CHAPITRE XVIII
rmocbs kt moht de loois ivi. — moht de michbl lepelletibr»
La municipalité avait été chargée de garder, sous sa responsabilité, le roi et la famille royale, auxquels un décret avait assigné pour habitation le palais du Luxembourg. Elle réclama à cause des issues multipliées de ce monument, et fut autorisée i se servir dn Temple.
Le 13 août 1792, la famille royale fut transférée au Temple.
C'est chose pénible, et cependant curieuse, que de savoir quelles estampes et quelles caricatures lurent publiées touchant ce sujet.
L'une a pour titre : £e< animavue rares, ou translation de la ménagme royale au Temple. Le sans-culotte qui les conduit, une hallebarde i la main, dit : (X Maudits animaux, nous les engraissions de notre sang, et ils voulaient nous faire égorger. » Louis XVi a un corps de dindon, et il s'écrie : ce A moi Lafayette, ou si non on me mènera à la guillotine. » Marie- Antoinette, la louve autrichienne, fait tout haut cette réflexion : « Ah I maudits jacobins, ils ont fait échouer tous mes projets. » Les petits louvetaux, madame Royale et le Dauphin, dévoreront, dit le texte, bien des petits poulets. A la porte de la prison du Temple, on lit : Asile des banqueroutiers *.
Une autre est i l'enseigne du rot dépouillé, et représente Louis ie dernier et sa famille, conduits au Temple**.
Le lecteur trouvera sans doute bon que nous citions ici la description de la petite tour du Temple, dans laquelle le roi fut enfermé.
fi Elle était adossée i une grande tour, sans communication intérieure, et
* Cibinct de M. I^terraHe.
** CnnmiMaiqtiée par M. de Paitnrcl.
(Année 1792.) appartement du roi. a0S>
formait un carré long, flanqué dd deux tourelles; dans une de ces tourellcf^, était un petit escalier qui partait du premier étage, et conduisait à un escalier sur la plate-forme ; dans l'autre étaient des cabinets qui correspondaient à chaque étage de la tour.
» Le corps de bâtiment avait quatre étages. Le premier était composé d'une anti-chambre, d'une salle à manger et d'un cabinet pris dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque de douze à quinze cents volumes.
» Le deuxième étage était divisé à peu près de la même manière. La plusgrande pièce servait de chambre à coucher à la reine et à monseigneur le Dauphin; la seconde séparée de la première par une petite anti-chambre fort obscure, était occupée par Madame Royale et Madame Elisabeth. Il fallait traverser cette chambre pour entrer dans le cabinet pris dans la tourelle, et ce cabinet qui servait de garde-robe à tout ce bâtiment, était commun à la famille royale, aux officiers municipaux et aux soldats.
» 1^ roi demeurait au troisième étage, et couchait dans la grande pièce. Le cabinet pris dans la tourelle, lui servait de cabinet de lecture. A côté était une cuisine séparée de la chambre du roi, par une petite pièce obscure qu'avaient habitée messieurs de Chamilly et Hue, et sur laquelle étaient les scellés. Le quatrième étage était fermé. Il y avait au rez-de-chaussée, descuisines dont on ne fit aucun usage.
» Le roi se levait ordinairement à six heures du matin ; il se rasait luimême; je (Cléry) le coiffais et l'habillais. Il passait aussitôt dans son cabinet de lecture... Sa Majesté priait pendant cinq à six minutes, et lisait ensuite jusqu'à neuf heures... A neuf heures, la Reine, ses enfants et madame Elisabeth montaient dans la chambre du roi, pour le déjeuner... A dix heures, le roi descendait avec sa famille dans la chambre de la reine, et y passait la journée. Il s'occupait de l'éducation de son fils, lui faisait réciter quelques passages de G)rneille et de Racine, lui donnait des leçons de géographie, et 1 exerçait à lever des cartes... La reine, de son côté, s'occupait de sa fille..» Le reste de la matinée se passait à coudre, i tricoter ou à faire de la tapisserie. A midi, les trois princesses se rendaient dans la chambre de madame Elisabeth, pour quitter leur robe du matin.
» A une heure, lorsque le temps était beau, on faisait descendre la famille royale dans le jardin... A deux heures, on remontait dans la tour où je servais à dtner... A quatre heures, le roi prenait quelques instants de repos, les princesses autour de lui, chacune un livre i la main...
» A la fin du jour, la famille royale se plaçait autour d'une table; la reine
faisait à haute voix une lecture... Madame Elisabeth lisait à son tour, et cette
lecture durait jusqu'à huit heures. Je servais ensuite le souper du jeune
prince...
» A neuf heures, le roi soupait...
» Après le soi/per, le roi montait un instant dans la c* ambre de la reine,
270 DOULEURS DE LA FAMILLE ROYALE. (Année 1792.)
lui donnait la main en signe d'adieu, ainsi qu*â sa sœur, et rcceyait les embrassements de ses enfants ; Il allait dans sa chambre, se retirait dans son cabinet, et y lisait jusqu'à minuit *. »
Quelques réparations avaient été jugées nécessaires pour que le roi pût loger au Temple. Ce fut le patriote Palloy qui les dirigea, avant son départ pour les frontières.
Le papier de l'appartement habité en second lieu par Louis XVI, représentait l'intérieur d'une prison, avec un exemplaire imprimé de la déetaration des droilg de l'homme, encadré dans une bordure aux trois couleurs*^.
