‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 5 sur 74 · A^*^ t.^ f^nf · texte numérisé non relu

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(1787) ASSEMBLÉS I>£S KOTABLBS. 7

rétrogrades ; ite comparaiçnt Louis XY I à Joas, el Joacl seipblail iMrc Tinlerpréte du peuple français. Il avâ^it fiû le temps où, dans celle même salle, on adressait à Ix>uis.ces deux vers du Siège de Calais :

Le Français, dans son prince, aime à trourer un frère, Qui^ né fils de Fétat, en devienne le père.

Pourquoi donc les idées avaient-elles cbangéTou plèlôi, quels actes avûent motivé ees mécootenteroents populaires? La cause première datait de loin, c'était la pénurie des finances qu'aucun ministre n'avait pu relever, ni le vieux Maur^ias, la iéte pleine de projets, mais incapable d^aglr; ni Véeanomiste'praHque Turgot, qui n'avait Tait que s'attirer les baines do ceux que les vices d'administration engraissaient , et bonnéte bomme pardessus tout; niNecker, le Gemevois, dont le compte-rendu des finances n*était sçion beaucoup de gens qu'un compte bleu. Puis, plusieurs alTaires de cour scandaleuse&y telles que le vo& du fameux coUler de la reine, difTércnls exils de princes et de magistrats ; des ministères sans consistance , et des famines successives , avaient nul au respect qui environnait la majesté royale. Si bien que peu à peu le peuple s'était mis à réflécbir sur sa position et à se faire juge des actions des gouvernants. En 1787 , quelques individus avaient osé brûler, ^au PaJais-Royal, les arrêts des cours souveraines *.

Voilà comment allaient les affaires, lorsque MM. de Calonne, Loménie de Brienne et Lamoignon , arrivèrent tourà-tour au ministère. L'épigramme ne manqua pas de les atteindre, plus vive et plus mordante que jamais.

Calonne, que l'on peut regarder comme le dernier gentiUiomme de l'ancienne France, — inlriguaa^, prodigue» doué de formes élégantes, — supplanta Necker, et voulut escamoter, c'est le mol, l'argent dans la poche des contribuables , ou faire banqueroute. Être bon gentilhomme ne suffisait pas cependant pour faire-oublier Necker. La vie privée de Calonne sembla à bien des gens appréciée avec justice par ce quatrain :

Nargue d'hier, vive aujourd'hui, Fi de Necker, honneur à Calonne ; A droite il prend, à gauche il donne ; . L'honnéle homme, il n'a rien pour lui **,

Chansons pour la vie privée de Calonne, chansons pour sa carrière poli-

* Voir Siejef.

*' Inu-oduelion aa Uonileur Inhencl.

ASSKHBLBBDBS NOTABLES.

lîqiic : toute son hislolre est lA, histoire qnl, ioub le rapport économique, se résume dans un fait, VAiiembléeda iVotaMei.iDgéDieuaementcomineoté par deux caricatures.

BUFfGT

— Hci cb«ri idnihitilrét, Je voui li nnemblti pour MToir à quelta mmeê mdi (onlei tUt

— M*)!, nom noTOttlosi pu eue muiAi ta LouUl!!

— Vou lorlei ds It qanllon.

La seconde caricature, dictée par une pensée à peu pris semblable, représentait un gros fermier, Louis XVI , assis devant une table qui n'était pas encore servie. Son garçon de cour, Calonne, se préparait à fiUre main-basse sur des porcs, des coqs-d'inde et des moutons, avec ces vers lu bas :

Mes bons amis, mes douces bétes, Porcs, et coqs-d'indes, et mouton».

Que d'entre tous les bonnes têles Déduisent ici leurs raisons.

Je suis pressé par la famine ; Le plusglouloQ de mes valets Prétend que la ciel tous a faits Four ma gloire el pour ma cuisine.

Il faudra donc tous cro^er tous ?

Tel est en bref inon manifeste ; Sur la sauce, décidez-vous.

Mon cuisinier fera le reste * .

M d'un piir de Tn^e,

XeUte. de. X<ruiô XVI cl ./Kr ^-e CaùyiMAt.,

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ASSKMDLKB DBS KOTABLES.

El dans les mes courait la chanson de la banqueroute* et des notables , cMi plutôt des notée » disait-on , parce qu'ils n'avaient joué qu'un rôle de complaisance *.

Un grand voulut prouver que La France est dans Versaille ; Qu'il faut faire la banque- Route, et que le tiers n'est que Canaille, canaille, canidlle.

Moniteur rit et répliqua Si ce tiers est canaille.

Par fierté nous n'avons qu'à Payer tout pour lui jusqu'à La taiUe, la taiUe, la taille.

Oui, ménageons ce tiers-là, Ajoute un des notables.

Sinon chez nous il viendra Se bhauffer et dîner à Nos tables, nos tables, nos tables

Le tour d'escamotage n'ayant pas réussi. Galonné dut songer à la retraite. Vite ! une chanson pour son départ , et que le peuple lui manifeste ses regrets!

