‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 24 sur 74 · ORAISON · texte numérisé non relu

ORAISON

« Grand saint, voyez à vos pieds le clergé, la noblesse et la magisiraUire du royaume de France implorer votre sainte protection. Us espèrent, par votre heureuse intercession, être bientôt délivrés des horreurs qu'ils endurent depuis le ik juillet 1789 (jour i jamais exécré), horreurs qu'ils ont souffertes en silence. . . persuadés qu'ils sont, â grand saint, qu'un jour, peu éloigné sans doute, vous daignerez paraître environné de toute la gloire céleste, pouf leur rendre des jpri^iliges et des biens, dont ils ont toujours fait le plus noble usage.,, en même temps que vous fere? rentrer les factieux, qui les ont humiliés, dans la fange pour y croupir jusqu'à la fin des siècles [ainsi soit-UU.) »

Plusieurs ne disaient plus en parlant du roi, que Louis le faux, Louis le dernier, qui, une girouette sur la tête, tournait à tous les vents.

On sent, dans un tel état de choses, que, poursuivi ainsi par les sarcasmes et par les insultes de la foule, Louis XVI devait être de plus en plus irrésolu, selon son caractère, sur le parti qu'il avait à prendre. Quelques démarches, cependant, furent faites auprès des contre-révolutionnaires, et la cour compta sur les succès croissants des émigrés, d'après la manière dont avaient tourné nos premières opérations militaires.

Hais, si le roi ne reconnaît plus de peuple, le peuple, à son tour, ne re« connaît plus de roi.

' Texte d'une gravure communiquée à l'auteur par M. le Marquis de Pasiorei. •' Ibid.

MOTION DK LAMOUKKTTE.

La république est i la veille de soq avènement. Les masses s'écrient, en ToyiDt cette nuuvelle puissance : ça ira; et elles disent, en parlant de la mo- Dirthie : ça n'irapa*'.

Le 1*' juiltel, seize mille pétitionnaires étaient censés demander le chAUmeot des aaleurs du 20 juin. La pétition devint un objet de dérision parce que le rédacteur se nommait Guillaume. Le Moniteur, d'ailleurs, avait fait savoir qu'il ne s'y trouvait pas plus de sept mille signataires. L'assemblée parut leur tendre justice, en suspendant Pétionet Manuel de leurs fonctions, le premier pour six jours seulement. Le peuple se remua en faveur de Pétîon ; très-fréquemment, des individus vinrent k la barre redemander leur vertueux maire, nr c'était là l'épitbète accolée d'ordinaire au nom de Pétion. Au même temps, les principes des Jacobins prévalaient: les états- majors de la garde nationale i Paris, et dans les villes de plus de cinquante mille Ames, étaient licenciés. On ne voulait décidément plus de majoritiu. En outre, les compagnies de grenadiers et de chasseurs étaient abolies, comme distinctions contraires à l'égalité.

Un député s'avisa alors de faire nattre dans l'assemblée législative une grande réconciliation entre les représentants de tous lespartis les plusopposés. U se nommait Lamourette, et était évéque constitutionnel de Lyon. Sur sa motion , le 7. ses collègues s'embrassèrent en signe de paix et d'union. Le baiser d'>4mour«nc, ou de r^conrt/ùfton Rormamie, ainsi qu'on l'appela, était, sinon un baiser de Judas, au moins une sorte de formalité inutile. Bientôt

* Eimii de II collHiiaii dcM l^irmllier.aTocal, iulnirdaF>nri «Vr»m^Un<.>aJHfi«i. T. I. 1*

210 TROisikMB FÉDÉRATION. (Juillet 1792.)

après, l'évéque Fauchet se défendit d'aToir embrassé Ramond. Le jardîo des Tuileries , rouvert un moment , se referma presque aussitôt. A la séance du soir, le même jour, les dissensions recommencèrent, et dès le lendemain, tons les journaux en parlaient avec dérision. Cette réconciliation fut , de plus , suivie d'un acte législatif qui prouvait complètement son inefficacité. Le 11, en effet , un décret appuyé par Vei^niaud , le Mirabeau de la Gironde , déclara que la fatrie était en danger, et prit des mesures pour soustraire les travaux de salut public à l'approbation royale. Sous Tinfluence de cet événement , le deuxième anniversaire de la fédération eut un caractère tout particulier.

La veille, Pétion reprit ses fonctions de ma'ire , qui lui avaient été interdites à cause de la journée du 20 juin ; Louis XVI fit savoir à rassemblée législative qu'il avait l'intention d'aller renouveler son serment sur l'autel de la patrie.

