DEUIL CHEZ LES ALLIÉS
f Janvier 1793.)
Ces rfmari)iii!8 , ijui, par cil es -même s , ne prouvent rien, monttsieni cependant combien on se préoccupait du grave événement qui venait (!e $e passer. La convention était maintenant libre de ses actions. Les partis allaient se dispiilrr le pouvoir, à qui mieu\ mieux. La constitution de 93 allail bientôt sortir du milieu dos écrairs et des lo;i(icrre5, comme la (ui de Molsr. au pied du Sinaï' .
Vainenienf.MonsieurdéctaraqiieleDaupliindevaif, dorénavant, élre regard comme li; roi Luuis XVII, que lui, comte de Provence, devenait régent du royaume, et son frère lecomte d'Artois, lieu lenant-géoéral.Toutcela produisit peud'efTet à Paris; la Vendée seule, et les alliés, acceptaient la chose pourdite et exécutable. L'Angleterre prenait le deuil : riches el pauvres portèrent UD ruban noir. Le ministre delà république française, Chauveliii, toléré jujqu'alorsàl-undres, reçut immédiatement l'ordre de quitter l'Angleterre. A Kome. Basseville, secrétaire de la légation française, avait été massacré par tes habitants de la ville, le ISjanvier, pour avoir mis sur la porte de l'Académie française de peinture, l'écusson de la république sur la place de l'écussoD royal. Le roi d'Espagne qui, le 8, avait déclaré à la convention, qu'il ne (e*
(Janvier 179oJ
NOËL Pi)LITIQi;K.
rait pas partie de la coalition, si on conservait la vie à Louis XVI*, allait faire caase commune avec les autres rois de TEurope. A Paris, où le médecin Chambon avait été élu maire, en décembre 1792, et où Ch^umette avait été nommé procureur-général de la commune, on riait du redoublement de colère des tyrans couronnés; pourtant, on y chantait un Noël contre certains conventionnels : Les rois élisent domicile au ciel, ne trouvant plus de sûreté pour eux sur la terre; mais Jésus-<lhrist, — le sans-culotte, selon Teipressien de Camille Desmoulins, se garde bien de les recevoir. Ce Noë! était destiné à a verser le ridicule sur les faux patriotes. » Nous le citons en entier, avec des annotations, d'abord, parce qu'il est spirituellement fait, ensuite, parce qu'il fit beaucoup d'effet, et envenima la querelle entre les jacobins et les girondins, auxquels on ed était redevable.
Air des hourgeoit de Chartres.
Let rois parient : leuc place Est remplie auwitôl.
Jësctt Eait la grimace , Voyant avec Chabot **, U parti cordeliert enoeoii dea deupotea, Qtû les poonuit avec ardeur.
Mais pour être leur successeur Et gagner leurs culottes.
Suivi de ses détmtes.
De sa cour entouré.
Le dieu de» sans-culottes, Robespierre*"**** est entré.
Je vous dénonce tous, cria Torateur I léme ; Jésus, ce sont des intrigants, lisse prodiguent un encens ()ui n'est dû qu'à moi-même.
Jësoa crut voir Pjlate Tout pr^ de Robespierre, ^
Sitôt qu'il vit Danton *** ; Joseph vit Desrooutin "
Joseph, franc démocrate, Ah ? bonjour, cher confrère.
Le maudit san»-fiiçon. Lui dit le s.tini malin. La sainte Vierge eut peur, apercevant Rovère ****; Ah! bonjour, cher patron, lui répondit Camill«.
Lebonif vit Legendre*'*** et beugla. On rit... Mais ô soudaine horreur!
L'ine vit Billaud •**•'• et trembla Qui pourrait peindre la terreur
Pour son foin, sa litière. De la sainte famille!...
* Lorsque le ministre des relations extérieures fit pan à la Convention de cette proposition, les <ie|iulê'* Toclamèrent l'ordre du jour.
** Chabot, rex-ca/mcti», l'orateur du faubourg Saint- Antoine, celui qui fut régénéré, ait une caricature obscène.
*'* Un des auteurs du massacre de septembre , ministre de la justice.
*"* Rovère, marquis de Fonvielle, passait pour être amateur des belles.
***** On sait que Legendre était boucher.
****** Billaud, dit de Varennes, parce que c'est là, à la fuite du roi, qu'il commença sa carrière politique.
*'***** Robespierre atné avait déjà sa cour, ses partisans, surnommés ses dévotes. Nous verrons plu» i ird d'amples détails snr le culte du dieu des sans-culottes.
** Camille Desmoulins et Robespierre aîné étaient d'anciens camarades ducollé([c Lonis-le-O.ind*
Shis la terreur, les deux amis se séparèrent, et 1 un devint la victime de l'autre.
xoKL POLI non;.
