XYI n'avait pas pu accepter librement et de bonne foi la constitution. En ef&t, une loi portée contre eux par l'Assemblée donna la mesure des convictions constitutionnelles de Louis. Elle n'épargnait ni Momieury ni le comte d'Artois, et fut la cause d'une rupture à peu près définitive entre les députés et le roi« qui apposait son veto dont il ne fut pas tenu compte.

' Comme on le voit, le veto royal n'était qu'une chose illusoire « puisqu'il était impossible à Louis XYI de se déclarer pour ou contre une loi proposée, sans émouvoir aussitôt les passions des partis. Le peuple se riait des volontés de M' veto, et surtout des caprices de Madame veto, La personne du roi était complètement effacée, eu égard à la marche des affaires : il ne restait plus au chef de l'état qu'un certain relief de puissance, recouvrant une incapacité réelle. Dirons-nous quecela fut à tort ou à raison ? Sans préjuger laquestion du principe monarchique, nous avoueronsque le peuple donnait en plehi dans l'illégalité. Louis avait conservé le droit du veto; pourquoi lui en ravif rexerdoe?*

On comprend, au reste, d'après sa position, combien il répugnait au roi d'approuver le décret contre Monsieur et le comte d'Artois.

* Une ta vieilles et eoicellentei eonnaisrances de l'aateor «Tait encore parmi sea papiers de teaiBe, il y afMiqaet aanéei, vue eirealaire Hmblable.

In ACTES DES niRCKS KOTACX. (BOTCfnltfe ITM)

CM alors^qne parai ce deain sur la libre sancUon de Louis XVL

> Qng bli-la U , beui-Mraî — Je

Néaomoing.dansla première quinzaine de novembre, quelques émigr^^ reprirent le chemin de Paris. A eo croire certains hommes d'esprit, ils se tronvaient dans un pileux état, l'oreille basse et les yeux fermés modestement. Ils étaient en petit nombre; leur bonne volonté ne servit à rien. Nous allons donc porter noire attention sur deux actes da cômie de Provence, en réponse aux décrets de l'Assemblée législative. D'abord, il avait fait Imprimer une proclamation en regard de la notification qui lui avait été faite, el les avait publiées sous le nom colleclirde

DBDZ nOCLAMATIOHS :

Louis-Joseph-Staniglas Xavier, Gens de l'assemblée française, se prince français : disant nationale :

L'assemblée nationale vous re- La saine raison vous requiert, eu qoiert, en vertu de la conslilulion vertu du titre I«, chapitre !<', secfrançaise, tilre III, chapitre 11, sec- tlon V*, art. 1*'. des lois imprescrip- Uon III, articlell, de rentrer dans le libles du sens commun, de rentreren royaume dans le délai de deux mois, vous-mêmes , dans le délsd de deux

(DOYembreiT^I) PLAiSANTimiBS ditbbsbs. I7S

à eompler de ce jour ; faute de quoi , mois, à compter de ce jour , îmXe de et après respiration dudlt délai, quoi, et après rexpiratioDdudlt délai» TOUS perdrez YOtre droit éTentuel à vous serez censés avoir abdiqué yolre \à régence. droite la qualité d'êtres raisonnables,

et ne serez plus considérés que comme des fous enragés dignes des Petites- Maisons.

Ko second lieu , le placard suivant avait été affiché dans Paris :

« Db YAm I.BS FBINCBS DU SAHG MOTAL DB FraHCB , DB FBÉSBHT A COILBHTZ BT A WomMS,

> On fait savoir que les princes , indignés de Faudace criminelle des gens siégeant au manège de Paris, appellent à Difu, au roi et à leun épées, du décret rendu contre eux , le 8 du présent mois, bien certains que les bons citoyens de cette ville ne sont pas complices de cet attentat. »

Ces placards, on le pense bien , avaient été aussitôt déchirés qu'affichés. En revanche, de plus, ces jours- là même, le public applaudissait à oatrance, au théâtre Molière, ce couplet chanté dans un vaudeville intitulé le Retour du père Gérard à sa ferme :

Air : Ça n^ee peut pae, ça nUe peut pa$.

Que sont ces héros si terribles Cantonnés sur les bords du Rhin?

Ils seront longtemps invincibles, S*ils ne font pas plus de chemin.

Mais c'est leur parti le plus sage :

Car ils n'auront de leur cOté Que les soldats de l'esclavage Contre ceux de la liberté.

L'à-propos vaudeville n'est pas plus eublime de nos jours.

Le théâtre Molière , si renommé pour son patriotisme , joua aussi la Gra^kde Revue de l'armée notre et Uanehe.

