‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 42 sur 74 · PKEAIIEH BATA1LL029 DE CAMBRAI · texte numérisé non relu

PKEAIIEH BATA1LL029 DE CAMBRAI

République françaists une, indivisible et impérissable. CERTIFICAT DE CIVISME ÉPURÉ.

Nous soumgnés , Membres composant le Conseil d'administration du premier bataillon de Cambrai, certifions qu après avoir invité les citoyens composant le bataillon de faire leurs observations* s ''r la conduite ou le civisme du Citoyen.,., natif de,. ,. distnct d.... département du.. . depuis le..,, a été reconnu, après une mûre délibération, réunir les qualités qui caractérisent un vrai républicain.

En foi de quoi nous lui avons délivré le présent, pour lui servir et valoir ce que de raison , et icelui fait apposer le Sceau du Bataillon,

Fail en st^ancc, à... le... année républicaine.

SiijnuUnv du Commandant.

(a) Carions de la Biblioth«'quc royale.

{h) Le Patriote /mn^aïf, journal.

(c) Ce certificat^ que plusieurs mots démontrent ^ire d'une date un peu ultérieure . av.iit nr.inmoin^ cour* à l'époque «ù nou» le plaçons, sauf de très-légrn-s modifications.

ué.

^n'I^ 1 M. \ ifi.

'■rw\^i i

(Avril 1793.)

CO.IVBSTIONNELS IMPURS.

La garde nationale suit ces données : ses brevets sont remplis d'attributs jaeobitrt. Depuis le commencement de la révolution, en eifet, la garde nationale et ta commune marchent ensemble. Or, les représentants do la commune ayant pris le parti de la montagne, ayant Piche à leor léte, entraînent avec eui les bourgeois armés. Ou uj [>eut pas dire cependant que ceux-ci soient montagnards, tant s'en faut ; mais ils ont peur, mais ils sont intimidés, et ne soutiennent la Gironde que de leurs vœux, tandis que leurs bras et leurs services sont acquis fatalement àceux qui ont pour eux la force elTénergie. N'en c$t-il pas presque toujours ainsi î — La convention n'a pas, autant que ta commune, adopté complètement les principes de la montagne, mais, nous le répétons, elle s'est laissé dominer parles aigles du parti. Encore quelques mois, et elle deviendra tout à fait jacobine, et t'éptirera aussi peu à pou. Ne cliangc-l-elle pas sa carte d'entrée, ayant honte de la tiède allégorie gravée stir celle dt> 1792/1]? Ne voyons -nous pas, non plus, laconvention mêlée à tou-

te* les démarches et fêles des jacobinsT Mais il y avait encore sur les bancs de rassemblée, des girondins, et les conventionnels faisaient assez mauvaise ligure dans ces solennités, aux yeux des patriotes épurés.

Le 14 du mois, la municipalité avait célébré la file de l'hotpilaliié, en l'honneur des Liégeois qui, chassés de leur pays par les conquêtes des princes alliés, s'étaient réfugiés en France. Elle leur accorda une salle de la maison-deville, salle dite de l'Égalité, pour y tenir leurs assemblées, et y déposer leurs archives; elle alla au-devant d'eux nia porte Saint- Martin, avec un nombreux ■rortége, composé d'une députation de foui les corps constitués, et d'un détachement dechaquc division de ta garde nationale. Pour revenir à la maisonde-ville, le cortège suivit l'ordre d<ï marche suivant : — Hussards do la liberté; bannière : Guerre aax lyrami — Gendarmerie à cheval ; enseigne : Hotftitalité. — Sapeurs; canonniers; tambours. — Les légions avec leur.^ drapeaux. — Déclaration des droits de l'homme. — Sociétés populaires,— Jugi -s

310 OBSÈQUES 0B LiJOWiKi. (Avril 1793.)

et officiers de paix, et commissaires de police. — Le buste de Brutus. — Tribunal révolutionnaire. — Corps judiciaires. — Faisceaux des départements.

— Le département. — Comités révolutionnaires de suneillance des sections

— Musique. — Statue de la liberté. — Corps électoral. — Municipalité de Paris et de Liège. — Celle du 10 août, — Tribunal de la nation. — Conseil exécutif. — Le livre de la loi. — Convention. — Bannière : Ia» iyrant patserant^Ui peuples sont éternels, — Chariot portant l'arche qui contenait les archives de Liège; légendes : Liberté, égalité, souveraineté du peuple. — Tableau des morts et des blessés à la journée du 10 août. — Les veuves et les enfants des citoyens morts pour la défense de la liberté. — Cavalerie légère ; bannière : République française, une et indivisible (a).

11 parcourut les boulevards, la rueSaint-Honoré et les quais, en chantant des airs patriotiques, et une hymne surTair des Marseillais, dont nous reproduisons le dernier couplet :

Le règne de l'indëpeiidance ,

Braves Liégeois, n'en doulex pa».

Fondé d'abord dans notre France ,

Doit s'étendre à tous les climats.

Oui, dans votre clière patrie

Nous vous reconduirons un jour ;

Vous chanterez à votre tour.

