‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 21 sur 74 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Ui princes français sont décrétés d'accusation. — Sontèvemenis dans les provinces; à Paris. — Les piques.

— Duel de Robespierre jacobin avec l'empereur fouillant. — Apparition du bonnet rouge. — Cliangement de ministère. — Les massacreurs d'Avignon sont amnistiés ; un tribunal criminel est établi à Paris,

— Essai de la guillotine. — Ça ira, ça n'ira pas. — Description de la Fête de la liberté. — Anecdotes raroniécs par Basire. — Analy$e du nouveau gouvernement. — Les jacobins accusés d'avoir empoisonné L'empereur Léopold. — Déroules de Qniévrain et de Marquin. — Les deux amis. — Symptômes de guerre ririle. — Caricatures sur les modérés. — tAféte de la loi. — Ambition des girondins. — Chute du mioislère sansnrulotte. — Motions du/oukwrgr de gloire. — Encore un changement de ministère. — Proooitics de la journée du ao juin.

Avec des préparatifs de guen'e s'ouvrit donc Tannée 1792. Le mois de janvier ne promit rien de bon. Dès le premier jour de cette année, quatrième de la liberté, l'assemblée législative rendit un décret qui frappait d'accusation les princes français, et Galonné , Laqueille et Mirabeau-Cadet , cliefs avoués de l'émigration ; il les renvoyait tous devant la haute cour nationale d'Orléans, nouvellement reconstituée, comme étant coupables d'attentats contre la sûreté de rÉtat, et de conspiration contre la Constitution. Le 18, Monsieur, frère du roi« fut déchu de son droit à la régence. Le 25, Louis XVI fut prié de demander officiellement à l'empereur d'Autriche , s'il voulait vivre en bonne intelligence, au lieu de protéger le prince de Condé, qui ne laissait pas que de devenir formidable, ayant derrière lui la coalition.

En même temps, *-- et ce qui prouvait combien la guerre extérieure était près d'éclater — le mois fut rempli de troubles.

Le 5, l'évéque de Salnt-Flour écrivit au roi qu'un fanatique avait poignardé un prêtre constitutionnel sur les marches de l'autel, dans une des églises de son diocèse. Les 8 et 9, deux régiments s'entrebattirent à Verdun, à l'occasion du passage de M. de Lafayette en cette ville; le 12, il y eut simultanément des émeutes assez sérieuses à Valognes et à Arles; le 15, et les jours suivants, Reims, Nanci , Agen , Maurepas, la Rochelle , étaient en feu. Puis , lo Ca.mp deJalês^ dans le département dcTArdèçhe, redoublait d'activité. Les

1^ âvÉMEMKivT DBS PIQUES. (Mars 1792.)

Céhett *, dans le Midi » se soulevaient, dirigés par Froment et Descombiers , fameux conspirateurs, dont les services contre-révolutionnaires dataient de près de deux années. Le 21, la ville de Provins fut en émoi : le peuple courait sus un habitant, accusé d'accaparement. Le 25, des incendiaires désolaient les environs de Metz. Le 26, la ville d'Auch se révoltait; le 30, c'était le tour de Versailles. **

Le plus souvent, les soulèvements avaient lieu contre des prêtres insermentés , et parfois il était bien difGcile de leur assigner une cause certaine, à plus forte raison une cause juste et véritable.

A Paris, qui vaut bien une mention particulière, la série des émeutes commença le lundi 23, à propos du sucre, qui valait deux livres deux sous k demi-kilogramme. On pilla les épiciers. Ce mouvement se prolongea jusqu*au milieu du mois de février, accompagné de symptômes tellement alarmants, que les étrangers furent accusés de l'avoir fomenté.. Les Jacobins déclarèrent aussitôt que ses membres s'abstiendraient de sucre tant qu'il coûterait si cher. Il circula une grande quantité de faux assignats de 500 livres. Pour comble de désordre, on faisait courir des bruits étranges sur Pétion ; aussi les proclamations delà municipalité n'étaient-ellespas le moins du monde observées.