Tout lui présentait un aspect désagréable. Un jour, des ouvrières ayant marqué le linge du roi de têtes couronnées, les municipaux ordonnèrent aux princesses de retirer les couronnes, et furent obéis. Sur une pendule de sa chambre, où il y avait : Lepaute, horloger du roi, aux mots du roi, on avait substitué, d'une manière très-visible, de la république***. Sur les murs de la tour où était le roi, parfois les sentinelles dessinaient des guQlotines, avec ces mots au-dessous : Louis crathant dans un sac, c'est-i-dire, Louis guillotiné ; ou bien encore, une potence à laquelle était suspendu un individu ! on lisait au bas : Louis prenant un bain d'air. On placardait en gros caractères, sur les portes et sur les murs : madame Vélo la dansera, — nous saurons mettre le gros cochon au régime, — 17 faut étrangler les petits louceteaux ****, Il entendait quelques discours affreux tenus en sa présence, et de sinistre augure. « Si le bourreau ne guillotinait pas cette famille, disait un jour le commissaire Turlot , je la guillotinerais moi-même. » Et un autre jour, Louis étant venu i parler du Panthéon, à un commissaire nommé Mercereau, tailleur de pierre de son état, lui dit : « Ne craignez- vous pas que les colonnes ne s'écroulent^? — Non, répondit Mercereau, elles sont plus solides que le tr6ne des tyrans. Manuel appela plusieurs fois le roi Louis de la Tour.
Pour seules consolations, pendant sa captivité de cinq mois, Louis XVI entendait des crieurs qui jouaient sur la vielle, devant le Temple, les plus fameux airs royalistes, tels que pauvre Jacques ! Henri, bon Henri, ton fis at prisonnier dans Paris '****, La commune y mit bientôt empêchement, et la famille royale se trouva complètement livrée à la solitude la plus pénible, pour n'être distraite que par de nouveaux tourments, par le bruit des massacreurs de septembre, ou par la nouvelle de la découverte de l'armoire de fer.
Chaque jour, les gardiens de cette malheureuse famille devenaient plus se-
* Journal de et qui t'est passé à la tour du Temple^ etc. •• Idem.
* " Dernières années de louis XFty par François llur.
* " * • Mémoires de Fe rrières .
••••• Louis XFI y par le TÎromle d** Falloii»
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^ (X0^nc€JÊA^ O^/J^'éu^ jJyu^éZia^MA.^^^
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Aimée 1192.) le jtGEflENT cosinK!ice. 271
véres el plus durs à son égard. Elle manquait presque du nécessaire, soit en aliments, soit en vêtements; et il fut même question, au conseil de la com • maoe, en octobre,de retirer plumes, encre, fiapier et crayons, armes ofiensires et dérensiYes,à Louis XVI. On ne lui ôta néanmoins que quelques coateaox et quelques rasoirs.
Edûd, une lettre que nous allons reproduire, et qui fut adressée par Cléry, aux membres du conseil-général de la commune de service an temple, prooTe mieux que tout ce que nous pourrions dire d'ailleurs, la situation déplonble des bfttes de la Tour.
a Louis Capet demande pour son fils, une redingote de drap» et une pour le matin, en taffetas de Florence ».
Ce 15 octobre 1792, Tan 1^' de la république française.
Clért, de service à la Tour.
11 fat répondu au fidèle valet de chambre :
« Vu la demande ci-dessus, nous, membres du conseil-^néral de la commune, de service au temple, autorisons à fournir les objets dont il s*agit. »
Ce IS octobre 179S, Tan i*^ de la république française.
Vincent, Dbstocenelle.
Cependant, des adresses arrivaient de divers points de la France, et demtDdaient qu'on se hâtât de juger le ci-devant roi, et le député Mailbe, au nom du comité de législation, proposa, le 7 novembre, ces questions i la cou- Tentiott ! Louis est-il jugeable ? — Par qui doit-il être jugé ? et d'autres questions secondaires, qui occupèrent aussitôt la France entière.
Tout le monde pencha pour la mise en jugement. Quant aux formes à ob- Knrer, les avis étaient très-partages. Les uns voulaient que les départements nommassent des jurés, et qu'on prit pour juges les présidents des tribunaux criffiinds, qu'on aurait réduits par le sort. Les autres pensaient qu'il fallait simplement renvoyer Louis XVI devant le tribunal criminel de l'arrondissement des Tuileries. D'autres disaient qu'il devait être jugé par la convention, auf aux assemblées primaires à revoir le jugement *. A la convention, les questions furent discutées, ajournées et reprises successivement. Les oratenis ne tarissaient pas sur un sujet aussi grave. Dans le public, un grand nombre de brochures résolvaient la question générale. Presque partout, on était d'avis que Louis XVI devait être jugé par la convention nationale; mais on hésitait encore, lorsque la découverte de l'armoire de /er vint lever tous les doutes et hiter l'ouverture du procès. L'examen des pièces qu'elle con-
Mémmrm de BariwroiMr.
â7â LOUIS XTi COMPABAIT. ( Atniée 1792.)
tenait fut fait dans le plus profond mystère. Quelques bruits assez peu fondés se répandirent néanmoins dans Paris, et l'on demanda à toute force, dans les clubs et dans les sections, la continuation active du jugement du ci-^ devant roi.