A Monseigneur

Le Contrôleur, Salut, piûx, et retraite.

Quand on le prit

Pour son esprit Bien chère en Tut l'emplette.

On sait qu'il n'aime pas pour peu La table» le lit et le jeu :

Un jour viendra.

Qu'il variera

Ses passe-temps aimables;

Et l'on verra Qu'il sautera Pour messieurs les notables ; .

Pour d'Artois il a financé ; Pour Lebrun il s'est trémoussé ;

Gorgé d'écus ,

n n'aura plus L'attitude de pénurie Qu'il va laisser à la pairie

Les deux autres ministres, Brienne surtout, eurent un triste sort. Brienne,

* Mémoiret 4o Flenrj.

** Mémoires d« Coadercel.

'** Mémoires (apoerypbes) 4eLo«is XVIII.

10 UINISTftRE BRIElKlliE BT LAMOIGIION. (1798)

arclievéque 4^ l^oi^lojus^ protégé de Tabbé de Yonpont» lecteur de lareine, senibteit prédestiné à de grandes chose$. £h bien I on donna son nom à une maladie épidémique qui s*élendail-d'un bout de la France à Tautre : rien n*élait plus terrible, rien n*était plus détesté que la Brienne. Le peuple avait pris à tâche de personniGer tous les maux, ou tous les événemeûts qu'il déplorait, sans ménager la reine elleHnéme, qui avait hâté la fortune de Tarchevéque de Toulouse ; elle reçut le sobriquet de M"»« péfieit. Quelques dames portaient encore des chapeaux de gaze noire à la caiste d'escompte, — qui étaient sans fond ; et les jeunes gens des gilets aux grande hommes du jour, c*est-à-dire, avec des portraits du marquis de La Fayette et du comte d*Estaing. Et puis, comme on se moquait des parlements d'états, qui n*osaient pas résister aux volontés du gouvernement I Les classes instruites appelaient les commandants militaires des provinces, des porteurs d'ordres, le bas peuple renchérissant, ées porteurs d'eau.

Les rieurs allèrent plus loin, et envoyèrent en missive au comte de Pro> vence, à propos du dernier lit de justice, tenu par Louis XVL ce qua^traîn insolent :

Cloé, sais-tu ce que Ton dit?

Dame justice est désolée :

Louis est entré dans son lit, On prétend qu'il Ta violée*.

Si L*on réfléchit maintenant, qu'en 1782, le premier arbre de liberté avait été planté à Franconville, à quatre lieues de Paris, parlecomte Camille d*Albon^en mémoire de la révolution américaine; qu'il y avait des associations réformu^trlçes ou politiques; que les principes de d*Estaing, le vainqueur de Grenade, un avancé, et deM.de La Fayette, revenudes États-Unis, libérateur du Nouveau-Monde, et aspirant à délivrer aussi l'Ancien, trottaient déjà dans les têtes de la bourgeoisie, dont les Temmes avaient adopté les coifTures âla belle Voule^ à. la Junon, frégates renommées dans les guerres de l'indépendance américaine, on comprendra facilement combien Thorizon politique s'obscurcissait. A mesure que le disque du soleil raonarchiqflre décroissait, les terres libérales s'élevaient, formaient collines, et allaient bientôt le faire disparaître. Revenons à M. de Brienne.

Il fut renvoyé le 2i août 1788. Le lendemain matin, la jeunesse de Paris demanda au lieutenant de police la permission de se divertir à ce propos. Sur le soir, un ouvrier bijoutier, nommé Cajrle, s'avança au milieu de la

* C« quatrain était, aisare-t>oo, l'ooTrage du marqoif de Moniefquiou-FeienMc. Or prèlen«i, d'autre part, qu'il avait été auMî envoyé é Louia XV, après un lit de justice.

(1788) MINISTÈRE BBIENNE ET LÂMOIGNON. 1 i

plate DanphiocL II tenait d'ane main un çbaudron en cuivre, et de Vautre un marteau d*orfèvre, et il s'écriait en nrappant sur le chaudron : a ]ij[e& amis, à moi I Charivari I charivari ! d A sa Yoix, un rassemblement se forma. Brienne fut représenié'par un manneciuin, revêtu d'une robe épiscopale, dont trois cinquièmes de satin, et deux cinquièmes de papier : en dérision d'un arrêt rendu par lui le 46 août, et qui autorisait les difTérentes caisses de banque â^ payer en papier les deux cinquièmes de leurs dettes. On promeoa Tex-ministre, on le jugea en place Dauphijie, il fut condamné au feu. Et, pour rendre l'Ironie plus amère, on arrêta un abbé qui passait, on le baptisa du nom de Yermont, de sorte que le protecteur pût confesser et absoudre son protégé. L*abbé déclina spirituellement la tâche en disant : « Mais, messieurs, considérez, je vous prie, que si j'entreprends de le confesser, il aura tant à me dire que tous ne pourrez jamais le brûler ce soir. »

firienne fut donc brûlé sans confession. — Il y eut illumination même, pendant un instant, sur la plate-forme de la Bastille, monument public, et les jeunes gens cassèrent, à la manière anglaise, les vitres de ceux qui ne voulaient point allumer de lampions.