Janvier 1793.!
Marat' entre... A sa vue,
Le bon Dieu, Brissodn ,
De sa mère éperdue
Se cache dans le sein.
l'ère éCcrncI, dit-il, quel être épouvaDtalih* ' Ah! fiais-le rentrer en enfer; Attends que je sois au désert
Pour m'envoyer le diable.
Par ma barbe, elle est belle ' Dit Chabot ; et soudain 11 lance à la pucelle Un coup d'oeil capucin.
Quels sont vos ennemis, cria-t-il, 6 Marie' Je suis grand frère surveillant.
Et je vous les £us à l'instant Coffrer à l'Abbaye.
Émigré, démocrate, Feuillant, républicain, Fougueux aristocnie, Et cordelier, enfin.
Homme d'esprit, grand sot, charmant, ùluipporul>i<' Mais déjà chacun , à ces traits.
S'écrie : «Ah ! voilà Lauraguais? • On le vit dans l'étable.
Vous aussi, daiu l'étable.
Vous fûtes, ô Merlin'
O Robert admirable î
BentaboUe divin ! ••••••
Ciel ! entre des larrons s'il faut que je périssrt Dit Dieu, je subirai mon sort; Biais c'est trop tôt avant ma mort
Commencer mon supplice.
Tu paries comme un livre. Mais j'oubliais Baiire,
Interrompit Panis;** Tallien, Ruamps, FréroD,
Vile, allons, qu'on les livre Saint-André que j'admire.
A nos braves amis; Démosthènes-Boordon.
l/n beau soir nous pourrons, pour divertir madame. Vous, Chfties, vous, Simon, et vous, Montault ri-tii|ii«-
En faire un petit supplément Et toi, pauvre Dubois-Crancé, **«***'
Au deux septembre, jour charmant, Parle , Brissotin repouisé ,
Jour bien cher à notre àme- Et cordclier par pique.
IS
Mais qui parait ensuite 7 Un couple dramatique
Cest QooU l'universel ***, Marche après Thurioi :
Espion, parasite Cetc Fabre le comique
En, face dT Israël *' ** . El le sobre Collot. 9' un bon dtner, dit-il, Dîqu, je suis à la pisiç, Pour bercer l'enfant-Dieu , Collot lie ïlnemuuie***
Hâtez-vous de me le donner. On «ffle , on bâille , l'on s'endort,
Qui ne donne pas à dîner Et l'âne seul veillait encor
Est un fîédéraliste. Quand la pièce fut lue *•••••••*.
* Maral, ami du peuple, avait déjà, ainsi que nous l'avons vu, porté le poids do plusiean accosatio» à cause de la violence nue de son système dictatorial et de sa polémique. ** Un des septembriseurs les plus renommés. *** Orateur du genre humain, — vous savei, — et de plus viveur. *"* Expression de Cloocs. (Note de la Chronique de Paris, d'où nous extrayons It noël.) ***** Merlin (de Thionville), fameux accusateur public. ****** Robert, député des Ardennes; BentaboUe, député du Bas-Rhin. **"*'* Dubois-Crancé, député des Ardennes.
* •• Pièce très-inconnue de Collot-d'ilcvbois (Note de la Chronique'^
***"***• Fibre d'Êglantine et Gollot-d'Herbois, deux auteurs dramatique».
(Février 1793.; Ê!«ebgie des hontag^iakds. 295
Les giroodios voulaient dire par-là, qu*à rancien maître allaient succéder de nouveaux tyrans. Ce noël, en effet, est une nomennlature des montagnards les plus en évidence pour le moment. Il est vrai aussi qu'ils commençaient i agir assez despotiquement ; ils avaient fiait une visite dans le palai* Égalité, pour arrêter des factieux « menaçant disaient-ils, les membres de la convention et la liberté, » et qui n'étaient pas munis de cartes de civisme. Le premier substitut du procureur de la commune, dénonça le principal du collège des Quatre-I^ations, parce qu'il avait conservé Tusage de faire célébrer la Saint-Gharlemagne à ses élèves, ce qui était, selon lui, une infraction aux principes du républicanisme, n'y ayant plus de rois en France *. Les jacobins avaient proposé, dans leur société, de faire rappeler par les départements, les députés qui n'avaient pas voté la mort de Louis XVi, et, vers le même temps, les inconséquents, ils avaient planté à Paris, Tarbre de ta fraternité sur la place du Carrousel, en y portant en triomphe le buste de Brutns, et chantant la Carmagnole et Tair ça ira *\ Tout allait de mieux en mieuxpour les jacobins : Roland avait donné sa démission.