Le programme de la fête, arrêté par la municipalité, déplut à la cour qui le modifia.

A onze heures et demie du matin, le li,une députation de l'assemblée législative se rendit en corps sur la place dé la Liberté ( la place de la Rastille.) Là, le président , au milieu des trépignements de joie des assistants , des vainqueurs de la Bastille, des hommes du 20 juin , posa la première pierre d'une colonne à la liberté*. La cérémonie eut lieu avec accompagnement de fanfares et de symphonies.

Le cortège se mit en marche à midi , et se dirigea vers le champ de la fédération, autour duquel, à l'intérieur, avaient été élevées quatre-vingt-trois tentes avec chacune devant elle un peuplier surmonté de banderoles tricolores. L'assemblée se plaça sous une immense tente particulière; la famille royale et les corps administratifs dans les bâtiments de l'école militaire, sur le balcon du premier étage. Entre l'école militaire et l'autel de la patrie — misérable colonne tronquée, — on voyait un monument funéraire, consacré à la mémoire des citoyens qui étaient morts ou qui allaient mourir pour la patrie. C'était une pyramide sur laquelle ces mots avaient été écrits. Tremblez tyrans I nous les vengerons!

Dès que le cortège fut arrivé au champ de la fédération , la cérémonie du serment commença. Il était déjà cinq heures du soir. Elle se fit à la hâte, la véritable fête ayant eu jieu à la place de la Liberté. Au champ de la fédération , au contraire, ce ne fut que confusion, agitation , tumulte ; à tel point, que la reine ressentit une grande inquiétude pour les jours du roi, à cause des bruits de troubles qui avaient couru dans les premiers jours de juillet. Quelques spectateurs criaient au-dessous du balcon royal : A bas l'Autrichienne I àbas M. et madame Veto!

* Elle ne hii j amais conscruice.

(Juillet 1792.) AIMB DB LA réODALITÉ. 211

Les TisagM étaient moroes et désolés ; k peine cria-t-on vràa te ni I et le vertuenx Pétion fut l'unique héros de la fête. Sur les chapeaux , une foule de âUsjena avalent tracé avec de la craie blanche, ces mots: Tive Pétion, du lamort! et ils criaient dans les rues, lorsqu'ils passaient: Vive Pétion! hmmeitr i Pétion!

On remarqua , au reste , i la fête de la fédération , une décoration nouvdle. Un arbre fut planté au nùliea du Cfaamp-de-Hars. U était chargé d'innoiries , d'inscriptions , de titres , de sacs de procès, en un mol , de tous ks attiibute de la féodalité.

Les autorités y mirent le feu en grande pompe , et puis enterrèrent ainsi, iTec des chants et des danses . la morgue des seigneurs féodaux et de toute la noblesse. Manifestation superflue. Aussi, Louis XVI répondit-il avec raison au président qni rengageait à y mettre lui-même le feu : « Il n'y a plus de féodalité. »

Cette troisième fédération dut être pénible i voir.

N'oublions pas qu'un décret a déclaré la patrie en danger, et que l'assemblée législative a rédigé deux adresses, l'une aux Français, l'autre â l'armée. Celle-ci a redoublé le courage de nos soldats combattant sur les frontières; celle-là fit arriver de tous les points de la France i Paris une foule de volontiires, animés du désir do sauver la patrie, mais en même temps rentar-

S12 La patbib en ranges. (Juillet 1792.)

quables par la violence de leurs idées. Ils demandaient entre autres choses qu'on suspendit le pouvoir exécutif dans la personne de Louis XVI , et qu'on accusât Lafayette. Le roi même reçut cette adresse : « Roi des Français , lis et relis la lettre de Roland; elle contient tes devoirs et nos droits... Nous défendrons la liberté que nous avons conquise... nous résisterons à l'oppression.... nous punirons tous les traîtres*. »

Dans les lieux publics, chaque jour s'élevaient des rixes : on se battait i coups de bâton pour la tuiftoft ou pour le roi.

L'assemblée n'écouta pas les vœux des volontaires contre la royauté; seulement, elle voulut mettre i profit leur ardeur belliqueuse; elle s'occupa trèsactivement de la guerre et de l'administration. L'effectif de l'armée de terre fut porté à quatre cent mille hommes ; la garde nationale fut mobilisée en partie, avecou sans l'uniforme, mais néanmoins recevant la solde des volontaires, etétant assujettie à la plus sévère discipline. LaFrance entière s'armade piques et de fusils. L'administration s'efforça aussi de venir en aide àla guerre. On établit le maximum de la contribution foncière , pour 1792» au cinquième du revenu net , et on décréta que les palais épiscopaux feraient partie des domaines de l'Étal.