Vainqueurs de T aristocratie ; Vive la liberté , les rois n'ont eu qu'un teins ; Enfin, nous n'avons plus ni prêtres ni tyrans (6).

Un journal remarqua que la convention avait envoyé à ce cortège, plusieurs de ses membres quelle aurait pu mieux choisir, et que leur président avait balbutié quelques lieux communs aux Liégeois. Sans doute, cesenvoyés étaient girondins.

Autre solennité. Le citoyen Lajowski, homme du 20 juin etdu 10 août, venait de mourir à Issy, près Paris. La municipalité voulut rendre les honneurs des funérailles publiques à celui qui avait donné Vidée de porter une pièce de canon dans la salle des gardes du tyran, lors du siège des Tuileries. David en fut Tordonnateur. Elles eurent lieu le dimanche, 28.

A la tète du cortège, s'avançait une bannière :

Sans-culottes , Lajowski n'csi plus.

Une autre bannière rappelait le mot du 10 août, lorsqu'il avait dit aux canonniers qu'il commandait :

(a) Chronique de Paris , journal.

(i) Us Révolutiùns de Paris.

(Mai 1793.) pktitions pour lu maximum. 311

Qu« cciu qui m'aiinent ine suivent !

Au soleil leranl ,

Le tyran ne lera plos.

SuÎTaieat un drapeau roupe et un drapeau blanc ; le premier, conquis par lui sur les ennemis du peuple ; le second, qu'il avait déchiré pour venger les patriotes fusillés au Champ-de-Mars, le 7 avril 1791. — 11» furent portés la flèche en bas, et brûlés sur la tombe de Lajowskî.

Puis venaient le cercueil chargé de couronnes civiques et recouvert de cyprès, un nombreux corps de musiciens dirigés par Gossec en personne, et un lit de repos de forme antique où était censé placé le cadavre de Lajowski enveloppé de draperies tricolores. Derrière, marchait la Glle de ÏUlustre défunt, âgée de trois ans et demi , devenue, par arrêté, fille adoptive de la commune de Paris. -— Un repas fraternel termina la cérémonie (a).

Ijajowski, — son convoi le prouve, — était considéré par les montagnards comme un héros. Son corps fut inhumé au pied de Tarbre de la fraternité , sur la placedela Réunion. La convention ne suivit pasle convoi, et fii bteti, dit-on, sans doute parce qu*elle était incapable ou indigne de pleurer Tillustre défunt.

11 fallait que les conventionnels reprissent un ascendant qu'ils avaient déjà perdu i moitié, et qu'ils risquaient de perdre tout à fait par la suite. Les mesures pétitionnées par les sociétés populaires, elle les prenait rarement ou à regret en considération. Les masses polilicailleuseê, — le lecteur connaît cette expression, — essayèrent de la faire agir plus dans leur sens, à dater du 1*' mai. Ce jour- là, irritées de ce que le maximum promis n'était pas encore décrété , deux cents femmes environ se présentèrent à la barre , portant une bannière où on lisait ces mots : Nous demandons une taxe sur les grains. Elles furent suivies de quarante individus députés par le faubourg de GUnre, et dont un lut une pétition qui contenait en substance : €< Nous venons vous dire des vérités dures ; les républicains ne connaissent pas de ménagements... Qu'avez-vous fait depuis que vous êtes réunis? Les volontaires manquent de tout ; leurs femmes et leurs enfants restent dénués de subsistances. Depuis longtemps, vous nous promettez le maximum du prix de toutes les denrées. Toujours promettre et ne jamais tenir !... Huit mille hommes m'accompagnent et entourent la convention ; ils sont prêts à partir pour exterminer les brigands de la Vendée, mais ils veulent, avant, avoir obtenu ce qu'ils demandent... A vous de décréter , au plus vite , la fixation du maximum des denrées , la résiliation des baux , une contribution sur les riches, et l'adoption des autres mesures présentées. Voilà les moyens que nous croyons propres à sauver la patrie ; si vous ne les adoptoz pas, nous vous déclarons que, nous qui voulons la sauver, nous sommes en état d'insurrection. »

[it. Moniteur nHtner>cl.

3f'2 MAXiMiM DÉCBETÉ. (liai 1793.)

LA dessus, vive agitation dans rassemblée. De noinreaux pëtîtionnaires se présentent, modifiant un peu les inconYenances de la motion des premiers.