De fait, ils triomphaient déjà, et s'apprêtaient à faire la guerre aux coalisés, plus vigoureusement encore que par le passé. Us disaient au roi de Prusse, eu faisant son portrait dans une lanterne : c< Si tu ne crains pas la d^héance, crains la suspension. » Us se moquaient des Prussiens et des Autrichiens, à cause de leurs récentes défaites, et célébraient leur rentrée triomphante dans leurs foyers. Alors, Dumouriez ne leur sembla plus digne de commander nos soldats, et ils ne le laissèrent aux frontières, que jusqu'à nouvel ordre. La convention porta l'effectif des armées, à 502,800 hommes, et dans le courant de février, elle déclara purement et simplement la guerre au roi d'Angleterre, et au stathouder des Provinces-Unies, émit huit cent millions d'assignats, chargea le conseil exécutif d'obtenir une satisfaction éclatante de l'assasaipat de Basseville» dont elle adopta le fils, et réunit sur sa demande, le comté de Nice à la France, avec la principauté de Monaco, sous le nom de département des Àlpe$ Maritimes. Elle s'occupa d'augmenter nos forces ma< ritimes, et nomma Beurnonville, ministre de la guerre, en remplacement d<' Pache, le Roland de la montagne, pour satisfaire un peu la Gironde. Mais, par compensation, elle suspendit, ou plutôt abolit la procédure sur les massacres de septembre, qui compromettaient trop de révolutionnaires importants. Beurnonville, animédes meilleures résolutions, mena rondement les affaires de la guerre ; il ordonna à Dumouriez de commencer une invasion en Hollande. Un décret, rendu le 19, avait mis à sa disposition tous les célibataires ou veufs sans enfants; le 2^, la convention vota une levée de trois cent millo hommes, et bientôt, les communes furent autorisées à faire des canons avor
• Voniimt uitifrr\cl . v>ii* h luhiiffu^ Connnunr dt fan». ** Le Patriotf fran^att. journ*]
296 DÉPARTEMENTS ET VENDEE. (Février 1793.)
le métal des cloches. « AHoos, dit le coaventionnel Isoard, que tous les vrais républicains s'arment pour la patrie! que le fer et Tairain secliangent en foudre de guerre, et nos forêts en vaisseaux I que la France, comme on l'a dit, ne soit qu'un camp, etia nation, une armée* I » ' C'est qu'il "va s'ensuivre, en Europe, une conflagration générale, c'est qu'il faut agir en désespérés , c'est que l'Angleterre a jeté l'embargo sur tons les bâtiments français, et que l'impératrice de Russie a déclaré suspendu, le traité de commerce conclu avec elle en 1787; c'est qu'une coalition bien ordonnée et menaçante, s'est formée contre la révolution de France, et que par rang de zélé pour le principe monarchique, la Prusse, l'Autriche, l'empire d'Allemagne, l'Angleterre, l'Espagne, le Portugal, la Hollande, les États du pape, Naples, la Sicile et la Sardaigne, veulent prendre les Français dans leur» réseaux.
11 faut ici de l'énergie. Les montagnards sont prêts, eux qui savent arriver au but sans se détourner, ni reculer. Comme tout le monde pense aux choses de la guerre, eux s'accommodent des affaires intérieures. Us font élire Fâche, maire de Paris**. Le pain et les vivres étaient fort chers à Paris; Marat, dans sa feuille, ne reculait pas devant le filage de çuelqw$ maganm, à la forte desqueU on pendrait, disait-il, les accapareurs. Et le lendemain, les boulangers et les épiciers furent attaqués par une foule furieuse. Un épicier de la rue Saint- Jacques, s'arma d'un couteau pour défendre sa propriété, et aurait été assassiné, si sa femme et ses enfants accourus à ce moment, n'avaient désarmé la rage des pillards Un autre, tie Saint-Louis, distribua gratis sa marchandise, une livre à chaque personne : les chalands se plaignirent encore de n'avoir pas le poids ***. Les départements n'étaient pas moins troublés que Paris. Depuis le supplice de Louis, à peine s'était-il passé un jour . sans que la convention reçût un grand nombre d'adhésions à son arrêt**** .Néanmoins, les départements de l'Ouest, s'obstinaient de plus en plus contre les innovations et les ordres du régime républicain. Ils avaient refusé d'obéir aux réquisitions décrétées. Cathelinrau, Stofflet, T.harrette, Laroche Jacquelin, Bonchamps, Talmon et d'Elbée s'étaient mis i la tête des chouans. Les Anglais promettaient des secotirs aux révoltés, et étaient sur le point de débarquer à Flessingues. Les brigands, — tel était leur nom pour les amis de la république, — avaient remporté déjà quelques avantages, peu considérables il est vrai, mais cependant propres à les encourager. Ils avaient commis des cruautés par représailles. f< Le nommé Sauveur, receveur à la Roche- Bernard 'Morbihan), ayant refusé de livrer sa caisse aux chouans qui s'étaient
* Acli*c<«c de la convention nadonjlc aux Français, rcdi|;^ p.ir Ui»ariU
** i3 février.
•" Rvt'olutions âe Pari*.