Le roi avait proclamé en personne les dangers de la patrie ; le peuple n'y fit pas attention , et ne s'occupa que de la proclamation qui devait en être faite par la municipalité. — Chaque événement prouve qu'en réalité il n'y avait plus de puissance royale.

Donc , le dimanche 22 , les officiers municipaux firent proclamer sur toutes les places publiques que la patrie était en danger» Le conseil-général de la commune s'assembla à sept heures du matin ; les six légions de la garde nationale étaient réunies par détachements sur la place de Grève. Le canon du Pont-Neuf tira trois coups à six heures du matin ^ pour annoncer la proclamation. A huit heures les cortèges se mirent en route. Us se composaient de détachements de cavalerie, avec trompettes, de détachements de la garde nationale. Suivaient six pièces de canon, des trompettes, et de nombreux corps de musique. Quatre huissiers de la municipalité à cheval portaient chacun une enseigne à laquelle était suspendue une chatne de couronnes civiques. On lisait en haut ces inscriptions : Liberté, égalité, conêtitutioh ^ patrie; et audessous, ces deux mots : Publicité, responeabilité. Douze officiers municipaux avec leur écharpe, des notables et un membre du conseil-général à cheval, faisaient partie du cortège. Un garde national à cheval portait une grande bannière tricolore , sur laquelle se lisait en grosses lettres la phrase officielle : c( CiTOYEPrs , LA PATBiE EST EN DANGEB. » Six pièces de canou , un deuxième détachement de garde nationale , un deuxième détachement de eavalerie»

AdresM envoyf^ au roi {>ar le» habitants de Montpellier,

(Juillet 1792.) les voLOXTAiftBS. 213

fermaieDt la marche, pendant laquelle la musique exécuta des tiirêmajêihêeuœ itiévèrêi*.

Huit amphithéâtres avaient été dressés dans Paris, sur la place Royale, au parvis Notre-Dame, sur la place Dauphine, à TEstrapade, sur la place Haubert, sur celles du ThéAtre-Français, du Théâtre-Italien et du carré Saint- Martin. Sur le devant de chaque amphithéâtre était une table posée sur deux caisses de tambour, en manière de bureau. Trois officiers municipaux et six notaires recevaient les enrôlements. Sur les côtés flottaient des drapeaux, et devant, i quelque distance, des volontaires formaient un cercle renfermant deux pièces de canon et de la musique. A mesure que les citoyens s'étaient fait inscrire, ils se plaçaient dans le cercle jusqu'à la fin de la cérémonie. En- ÛD chacun d'eux se renditdans les différents postes qui leur étaient assignés**. Les enrôlements durèrent huit jours; les Parisiens firent des collectes pour subvenir aux frais de route des volontaires. Les gardes nationaux leur cédèrent leurs uniformes. Ce fut un enthousiasme indicible qui saisit les cœurs à ce moment-là : il paraît que certains hommes sollicitaient des inscriptions sur le rôle de Tannée***.

Les volontaires portèrent avec eux aux armées une sorte d'indiscipline chronique, mais aussi une énergie et un entêtement patriotiques, si Ton peut dire ainsi, qui avaient été jusqu'alors inconnus à nos soldats. Leschefs y par^ lérent aussitôt le langage révolutionnaire. Sous les drapeaux marcha la propagande. Déjà le général Kellermann a fait placer le bonnet de la liberté au centre de son armée; c'est le plus ancien sous-officier qui le porte, ou bien celui d'entre les soldats qui, par son courage, a mérité une récompense****. Nos troupes savent bien qu'elles défendent un principe, et elles n'appellent plus lesennemis qaevaUt$d0ttyran$,que soldatide l'esclavage^queldchei satellites éeiraiê. Postés sur les frontières, les bataillons de vdontaires s'occupaient toujours de la politique, et des clubs, et des troublesintérieurs. Aussi les clubs sesentaieat soutenus et osaient beaucoup; et les troubles devenaient si fréquenta, qu'il y avait lieu de craindre pour l'avenir de la France. Jamais les partis n'avaient poussé plus loin l'exaspération : ils laissaient derrière eux le 20 juin. Vainement les quarante-huit sections de Paris voulurent rester en permanence; on pressentait, à des rixes dans les rues, à des placards couvrant les murs, à des conciliabules tenus dans un grand nombre de maisons, on preaseotait que les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau allaient de nouveau s'ébranler.