La convention décréta qu'elle s'en occuperait à l'avenir, deux fois par semaine, le mercredi et le samedi. Effectivement, le mercredi, la discussion recommença pour ne plus être interrompue. Rien d'ailleurs ne fixa plus l'attention, que cet important sujet» excepté la question des subsistances qui semblait devoir être influente sur le jugement. Une disette factice, produite par la malveillance et par des accaparements de grains, s'étendait dans toute la France. Quelques attroupements occasionnèrent des troubles sur divers points du royaume, soit à cause de la disette, soit encore i cause d'une rno** tion du député Cambon, qui avait annoncé qu'on supprimerait les frais du culte, oc et que ceux qui voudraient la messe, la paieraient. »
Le 11 décembre, Chambon, nouveau maire de Paris, remplaçant Pétioo, Chaumette, procureur de la commune, Santerre, commandant général de la force armée parisienne,— suivis d'un greffier, — entrèrent dans l'appartement de Louis XYL— Chambon lui adressa ainsi la parole : a Louis Capeti je suis chargé de vous annoncer que la convention vous attend i sa barre, et qu'elle m'ordonne de vous y traduire sur-le-champ.» — Louis XVI se récria sur ce mot de Capet, en disant que ce n'était pas là son nom, mais seulement celui de ses ancêtres. Chambon ne répliqua rien, et Louis suivit les envoyés de la convention, a non pour obéir à la convention, disait-il, mais parce que ses ennemis avaient la force en main. »
C'était le jour où Ton devait procéder i son interrogatoire.
Lorsqu'il fut ramené au Temple, la foule cria : La tête du t^ran! et qu*u» gang impur abreuve nos sillons l
Le lendemain, la convention autorisa le ci-devant roi i se choisir deux conseils.
Défendre Louis XVI, i cette époque, c'était montrer à la fois de Ténergie et du dévouement. Target refusa^ en prétextant son âge et ses principes républieains, Lamoignon de Malesberbes, Tronche t, de Sèze» acceptèrent avec joie cette mission périlleuse, et travaillèrent avec le roi auquel un décret avait accordé l'usage de l'encre et du papier, depuis le ik décembre, jusqu'au 26, jour de la seconde comparution à la barre. Beaucoup d'autres tT(p cats et de citoyens exerçant différentes professions, auraient bien voulu défendre Louis XVL On citait Malouet et Lally-Tolendal, tous deux réfugiée en Angleterre ; Tronçon du Coudray ; Guillaume, l'auteur de la pétition des vingt mille ; Huet de Gerville et Lavaux, avocats distingués ; Sourdat, de Troyes; de Grave et Ménil Durand; et enfin, une femme, la citoyenne Olympe de Gouges, dont nous aurons bientôt occasion de parler.
Lally et Necker publièrent deux éloquents mémoires en faveur de Louis XVI,
'Année 1792 ^ comparction . 273
et rei-niinistrc Bertrand de MoHcville. écrivit de Londres, à ce sujet : la convention passa outre, sans lire ses lettres. Plusieurs brocliures lancées par des royalistes, sans noms d*auteurs, ou avcM; des pseudonymes, cherchaient à entretenir le peuple dans des idées de clémence. On remarqua entre autres, WFalot du Peuplé, ouïes Entretiens demadam: Saumon, marchande de marée, iwr le procès de Louis XVI, D'autres brochures, au contraire, ne voulaient ni merci, ni pitié pour le monarque parjure. Tel était le Plédayé (sic) sur le ti-devant roi, par /. /. Liberté", Somme toute, il faut le dire, le peuple était trè^-mal dispc^ à Tégard de la famille royale. Vers la fin de 1792, il parut nne fable, pour orner la mémoire des petits sans-culottes. Le roi, la reine et le Dauphin, y recevaient d'ignobles dénominations **. Après le premier interrogatoire, un homme du peuple s'écria, aux rires approbatifs de tout le monde : « Je suis d'avis que Louis soit pendu cette nuit***.» A la fin de décembre, une députation de veuves, d'estropiés et d'orphelins du 10 août, se présenta à la barre pour demander la tête de Louis XVI.
Cependant, le 26» jour de la comparution, était arrivé. A neuf heures et denue, Louis se présenta à la barre et montra ses conseila. U s'assit, et l'avocat de Sèze prit la parole. Il défendît courageusement son royal client, combattant pied à pied toutes les accusations portées contre lui. Il finit par ces paroles : n Français ! la révolution qui nous régénère a développé en vous de grandes vertus : qu'on ne l'accuse pas de vous avoir rendus bari)ares! Entendez d'avance l'histoire qui dira un jour à la renommée : Louis, monté sur le trône â 30 ans, y porta l'exemple des mœurs, la justice efTéconomie; il n'y porta aucune faiblesse, aucune passion corruptrice ; il fut l'ami constant do peuple. Le peuple voulut qu'un imp6t désastreux fûtdétmit, Louis le détruisit; le peuple voulut l'abolition delà servitude, Louis l'abolit; le peuple >olIidta des réformes, il les fit ; le peuple voulut changer ses lois, il y consentit; le peuple voulut que des millions de Fratçais recouvrassent leurs droits, il les leur rendit; le peuple voulut laliberté, il la lui donna.
c< On ne peut pas disputera Louis la gloire d'avoir été au-devant du peuple par ses sacrifices; et c'est lui qu'on vous a proposé !... citoyens, je n'achève pas: je m'arrête devant l'histoire; songez qu'elle jugera votre jugement, et que le sien sera celui des siècles. »
Louis XVL avant de se retirer, déclara n que sa conscience ne lui reprochait rien, et que ses défenseurs n'avaient dit que la vérité. »
Après le départ de l'accusé, la convention devint bourdonnante et tumultueuse.Eo général, les membres de l'assemblée opinaient pour qu'on vota sans désemparer, puisqu'on avait entendu les plaidoiries.
