I .es motions , les heureux tlroits di; l'hoiiuih
Sont en vigueur; on s'échine, on s':t;>soMinn; .
Tout en criant : ^iW la nation / On se rit du décret , on descend la laotcrne : Voilà comme, à présent, la France se gouverne ".
U y aurait lieu de croire que les lois fondamentales du royaume étaient inexénUMeSf car elles étaient bien peu exécutées. Malgré toutes les promesses de tolérance accordées au clergé et aux hommes religieux , i Lyon, chaque fête et chaque dimanche on faisait fouetter nombre de femmes aux portes des églises catholiques *'*. Et, de plus, un décret défendit aux prêtres déporter un costume ecclésiastique quelconque, évidemment pour se conformer à un certain sermon de Vabbé Grégoire, qui avait prétendu que, Jésus- Christ ne portant pas de costume particulier, ses disciples aussi devaient s'en abstenir. On supprima par la même occasion les congrégations d'hommes.
Dans cet état de choses, le 28 avril, les hostilités commencèrent entre l'armée françaiseet celles de l'Autriche et de la Prusse, près de deux mois après la mort de l'empereur LéopoldAgameronon Cunctator '**', auteur de la coalition, frère de Marie Antoinette , empoisonné par les jacobins , disaient les monarchiens. Opinion soutenable : en parlant de la lutte des Français contre les alliés, une gazette patriotique avait avancé « qu'un croûton de pâté arrangerait l'afTaire, » et, aussitôt la nouvelle de cette mort connue à Paris, on chanta dans les rues : Malborough s'enva-t-en guerre, et on vociféra les actions infâmes du frèrede la Ogresse royale *"'*.
Ce n'était donc plus le temps des injures, ni des menaces. Les armées en venaientaux mains. Une alarme générale se répandit en France à cause des premières opérations militaires qui ne furent autres que deux déroutes. Le lieutenant-général Biron avait échoué devant Quiévrain, près de Mons; Théobald Dillon n'avait pu empêcher lessoldats de fuir, â l'approche des colonnes autrichiennes sur les hauteurs de Marquin. Un corps d'armée avait crié : Nous wmmes trahis I l'autre : Soute qui peut I — Trahison et lâcheté !
A Paris , les imprécations éclatèrent contre Lafayette, sous les ordres duquel avaient combattu Biron et Dillon. Le mot de traître fut prononcé ; mais, par-dessus tout, des craintes sérieuses vinrent au cœur des patriotes. Lesémigrésetla noblesse contre-révolutionnaire s'applaudirent au contraire de ce
* On sait que LaÊiyetlc avait dit un jour que l'insurrection était le plus saint des devoirs. Cm mot lui fut mille et mille (bis reproche en foutes circonstances par sJs ennemis politiques.
'* La Rocambole des jonmaui, ou histoire aristo-capucino-comiquc de la révolution , rédigée par Dom- Rfçius , anthjacobinus et Cie ; journal satirique.
*** Journal général de France.
"•• Mémoires tirés des papiers d'un homme d'Klnf,
«.*.• i§ij(ffifjff/g(f^ résolution fran^aiic , p.ir doux .inils «Ir l.i Iil»ciu'.
300 LES MODÉBÉS HOIDNIS. {MÛ 17Ï6.)
désastre arrivé à ceux qu'ils appelaient par dérision des ioldaU de copier [allusion aux assignats). Royou, auteur et éditeur del'^t du Roi, annonçait comme chose sûre la résurrection'de l'ancien ordre de choses. Marat, t'j4int dit Pmple. targuait ouvertement l'assemblée législative de corruption , et les généraux de trahison infAme. Ces deux Àmit furent eux-mêmes décrétés d'accusatioa. Les événements de la guerre extérieure, joints i des symptAmes effrayants de guerre civile , augmentaient les succès de la propagande jaeobite, qui fut bientôt accusée non seulement d'avoir empoisonné l'empereur Léopold, nuis encore d'avoir assassiné le roi de Suéde, Gustave III, ce ((ui faisait dire aai royalistes qii'tY y ovatl du vide dam le Nord. Ils nécessitèrent rémission de trois cent millions de francs en assignats ; et des registres furent ouverts dans toutes les sections, afin de recevoir les offrandes pour les frais de la gnerre *. D'un autre câté , pour mettre fin à la gnerre civile , le marquis de Saint- Hurugue proposa aux Jacobins, dont il était un des chefs.de dissoudre les sociétés aristocratiques « à coup de nerfs de bœu!. » Brissot et Gensonoé dénoncèrent à l'Assemblée l'existence certaine d'un eomiti amtrichim^ , tenant ses séances dans l'appartement de la reine. Les prêtres insermentés furent plus rigoureusement poursuivis; la dénonciation de vii^t citoyens actib suffit dorénavant pour les faire déporter. Quant aux feuillants , aux modérés , on les mit au ban de l'opinion publique, en assurant au peuple qu'ils n'étaient que des ci-devants aristocrates , dont la figure , autrefois maussade et revèche, avait pris un air aimable et doucereux .