Avec les mois de février et de mars apparurent la guerre et la séquestration des biens des émigrés que plusieurs pétitions avaient demandée. Les précautions contre les hommes de l'étranger, et contre les ambitieux, devinrent do plus en plus nécessaires : nul ne put désormais voyager sans passe-port; chaque chef de légion reçut, pour deux mois seulement et tour à tour, le commandement de la garde nationale parisienne. D'autre part, le roi se fiait si peu sur la fidélité des soldats-citoyens, qu'il se fit choisir par rassemblée une garde particulière, appelée garde canstilutùmnelle ***; par compensation, peut-être pour protéger l'assemblée législative, on mit à ses portes une garde d'honneur d'artillerie. Tout le monde, hommes et femmes, demanda la permission de faire Yeœercice deê piquti au Champ de la fédération. « Des piques ! des piques et les flammes nationales, voilà nos moyens, » s'écriait Corsas. Alors, ce fut à qui parlerait le plus de cette nouvelle espèce d'armes ; on affectait de promener en triomphe , chaque jour , sur la terrasse des Feuillants , une pique-modèle. Un arrêté de la municipalité prit des mesures à l'égard de la fabrication des piques. Le plus fameux de ceux qui les vendait

* Nous ne saToiM pourquoi r« perturba teun étaient iiimi appelé»; san» doute, ilt portaient là un de ee« «umoiuft méridionaux dont l'origine est presque toujours inconnue.

** Le peuple avait une hArreur invincible pour tout ce qui ressemblait au privilège; Louis ne consent j que deux mois au plus sa garde consikutionheile.

Gazetie univenelle, journal modôré ou fcuill int.

lHara 1792.) miel a coups de riQUB. 193

s'ippelait Buzé.urrwriar, fabriquai, disait-il daas son prospectus, (« jifÉU dont U modèle omnl été priienté à la ioeiélé fraternHU. Il k$ fowrnUuitàfiatre livra, tila Kmâcriptitm u monlatl ii600'.

Les patriotes crurent cette arme nouvelle destinée à assurer nos succ^ miliUires, et ausa les principes r^ublicains, dans le duel à outraoce engagé entre I) France et la coalilioo. Reproduisons, touchant c« sujet, une petite estampe qu'il est difficile d'attribuer plus au parti jacobin qu'aux partis royaliste ou (entUant.

OUBL A OUTKAHCE.

Suiic du du«l du 3 oart I79tr

fabhc4P1 Or piqu».

194 APPiBiTto!! Dt BO!<!(ET BOi'GB. 'Marsl792.'

Volt-an (lirr par U qnc la pique saura n^îslcr victorieuseaient au caoon des soldaLi ^Iranfçers^Ou bien, est-ce utiavanl-cotireurde l'accusation port^ contre les jacobins, ainsi que nous le verrons plus bas, k propos de la mort de l'empereur Léopold, arrivée le i*'inarB? Quanta nous, nous acceptons plnsi volontiers la première hypothèse. D'autres caricatures, d'ailleurs, motiveiil celte opinion. Une d'elles représente Louis XVI jouant aux caries avec le pèn* Ducbcsne; Louis XVI dit : « J'ai écarté les cœurs, il a les piques; je suis capot. ''

U circula on Manuel du citoyen armé de piques *. A cette époque apparaissent donc les piquiert, par la suite si redoutables , et qu'on peut r^arder comme les cent-suisses de la république.

Le bonnet rouge ne tarda pas à suivre les piques, pour en devenir une sorte de Gomplémeotet d'accessoire". Les citoyens a'eo coiffèrent pour narguera la foisia royauté et la coalition. L'usage du bonnet rouge s'introduisit d'abord dans la Société det Ami» de la Cotuiitutûm; les président, secrétaires, et orateurs à la tribune en {>urtaient. Le député Grangeneuve se présenta à l'assemblée législative ainsi coiffé; puis la mode gagna les promenades et les spectacles. Au ThéAtre de la Nation, après une représentation de la Mort de Cétar, on en coiffa, sur la scène, le buste de Voltaire. Bientôt après, un dimanche, aux Tuileries, des milliers de citoyens se promenèrent avec le bonnet roage sur la télé, et un marchand de tabac de la me Saint-Denis le prit pour enseigne"*.Sur toutes les tétcs de lettres, on commença à dessiner le t)onnel rouge, en lui donnant parrois pour compagnons le faisceau d'armes et l'œil de la surveillance *'".