L'assemblée ooneessionna au lieu de se roidir. A dater du 25, elle accorda

Eslrait de la /nrocUimatioH telle qu'elle a été afficha dans Paris. ** Extrait de la procUumaiiam telle qu'elle a ^té affichée. *** Nom puiMM» ce iùl dans V Histoire parlementaire de Buchei et Roux. **'* Ordic du jour de KeUcrmaim, du 1 6 juillet 179a.

3i& d'esfbéhéiiil battu. (Juillet 1792.)

au peuple reotrée de la terrasse des FeuOlants, en ayant soin de la séparer du reste du jardin par un ruban et une ligne de sable tracée. On se garda bien de franchir ces frêles barrières, et on y plaça diverses inscriptions, telles que celles-ci :

On briie les fera (Tan tynui ; On respecte un simple ruban !

« Le citoyen sage respectera cette barrière ; jamais la liberté n'en aura mis une plus glorieuse entre elle et l'odieux despotisme. »

« Que ceux qui ont brisé les chaînes du despotisme respectent ce simple ruban. »

El celle-ci encore :

Amis, si vous voules m'en croire , ITalles pas dans la Forée-Noire.

Ces deux dernières enfin, les plus insolentes de toutes : « Louis, tu dis que ton peuple est méchant; vois, Louis, comme tu mens. »

c( La colère du peuple tient à un ruban ; la couronne du roi tient à un fil. »

Le jardin des Tuileries fut appelé terrede Coblentz, etia terrasse des Feuillants terre natiofkiU.

Cette démarcation de territoire, nou'-seulement fit surgir toutes ces menaces contre la royauté, mais elle amena aussi des tumultes et des voies de fait, i cause des rassemblements qui se formaient chaque jour aux alentours de la (errasse des Feuillants. D'Espféménil, le Camille Desmoulins du parlement, avant 1789, prononça quelques mots en voyant le fameux ruban des Tuileries. La foule les interpréta faussement ; elle se trompa sur le sens qu'il y attachait : l'erreur est la faiblesse des masses. D'Espréménil fut saisi, insulté, trafné jusqu'au Palais-Royal, déshabillé et battu comme un malfaiteur. Des gardes nationaux parvinrent enfin i le soustraire à la fureur de la foule, le transportèrent dans les bâtiments du trésor , et le placèrent sur un matelas. Pétion vint Ty voir, et D'Espréménil lui adressa cette phrase, prédiction indirecte', et qui devait s'accomplir avant deux années : « Et moi aussi, monsieur Pétion, j'ai été chéri de ce peuple, il m'a donné des couronnes, j'étais le plus ferme soutien de ses droits; vous voyez comme il me traite. » D'Espréménil n'ajoutait pas que c'était sa faute , qu'il avait trahi la eause de la révolution, et que le peuple avait bien pu se méconnaître sur les louables intentions d'un député qui avait voulu, en septembre 1790, rappeler les abus du passé. — Les hommes d'état se trompent souvent sur la popularité : ce n'est pas elle , la plupart du temps, qui est inconstante ; ce sont eux , bien plus tôt, qui s'en rient après l'avoir conquise.

Soit dit pour Pétion, aussi bien que pour D'Espréménil. Pétion montra

(Juillet ilDU.) . LA MAKSBILLAISB. 215

combien il était seDsiblc aux réflexions du blessé, en le faisant généreusement mettre en prison à T Abbaye t

Le 26, il y eut festineivique sur la place de la Bastille. Chaque citoyen du faubourg Saint-Antoine y apporta son dtner. Les convives chantèrent des hymnes en Thonneur de la liberté. Après le repas, il se Gt des danses , et les habitants des quartiers voisins illuminèrent les façades de leurs maisons. L'ordre qui avait régné dans cette fête d'un genre nouveau, cessa d'exister vers neuf heures du soir. Carra, Westermann et LazQUski, ardents clubistes, aononeèrent le projet qu'ils avaient conçu de déployer un drapeau rouge et d'attaquer le château des Tuileries. Un transparent rappelait que la patrie était th danger*. Mais la conspiration avorta, Pétion étant parvenue étouffer le tumulte dès sa naissance.

Pétion avait su déjouer, dans le même moment, des trames royalistes

qui avaient encore pour but de faire évader Louis XVI. Madame de Staël a

donc eu tort de dire « qu'il ressemblait à l'arc-en-ciel venant après l'orage. »

Tout cela peint l'effervescence du peuple parisien , à la fin du mois de

juillet.