*"' i'atviott françait. n. mccvmii
TBOUBLES t
cmparésde la ville, et de crier vivt hrot! fnt attaché i an arbre, et tuiillé pir oea monstres. Ses dernières paroles furent : Vive la nation '. »
La Vendée était donc en pleine contre-révolution. A Lyon, des réclamations s'étaient élevées. Un placard avait été trouvé un jour sur l'arbre de la liberté desTerreaiii.On y lisait: s Le crime est donc consommé, et lecouteau meurtrier a tombé sur la tête de potre roi ! voili donc comme on récompense les monarques qui veulent rendre leurs peuples libres ! Français ! vous qui donaiez jadis l'exemple delà Bdéli té. de l'équité et de l'humanilé, qtie sont de- Tenus ces titres? je déclare à la face des hommes, que Louis XVI est mort innocent, que tous ceux qui l'ont condamné au supplice, ont porté un jugement inique; etc.. etc." " Le placard lut détaché et porté à la municipalité. H en résulta des visites domiciliaires suivies d'arrestations, nt le conseil général resta en permanence.**' Déplus, les deux sociétés piipulairpa existantes dans cette ville, le club eeniral, d'opinion jacobine, et k club de la grandeedle, d'opinion girondine, se séparèrent à tout jamais. A Montbrison, les royalistes Toulurent incendier les maisons de deux conventionnels régicides. Dans la province entière, courut un libelle intitulé : Un verlueuœ Françaù à ta coMDtnlÙM nalioitaU, à la louange de de Paris. Les troubles de Lyon inquiétèrent alors la convention, qui décréta que trois commissaires partiraient pour Lyon dans le jour, à l'efTet d'y rétablir l'ordre, et que le conseil exécntif mettrait à leur disposition des Forces suffisantes
S96 ^ TKOUBLi-s ▲ PARIS. (Mars 1793.)
En mars» le mois où la convention organisa le plus de mesures révolutionnaires, les montagnards portèrent les premiers coups directs à la gironde. Dumouriez éprouva un échec, lors de son invasion en Hollande. Le revers fut exagéré dans la capitale. Danton demanda que quarante mille Parisiens rejoignissent l'armée du Nord. Un décret de la convention créa des commissaires envoyés dans les départements, pour inviter tous les citoyens à marcher aux frontières. On ferma les spectacles; le sinistre drapeau noir fut arboré sur les tours de Notre-Dame ; le rappel fut battu, et la commune publia une proclamation qui commençait ainsi : a Aux armes, citoyens! aux armes ! si vous tardez, tout est perdu. »
Ce sont les montagnards qui vont sauver la république du péril extrême dans lequel elle se trouve. Les volontaires, avant de s'incorporer aux armées, demandent par pétition, la création d'un tribunal criminel extraordinaire*, pour juger les suspects, les traîtres et les conspirateurs.
Les montagnards allèrent plus loin, et, le 10, Us voulurent faire main basse sur leurs ennemis de la gironde. Pendant la nuit, ils se dirigèrent vers la codvention qui était en permanence, pour y faire maison nette , et chez les ministres. Beurnonville, dont le domicile était cerné, sauta par-dessus les murailles de son jardin, s'alla mettre à la tête du bataillon de Brest, et dissipa les insurgés. Une pluie battante acheva de les disperser. Le moment n'était pas propice : aussi, la commune, et Santerre, appelé partout le second Marat , s'opposèrent au complot. L'expédition se borna aux bris des presses de Gorsas, rédacteur du Courrier des quatre-vingt-trois départements^ et de Garnery, éditeur de la Chronique de Paris.
Elle amena la création d'un comité de surveillance dans chaque section de Paris**.