ir le thniUnr. kn JhhmIti pulriAf'f ui dr C:ht;i . nilcllil^lrsil'li'irrn snni mrnrc dn clicliniln

5)Vt|i^I: -^ \

le

•ffA y r.r ^ •»««^tf' W7

[Avril 1792.) LES GIRONDINS AUX AFFAIKBS. 195

La politique s'embrouillait chaque jour davantage. Dans le courant de mars, Delessart, ministre des affaires étrangères, avait été mis en accusation, i cause de la négligence qu'il avait apportée aux négociations avec F Autriche. Un ministère nouveau mena les affaires, et se composa : de Dumouriez, pour les affaires étrangères; de Lacoste, pour la marine ; de Clavières, pour les finances; deCabier deGerville,puiB de Roland, à l'intérieur; dedeGrave, bientét remplacé par Servan , à la guerre; et enfin de Gamier, à la justice.

Ce ministère souleva les passions autour de lui, à cause de Roland, homme de mise roturière, et surtout à cause de de Grave, qui appartenait, ou plutôt, avait appartenu au parti des jacobins. Les royalistes lancèrent contre ce dernier plusieurs caricatures, et une entre autres, avec ces mots au bas :

ce D'un tas de fumier les jacobins tirent un ministre de la guerre *. »

Le nouveau cabinet reçut de^ la cour et des courtisans le nom de ministère «in«*cu(ofl«, quoiqu'il fût plus généralement composé de girondins que de jacobins. Mais il avait été choisi parmi les membres du parti victorieux, parmi ceux qui avaient réussi à faire décréter d'accusation Delessart, et à obtenir le renvoi de Bertrand de Molle ville, — les deux champions politiques de l'aristocratie. Ce n'était pas le roi qui avait choisi ces hommes-li, mais bien en réalité l'assemblée législative, qui necessaitde gourmander Louis XVI sur les mauvais conseillers dont il s'entourait. Là commence la première entrée des girondins aux affaires ; ils ont mis le pied au pouvoir, et tous leurs efforts tendront désormais à se l'approprier en entier. Des trois ministres marquants, l'un, Dumouriez, n'était l'homme d'aucun parti, mais seulement l'homme des circonstances ; le second , Roland , était un corps sans volonté dont sa femme était l'âme : nous nous apercevrons bien plus tard que H"' Roland pouvait être regardée comme la personnification morale et physique du parti de la Gironde. Le troisième, ministre influent, de Grave, avait, auxyeux des contre-révolutionnaires, l'immense tort, non pas tantd'étre jacobin, que d'être actif, entreprenant, énergique, et de marcher sur les traces de son devancier Narbonne. Il en eut le sort, et une caricature qui émane des royalistes, représente le général Bender, le fameux chef des coalisés, faisant danser le général G<mine (probablement Custines), et le ministre Gra* vite.

Luckner et Rochambeau regardent. Lafayette pleure. — Ordinairement, dit-on, il a la larme à l'œil '*.

De Grave quitta le ministère et laissa sa place à Sérvan, un girondin, ce qui augmenta la puissance de ce parti.

En même temps, la révolution prenait une teinte de sang. Jourdan coupetéUSj l'auteur du massacre d'Avignon, avait été, ainsi que ses amis, amnistié

' Collection de M. Liicrradc.

** Carions de la Bihliolliè«|ue royale.

Ifl6 9ÈTE DE LA UBEBTÉ. AttÛ 1792.

par ra5<$eiiiblée légblatÎTe ; an iribmmal erimimd da départemenl de Paris arait été instîtoé. De plus, voici an antre éTénement bien plus important eooore. Le 25, on essaya la guillotine sar an nommé Jacques -Nicolas Pelletier, condamné à mort comme Toleur et assassin. Sainte GuUiùiime, vierge, conmie avait dît, en 1791, VAlmanach des aristoeralee^ n'allait pas tarder beaucoup à se prostituer. C'est une époque fameuse, selon nous, que celle de Tessai d'uo instrument de mort expéditif. Quels funestes présages î D y avait donc bien des têtes à faire tomber? La guillotine allait-elle devenir l'égide de l'égalité sainte! Les piques! le bonnet rouge! la guillotine! Nous nous acheminons vers la république, emportant avec nous tout le bagage de la terreur à venir.