La convention obéit. Le 3, parut un décret enjoignant aux municipalités un maximum du prix des grains et des farines, d'après lequel tout marchand, cultivateur ou propriétaire quelconque de grains ou farines, était tenu , dorénavant, de faire, i la municipalité du lieu de son domicile , la déclaration de la quantité et de la nature de grains ou farines en sa possession , et, par approximation , de ce qui lui restait de grains à battre. Les officiers municipaux étaient autorisés à faire des visites domiciliaires chez les citoyens possesseurs de grains ou farines, qui n'auraient pas fait cette déclaration ou l'auraient faite frauduleuse. Les grains ou farines devaient être nécessairement vendus sur les marchés publics , à peine d'une amende de 300 à 1000- livres, tant contre le vendeur que contre l'acheteur. Les directoires des districts étaient ternis d'adresser à celui de leur département le tableau des mercuriales des marchés de leur arrondissement, depuis le 1*^' janvier jusqu'au l^' mai. La moyenne proportionnelle devait servir de maximum au-dessus duquel le prix de ces grains ne pourrait s'élever, et qui décroîtrait ainsi : le i juin, réduction d'un dixième; le 1 - juillet, d'un vingtième; le 1 ' août, d'un trentième; le 1' septembre, enfin, d'un quarantième. Les citoyens convaincus d'avoir méchamment et à dessein gâté, perdu ou enfoui des graines ou farines, étaient déclarés mériter la peine de mort (a).

Le maximum accordé, d'autres questions s'élevèrent. Danton, Robespierre, Pache, et leurs amis, se rassemblèrent à Charenton, etdécidèrentque l'on attaquerait à main armée la majorité de la convention. En conséquence de ce plan , la commune de Paris arrêta que le 16 , à dix heures du matin, il y aurait réunion dans la salle de l'évêché de Paris , réunion composée des quarante-huit présidents des sections , et de quarante-huit commissaires choisis par les assemblées générales des sections. Us formèrent ainsi un comité central d'insurrection , correspondant avec tous les comités révolutionnaires , et notamment avec celui de la section du Temple , le plus ardent de tous.

Le comité central de la section du Temple, proposa donc (b)« comme mesure de salut public, do faire enlever, dans une nuit qui serait indiquée et é la même heure , trente-deux membres de la convention , et tous les citoyens suspects des sections, dont la liste serait remise par les comités révolutionnaires; qu'ils seraient tous conduits aux Carmes près le Luxembourg, et que là on les ferait disparaître du globe... » Le lendemain, un d'entre les membres s'écria : « Donnez-moi un pouvoir, et, armé de mon poignard, je servirai de bourreau. »

Uti. Monitntr iiniurrv/.

/'; lit' i<) mai. «laïUi h m)iivc.

Mai 1793. commission des douzr. 313

Mais, le 18, la convention avait établi une commission extraordinaire dite ammiisum des douze , pour contenir ceux qui déblatéraient contre elle. Elle était composée de Boyer-Fonfrède , Boileau, Lahosdinière , Vigée, Rabaut- Saint-Étienne, Kervélégan, Saint-Martin-Valogne, Gommaîre, Uenry-Larivière , Bergoeing , Gardien , Mollevault. La gironde se croyait encore une fois sauvée par cet acte d'autorité. Leurre de courte durée» et triste aveugle*^ menti La commisêian des douze eut {mrfaitement bien en sa connaissance les projets des montagnards : elle n'ignora pas qu'ils voulaient renouveler le 10 août contre la convention, qui, justement, siégeait aux Tuileries, et même un 2 septembre pour les modérés , girondins, brissotins , faux -patriotes et autres, qu'ils devaient d'abord faire emprisonner comme suspects ; on lui découvrit bien que deux mille poignards étaient fabriqués pour armer les femmes, et que la caisse de Textraordinaire devait être enlevée (a . — Mais elle ne pouvait apporter de remède aux bouleversements imminents de l'état politique actuel. Elle avait la volonté et point la force. Qu'arriva- t-il? c'est que les montagnards , moins exaltés que les sectiunnaires du Temple , et qui , lors des conciliabules de Charenton , avaient refusé d'employer des moyens trop violents , se sentirent tout d'un coup saisis d'un accès de haine plus implacable que jamais contre la gironde , et se décidèrent à la terrasser, de peur qu'elle ne l'emportât sur eux. La cormnisskm des douze fut le point de dernier combat pariementaire entre la gironde et la montagne. La mêlée fut vive , opiniâtre, — on se dit force injures mortelles, symptômes de la journée du 31 mai.

Et ce qu'il y a de vraiment remarquable dans un pareil événement , c'est que la croisade contre les girondins se fit avec un ensemble parfait, que les hommes, d'ailleurs les plus divisés entre eux, se réunirent étroitement pour mener à bonne fin l'entreprise, — comptant sur l'avenir pour vider leurs propres querelles. Jacobins épurés ou non épurés, tous se crurent engagés d'honneur, ou plutôt d'intérêt, à renverser la gironde.

La peur répondait aux montagnards des hommes tièdes et modérés.

La montagne, la commune de Paris, les jacobins avaient soulevé les sections qui, le 27, se portèrent en foule à la convention, pour exiger la suppression de la commission des douze, qui avait osé faire arrêter Hébert, le rédacteur du journal le Père Duchesne, pour exiger de plus qu'on en livrât les membres au tribunal révolutionnaire. Isnard, qui présidait, défendit l'inviolabilité de la convention, et Danton répondit, avec cette audace qu'on lui connaît, et avec toute la force de son tempérament, qu'il ne devait plus y avoir de trêve i'iitrela montagne et les lâches qui avaient voulu sauver le tyran! — Ainsi, la

*i B<'i(;oiiin; . |;iic)iuliii, cl ilf la ■ oiiuiiisNioji .i.'> doii/c. a v» romiiK'K ml».