* Ces deux broebam se trouTcnt dans U bibliothèque de M. Doschicns Li pr4>mii^r«> o'(:Yitl<- i]u noit» tachioiis, Bulle part ailleurs.
** ûemières annéft de Louïm XH.
*" Lacreidle.
q-jf^ DU JCOEMKKT. (Année 1792.;
Lo lendemain, la discussion recommença. A chaque séance, sept ou huit orateurs se faisaient entendre pour ou contre. Le dimanche, 30, les partisans de la mort du roi, se présentèrent en dépulations de sections, et demandèrent
la tête de Louis CapeU ^ ^ ,.i
Le jugement occupait les esprits au dehors, pour le moms autant qu il occupait les conventionels. Ons'arrachaitlesjournaux,afmdesaYoir jour par iour même heure par heure, de quel côté étaient les chances. Quelques brochures aussi étaient avidement lues. Une gravure, publiée par ceux qui s'effrayaient à ridée de voir tomber la tète de Louis XVI, rappela la mort de Charles l"*^ d'Angleterre, et représenta cette nation « instruisant la France, le
8 février 16W. »
Au bas de la gravure étaient ces quatre lignes :
Je commU un grand crime; Prenei Wcn (jarde de «uiTre mon ciemple. Si du Di«a de bonlé »ou« nnla implorer la clémence, Ourrei le» cachou, et bitÊa le» fer» de finnocence. *
MalTé tout, les jacobins avaient résolu de condamner Louis XVI à la peine de mar\ Quant aux Girondins, ils hésitaient : le procès du ci-devant roi leur semblait un moyen de reconquérir leur inQuence dépérissante. Après avoir llmps réOéchi sur la quesUon. ils pensèrent qu'ayao fait le 20 juin, miayant appelé de leurs vœux plus que tous les autres, l'avènement de la république, il leur importait de tuer le roi comme ils avaient tué ta royauté, îis sentaient déjà presque le pouvoir leur échapper. De quelque façon qu on veuaSerleur vote; on ne peut éviter ce dilemme : Ils agirent par pus^laité ou par ambition. Nous croyons, quant à nous qu'ils possédaient 1 une ot l'autre au plus haut degré. » k8.„ ^,.
Au reste. Louis XVl jugé devant la convention, cela parut bien peu KénéreS de la partdes représententsdu peuple! Un homme avait dit aux dé- S, , Je cherche des juges parmi vous, etje ne trouve quedesaccusateurs. " ïïthr«^aSté mille fois répétée dans le public. Au Vaudeville, pendant bpSôn oua la Chaste slzanne; les vieillards s'y entendaient dire: ' V^uTétes des accusateurs, et vous série, juges l" »Laya auss. dans so AmiiUs loi,, sepermettait desallusions auxpositions respectives deLouisXH 1 drc^nv^ntionnels. et plaidait indirectement la cause du ci^^evant roi. feÏiS environ un écrit, signé Marignié courut dans Pans et parb lulpTeèn faîeurd LouUXVl. Déplus, la convention, quoi qu'on en pûl ;ïre éKfluencée par les avis du dehors. Dans une section. onpropj«a d éuSr de^jurés pour jîiger sommairement ceux qui ne voteraient paslamorl-
* Cibinct de M. Lalcrrjdc.
•• rayez riiistoirc de l'abbé de MontgaiUard.
.(Janvier 17d3.] il kst nEcoNTit' godpable. âTH
Cependant, les séances se succédaient, de jour en jour plus troublées et plus passionnées. Lors de la dernière séance, où devait être prononcé le jugement, « on avait défendu tout signe d'approbation ou d'improbation. Néanmoins, du côté de la montagne, les amazones des bandes jacobines faisaient de longs ahlah! lorsqu'elles n'entendaient pas résqnner à leurs oreilles la mort du roi... Les paris étaient ouverts dans les tribunes pour et contre la mort de Louis XVL L'ennui, l'impatience, la fatigue se caractérisaient sur presque tous les visages/ » — Cette passion qui présida au jugement de Louis XVI en a fait une chose des plus odieuses. Vous allez la voir encore plus forte aii\ appels nominaux.
Dans le premier appel , on posa la question de savoir si , oui ou non , Louis Capet, ci-devant roi des Français, était coupal^le de conspiration contre la liberté de la nation, et d'attentats contre la sûreté générale?
Voici quel fut le résultat du scrutin :
Absents pour cause de maladie 8
Absents par commission 20
Refusant le vote. .• 11
Votant comme législateurs. IG
Votant la culpabilité 0%
Nombre total des députés 749
11 n'y eut pas un seul vote négatif.
Plusieurs députés motivèrent ainsi leur opinion. Delahayedit : «Mettre en question si Louis est coupable, c'est mettre en question si nous sommes coupaibles nous-mêmes. Je lis, sur les murs de Paris, ces mots tracés du sang de nos frères : Lomé est coupable, oui. » — Daunou dit : «J'accuse Louis Capet d'avoir conspiré contre la souveraineté du peuple. — Vergniaud, président, proclama alors, au nom du peuple français , que la convention nationalt* déclarait Lfmis Capet coupable de conipiraiion contre la liberté de la nation, et d'aitentatê contre la eûreié générale de VÈtat.
La deuxième question, objet du deuxième appel nominal, était de savoir si le jugement de la convention nationale contre Louis Capet serait soumis à la ratiGcation du peuple réuni en assemblées primaires , oui ou non?
Les débats furent plus vifs et plus longtemps indécis pour cet appel au peuple que pour la question de culpabilité. Barrère enfin entraîna l'assemblée vers la négative.