Examinez, au reste, ce qui se passe actuellement. Le 20 septembre 1790, un service funèbre avait été célébré en mémoire des soldats-citoyens de Cbâteauvieux; il y a dix -huit mois de cela, et voici maintenant qu'un écrit: Tdée générale d'une fête civique pour la réception des soldats suisses de Chdteaûvieux, estrépandudansie public, et qu'on prépare en effet une solennité, en l'honneur des braves soldats de Châteauvieux de ceux qui ont été traités de bngands en 1790*. L'Assemblée législative les amnistie de leur peine; ils arrivent à Paris, sont admis i la barredela représentation nationale, et obtiennent les honneurs de la séance, — après avoir été glorifiés par un panégyrique de Collot-d'Herbois, leur défenseur officieux, qui fait là son premier coup d'éclat politique. Us se rendent ensuite aux jacobins de la rue Saint-Honoré, où on les invite à un dîner magnifique; le soir, ils vont à la société des Amis de la constitution, et immédiatement après à la Commune. C'est pour eux un triomphe. Le peuple veut les honorer plus dignement encore, et fixe au 15 avril une fête dite de la liberté, destinée à immortaliser leur action.

Le 15 était un dimanche, jour choisi exprès pour que la fête fût célébrée tout à fait par le peuple et pour le peuple. Vers dix heures du matin le cortège se forma, partit de la barrière du Trdne, descendit la rue du faubourg Saint-Antoine, et stationna, un peu confusément, sur la place de la Bastille, ^n partie déblayée. Les soldats de Châteauvieux se rangèrent au milieu de la place : et alors une musique animée peignit de son mieux ce qui était, disaiton, la première victoire du peuple. Palloy, — toujours indispensable dans les grandes solennités, — se tenait à cêté des braves de Nanci, et précédait un groupe d'hommes portant quatre pierres tirées des ruines de la défunte Bastille.

En reprenant sa route le long des boulevards, pour arriver au Champ de la Fédération, le cortège se trouva disposé avec ordre et avec le cérémonial suivant :

Des citoyens et des citoyennes ouvraient la marche, sur huit de front, portant la déclaration des droits, gravée sur des tables monumentales. Us

Voyez à la fin du cliapitre VI de ce volume ,

(Avril 17^.) DESCRIPTION . 1 97

étaientescortés de musiciens, de tambours, déjeunes soldats et d'invalides sans armes. D'autres promenaient les instruments et les armes qui avaient servi pour la prise de la Bastille, ayant au milieu d'eux des vainqueurs portant UD petit modèle de Bastille, — de la fabrique de Palloy, — et le drapeau de cette forteresse. Suivaient les bustes de Voltaire, Rousseau, Francklin et Sidney, et des drapeaux anglais, américains et français, réunis par des rubans trieolores ; puis, le livre de la Constitution, gardé par les pères, les mères, les épouses, les jeunes gens et les gardes nationaux. On voyait, à la suite, un groupe de députés, d'officiers municipaux, de juges, etc.; des victimes des deux sexes, promenant le modèle d'une galère, des rames enlacées de fleurs et de rubans, des fragments de chaînes des soldats de Chàteauvieux, suspendus à quarante trophées surmontés de couronnes civiques.

Au milieu de ce dernier groupe, s'avançaient deux sarcophages , de forme antique, et liés entre eux par un rouleau portant cette légende : Les tyrans sont seuls coupables. Sur l'un, on lisait les noms des soldats de Chàteauvieux tués pendant l'affaire; sur l'autre, ceux des gardes nationaux morts victimes de leur obéissance à la loi. Enfin, la marche était fermée par un immense char, haut de vingt-quatre pieds, long de vingt-sept, exécuté d'après les dessins de David. Il se terminait en proue, s'abaissant par degrés sur le devant. Les ordonnateurs de la féteavaient placé dessus la statue de la Liberté, assise sur une chaise antique , tenant de la main gauche une massue , de la droite montrant au peuple le bonnet de la liberté. Sous ses pieds gisait un joug brisé; devant elle, un autel couvert de parfums; à l'autre extrémité du char, la Renommée portée sur un globe. Les bas-reliefs, représentaient Brutus immolant ses fils à la liberté, Guillaume Tell enlevant la pomme, ainsi que les figures symboliques du despotisme, de l'aristocratie, de la féodalité, du fanatisme et des préjugés vaincus, et celles de la raison et de la philosophie triom- [ihantes.