Sik TBOUBLBS. (Juin 1793.)

montagne ne savait aucun gréa la gironde d'avoir, — par conviction ou pusillanimité, — voté la mort de Louis XVI. Elle avait hésité! cda lui déplaisait.

A la suite d'un tumulte occasionné par cette discussion à poings fermés, la convention déclara que la commission des douze était supprimée, et que les citoyens qu'elle avait fait emprisonner seraient mis dehors.

Le lendemain, — ce fut le revers de la médaille. Lanjuinais voulut faire mettre à néant le décret de la veille. Le boucher Legendre se leva alors, et dit en le menaçant : a 11 y a un complot formé pour faire perdre la séance. Si Lanjuinais ne cesse pas de parler je déclare que je me porte à la tribune, et que je le jette en bas I » Le député Barbaroux demanda que cette apostrophe insolente fût consignée au procès-verbal. Lanjuinais redoubla d'ardeur, et fit entendre aux conventionnels qu'ils seraient déshonorés, s'ils souffraient qu'un décret pareil souillât leurs r^istres. » Mais une voix de la gauche ioterrompit, tremblante de rage : « Tu as protégé les aristocrates de ton pays, tu es un scélérat 1 » Lanjuinais continua et soutint sa motion. Ce n'était plus là une séance : on aurait cru assister à une querelle de halles. Montagnards, de crier; girondins et hommes de la plaine, de murmurer pour étouffer leurs cris. — La commission fut rétablie, et le décret qui la rétablissait, ordonnait,

— en fait, — la mort des apôtres de la gironde.

Car, les montagnards n'étaient pas hommes à se regarder comme vaincus. S'ils avaient perdu la bataille parlementaire, il leur restait l'insurrection. Les sections et les clubs se plaignirent de l'insolence des fédéralistes^ 1rs femmes surtout, conduites par une nommée Léon, ce qui fit dire alors à quelques girondins que Y anarchie était tombée en quenouille. Oh! que non pas! Les insurgés sauront bien se servir de leurs piques. Le 31 mai et le 1"* juin s'étaient passés en préparatifs. Le 2 juin le tocsin sonna, les barrières furent fermées. Les sectionnaires étaient en armes, soi-disant pour briser quelques presses a., selon le mot de Danton. Le maire de Paris fut demandé à la barre, et s'y rendit. Il assura avoir pris des mesures pour maintenir la tranquillité de Paris, et avoir donné des ordres pour qu'on ne tirât pas le canon d'alarme,

— mesure que semblaient exiger de fausses nouvelles sur la prise de Valenciennes par les coalisés. Mais, à dix heures du matin, le canon d'alarme fut tiré, malgré les explications de Pache, par les ordres de Henriot, nommé commandant provisoire de la garde nationale, en remplacement de Santcrre, parti en Vendée. Les sections se rassemblèrent alors, et marchèrent sur la convention, armées dépiques, et traînant des canons à leur suite. Elles allaient demander, ou <tnon, la suppression de la commission des douze: elles se qualifiaient [en juin 1793) d'insurrection morale. Le^ girondins tinrent ferme; le corps municipal fut cassé, mais recréé aussitôt par les insurgés sous le nom do

(a) Mémoires sur la révolution , p«r (jar.it.

fJuinl793.) les vingt-deux. 315

municipalité révolutionnaire {a): les hommes d'état durent céder à la force armée. En effet, Thuriot cria : Canonniers à vos pièces, et deux canons furent braqués sur la convention. De toutes parts on entendit ces vociférations ; La mort des vingt-deux I les vingt-deux hors la loi! On somma les girondins de consentir à la suspension de leurs fonctions. Quelques-uns acceptèrent, les autres ne voulurent point abandonner leur poste. Enfin, vingt-deux députés furent décrétés d'accusation. Et on remarqua dans Paris des placards qui disaient que la patrie était sauvée par ce décret, et que le bonheur des Français allait commencer. Un homme des tribunes s'était écrié après la proclamation du décret, en s'adressant aux montagnards : Je suis député par le peuple entier du déparlement de Paris , qui me charge de vous dire que le décret que vous venez d$ rendre a sauvé la patrie.

Le bonheur des Français! le salut de la patrie ! c'était beaucoup dire. Nous y voyons tout simplement le triomphe de la tnontagne , qui fut célébré de toutes façons, à dater de ce moment. Nous y voyons, nous, le triomphe de la centralisation sur le fédéralisme.

Avec le mois de juin 1793 commença Tépoque affreusement célèbre de la terreur. Aussitôt après le 31 mai , le comité de salut public fit fabriquer deux cachets: sur Fun étaient gravés ces mots: Administration de surveillance; sur l'autre , on lisait cette consécration de la victoire des montagnards : Révolution du 31 mai. Le comité décachetait toutes les lettres et les refermait k l'aide de ces deux cachets, selon son bon plaisir. Nous entrons dans l'arbitraire : voilà que le gouvernement viole le secret des lettres , comme sous le tyran Louis XV. L'excès des principes libéraux, alors, ressemblait fort au despotisme.