(Juin 1792.) vétb de la loi. 201
L'assemblée législative se déclara en pennanence jusqu'au 31 mai , ainsi que plusieurs sections de Paris.
La garde du roi fut licenciée , pour cause d'incivisme notoire , car douze Suisses avaient récemment arboré la cocarde blanche à Neuilly.
Cependant les feuillants ne se laissèrent pas intimider. Scandalisés* qu'ils étaient par les honneurs rendus, le 15 avril, aux soldats de Châteauvieux, ils saisirent la première occasion de répondre à la fête de la lÀherté par une fête de la Lai. Elle se présenta en moins de quinze jours.
Le 3 mars dernier , des hommes armés étaient arrivés des villes voisines à Étampes, y avaient taxé le blé au marché, et l'avaient acheté brutalement selon le prix de leur taxe. Henri Simonneau , maire de la ville , s'opposa de tout son pouvoir à cette violence , et alla même jusqu'à menacer de faire proclamer la loi martiale. On s'était élancé sur lui » on l'avait percé de plusieurs coups de baïonnette. Simonneau était mort en disant : a Ma vie est à vous, >ous pouvez me tuer, mais je ne manquerai pas à mon devoir , la loi me le défend.»
On joua sur le théâtre du Marais la Mort de Simonneau. ** Les feuillants consacrèrent la mémoire du maire d'Étampes par la fête de la Ln, fixée au 3 juin. Des bannières avec cette inscription , la loi; des corps de musique ; des modèles de bastille , comme toujours ; des enseignes des qua* rante-huit sections, où l'on remarque ce mot, jusqu'alors presque inconnu : indifoiêible; des faisceaux de drapaux des quatre-vingt-trois départements; des étendards militaires sur lesquels on lit : respect à la loi; des vétérans portant une table sur laquelle on a placé le glaive de la loi ; l'écharpe du maire d'Étampes, promenée triomphalement : dans cette fête, la loi frappe tous les regards, la loi commande à tous. Elle apprend au peuple que les hommes vraiment libres sont esclaves de la loi , — que sa force est dans la loi , — que les enfants doivent être instruits dans la loi , — que les filles doivent donner la préférenceaux soutiens de la loi, — quel'on doit aux vieillards et leurs fils et la loi, — que les enfants chérissent leurs parents et loi **'. En un mot , la Un passait avant la liberté, et l'intention des feuillants était de démontrer que la dernière devait céder le pas. La question n'était que de savoir s'ils parlaient avec sincérité. La loi et la liberté sont deux sœurs, altières toutes deux, qui s'aiment tendrement et font semblant de sedétester. Pourquoi les feuillants s'efforçaient- ils d'exclure l'une par l'autre, comme par droit d'atnesse?
Nous laissons à penser quelle animosité réveilla chez les partis extrêmes la fête de la loi , malgré toutes les petites concessions accordées par les modérés.
Et ce fut dans ce moment-là même que les girondins , ou plutôt les hommes
' André Chénier composa contre la fête de la liberté, une satire qui ne lui fiil jaiiuiis pardonnûc.
'" Voniieur universel A
'" Ce p.tragr.iphe est une aQGlonu'fdtion de toutes les dcvi&es mises au jour pour la cérémonie.