Voici quel fut le résultat de ce scrutin :
Absents pour cause de maladie 9
Absents par commission. . 20
Ont refusé de voter 5
• Mi-rcier. nonvrau /'«rif , rhnp, s.^S.
276 TAS- d'appel ad PE0PLE. (Janvier 1793.) .
Votes îndëterminés Il
Votants pour 281
Votants contre hi3
Nombre total des députas 7i9
Nous citons encore quelques votes motivés.
Armonyille, surnommé Bonnet-Rouge, à cause de son enthousiasme républicain, dit : ce Comme un assassin ne doit pas occuper le Souvtrain, je dis non, » — Louis-Philippe- Joseph ÉgalUé Ail : <c Je ne m'occupe que de mon devoir , je dis non. » — Tellier dit : «L'assemblée de mon département a délibéré , à la presque unanimité, qu'il serait fait un canon du calibre de la tétc de Louis XVI pour l'envoyer aux ennemis; je dis non, »
Les partisans de l'appel au peuple ne se cachèrent pas. Lahosdinière dît ; « Comme Tappel au peuple est le seul moyen d'excuser le despotisme qu'a exercé fa convention, par la confusion de tous les pouToirs, je dis oui.» — Soulignac motiva de cette manière : a On ne m'a pas dit: sois législateur et juge. Le sultan n'est un despote affreux que parce qu'il fait la loi et juge eu même temps; je dis oui. »— Duprat observa : «c Égalité a dit non^ei moi je dis out.') -^ Manuel, enGn,osa prononcer ces paroles : <c Je reconnais ici des législateurs et non des juges; cardes juges sont impassibles comme la loi; des juges ne murmurent pas, ne s'injurient pas, ne se calomnient pas. Jamais la convention n'a ressemblé à un tribunal; si elle l'eAt été, certes elle n'eût pas vu le plus proche parent du coupable n'avoir pas, sinon la conscience, du moins la pudeur de se récuser; je dis oui. »
Le président se leva, et fit cette déclaration : La convention naUonale décrite que îejugemeni contre Louis Capet ne sera fos sownis à la ratification du peuple *. »
C'était le 16 de janvier. Le scrutin ne fut dépouillé que vers dix heures , et on futobligé de remettre au lendemain, 17, l'appel nominal sur l'application delà peine. Pendant la nuit, les sections furent en émoi, et, dès le matin, la convention nationale fut entourée d'une foule inunense, en armes, poussant, des cris de vengeance , et menaçant les députés au passage avec cette phrase : sa mort eu la tienne^*. Avant d'aller aux voix, on se consulta pour savoir quelle serait la majorité. La discussion se passa presque seulement entre Danton , le Hardi, et Lanjuinais qui demandait pour l'application de la peine les deux tiers des suffrages. La convention passa i l'ordre du jour » considérant que tous ses décrets étaient et devaient être rendus indistinctement à la majorité absolue.
Le votOsur la peine fut donc semblable aux deux votes précédents.
L'app^ nominal ne commença qu'à sept heures du soir , et dura vingt-
* Moniteur universel.
"* Journée» mémorablcft de la Révolution friinqÙM:.
[JaoYÎer 1793.) il est conbakné a mort. 277
quatre heures. La salle des séances était triste et sombre : le drame touchait a son sanglant dénouement.
Voici le résultat du scrutin , après l'appel nominal , sur la question de savoir quelle peine serait infligée k Louis Capet.
Absents par maladie 8
Absents par commission. . . . , 15
Non-votants 5
Parmi les votants : - —
Votants pour les fers 2
Pour la détention etlebannissementàlapaix, ou pour le bannissement immédiat , ou pour la réclusion , quelques-uns avec la peine de mort
coodltionnelle si le territoire était envahi ^('
Pour la mort avec sursis , soit après Texpulsion des Bourbons, soit à la paix, aoit â la ratification de la constitution. (Vote indivisible). . ^ 46
Pour la mort en demandant une discussion sur le point de savoir s'il «mviendrait à VinUrét fmblic guMe fût ou non différée, et en déclarant
ce vote indépendant de cette demande 26
Pour la mort sans conditions , • ■ ^61
Total général des votants. 721
Le président (avec douleur) , déclara , au nom de la convention nationale , ^ue la peine qu'elle pranoneait contre Louis Capet était la kort.
C'est à propos de l'arrêt surtout qu'il importe de lire les votes motivés : on verra si les conventionnels étaient de véritables juges.
Drouet, le mattre de poste, dit . « Louis a conspiré contre l'État; il a fait couler à grands flots le sang des citoyens. Tant d'outrages à la nation, qui le comblait de ses bienfaits , ne peuvent se laver que dans le sang , je le condamnedmorl. v
Roux dit : « Un tyran a dit qu'il voudrait que le peuple romain n'eût qu'une seule tête pour l'abaltre d'un seul coup. Louis Capet , autant qu'il était en lui , a exécuté cet atroce désir ; je vote pour la mort, et je n'ai qu'un regret, c'est que le même coup ne puisse frapper la tète de tous les tyrans. »
Robespierre l'atné dit : «Je suis inflexible pour les oppresseurs, parce que je suis compatissant pour les opprimés ; je ne connais pas l'humanité qui égorge les peuples et qui pardonne aux despotes; je vote pour la mort.T>
Raflran dit : « Je vote la mort du tyran dans les vingt quatre heures. Il faut se hâter de purger le sol de la patrie de ce monstre odieux. »
Barrère , qu'on a appelé plus tard VAnacréon de la guillotine, dit : « L'arbre de la liberté croit lor.<sf]u'il est arrosé du sang dûs tyrans; je vote pour (a mort, »
278 voTBS KOTivLs. (Janvier 1793.)