Parmi les girondins accusés, les uns se soumirent au décret: c'étaient Vergniaud, Gensonné, Yalazé, Guadet, Bîroteau, Gardien, Boileau, Bertrand, Mollevaut, Gommaire, Ducos, Fonfrède. Us restèrent prisonniers. Les autres ne se crurent pas légalement accusés sous le coup d'un décret arraché par la violence. Ils s'échappèrent de Paris, et se répandirent dans les provinces , afin de mettre en pratique leurs principes fédéralistes, et d'organiser dans les départements une coalition armée et intérieure contre la capitale. De ce nombre étaient, Brissot, Gorsas, Louvet, Salles, Buzot, Chambon, Lidon , Rabaud- Saint* Etienne, Lasource, Grangeneuve, Lesage , Yigée, Lanjuinais, Barbaroux et Pétion. On voit , au reste, que la liste des proscrits avait été, selon l'expression de Dulaure, corrigée et augmentée.

La montagne se hâta de bâcler la constitution de 1793. En quelques jours , ce fut chose faite , grâce à Hérault de Séchelles, qui avait un projet tout prêt, et qui allait chercher bien haut dans Tantiquité des principes convenables

[a, Hiitoirt philosophique de la rcvolulion de France', par A. F. DésodoaiiN,

jiuur VacUi coDstitiitiuniiel. Voici loycD Uesaulnays :

CU>STITVTI»5 PMSVHNIFIÉK. (Juin 1793.)

lettre curieuse de re Ii^gislatcur, au ci

a Chercunciioyon,

« Cliargi5 avec iniatre du im'S cJlégues de préparer p ur lundi un plan de conslitntiiin je vous prie en leur nutn et au tnii'n, de nous procurer, snrle-cl.amp , les lois de Miiios, (jui doÎTerit se Irotner dans un recueil de luis greciii^es. Nous en avons un besoin urgent. i> 'a].

HÉRAULT ( de Séch. Iles.) satui, amilii^, fraternité au hravc citoyen Desaiilnny)^.

Le 24, la conslitution fut décrétée et envoyée t t'acci-plation des a-Sfinlilécs primaires. On la personnifia a nsi.

Elle était sévère , en effet, et il y avait loin de la déclaration des droîls (le 1791 , à celle de 1793. On avait abandonné les premières données volées

iiiii||ri(ih«> il M. B^nir I.

UU»^ de ^£X4kAa*.fd» U£4meiÙà adxM^cm, dtàjfeu. û^^muJLa>ui

F^A /r/^ ^^ LA^^iff^/y^

'^ CtnuJ^yt^

t^u^ U^ ^€/»tA '{, JIl, Ui^ a tf «eut,, 4ci/u^ t-ys. éUf**H *^ ^^t>i éw

^^ deATBerard.

Juin 1793.) déclabation des droits. 317

successivemeot par la convention ; on avait improvisé une constitution , en quelques jours , et on Vavait fait sortir tout armée de la révolution du 31 mai. Nou<9 en transcrivons la partie philosophique, la déclaration des droits.

DÉCLARATION DES DROITS DE l'HOMME ET DU CITOYETf.

c< Le peuple français, convaincu que Toubli et le mépris des droits natn- « rels de l'homme sont les seules causes des malheurs du monde, a résolu '( d'exposer dans une déclaration solennelle ces droits sacrés et inaliénables , « aGn que tous les citoyens , pouvant comparer sans cesse les actes du Gou- « vernement avec le but de toute institution sociale, ne se laissent jamais « opprimer et avilir par la tyrannie , afin que le peuple ait toujours devant '( les yeux les bases de sa liberté et de son bonheur, le magistrat la régie « de ses devoirs, le législateur l'objet de sa mission. — En conséquence, il a proclame, en présence de l'Être- Suprême , la déclaration suivante des 'i droits de l'homme et du citoyen.

Article premier. « Le but de la société est le bonheur commun. —Le gou- (( verneroenl est institué pour garantir à l'homme la jouissance de ses « droits naturels et imprescriptibles.

2. fi Ces droits sont 1 égalité, la liberté, la sûreté, la propriété.

3. « Tous les hommes sont égaux par la nature et devant la loi.

4. « La loi est .l'expression libre et solennelle de la volonté générale : elle 'c est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse : elle ne « peut ordonner que ce qui est juste et utile à la société; elle ne peut défentt dre que ce qui lui est nuisible.

5. « Tous les citoyens sont également admissibles aux emplois publics. (c Les peuples libres ne connaissent d'autres motifs de préférence dans leurs « élections, que les vertus et les talents.

6. c< La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce fi qui ne nuit pas aux droits d'autrui : elle a pour principe , la nature; pour CI règle , la justice; pour sauve-garde , la loi : sa limite morale est dans cette « maxime : Ne fais pa$ à un autre ce que tu ne foeuœpaê quil te soit fait.