Et puis, quelle verve satirique employée contre les alliés, souteneurs de l'émigration ! On divulgue les manœuvres guerrières de la contre^étolu-fûm, dirigée par son alte$$e contre-révolutùmnaire le petit [Condé; par legé-

174 LBS PÉLEBiNS DE SAINT- JACQUES, (novembre 1791)

néral d*Autichamp , qui propo$e la retraite ; par Galonné, trésorier de Tarmée; parle cardinal Rohan (Collier)*, tambour-major; par madame de Laroolhe» aide-de-camp du cardinal; par Mirabeau-tonneau , armé en guerre, la bouteille à la main. Un groupe de fuyards forme ïatant-garde.

On se fait cette question : a La contre-révolution ne serait-eUe qu'une caricature? n

On retrace la défaite des contre-révolutionnaires commandés par le petit Gondé.

On écrit au bas d'une caricature : a La contre-révolution ratée, ou les paniers percés. » En effet , tous les principaux émigrés y sont représentés costumés avec des paniers percés, et Gondé y est appelé Condé, ou le jkinier percé.

On prétend que , « la constitution fustige Gondé avec les Droits de

rhomme. a

On se rit <r du pied de nez capucinal d'outre-Rhin n ; du conseil électoral de Trêves, où les potentats étrangers portent des figures grotesques et des bedaines pantagruéliques; des abbés u réfractaires allant à la terre promise », c'est-à-dire à la terre de Témigration ; du grand conseU des émigrants; du gazetier de Coblentz; de la foire de Cohlentz, ou les grands fantoccini français.

On fait passer sous les yeux du public la procession des péleritM de St-Jac, ^uei. Cettecaricature, la plus remarquable de toutes, sans contredit, veut une explication. Les princes étrangers font accomplir aux émigrés un vœu à saint Jacques de Compostelle pour le succès de leurs armes. Les bulles portées par le vice-légat sont des vessies pleines de vent. » S. M. Allobroge

représente le roi de Sardaigne.— Le prince Gharles est armé de pied en cap, comme doitrétreun seigneur féodal qui va entrer en campagne. — Le député du canton de Bàle a une hallebarde à la main; son costume figure la bourgeoisie helvétique qui a pris parti dans la coalition contre la France.— La grosse danseuse du Nord est l'impératrice de Russie. » Le despote de Berlin est le roi de Prusse. Tout cela va sans dire.— Riquetià lahoupe, c'est Mirabeau cadet, ayant sur la tète une espèce de casque à mèche, et portant comme d'ordinaire son tonneau, —Le vicaire apostolique est un cul-de-jatte, et forme Tavant-garde du saint-père. ^ L'homme aux trois couronnes est l'empereur d'Autriche, ainsi surnommé à cause de ses prétentions sur les royaumes qui avoisinent le sien.— Hohenlohe est commandant pour le pape, et porte son épée. G'est un cul-de-jatte à la tète de l'armée papale.— Tient le cardinal Nigaud, portant le pape, appelé par la caricature singe de Sixte-

* Le cardinal de Roban et madame de Lamothe Tareiil impliquéi dana raffaire icandaleose du collier , une de eellei qui ont précipité la marche de la ré?olulion, ainai que nous TaTona dit page 7. De là rient le anmom de Collier donné à Rohan.

(MTMBlm 1781) CHAHMII SU* LSS iauiÉJ. (T6

QniDt, pvce que, cuBme loi, il a des envies Créqaeiiles d'excommnnier et de guein^flr.— Le ci-devant patron des Liégecria n'est autre qoe réTéqae de Liège, tratufigiÊré par les révcdutioas brabaaconoes.— InntUe d'expUtiuer ce qu'on entend par le donneur de binédictiom apoïKdi^uet, el par le monstre qui, sons le nom de renommée, publie les exploits des pèlerins. — Le mrdon d'écbalas grenadiers donne une idée de la force, de l'ampleur, dn coarage et de la vivacité des troupes coalisées.

Ob dit que les aristocrates neurent de faim en Suisse et ifn'ils lont riiitiU au petit laU.

Od appelle raide-de<camp de Condé, le do-I-m voir du petifCmidé, et l'agent des émigrés Jf. itrdJ«-to»-(eM.

Enfin, on fait dire i la pouls D'AoraT^ucHE :

Je digère l'or, l'argent, avec faâlilé, liais la constitu tion, je ne puis l'avaler ;

et on met A cheval dessus le petit Cwdé,— aUusion wix secours qu'il refoit r d'Autriche.

• LepetUCiMdtpMiBuldMiBnrADTM-DCUnrta

176 PÉTION MAIRE DE PARIS. (novembre 1701 )

Voilà ce qu'inspirent de terreur les émigrés et les coalisés *.

Les royalistes composèrent quelques chansons à propos du rappel de leurs amis les émigrés. Voici un couplet sur l'air : hanneton» w)U, vole, tôle, etc. :

Êmigrants, yite, vite, vite, Rentrez tous dans votre gite, C'est la loi qui vous invite ; Jourdan^ notre satellite, Vous promet la noix confite.