Quarante soldats de Chàteauvieux entouraient le char; ils portaient l'uni forme de leur régiment, et avaient à leur tète leur défenseur Collot-d'Herbois et les deux députés de la ville de Brest. Un homme suivait, dont le costume était parfaitement ridicule, et qui, monté sur un àne, représentait l'ignorance et la sottise. Enfin, un détachement de garde nationale et de gendarmerie à cheval terminait le cortège, qui défila avec un ordre incroyable, le long des boulevards, fit une première station à l'Opéra où l'on exécuta un chœur à la liberté^ et la rofu^e nationale; une seconde i la mairie; une troisième à la place Louis XV : la statue équestre de ce prince était coiffée d'un bonnet rouge; elle tenait à la main, en guise de sceptre, un drapeau tricolore, et les oreilles de son cheval étaient cachées sous des cocardes. La quatrième et dernière station fut au Champ de la Fédération. Une foule immense attendait, et quelques curieux dansaient des rondes sur l'autel de la patrie, où l'on avait placé les tables de la déclaration des droits de l'homme, et où l'encens brûlait

19S DE L*AOJIINISTRATION. (AtHI 1792.)

dans des cassolettes. Le cortège arrivé, on eotonna les chants déjà répétés aux diverses stations, et de plus une cantate, — paroles de Chénier, musique de Gossec, — - à la gloire de» soldats de ChAteauvieux. Elle conmiençait par ce quatrain -•

L'innocence est de retour , Elle triomphe à m» retour ; Liberté , dans ce beau jour , Viens remplir notre âme. *

Pendant cette fête qui , disait-on, devait amener de grands mouvements, « il n'y a pas eu une chiquenaude de donnée, une seule égratignure de faite, un seul mouchoir de volé , une seule dispute de mots. On n'a pas connaissance, ajoute Bazire, dont nous avons lu le récit), qu'il se soit passé pendant cette fête, qui a duré depuis cinq heures du matin jusqu'à dix heures du soir, à laquelle un peuple inmiensea voulu concourir, une seule chose qui puisse blesser les mœurs, eflaroucher la raison, affliger Thumanité **. >i

Bazire ne se laisse pas ici emporter par l'enthousiasme : tout cela est si vrai que la troupe, pour maintenir la foule , ne se servit pas de baïonnettes, mais seulement d'un drapeau tricolore et d'un brin de paille. Mais, si on célébrait la fête de la liberté y en revanche on chantait le de profundU de la monarchie. Le 15 avril même, jour du cortège, Louis XVI ne mit pas le pied hors de son palais, a Nous n'avons qu'un Louis dans Paris, s'écria un gros homme, et je crois que c'est de la fausse monnaie, car on n'ose pas le montrer. » Un ivrogne criait de toutes ses forces au milieu de la foule : vivent les . . . déçus ! — Fi donc! dit une bonne commère, c'est comme si on criait « vive le roi! point de cela ***. » Quelle était, en outre, la force agissante du gouvernement ? Un journal, par une plaisanterie qui a tout l'air d'une vérité, nous en donne le secret , et nous démontre les vices de l'administration d'alors. — Confusion et anarchie, cela ne va plus loin. Voici l'article, écrit en vers :

ANALTSB DU MOU^BAU GOeTnNKMBNT.

Notre sénat kùt un décret charmant ; Dès qu'il est fiut , le roi le sanctionne ;

Le ministre, au même moment, Le Fait partir pour le département ;

Lors le département ordonne Que le décret soit vite eiéculé; Et la municipalité Répond que le décret est superbe, admirable , Mais qu'il a le défaut d'itre inexécutable.

Description de la fête d'après la Gazette universelle. *' Papiers inédics de Cl. Basirc, communiqués à l'auteur par M. Dievalicr. **' Idem.

Avril 1792.) prsmièrk campagne. 199

Le «aÎDi dooir du rinsurreclion *,

Page 1