7. a Le droit de manifester sa pensée et ses opinions , soit par la voie de a la presse, soit de toute autre manière, le droit de s'assembler paisiblement, « le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits. La nécessité d'énon- « ccr ses droits suppose ou la présence ou le souvenir récent du despoc( tisme.

8. ti La sûreté consiste dans la protection accordée par la société à cha- <t cuo de ses membres pour la conservation de sa personne, de ses droits et « de ses propriétés.

318 D^LABATION DES DROITS. (Juio 1793.)

9. (c La loi doit protéger la liberté publique et individuelle contre Top* c< pression de ceux qui gouvernent.

10. '< Nul ne doit être accusé, arrêté ni détenu , que dans les cas déterc( minés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites. Tout citoyen apa pelé ou saisi par Tautorité de la loi doit obéir à l'instant ; il se rend coupafc ble par la résistance.

11. Tout acte exercé contre un liomme hors des cas et sans les formes « que la loi détermine, est arbitraire et tyranniquc ; celui contre lequel on >> voudrait l'exécuter par la violence, a le droit de le repousser par la force.

12. <c Ceux qui solliciteraient , expédieraient, signeraient , exécuteraient « ou feraient exécuter des actes arbitraires, sont coupables et doivent être

<t punis.

13. « Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré a coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui nesec( rait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement rér( primée par la loi.

ik. c( Nul ne doit être jugé et puni qu'après avoir été entendu ou légale- <i ment appelé , et qu'en vertu d'une loi promulguée antérieurement an <i délit. La loi qui punirait les délits commis avant qu'elle existât serait une « tyrannie ; l'effet rétroactif donné à la loi serait un crime.

15. (c La loi ne doit décerner que des peines strictement et évidemment « nécessaires : les peines doivent être proportionnées au délit et utiles à la « société.

16. « Le droit de propriété est celui qui appartient à tout citoyen , de (C jouir et de disposer à son gré de ses biens et de ses revenus , du fruit de K son travail et de son industrie.

17. « Nul genre de travail , de culture, de commerce, ne peut être interre dit à l'industrie des citoyens.

18. « Tout homme peut engager ses services, son temps : mais il ne peut « se vendre, ni être vendu; sa personne n'est pas une propriété aliénable. a La loi ne connaît point de domesticité : il ne peut exister qu'un engagement (( de soins et de reconnaissance, entre l'homme qui travaille et celui qai <( l'emploie.

19. « Nul ne peut être privé de la moindre portion de sa propriété , san^ « son consentement, si ce n'est lorsque la nécessité publique légalement a constatée Texige, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité.

30. « Nulle contribution ne peut être établie que pour l'unité générale. c( Tous les citoyens ont droit de concourir i l'établissement des contributions, « d'en surveiller l'emploi , et de s'en faire rendre compte.

21. « Les secours publics sont une dette sacrée. La société doit la subsis « tance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail, soit en « assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler.

(Juin 1793.) déclaration des dboits. 319

22. ce L'instruction est le besoin de tous. La société doit favoriser de tout « son pouvoir les progrès de la raison publique , et mettre l'instruction & « la portée de tous les citoyens.

23. ce La garantie sociale consiste dans l'action de tous pour assurer à « chacun la jouissance et la conservation de ses droits : cette garantie re- '< pose sur la souveraineté nationale.

24. « Elle ne peut exister, si les limites des fonctions publiques ne sont « pas clairement déterminées par la loi , et si la responsabilité de tous les a fonctionnaires n'est pas assurée.

25. rv La souveraineté réside dans le peuple; elle est une et Indivisible, « imprescriptible et inaliénable.

26. « Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple « entier ; mais chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit 'x d'exprimer sa volonté avec une entière liberté.

27. ce Que tout individu qui usurperait la souveraineté, soit à l'instant mis « à mort par les hommes libres.

28. '<. Vn peuple a toujours le droit de revoir, de réformer et de changer (c saconstitution. Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations « futures.

29. r< Chaque citoyen a un droit égal de concourir à la formation de la « loi et à la nomination de ses mandataires ou de ses agents.

30. ce Le^ fonctions publiques sont essentiellement temporaires ; elles ne « peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompence ses, mais comme des devoirs.

31. ce Les délits des mandataires du peuple et de ses agents ne doivent « jamais être impunis. Nul n'a le droitde se prétendre plus inviolable que les « autres citoyens.

32. ce Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de Tautorité ce publique ne peut , en aucun cas , être interdit, suspendu ni limité.

33. c< La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de « l'homme.

34. ce 11 y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses c( membres est opprimé : il y a oppression contre chaque membre lorsque le ce corps social est opprimé.

35. « Quand le Gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection ce est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple , le plus sacré et le ce plus indispensable des devoirs. »

11 semblait aux montagnards que tout allait à l'avenir sourire à leurs vœux. Mais, au contraire, il se passait sur les deux théâtres de la guerre , à l'extérieur dans le Nord , à l'intérieur dans la Vendée, de tristes événements.

Pendant les débats de la convention entre les deux partis révolutionnaires.