Pour comble d'agitation, les fédérés bretons d*un côté, et de Vautre les fédérés marseillais, — auxquels nous avons vu Barbaroux faire un appel si pressant, — sont aux portes de la capitale. L'arrivée de ces hommes turbulents de leur naturel aggrave nécessairement les troubles déjà existants. Une foule de citoyens court à leur rencontre , et sur-le-champ le mot d'insurrection est prononcé et répété de toutes parts. Us arrivent, ces Marseillais , on les reçoit avec acclamations, on les embrasse, on les félicite de leur vigoureux amour de la liberté! Aussitôt après leur entrée dans Paris, ils vontse loger, lanuit du 3 au 4 août, dans le bâtiment des Cordeliers. Immédiatement après, la section du Théâtre-Français célèbre une fête en leur honneur , et s'intitule aeetvm de MarêeUU. C'est là que l'hymne de Rouget de l'Isle est chanté pour la première fois» — la MarêeiUaiie, chant de carnage et d'héroisme tout ensemble, mélodie terrible, qui semble avoir pour auteur la France entière.

Ohl quelle commotion électrique ont ressentie les masses, lorsque cet hymne a frappé leurs oreilles I Comprenez-vous bien cette première strophe, toute exubérante d'enthousiasme I la seconde , toute rouge d'indignation I la troisième, exhalant le mépris des Français pour les cohortes étrangères ! la quatrième, qui porte le défi aux tyrans I la cinquième , qui recommande la clémence ou l'extermination I la dernière enfin , qui est une sainte prière à la liberté ••!

Les voici; ils vont agir et manifester leurs intentions, et faire prédominer leurs habitudes. Ils commencent par proscrire l'usage des cocardes en ruban ,

* Voiries Annales patriotiques; et le Patriote français,}OumH\ national.

** On sait que la strophe : • Sous entrerons dans ta carrière, • a éf' ujoutce plus tard-

216 MKSSB BT vAniBS. . (Août 1793.)

et ne permettent que celles de laine , comme les leurs, ils se déclarent les patriotes par excellence, et vont au reste le prooyer, aussitôt que l'occasion se présentera. Justement, elle s'offrit d'elle-même. Us se rendaient aux Champs- Elysées , dans le grand salon du couronnement de la ConstiUsHon, pour faire un repas patriotique. Des gardes nationaux sortaient de dîner en face , au restaurant du Jardin Royal. Les uns et les autres se rencontrèrent sur la route , s'injurièrent et en Tinrent aux mains , pour yider une querelle qui avait à peine eu le temps de commencer, mais de laquelle il semblait résulter néanmoins que les Marseillais étaient des paÊriotes , et les gardes nationaux des royalistes. On compta un homme tué et plusieurs blessés dans cette malheureuse affaire; les Marseillais se retirèrent dans leur caserne, et y firent transporter le dtner qu'ils avaient commandé.

Eh bien ! les girondins ont appelé les Marseillais à leur aide! Ceux-ci sont Tenus, mais au contraire, pour l'emporter sur leurs protecteurs, après leur avoir fait commettre les actes les plus imprudents. Pétion, en effet, est comme rassuré et enhardi par leur présence. Il n'hésite plus à demander , au nom des quarante-huit sections parisiennes , la déchéance du roi. Elles s'arment, elles se mettent en marche » elles ont écrit sur leur drapeau : A bas le tyran! Et Toici que la question de la déchéance de Louis XVI occupe toutes les tètes pendant plusieurs jours. La section de Mauconseil a déclaré ouvertement que Louis aTait perdu sa confiance, et qu'elle ne le reconnaissait plus pour roi des Français. Un eomité ineurrectiofmel s'est constitué au commencement du mois d'août. Partout on s'entretient de la prodiaine déchéance de Louis XVI.

C'est pourquoi , le dimanche qui précéda le 10 août , il se passa dans le château des Tuileries un fait d'une sinistre signification. Pendant que la famille royale traversait la galerie pour se rendre à la chapelle , la moitié des soldats de la garde nationale cria : Vive le roi! et Vautre moitié : Non , pas de roi ! à bas le veto ! Et ce jour-là encore , à vêpres , les musiciens semblaient s'être donnés le mot pour tripler le son de leur voix d'une manière effrayante , lorsqu'ils récitèrent la strophe du Magnificat : Deposuit potentes de sede. Les royalistes crièrent par trois fois : et reginam, après le Domine salvum fac regem. Cette circonstance détermina une légère rumeur ; par ce fait, Louis XVI ne douta plus des intentions que le peuple avait contré lui, et , accablé de tristesse , il rentra dans ses appartements.

La royauté s'en allait. La Commune avait empêché dernièrement la représentation de l'opéra d* Adrien ^ parce que le rôle du iqonarque romain y était trop beau. Manuel, le procureur syndic, avait écrit quelque part que le roi « n'irait que jusqu'à la chute des feuilles. >i

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