Mais des mesures rigoureuses, de quelque parti qu'elles émanassent, pouvaient-elles remédier à cet état déplorable des esprits? La peine de mort arréterat-elle la hardiesse des contre-révolutionnaires? — ^D'abord, le comité de difente ou de salut public commence à jouer son rMe; les ci-devants et les suspect^ doivent être désarmés, tous les bons citoyens armés de fusils ou de piques. Le tribunal extraordinaire est permanent; Marat demande que le maire de Paris fasse saisir Ids chevaux de luxe, et le même jour, la convention porte ce décret inquisitorial :
« Tous bons propriétaires et principaux locataires , concierges , fermiers, régisseurs, portiers, logeurs et hôtelliers des maisons et de toutes habitations dans le territoire de la République, seront tenus d'afficher à l'extérieur des maisons, fermes et habitations, dans un endroit apparent, et en caractères bien lisiblcs/les noms, prénoms, surnoms, âge et profession de
* (> tribunal rmil de la convention le nom de tnbnnal nvolutionnairt en octobre 1793. *• Le II février.
(Mars 1793.) défection de dumouriez. !21)9
tous les individus résidant actuellement ou babituellement dans lesdites maisons, fermes ou habitations.
« Lesdites affiches seront renouvelées toutes les fois qu'il y aura mutation d'individu ou détérioration de l'affiche.
ce Dans toutes les villes et lieux de la république d'une population de dix mille âmes et au-dessus, les copies des affiches certifiées des propriétaires, principaux locataires, fermiers, concierges ou portiers, seront par eux, remises aux comités des communes ou sections de commune, et en retireront récépissé, etc.*...»
Décret accompagné de visites domiciliaires i Paris, d'où résulte l'arrestation de plus de cinq cents suspects.
Mais, d'après les nouvelles reçues des frontières du Nord, d'après son insuccès en Belgique, qui avait fait publier contre lui une caricature, le mutmr de la Belgique, Dumouriez était le plus incriminé de tous les suspects. Les jacobins avaient commencé par rire de la chose en disant : *
La RenomiDée, U trompette au péioire.
Du général annonce la dernière TÎctoire.
Puis ils avaient réfléchi sur les tristes conséquences que pouvait amener sa défaite de Néerwinden, et ils avaient ajouté, — toujours dans leur caricature, — (c Mardie précipitée du perfide Dumouriez vers Paris, pour protéger la par/te saine de la Convention (c'est-à-dire les hommes d'État**, ceux qui l'ont porté au ministère et au généralat, ceux qui connaissant ses trahisons du camp de la Lune, le proclamèrent i son retour le sauveur de la patrie, qui le porteraient encore en triomphe, s'ils ne redoutaient eux-mêmes la hache na« tionale ; ceux à qui nous devons la guerre actuelle et tous les fléaux qu'elle traîne à sa suite, ceux qui ont innocenté Narbonne, Lafayette et complices, ceux enfin qui voulaient sauver le tyran et amener la guerre civile], les soidisant opprima far une faction scélérate siégeant à la Montagne, »
« Les menaces de ce vil espion de cour, dévoré de la soif des richesses et de la domination, ressemblent aux fanfaronnades de Motié, et auront le mémo sorf*. »
Alors, coDune on le voit, ils l'avaient mis au rang des traîtres, et s'étaient préparés i demander-son accusation. C'était encore là un moyen de porter un nouveau coup à la gironde. Le 30 mars, Camus proposa à la convention nationale, "ku nom des comités réunis, le décret suivant : « Le général Dumouriez est mandé à la barre. Le ministre de la guerre et cinq commissaires pris dans la convention partiront sur-le-champ pour l'armée de la Belgique avec
* Moniteur nniverst*!.