320 LE PAYS DE LA VENDEE. Jaîo 1793.

les armées de la république éprouvaient quelques échecs sur les frontières , la défection de Dumouriez laissait dans les âmes de pénibles terreurs. Les coalisés s'avançaient sur nos villes, et menaçaient les provinces de TEst.

Dans la Vendée, c'était bien pis. Lessoulèvementsetlesrévo1tes,dont nous avons parlé déjà, s'étaient convertis en guerre civile ouverte; il avait fallu y envoyer des généraux, et les meilleurs, — entre autres Santerre, appelé, par dérision, le général Mousieuœ.

Voici comment s'était peu à peu organisée cette guerre opiniâtre. D'abord , on le sait, les Vendéens et les Bretons avaient vu, non sans une peine extrême , abolir par l'assemblée nationale certaines franchises dont ils étaient fort jaloux. Puis, on les avait froissés dans leur croyance respectueuse aux prescriptions du clergé , lorsque la constitution civile avait été décrétée. Enfin, la guerre contre les alliés avait exigé de nombreuses levées d'hommes , et ils avaient refusé d'obéir aux lois de recrutement , et cela de jour en jour plus obstinément , à mesure que la révolution prenait de plus profondes racines, à mesure que les décrets fatals aux prêtres , les proscriptions contre les nobles, les châtiments contre les suspects se succédaient. La mort de Louis XVI avait comblé la mesure; des troupes anglaises avaient débarqué sur le territoire breton ; MoMÎeur avait encouragé les efforts des Vendéens, et la lutte s'était engagée.

La Vendée se compose du Bocage , partie du pays où le sol est inégal , anguleux, couvert de ravins et de haies. Ce sont partout des routes mystérieuses à travers champs, de petits bois fourrés où pénètrent à peine les rayons du soleil ; — elle se compose aussi de ce qu'on appelle le Maraii^ pays bas, bordant la mer, coupé d'une infinité de canaux factices ou naturels , pays qu'il faut bien connaître pour le pouvoir parcourir, et où la vie est retirée et sauvage. La Vendée est donc poétique par elle-même , aujourd'hui encore que la main des agriculteurs a changé sur beaucoup de points l'aspect de la province : elle est poétique, car elle renferme en elle l'ombre et l'océan, le mystère, la grandeur, tout ce qui jette dans l'âme des plus humbles la foi, la pensée, le désir, le dévouement, et aussi — l'opiniâtreté en toutes choses. Ces provinces étaient pacifiques, elles entretenaient peu de relations avec les autres provinces de la France; elles semaient sur leurs terres, et pour leurs habitants seuls, les blés qu'elles voulaient récolter. Elles avaient leurs croyances et leurs mœurs particulières et presque primitives. Les druides de la Gaule avaic nt enraciné, dans les esprits bretons, certaines terreurs et certaines espérances, qui s'étaient modifiées à l'apparition du christianisme, — cette lumière que rien ne peut obscurcir, — mais qui ne s'élaient pas effacées complètement. Ainsi conformée dans son territoire, ainsi disposée dans les objets de sa haine ou de son affection , la Vendée devait repousser l'esprit révolutionnaire, et à peine soulevée, elle devait nécessairement combattre avec fanatisme , comme ces natures molles et paisibles, qui, une

GUEKBES DE L'OUEST.

La nurnhil de le Vradéc.

féUte ?»• J>^7i>tiriUtMip, a?u^€ict\lh>^iXaJ^^uu^aiiiit^,

^ii

Coil. </e M. €le MonmfriftH

laio 1793.. les cuErs TB^DiE^is. 321

fois agitées , se désorganisent, et ne reTieonent au calme que dans la mort.

Les troubles commencèrent par des assemblées tumultueuses de paysans, par des rixes, par des soulèTements partiels dans les villages : les propriétaires et les fermiers se trouvèrent bientôt réunis par les mêmes convictions; et Ton vit, œ qui n'arriva pas d'une manière aussi éclatante, il Taut le dire, dans les rangs des républicains, on vit des gentilshommes de la plus hauto naissance oliéir à de simples charrons ou laboureurs. Où trou\er ailleurs une pensonnification plus étrange et en même temps plus expressive que celle du maréchal de la Vemdée, qui, le marteau sur Tépaule, la cocarde au chafiean, et le sabre à la main, s'en va de bourg en bourg, recruter des royalistes pour combattre les républicains ? Certes, nous gémissons sur IVntétement et le< principes des Vendéens qui ont causé la mort de tant d'hommes; nous ne pouvons louer ni excuser ces guerres de Touest, qui n'étaient, après tout, que des discordes civiles, — mais nous ne pouvons non plus nous empêcher d'admirer le courage des Vendéens. Là, comme dans les actions des républicains, se trouve le mal à côté du bien, le sang à côté du dévouement, les brigandages à côté des convictions. — Nous savons bien que quelques-uns avaient mérité le surnom de brigands de la Vendée. Aussi, cette guerre, nous ne la considérons que comme une épisode de la révolution, comme un roman chevaleresque, où les héros abondent, où les traîtres obscurs et cruels apparaissent pour faire contraste au tableau. Le plan de ce livre, d'ailleurs, comporte peu de détails sur ce sujet, quelque dramatique qu'il soit. La Vendit? n'a é!é pour la république qu'une de ces terriblesentraves qui rendent les choses difficiles, mais point impossibles. La Vendée, pour la république, c'est une plaie vive, mais non mortelle, sur un corps humain: elle l'agite, lui donne la fièvre et les souffrances ; mais un chirurgien est là pour la guérir.