Maure dit : « Louis est coupable ; quand il aurait mille vies , elles ne suU liraient pas pour expier ses forfaits ; je vote pour la mort. »
Milhau dit : « Louis ne peut expier ses forfaits que sur Téchafaud. Sî la peine de mort n'existait pas , il faudrait l'inventer pour les tyrans. ^
L'abbé Sieyes dit: ^ La morit et sans phrases. »
Camille Desmoulins dit : « Je vote pour ia mori , trop tard peut-^tre pour l'honneur de la convention nationale. »
Le député Seconde fit un assez mauvais jeu de mot , et dit : « Je vote pour la fnorl , l'exécution dans une ieeonde, car je m'appelle Seconde, y*
Louis-Philippe- Joseph ÉgalUédii : « Uniquement occupé de mon devoir, convaincu que tous ceux qui ont attenté et qui attenteront par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort , je vote pour la mort. » *
Billaud-Varennes , Marat, Fréron, Léonard Bourdon, Guyardin, Lesage- Senault , Poulletier , Martel , Petit- Jean , Forestier, Granet , Moyse-Bayle , Lacoste, Crevelier , votèrent pour la mort, dans les vingt-quatre heures.
D'Ârtigoy te demanda la mort sans délai ;
Faure voulut la mort , avec exécution dans le jour ;
Phélippeaux, Goupilleau, voulurent U|ie exécution prompte, et Duroy la demanda sur-le-champ**.
Un montagnard célèbre, Legendre, avait -dit epfin : « Que le cadavre de Louis soit déchiré et distribué entre tous les départements.^ i*
il y avait passion et enthousiasme patriotique dans tout ceci. Uami d'un député qui avait voté i)our la mort de Louis XVI , lui reprocha son vote , parce que celui-ci avait dit la veille , qu'il croyait le ci-devant roi innocent. — Oui, certes , et je le crois encore, répondit le conventionnel. —Malheureux ! reprit l'autre , et tu Tas condamné 1 — « Eh 1 pense^-tu donc que le sang de la victime que nous immolons à la patrie puisse être trop pur***.
Rien , on le voit , ne peut aller plus loin.
il ressort du scrutin^que, parmi les votants pour la mort, on compta vingtneuf ci-devant nobles, trente-deux prêtres, vingt médecins, dix hommes de lettres , cent soixante-quatre avocats ou anciens magistrats.
Après l'arrêt do condamnation, les trois défenseurs de Louis Capet furent immédiatement introduits i la barre , et lurent une protestation écrite de l'accusé , par laquelle il se déclarait mal jugé , « et interjetait appel à la nation elle-même du jugement de ses représentants.» De Sèze demanda qu'on rapportât le décret de la veille , touchant la majorité nécessaire pour la condamnation, en faisant remarquer aux députés que le décret de peine de mort n'avait été rendu qu*à la majorité d'un très-petit nombre de voix. Tronchet
On .siit (jiic re voie fui accuviJli par dos murniiire>«. '* IliMniie du pn»r»«s «hvfiOiiis XVI, par Maurice Mrj.iii •*• (''isicsdcraiiaivhrr, p.tr Joiiffrny. Cité par M. Liirtullicr d.in» sou Uistouxdcs Fcmmti içlciftr*
(Janvier 1793.) gravubes sur lolis \vi. 279
et LaiDoignon de Malcsherbes appuyèrent la pétition de leur collègue , aidés eux-mêmes par le girondin Guadet. La convention néanmoins passa outre , et rejetant Tappel i la nation , rendit le décret suivant :
Article i'^ La conveolion nationale déclare Louis Capet, dernier roi des
Français, coupable de conspiration contre la liberté de la nation, et d'attentat
contre la sûreté de TÉtat.
2° La convention nationale déclare que Louis Capet subira la peine de mort.
3"" La convention nationale déclare nul l'acte de Louis Capet , apporté à la
barre par ses conseils , qualifié d*appei à la nation du jugement contre lui
rendu parlm cowcenlion; défend à qui ce soit d*y donner aucune suite , sous
peine d'être ppursuivi et puni comme coupable d'attentat contre la sûreté
générale de la république. »
Louis XVI entendit avec fermeté, avec résignation , la lecture de son arrêt de mort. Il demanda aussitôt un sursis de trois jours qui ne lui fut pas accordé. Le résultat du jugement une fois connu dans le public, les passions populaires s'allumèrent pour ou contre le condamné. Une gravure prit pour titre : Louis le traItre, lis ta sentence*. — Une main écrit sur le mur : « Dieu a calculé ton règne , et l'a mis à fin. Tu as été mis dans la balance , et tu as été trouvé trop léger. » Au bas , est une guillotine , gravée en manière d'armoirie, avec ces mots : « Elle attend le coupable. » —Pour texte, voici ce qu'on, lit : « Cent fois coupable et cent fois pardonné, Umis le dernier a trop éprouvé la bienveillance et la générosité du peuple pour ne pas se rendre cette justice , qu'il doit avoir épuisé tous les sentiments d'humanité qu'un reste de pitié seule pourrait, depuis quatre ans, lui avoir conservée. Sa conscience est sans doute pour lui le bourreau le plus cruel ; et que n'est-il possible de l'abandonner à ce tourment intérieur» mille fois pire que la mort ; mais la loi la plus sacrée, la loi de vingt millions d'hommes, i'xige qu'il soit jugé, et la gloire de h France, attachée au jugement de la
génération actuelle et des générations futures , veut qu'il soit puni Dans
l'état actuel de la France , et dans l'agitation dangereuse de l'Europe , comment considérer ce monstre sous un autre rapport que sous celui d'un point de ralliement des contre-révolutionnaires, et comme un noyau de contre révolution. Alors la saine politique pertnet-elle en sa faveur une grâce qui . tôt ou tard , deviendrait la cause de la subversion de la république*'.»