** Ne pas oublier que le^ (;irondiii< (■(diciii Q<^iit;ralciiicnt appcl*^ aiiiM
**" GriTure apparlcnanl à M. Lilcrradc. Nous citons le texte en cniirr
900 QUATRE GOMMtSAAfRBS ARRÊTAS. (AtHI 1793.)
le pouvoir de suspendre et faire arrêter les généraux qui leur paraîtront suspects. »
Dumouriez ayait eu, le 23. une conférence ayec le colonel Uack, chef de l'état-major du prince de Coboui^, et c'était i la suite de cet entretien qu*il avait évacué la Belgique. Une autre conférence avait eu lieu, et il avait été décidé, par convention formelle, que le général français marcherait sur Paris, détruirait la convention, et organiserait ce gouvernement constitutionnel, le rêve des Necker et des Narbonne. La convention avait eu, deux jours après, connaissance des projets de Dumouriez, par trois commissaires jacobins, envoyés pour le sonder, Proly, Dubuisson et Péreyra. Dumouriez, par forfanterie, ne leur avait rien caché, et leur avait dit, au contraire, ne voir dans la convention que $ept cent quaranu-cin^ tyrans, n Point de paix pour la France, jusqu'à ce qu'on ait détruit cette convention, ajoutait-ih Tant que j'auni quatre pouces de fer, je ne souiTrirai pas qu'elle règne et qu'elle verse le sang avec le tribunal révolutionnaire qu'elle vient de ciéer. »
Les trois envoyés rapportèrent tout au ministre de la guerre. La convention nomma pour commissaires, les citoyens Camus, Quinette, Lamarqne et Bancal, même le ministre Beurnonville lié d'étroite amitié avec Dumouriez. Le 31 , six volontaires, portant écrit avec de la craie sur leur chapeau : La république ou la mort! pénétrèrent dans le camp dy général, comme s'ils avaient l'intention de le saisir. 11 les repoussa facilement, et fit marcher sur Lille son fidèle Miacsinski, qui se laissa prendre, et fut livré aux autorités lilloises. Le 1*'' avril, il fit arrêter Lecointre, fils du député de Marseille, étudiant jacobin, et le donna en otage au général autrichien Clairfayt. Le 2 avril, les commissaires de la convention se présentèrent devant lui. On lui donna connaissance du décret qui l'appelait i la barre. Dumouriez refusa d'obéir; ils insistèrent, et lui dirent : a Voulez-vous obéir i la convention? » Non. — Eh bien, vous êtes suspendu de vos fonctions; vos papiers vont être saisis, et votre personne arrêtée.— C'est trop fort !... à moi, hussards.— Et des hussards surgirent de tous côtés pour arrêter les commissaires et Beurnonville. Il les livra ensuite en otages aux Autrichiens. Le prince de Cobourg les déclara prisonniers d'état et les fit passer en Moravie.
Lorsqu'on Ht ce fait, où un général, enfant de la révolution, se permet d'agir ainsi avec des commissaires envoyés par la nation assemblée,— on croit assister i la mise en action de la fable de Lafontaîne, la lice et sa tompagne.
A la nouvelle de la défection consommée du général Dumouriez, et de sa conduite envers les commissaires républicains, la convention décréta la création, pour un mois, d'un comité de salut public ^ dans son sein^, comité composé de neuf membres : Barrère, Bréard, Cambon, Danton, Delacroix, Delmar, Jean Debry, — remplacé pour cause de santé par Robert Undet, —
* Décret du 6 avril.
{Avril 1793) iccosation contbb lbs viuct-hboi. 301
Guyton-Monraax et Treilhard. Elle éUblIt, en outre, trois commissaires chargés de la représenter à chaque armée de la république*. Ces mesures furent adoptées, aisément, par les girondins qui esp^tûent s'en servir pour perdre la Montagne; leurs armes se tournèrent bientôt contre euxmêmes. Ce ne fut pas tout : sur la motion de Charlier, la convention décréta que tous les individus de la famille Bourbon^ hors ceux détenus au Temple, seraient transférés k Marseille et mis en état d'arrestation. Le duc d'Orléans et le duc de Chartres, étaient, en effet, soupçonnés de complicité avec Dumouriez.
Comme la guerre a de TinOuence sur les affaires de l'intérieur! L'énergie des montagnards sauve les frontières; à Paris, elle se change en esprit de domination, elle crée le tribunal révolutionnaire et le comité de salut public. Les députés rendirent aussitôt ce décret contre le girondin Dumoiiriez : « La convention ordonne que le conseil exécutif nommera sur-le-champ un général pour remplacer Dumouriez ; déclare à la nation queDumouriez est traître à la patrie ; qu'il a juré la perte de la liberté et le rétablissement du despotisme; décrète que tout Français qui reconnaîtra Dumouriez pour général sera regardé comme traître à la patrie et puni de mort, et que ses biens seront confisqués au profit de la république ; que Dumouriez est mis hon de la (oî, autorise tout citoyen à courir sus, et assure une récompense de 300,000 livres à ceex qui s'en saisiront et ramèneront à Paris, mort ou vif, etc., etc."^^» Naturellement, le parti girondin devait se ressentir des imprécations proférées contre son général bien-aimé,— -au dire delà montagne, car Dumouriez, loi, avait rompu avec toute la convention nationale sans exception.
Le 10 avril donc, Robespierre atné dénonça à la barre les principaux chefs des girondins, en priant l'assemblée de s'occuper sans relâche, <« des moyens tant de fois annoncés de sauver la patrie et de soulager la misère du peuple. » La montagne et les tribunes couvrirent Robespierre de leurs applaudissements. Vergniaud seul se leva pour lui répondre. Malgré l'éloquence de son discours, sa cause et celle de ses amis put être regardée comme désespérée. La motion de Robespierre ne fut pas directement prise en considération ; mais, le 15, le maire de Paris, Pache, parla au nom des trois quarts des sections, et demanda la proscriptionde vingt-deux d'entre les hommes d'état: c'étaient Vergniaud, Brissot, Guadet, Gensonné, Buzot, Grangeneuve, Barbaroux, Salles, Biroteau, Doulcet-Pontécoulant, Pétion, Lanjuinais, Valazé, Hardi, Le Hardi, Louvet, Gorsas, Fauchet, Lanthenas, Lasource, Chambon et Valady. La pétition fut considérée comme calomnieuse.