Le jour suivant, le peuple veut recommencer; mais le lieutenant de police n^est plus, lui, dans les mêmes dispositions. Dubois, commandant du guet à pied et à cheval, charge sur les trottoirs des difTérents quais. Les j«*jine$ gens repoussés se ménagent une vengeance : — ils nourrissaient contre le guet une haine traditionnelle. Après avoir surpris le poste du Pont-Neuf, ils en désarment et dépouillent les facMonnaires, brûlent leur corps-de-garde, leurs habits et, courant, riant, chantant , vont ensuite par la ville incendier d'autres postes isolés ; de là ils attaquent la maison du commandant qui riposte ferme et s'enfuit *. — Ah! s'écrient-lls en jouant sortes mots, il nous faut du^ bois^ c'est du bois qu'il nous faut pour brûler ceux qui trahissent notre bon roi * I

Ici commencent, à vrai dire, l'émeute et la guerre des rues.

Quant à M. de Lamoignon, son procès fut plus étrange encore. Vers minuit, sur la place de Grève , de sanglante mémoire, se promena une espèce de géant pour le moins haut de six pieds. Il portait un jeune garçon A califourthon, lequel petit déployant un grand placard, lut à haute et intelligible Toix : « Arrêt de la cour ûu public, qui condamne le sieur Lamoignon à faire amende honorable, à avoir les poings coupés et à être traîné dans le roissean **. d Ce tribunal improvisé accorda un sursis de quarante jours au coupable, par allusion à une ordonnance qu'il avait renjduesur ^ jui'ispru-

' S< place flnil aree lui ; te premier commandant du guet fat M. de la Rejnie. ** Mémoîrea de Condorcet.

là MIMSTÈBE NECKER. (1788)

dence criminelle. On tirades pétards; on cria iVive Henri lY î au diable Lamùigium! puis on procéda à l'exécution : le duumvirat Brienne et Lamoignon n'existaient plus.

Quelques autres ministres occupèrent un moment la scène politique, sans pouvoir y prendre pied, sans pouvoir y conquérir la moindre influence. Le vœu général appelait aux affaires Necker, favori des beaux-esprits et des belles dames. N'avail-on pas vu, après son renvoi, la timide duchesse de Lauzun attaquer, injurier à la promenade un individu qui s'avisait de mal parler du grand économiite qui lui, au moins, n'était peu Anglais *, La reine elle-même, faisant taire ses inimitiés pour le Genevois^ pour le charlatan, comme elle disait, s*élait chargée de lui apprendre son rappel.

Il revient I A cette nouvelle l'enthousiasme est à son comble : les hammmes de goût, dans leur joie, composent les allégories les plus touchantes, .mises en action par le burin. Necker ramène l'abondance ; il est Tespoir des Français ; les mauvais génies fuient à sa vue. Chacun lui rend un hommage sincère, et le félicite de son heureuse administration. Il est représenté sous la forme d*un fleuve bondissant d'une grange ; on lui dédie une foule d'odes ; son portrait est partout, sur les tabatières et jusque sur les boutons d'habits **. La ville donne des fêles et crée une rue Necker. Le relevé des médailles frappées en son honneur monte à quatorze. On remarque surtout alors une gravure curieuse. Un pauvre homme du peuple, conduit par un enfant, s'avance vers une jeune dame à sa croisée. Elle lui jette quelques écus en disant : « Tiens, j>etit: voilà pour des rusées. » — Et l'enfant : <r Dieu vous les rende, belle dame I » le tout accompagné de :yive le roi, vive le parlement, vive M. Necker *** I

N*est-ce pas vraiment le phénix qui renaît de ses cendres? Il commence ses travaux , fait rapporter la malencontreuse ordonnance des deux cinquièmes de papier, et les Etats-Génirauœ sont décidés, toujours pour aviser ai^ relèvement des finances.

Necker élait porlé au ministère par la presse; il n'est donc pas inutile d'examiner Fétat où se trouvait ce puissant moteur politique.

Depuis long-temps une Toule d*écrils paraissaient.Leséditeursles portaient dans les maisons particulières; ils les étalaient dans les vestibulesde la maison des grands de l'Ëlat et jusque dans l'enceinte du palais du roi **^\ Ifaîntenanf , c*est plus encore : nous approchons de Tannée 1789. Il s*esl formé

* Em angtùlê te dinil d*OD homme lanf salanierie.

" Cabinel de M. Maurio, el Journal de Paris, patHm,

"* C«lHneldeM. Maarin.

'*** RemoBlrancet do clergé, faites au roi, à Veruillea, en 1775.

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