Quelques journaux , entre autres le Patriote Français , s'apitoyèrent sur le sort de Louis XVL On remarque que Manuel donna alors sa démission de député « ainsi que le publiciste Kersaint , ancien auteur du Bon Sens**". De plus, un royaliste dévoué , ancien gardc-du-corps . se chargea de venger son
* Comniiuiiqué par M. de PasCoret.
Ce texte c»l ud eitraicd'unelrocliurc du ri7o>rn Diirut/tc-r, cb rrjtome attx réficxion» dt l'a$iottrut
••• Voyez au cliap. I, de ce volunie.
380 ASSASSINAT BE LEfELLeriKB. (Jaovicr 1793.;
mettre. 11 se présenta , le soir même ilc la lecture du jugement , chez le restaurateur Février, au Palaifr-Hoyal , et aborda le citoyen Lcpellelier de Saiot- Fargeau , — régicide , — qui y dtnait . eu lui disaot ; Etes-voua Lepelletier? Oui. — Quelle opinion avez-vous eue dans l'alTaire du roi? — J'ai voté pour la mort , selon ma conscience. — £h bien I dit de Paris ' , reçois-en la récompense. En disant ces mots , il lui enfonça son sabre dans le c6lé , |»it la Tuite , et ne Tut arrêté que quelques jours après, le 1"' (érrier, à Forgesles-Eaux , où il se tin lui-même un coup de pistolet. On trouTB sur lui sod acte de naissance et son congé de liceaciement de la garde du roi. Au dos de ce brevet , il avait écrit : e Mm brnet d'honneur. Qu'on n'inquiète personne -. personne n'a été mon complice dons la mort heureuse du tcélént Saint-Fargeau . Si je ne l'eusse pas rencontré sous ma main , je faisab une plus belle action: je purgeais la France du régicide, du patricide, du pairiride duc d'Orléans. Qu'on n'inquiète personne. Tous les Français loot des lâches auxquels je dis :
Paiple, dont ]a {artuiujriicnipinoiil rctfrm.
Le tout signé Paris l'alné, garde du roi, assassiné par les Français.
Michel-Louis Lopelletier. ci-devant de Saint-Fargeau. jacobin , Tut aussitdt considéré comme un martyr de la liberté , et la Convention décerna des
(Janvier 1793.) pnûPAttATiFS d'exécution. 281
honneurs à sa mémoire; il fut couché sur un lit de parade, où chacun le vint visiter. La convention décida qu'elle assisterait en corps, le 2fc, à ses funérailles, qui seraient célébrées aux frais delà nation. Elle lui ouvrit les portes du Panthéon.
Cependant arriva Texécution de Louis XVL La veille de ce jour mémorable f cette proclamation fut afBchée dans Paris :
« Le conseil exécutif provisoire délibérant sur les mesures à prendre pour l'exécution des décrets de la convention nationale des 15, 17 et 20 janvier 1793, arrête les dispositions suivantes :
«r 1"* L'exécution de Louis Capet se fera demain lundi 21 ;
<K S^ Le lieu de Texécution sera la place de la Révolution , ci-devant Louis XY , entre le piédestal et les Champs-Elysées ;
V 3® Louis Capet partira du Temple à huit heures du matin, de manière que l'exécution puisse être faite à midi ;
«4^ Des commissaires du département de Paris; des commissaires delà municipalité; deux membres du tribunal criminel , assisteront à l'exécution ; le secrétaire-greffier du ce tribunal dressera procès-verbal ; et lesdits commissaires et membres du tribunal, aussitôt après l'exécution consommée, viendront en rendre compte au conseil , lequel restera en séance permanente pendant toute cette journée. >'
L'assassinat de Lepelletier * avait augmenté Tanimosité des jacobins contre les bdtes du Temple. Camille Desmoulins n'avait-il pas proposé de conduire Louis XYI à l'échafaud , ayant devant lui un écriteau ainsi conçu. Traître et parjure à la natton; » et un autre derrière, avec ce seul mot : m/ N'avait-il pas proposé encore d'enterrer dorénavant à Saint-Denis les brigands, les oBsassinê et les traîtres! Mais , la municipalité savait que quelques brochures, dont nous avons parlé, avaient circulé aux halles et dans les faubourgs ; elle craignait presque de la part des masses un mouvement en faveur du royal accusé. Aussi, le 20, elle fit placer de l'artillerie sur toutes les places , sur tous les ponts , et invita les citoyens à ne pas se montrer aux fenêtres pendant le passage du cortège. Dans la nuit du 20 au 21, les tambours battirent la générale dans toutes les rues de Paris qui , dès cinq heures du matin , fut sur pied. Les marchands, pour la plupart, n'ouvrirent pas leurs boutiques.
Avant la pointe du jour, Louis XVI entendit la messe, qui lui fut dite par son confesseur, M. Edgeworth deFirmont, et il communia. A huit heures, Santerre arriva au Temple, accompagné d'une députation de la commune , du département, et du tribunal criminel ; le condamné monta bientôt en voiture avec M. Edgevrorth et deux officiers de gendarmerie, qui, a-t-on prétendu , étaient li pour le poignarder en cas d'attaque. A dix heures dix mi-
* Le ao janvier.