Le moment était suprême, alors, pour les deux partis en présence. La gi> ronde était réunie à la plaine, dans la convention ; elle n'avait, au dehors, que
* Décret du 9 avril.
** Séance permancDla da mercredi 3 avril*
30â AccuSATiOR coNTBS HAiAT. (Avnl 1793.)
de timides approbateurs. La montagne, unit^ compacte dans l'assemblée, pouvait, au contraire, compter sur l'appui inergiqM d'une fouiv de peuple, qui portait à la boutonnière ta décoration en cuivre, par laquelle on reconnaissait les chauds détenseurs des principes montagnards. '
Or, l'avant-veille de la pétition des sections de Paris, contre Jes mngt-deua. les girondins, aidés de la plaine, étaient parvenus à faire encore une fois décréter d'accusation Marat qui, parlant en président des jacobins, avait envoyé aux départements une adresse où il demandait la destruction d'une partie de la convention, et où il invoquait -< le tonnerre des pétitions et des accusations contre les traîtres et les délégués infidèles, qui avaient voulu sauver le tyran, en volant l'appel au peuple ou la réclusion. » La convention adopta le projet suivant de décret, proposé par le comité de législation : « La convention accuse Marat, l'un de ses membres, devant le tribunal criminel extraordinaire, comme prévenu d'avoir provoqué, l' le pillage et le meurtre ; 2' un pouvoir attentatoire contre la souveraineté du peuple ; 3' l'avilissement et la dissolntion de la convention : ordonne qu'il sera traduit devant ce tribunal pour j être jugé conformément à la loi."" Marat se cacha, et continua à publier son journal; pendant le temps que l'accusation pesa sur sa tête, tes clubs, les sections, la commune prirent sa défense par tous les moyens qu'ils avaient en leur pouvoir. Oulre la démarche de Paclie, il y eut des attroupements din.^ Paris. Le bniit banal do famine courut parmi le peuple, et les boutiques des boulangers furent assiégées.
Que faire alors? la convention nationale et la commune ne virent qu'un moyen de remédier au mat, c'était de fiier le maximum du prix des grains et des farines.
.'Avril 1793.) TRIOMPHE DE MARAT. 303
QuantàMarat, il annonça dans son journal, qu'il se présenterait le 24» devant le tribunal révolutionnaire, pour y être jugé, et le jour dit, il entra dans la salle des séances, escorté d'une foule de peuple, préoccupée de son jugement. « Citoyens, s*écria-t-i1 en s'adressant aux juges, ce n*est point UD coupable qui parait devant vous, c'est l'ami du peuple, TapAtre et le martyr de la liberté; ce n'est qu'un groupe de factieux et d'intrigants * qui ont porté le décret d'accusation contre moi. » Il continua sur ce ton encore quelques instants, et &t aisément impression sur l'esprit de ses juges. Il n'y tut pas, pour ainsi dire, de discussion, et il fut acquitté à l'unanimité. « Citoyens, reprit-il à ceux qui formaient son escorte, lesort des conspirateurs est daos vos mains ; protégez l'innocent, punissez le coupable, et la patrie sera sauvée. » La foule tint compte de ses paroles, se saisit de lui, et quelques hommes le placèrent sur leurs épaules, après avoir déposé une couronne de chêne sur sa tête. Ils se mirent en marche vers la convention : deux officiers municipaux décorés de leurs écharpes, précédaient le cortège. On criait de temps en temps, vive MaratI let girondins à la guillotine! Quand le triomphateur arriva dans la salle de la convention, la séance avait été levée, et il ne restait plus qu'un petit nombre de députés. Un sapeur dit au président : a Citoyen président, nous vous amenons le brave Marat, Marat a toujours été l'ami du peuple, et le peuple sera toujours l'ami de Marat! s'il faut que la tète de Marat tombe, la tête du sapeur tombera avant la sienne. » Et en manière d'action d'éloquence, \emaratisle brandissait sa hache aux vifs applaudissements des tribunes. Le cortège défila dans la salle, où quelques pétitionnaires envahirent les places vacantes des députés. Marat embrassa les gens de son escorte, et ses collègues de la sainte montagne; puis, il s'empara de la tribune, parla de son succès, et appela la vengeance sur les girondins. Le lendemain, aux jacobins, son triomphe fut encore plus éclatant. Ce n'étaient que bravos et couronnes. Un enfant de quatre ans lui en plaça une sur la tète. Marat sembla dédaigner ces hommages, en alléguant que sa carrière politique n'était pas encore terminée. 11 appuya sur ce que la faction était huaiiliée, et non pas écrasée.