Peu i peu donc, les rassemblements tumultueux devinrent la foule, les rixes des batailles, les soulèvements partiels une conflagration générale. C'est une lutte à mort entre les blancs et les bUus. Pour le salut de la cause royale les Vendéens oublient leurs querelles part xulîères, comme le démontre une lettre de Boncliamp à Larochejaquelin (a;.

En juin, à l'époqne où nous sommes, les Vendéens remportent de nombreux avantages sur les armées de la répti blique, et le temps ne lardera pas à venir où la nation attendra avec anxiété qu'il se présente un pacificateur. M. de Bonchamp est un ancien officier de marine fort distingué. D'Elbée a le caractère obstiné, il est intelligent pour la guerre des buissons. Henri de Larochejaquelin et son cousin de Lescure sont deux gentilshommes de cœur et de volonté. Cathelineau et Stofflet sont deux chefs parvenus à force de courage. — Tous ces hommes, vivant en bonne Intelligence, et soutiens de la cause royale unie à la pensée du pays, ne laissent pas que d'être redoutables. Et nous le ré|>étons,

«/ Vovr/ 1 1 lcliri*f|uc nous (l«>niioiu ri-foiiln- en /rt<-ïi*«i7r.

322 FACiiON DU FÈDÛnjLLissiE. (Jaio 1793).

la montagne a besoin de déployer toute son énergie, de se laisser aller à tou'e son audace, pour faire face dignement & de si rudes adversaires.

Les frontières faiblissent, la Vendée prend de la consistance, — que va faire la convention ?

Elle donna tout essor à l'effervescence des soutiens de la montagne ; clic abolit la loi martiale ; stimula !e zèle du tribunal révolutionnaire , en accordant aux jurés une indemnité de dix-huit francs par jour(a]; défendit aux autorités de troubler les sociétés populaires dans leur active et $alutaire surxeillance; ordonna à tout propriétaire — do prouver son adhésion aux actes du gouvernement, — en faisant graver ces mots sur la façade de sa maison * Unité, indirMibilité de la République. — Liberté, égalité, fraternité, ou la mort. Unité et indivisibilité! c'étaient là surtout les grands talismans pour proscrire à tout jamais les principes du fédéralisme, pour écarter les espriU d'un retour aux idées de la gironde. De plus, comme l'union fait la force, — c'était par l'unité seule qu'on pouvait, pour ainsi dire, conmiander aux événements, obtenir les succès, ou réparer promptement les désastres.

Les girondins, néanmoins , quoique décrétés d'accusation, n'avaient pas pour cela dit adieu à leur système. Les uns avaient fui dans le Calvados où Uuzot avait une immense inHuence. Ils se réunissaient à Caen, et ne perdaient pas l'espoir de renverser avant peu les montagnards, et de prendre leur revanche. Ils y avaient organisé une asiemblé^ des départements réunis à Caen, ou une assemblée centrale de résistance à l'oppression, qui avait ses séances régulières, ses discussions, ses délibérations, ses arrêtés, et publiait un recueil périodique intitulé Bulletin des autorités constituées réunies à Caen, lis rédigèrent une adresse sous le litre de Déclaration que fait à la France entière l'assemblée centrale des déparlements dunord-ouest, sur les motifs et l'objet de sa forqwxion. Huit départements de la Bretagne, et trois delà Normandie se coalisèrent, et se proposèrent de marcher sur Paris.

Tel était ce que les montagnards appelèrent la faction du fédéralisme.

Dans cette occurrence . à Lyon, Châlier. maratiste . s'était mis à la tête du club des jacobins, et avait poussé ses amis contre les modérés, les fédéralistes, les hommes de la faction. Il y avait eu lutte et combat , -et vers la fin de mai. Chalier avait été pris par les sections et mis à mort. Avant de mourir , il prononça ces paroles : « Je donne mon âme à l'Éternel , mon cœur aux patriotes , et mon corps aux brigands. >^ Ce martyr de la liberté , déjà frappé du premier coup, insensible à la douleur, dit au bourreau : « Frappe, et m'attache vite une cocarde; je meurs pour la liberté (6). »

Voilà ce qui s'était passé à Lyon , au moment de la proscription des girondins. Chalier était la première victime de la faction, et les montagnards

(tt) Décret du ajitillcj.

[U^ T«:\tL' d'un,' jjr.oiui:.

jfy'Jitk 4>€ ÎP[iMMJUM/t,43LfiÀ^4XA9C%rki

V,4XM/ ClAoUM^ 9U^fM4t41>.

5vv^^s^^^^

iiiir

ty^d

Page 1