382 BxÉctTiON ou ROI. (Janvier 1793.}
iiutes, le roi était arrivé sur la place de la Révolution, a Descendant de U voiture pour l'exécution , on lui dit qu'il fallait ôter son habit ; il fit quelques difficultés, en disant qu'on pouvait l'exécuter comme il était. Sur la représentation que la chose était impossible, il a lui-même aidé à ôter son habit. Il fitencore lamémedifficûlté lorsqu'il s'agit de luilierWmains qu'il donna luimême lorsque lapersonne qui l'accompagnait lui eut ditque c'était un dernier sacrifice. Alors il s'informa si les tambours battraient toujours. U lui fut répondu qu'on n'en savait rien, et c'était la vérité. U monta sur l'échafaud et voulut s'avancer sur le devant, comme pour parler ; mais on lui représenta que la chose était impossible. U se laissa alors conduire à l'endroit où on l'attadia et d'où il s'est écrié très-haut : Peuple , je meurs innoceni ; ensuite, se retournant vers nous, il nous dit : Mesiieurê, je sut* innocent de tout ce qu'on m'inculpe; je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonkeur des Français. Voilà ses véritables et dernières paroles. L'espèce de petit débat qui se fit au pied de l'échafaud, roulait sur ce qu'il ne croyait pas nécessaire qu'il Atât son habit, et qu'on lui liât les mains. U fit aussi la proposition de se couper luimême les cheveux.
« Pour rendre hommage à la vérité, il a soutenu tout cela avec un sang- (roid , une fermeté qui nous a tous étonnés. Je reste très-convaincu qu'il avait puisé cette fermeté dans les principes de la religion dont personne ne paraissait plus pénétré et plus persuadé que lui*^. »
Trois documents compléteront la narration de la mort de Louis XVl; ce sont des extraits du procès-verbal d'exécution, du procès-verbal d'inhumation, et de l'acte de décès du feu roi.
(c Et à la même heure (lO. heures 10 minutes environ) est arrivé, dans la rue et place de la Révolution, le cortège commandé par Santerre, commandant-général, conduisant Louis Capet dans une voiture i quatre roues « et approchant de l'échafaud dressé dans ladite place delà Révolution, entre le piédestal de la statue du ci-devant Louis XY et l'avenue des Champs- Elysées.
« A djx heures vingt minutes, Louis Capet, arrivé au pied de l'échafaud, est descendu de la voiture.
'( Et à dix heures vingt-deux minutes il a monté sur l'échafaud. L'exécution a été i l'instant consommée et sa tête montrée au peuple^*. »
« A été déposé dans ledit cimetière (de la paroisse Sainte-Madelaioe;,
çn notre présence, par un détachement de gendarmerie à pied , le cadavre de I^uis Capet, que nous avons reconnu entier, dans tous ses membres, la tête étant séparée du tronc. Nous avons remarqué que les cheveux du derrière de la tête étaient coupés , et que le cadavre était sans cravate, sans habit et
* Celte relation «atdeSaïuon, exécuteur des liaute»-«euvret. Dulaiire aisurc en avoir eu tori^i^ four Ici jTttx. Voyez Esquisses historiques des principaux événemetits de la BéufAulion française. " Cette pièce se trouve aux Atxhives du royaume.
I Janvier 1793.^ coxplaifites. 233
sans souliers. Du reste, il était vêtu d'uoe chemise, d'une veste piquée en forme de gilet, d'une culotte de drap gris et d'une paire de bas de soie gris. Ainsi vêtu , il a été déposé dans une bière, laquelle a été descendue dans la fosse qui a été recouverte à l'instant*. »
Enfin, l'acte de décès délivré à une date ultérieure porte : « Du lundi , dix-huit mars mil sept cent quatre-vingt treize ^ Van second de la républiqucr, acte de décès de Louis Capet, du vingt-un janvier dernier, dit heures vingtdeux minutes du matin , profession, dernier roi des Français, âgé de trenteneuf ans, nolff lie Versailles, paroisse Notre-Dame, (fomto/î^àParis, Tour du Temple; marié à Antoinette d'Autriche ** »
Et les tombeaux de Saint-Denis, sépultures royales î et toute cette magnificaioe des convois d'un roi de France I Louis était né pour tout cela; il est mort sans rien de tout cela. Cet acte de naissance, surtout , est effroyablement commun de forme! Louis XVI était redevable d'une tombe à la fidélité do quelques serviteurs et amis!
Pendant Teiécution , Paris était plongé dans une stupeur profonde. Les citoyens comprenaient l'importance de l'acte qui venait d'être consommé. Les mes étaient pleines de monde , et des crieurs publics vendaient par milliers la Complainte sur la mort de Louis le dernier t monument d'histoire trop curieux pour que nous ne le reproduisions pas en entier.
COaiPLAlKTS SUR LA MORT DE LOUIS LE DERNIER. Sur tair ik 0utmêbard,
f. Croyant en £ûre une noce.
Uéla»! pour moi, qnel malheur!
Peuple français sans égal, ^^ découne à dii heure» •-.
Ne voilà au rang des morttj
Ma» pria Dieu pour mon tort : ^
Il n'y a plus d*inlenral (sic).
Voilà ce qoe j'ai mérité. Ceit dans l'aaemblée nationale
Qiancei, vive la liberté? Où je ae sauve à l'instant ,
Retiré coomie un enËmt