L'acquittement de Marat par le tribunal révolutionnaire, se comprend facilement, lorsqu'on voit quels honames le composaient, et, par conséquent, quelle était son opinion.
Le président était Herman, fougueux montagnard. Le vice-président était Dumas; l'accusateur public, Fouquier-Tinville. Parmi les juges et les jurés, on comptait les jacobins les plus purs ; et, bien que ce ^ibunal ne fût pas encore ce qu'il a été depuis, on ne s'étonne pas de l'unanimité des votrâ pour l'acquittement de l'ami du peuple. Il n'af-
Le mot intrigant était rexproùoii ordinaire de Marat. pour dé»iciier se» ennemi» politiques
RivLEMDnS 9BR CE TIID»BK.
fArril 1798.)
Gchait pas euconi sod ineiorable jitrti». tel qu'en le vit quelques mois après. I«ntjue le présideut porta cette décoralion' ,
«vttcdeui bachesen aaatoir sur food ronge; mais malgré tout, c'était le mène, et i) be lui restait à subir que quelques modîficalîona . apportées par la chute «les girondins, et par l'avènement de la terreur.
Le triomphe de Marat Tut partout célébré. Une petite gravure le représenta très^pirituellement ; les joumaui de la Montagne ne tarin>nt pas d'éloges; tearéiolHtiMudt Paru, i peu près seules, sedéfendirent d'un trop ktiimI enifaousiasme, et remarquèrent qu'il n'y avait pas de mal à un tel triomplif décerné pour la première fois, surtout, en vue de l'animosilé qui avait hit agir les accusateurs de l'Ami d» peuple; mais, qu'il importait que le peu|^ en restât là, et prtt garde de redevenir idolâtre, car il l'avait été de Litàjetle. et s'en était rt^nti, et pourrait s'en repentir eaoore vis-à-vis de Marat ou de tout autre.
Quoiqu'il en soit, l'accusation etie triomphe de YAmxda peuple^ accélérèttot la perle des girondins, qui avaient joué le tout pour le tout, en. renvoyinl devant le tribunal révolutionnaire, un homme qui comptait plus de partisans, peut-être, qu'aucun principe alors en circulation. Le triom[riie de Maral était pour les montagnards un avantage négatif; il leur ea fallut un affirmatif H
' Cou mMaîllc. porli^ par le pr^ûdoil du Iribuul r^
AtHI 1793.) LE OOMIKE SA1.TIJM. 305
suprême, quMIs préparèrent et mûrirent dans l'espace de deux mois environ , sans se préoccuper beaucoup des événements étrangers à leur cause. Aussi les royalistes ne se dissimulèrent pas que Tordre do choses passé é^ait entièrement perdu. Le r^ne des sans-culottes succédait à celui de Louis XVI, et dans une gravure intitulée le Domina êalvum fae regnum, ils figurèrent rétat actuel de la France. On y voit le buste de Louis XVI, embUme de ia royauté^ dit le texte. Sur une des faces du piédestal qui le supporte, sont écrits ces mots : 0 mon roi, vous $erez vengé I A droite, Philippe-Égalitéi accompagné de sans-culottes, appelés ses sateUites, est, prétend le graveur, un jpersonnage connu qui veut s'einparer du trône après l'avoir renversé. Ce personnage s'apprête à monter les gradins du trdne; il est fortement soutenu par Jourdan le coupe-têtes. La France est écrasée sous les débri$ de la monarchie légitime^ et monseigneur le prince de Condé, l'épée à la main, Jure de mourir pour venger la royauté, serment répété par d'autres princes du sang. Neckeret compagnie sourient à ce désastre, lis s'écrient : iVoiM aurons deux cAambres/ Enfin, le prince de Conti, mollement couché sur un sofa, se repose de tout sur l'honneur des autres {a).
Disons seulement que Louis-Philippe-Égalité était bien peu goûté à cette heure, puisque la convention , au contraire, avait voulu l'expatrier.
Dans cet état de cause, à quoi avait servi aux girond ns de voter la plupart, malgré leur conscience, et par pusillanimité, la mort du défunt roi ? Ils avaient, par cette action, obscurci d'avance quelques rayons de leur couronne de martyre I
vu) Comnuinii|ia^ par U. le marquis de P.tMurtrU
WJk DU CHAPITRE DIX-NEUVISMK,
30C LES MOYENS DBS MONTAGKARDS. (Avril 1793.)