202 AVANT LE 20 JUIN. (JuÎD 1792.)
d'état, tentèrent de s'emparer à tout jamais du pouvoir. Servan, leur créature» ministre de la guerre , demanda l'établissement d'un camp de vingt mille hommes sous Paris. Une pétition des royalistes protesta contre le projet. Ce fut une chaude querelle dans le conseil : Dumouriez désapprouvait la mesure. Dès lors il se sépara complètement de ses collègues, et Roland écrivit au roi, au nom de ces derniers , une lettre qui devait hâter la rupture entre la cour et le peuple , une lettre pleine de plvases comme celle-ci : « Il n'est plus temps de reculer ; il n'y a même plus moyen de temporiser : la révolution est faite dans les esprits; elle s'achèvera au prix du sang, et sera cimentée par lui, si la sagesse ne prévient pas les malheurs qu'il est encore possible d'éviter. Je sais qu'on peut imaginer tout, opérer et tout contenir par des mesures extrêmes; mais quand on aurait déployé la force pour contraindre rassemblée , quand on aurait répandu l'effroi dans Paris , la division et la stupeur dans ses environs , toute la France se lèverait avec indignation , et se déchirant elle-même dans les horreurs d'une guerre civile, développerait cefte sombre énergie, mère des vertus et des crimes, toujours funeste à ceux qui l'ont provoquée *.»
Etaient-ce là des conseils, étaient-ce là des menaces? Nous l'ignorons.
Par ce manifeste révolutionnaire , les girondins mettaient à la puissance monarchique le marché à la main. Les jacobins et les girondins étaient d'accord contre elle. Les derniers surtout avaient une très-grande influence pratique sur la marche des affaires. Néanmoins, le ministère sans-culoUe tomba, et fit place à Mourgues pour l'intérieur , et à Beaulieu pour les finances, emportant avec lui les regrets et l'estime de la nation , au moins de par l'assemblée législative.
Dumouriez reste au ministère, et cumule deux portefeuilles, celui des affaires étrangères et celui de la guerre. La Gironde est mécontente : nous allons assister à sa vengeance, dans laquelle l'assemblée s'est, pour ainsi dire, mise de moitié, en envoyant la lettre de Roland, imprimée, aux quatre-vingttrois départements. Les girondins cherchent à organiser une république du midi; et Barbaroux écrit aux Marseillais de lui envoyer, afin de sauver la liberté, six cents hommes qui sachent mourir.
Ce n'était pas tout encore ; une sombre agitation se faisait sentir dans le faubourg de Gtoire*", dont Santerre était véritablementle roi, ayant pourcourtisans l'américain Fournier, Rotondo, l'Italien, Legendre, boucher, Kossignol, orfèvre, et Nicolas de Brienne, marchand de vins. Un libelle intitulé : Avis à la garde nationale, fit croire qu'on voulait destituer le roi; et, le il juin, un orateur, monté sur une chaise , lut à la foule un autre libelle : La chute de l'idole desFrançais '", où l'assassinat de Louis XVI était formellement provo-
* Lettre du ministre Roland k Louis XF"/.
** Le lecteur m; rappelle que tel ('tait le surnom donné au fauliourg Sdint-Antoinc.
*** Séance de l'AsscmMéc, 12 juin. Dénonciation de Dcliuu.
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[Juia 1792.) deux veto apposes. 203
que. L'ex-capucîn Chabot demeurait dans le faubourg de Gloire, et se rendait fréquemment, selon le bruit général, à Charenton,poury faire des motions dans l'auberge du Cadran bleu. Assez souvent il se formait des rassemblements sur \sk place de la Liberté*. Un violent orage menaçait; une nouvelle crise ministérielle le fit éclater. Dumouriez avertit le roi, par écrit, de la fermentation qui régnait au faubourg de Gloire. Louis ne fit aucune attention à ses conseils, et crut que c'était un calcul de la part du ministre. Dumouriez déplaisait également aux jacobins, aux girondins et aux feuillants, qui hâtèrent sa chute. Les feuillants invitaient le roi à signer la démission du général. Le lendemain de l'envoi de la lettre ce fut chose faite, et Dumouriez se retira avec Hourgues , cinq jours après le départ des ministres patriotes. Les modérés arrivèrent ainsi à la tète des affaires, dans les personnes de Scipion Chambonas, Terrier-Montciel, Beaulieu et Lajarre.
Puis, Louis XVI apposa son veto sur un décret relatif aux prêtres assermentés, et sur celui qui autorisait l'établissement du camp de vingt mille hommes.
Le surlendemain de la formation du ministère, lorsqu'à peine on avait reçu à Paris la nouvelle de la prise de Ménin, par le maréchal Luckner, se levait la triste journée du 20 juin, une des grandes scènes du drame révolutionnaire.
' Uo décrtt do i6 juin donna ce nom an lerrainde la Bastille.