Êmigrants, vite, vite, vite, etc.

Donc, après la loi sur les émigrés, parut un décret contre les réfractaires; il était bien vrai de dire que « les jongleurs du Manège ne jouaient que deux airs sur leurs violons, celui des prêtres et celui des émigrés. • La municipalité leur avait récemment accordé huit églises où ils pourraient officier librement, les Carmélites du faubourg Saint-Jacques, du Val-de- Grâce, des Filles Sainte-Marie, de Sainte-Aure, des dames de la Providence, des Eudistes, de l'institution de TEnfant-Jésus, et des Théatins. Mais l'Assemblée oublia ces précédents, et déclara tout simplement les x'éfractaires iuipects. C'est la première fois que ce mot est prononcé, ayant la signification que l'on y a attachée plus tard. Cette rigueur semblait motivée par la guerre étrangère qui s'organisait. Aussitôt après, l'Assemblée fit savoir à Louis XVI qu'il devait sonder les projets et obtenir des explications des princes allemands touchant les clauses du traité de Pilnitz. Le roi, le 10 décembre, lui annonça qu'il s'était rendu à ses vœux. Les armements furent poussés avec activité. Rochambeau se mit à la tête de l'armée de Flandre ou du nord; Lafayette commanda l'armée du centre, à Metz; Luckner, celle des frontières de l'Alsace.

Pendant ce temps-là, la politique allait son train. Le brasseur Santerre avait, en réalité, succédé à Lafayette dans le commandement de la garde nationale de Paris ; Pétion de Villeneuve avait été élu maire (de Paris , en remplacement de Bailly. Les Jacobins et la cour se montrèrent favorables à sa nomination. Le directoire du département et les tribunaux avaient été renouvelés par suite de ces élections. Manuel fut procureur-syndic de la Commune , Danton , substitut. Tallien, Robespierre et Billaud-Varennes siégeaient au conseil-général de la Commune. Robespierre avait de plus la charge d'accusateur public.

* Toutei ces caricaluret le troa? ent i la bibliolhëque royale, et chei plaaieora amateart. Nous les atoDS décrites toutes i la fois, bien qu'elles n'aient pas paru simultanémenl. Sans cela nous eussions été forcés de rereoir à chaque instant sur ce sujet.

(Décembre 1791 .)

FIN DANMEG.

La nomination de Pétion à la mairie de Paris produisit un grand- eiïet sur les masses. Deux caricatures eurent un énorme succès. La première a pour titre : U$ Parques nationales jMrisiennes. Pétion sort d'une tinette à vidange. Trois commères fileuses sont près de lui. Une d'elles tient la corde d'un réverbère placé au-dessus de sa tête ; à cette corde est suspendue une sorte d'épée de Damoclès. Une autre commère tient des ciseaux. Elles s'écrient : «Va!... puisque tu ne veux pas nous donner pour boire, nous allons filer ta corde. » La seconde caricature est un rébus politique^ intitulé Avis aux honnêtes $en$. Voici — pour les lecteurs qui ne l'auraient pas deviné — le mot de ce curienx rébus que nous reproduisons. « Pétion Villeneuve, maire deux de Paris, premier mouchard remplaçant Coco Bailly] et Centaure (Lafayette . »

Sur le départ de Bailly en particulier, on chanta sur l'air ? Oui noir, une chanson dont Yoici les deux premiers couplets :

Coco, prends ta lunette.

Ne TOtt-tu pas, dit-moi , L'orage qui s'apprête El qai gronde sar toi ; AlMJidonnoiu Paris Et gagnons du pays ; Mettons notre mënage A l'abri de l'orage Dans un petit village , Ou dans quelque hameau ,

Coco, Coco, Sauvons-nous {bis) au plus tôt.

Je vais serrer les nippes ; Toi, serre le magot; Des charges municipcs Laissons là le tripet ; Quittons notre palais Et tous nos grands laquais ; Abandonnons encore L'écharpe tricolore, ()ui si bien te décore, Et ton petit manteau,

Coco. Coco, Sauvons-nous {bis) au.plus tô.

Quant à Manuel et à Danton, ils n'avaient pas encore assez fixé l'opinion publique, pour qu'on se donnât la peine de les ridiculiser.

Ainsi finit, avec Faccroissement des haines de partis, avec de nouvelles émissions d'assignats, l'année 1791, dont les premiers jours avaient paru si sombres au monarque.

Un milliard six teni millions de papier monnaie étaient répandus dans le public. La dépréciation commençait.

Le 28, néanmoins, la reine fut fort applaudie à l'Opéra. Dernier triomphe, compensé, trois jours après, par un décret de l'assemblée, qui abolit la cérémonie du premier de l'an, et les hommages présentés ordinairement au roi <'ejour-là-

Le chapitre suivant résumera Tannée 1791.

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