‹ Histoire-musée de la République francaiseChapitre 56 sur 74 · OM · texte numérisé non relu

OM

l ^t^^UoA^î^t^ Jcuvpujt^e^ — ^£upen4c^jeu^C4?U/H<Pt^utiiou^€,^ e<^-

iteH^uCVum-

0Uffi»^^

F. I^riané^r.^^éùPùéu

(ilàK^^d,4rfCàaÙm0^fùm

(Mai 179&.] APPLICATION DU DÉCRET RELIGIEUX. 375

rans coalisés contre nous , reviendront 8*acquiter d'un devoir cher i leurs cœurs ; ils fermeront la paupière de ceux dont ils ont reçu le jour. Le peuple répète les expressions de ces sentiments sublimes inspirés par l'amour sacré des vertus.

a Une troisième et dernière strophe est chantée par le peuple entier. Tout s'émeut, tout s'agite sur la montagne : hommes, femmes, filles, vieillards, enfants, tous font retentir l'air de leurs accents. Ici les mères pressent les enfants qu'elles allaitent; là, saisissant les plus jeunes de leurs enfants mâles, ceux qui n'ont point assez de force pour accompagner leurs pères, et, les soutenant dans leurs bras, elles les présentent en hommage à l'Auteur de la Nature : les jeunes filles jettent vers le ciel les fleurs qu'elles ont apportées, seule propriété dans un âge aussi tendre. Au même instant et simultanément, les fils, brûlant d'une ardeur guerrière, tirent leurs épées, les dé* posent dans les mains de leurs vieux pères ; ils jurent de les rendre partout victorieuses ; ils jurent de faire triompher l'égalité et la liberté contre l'oppression des tyrans. Partageant l'enthousiasme de leurs fils, les vieillards ravis les embrassent et répandent sur eux leur bénédiction paternelle.

« Une décharge formidable d'artillerie, interprètede la vengeance nationale, enflamme le courage de nos républicains; elle leur annonce que le jour de gloire est arrivé. Un chant mâle et guerrier , avant-coureur de la victoire, répond au bruit du canon. Tous les Français confondent leurs sentiments dans un embrassement fraternel; ils n'ont plus qu'une voix, dont le cri général, vive la République, monte vers la divinité [a). »

Adopté par la convention avec quelques légères modifications, le plan poétique de David fut suivi pour programme de la fête dont il nous reste, d'ailleurs, à donner —prosaïquement — l'idée la plus exacte possible. Mais occupons-nous, avant, de Cécile Renault, de Ladmiral et de Catherine Théos.

Le décret du culte à l'Être-Supréme peut être considéré, en quelque sorte, comme une restauration religieuse imaginée par Robespierre, qui, désormais, avisait au moyen de reconstraire après avoir tant aboli. Il lui restait à frapper les derniers coups avant de se poser en mattre ; son décret était magnifique sans doute : il recommandait de n'être injuste enver$ penonne et de respecter les faibles. Vains mots que ceux-là 1 Le lendemain du rapport de Robespierre, le 8 mai, le célèbre Lavoisier était exécuté avec tous les cidevants fermiers-généraux. On sait qu'il demanda un sursis de quinze jours, pour terminer un ouvrage commencé, et qu'il lui fut répondu a que la France « n'avait pas besoin de savants ni de chimistes , » phrase qui va très-biea avec celle de Lebon : ce II n'est point d'homme nécessaire dans une répn^ « blique. » Et le 10 mai, madame Elisabeth, sœur de Louis XVI, expiait

'u, Plan de la fl6te a l'rtrc-Stiprj^in*» qui doit étir rrléhicJe If an pninal .pri>poMc par Da?id, el dwtreli'c pAi la r*MTciil<on nttinnjlr. linpiinii* «Im i iwy^.

376 CÉCILE RENALXT ET LADMIRAL. fMaî 179i.)

«ur réchafaud le crime de parenté , en conapagnie de Loméoie de Brienne, ex-ministre, celui qui, cinq années êoparavant, avait été Inrûlé en effigie sur la place Dauphine.

Ainsi placé, Robespierre ne pouvait manquer d'être le point de mire de quelques hommes, -— véritatrfementou en apparence : il lui fallait bien aussi des conspirateurs à punir, et il n'était pas disposé à faire grâce aux importuns qu'il rencontrerait dans sa route. Une jeune fille, Cécile Renault, igée de vingt ans, se présenta chez lui, k neuf heures du soir. Robespierre était absent; Cécile fit quelques observations sur Tabsence d'un fonctionnaire public, et parut suspecte aux habitants de la maison, qui la condui^rent au comité de sûreté générale. Là, un interrogatoire en forme ; Cécile se retranche dans un mutisme absolu, et avoue seulement que ses vœux tendent i voir la royauté rétablie. Deux couteaux furent trouvés dans sa poche : elle portait un paquet de vêtements dont elle devait se servir dans sa prison. Traduite an tribunal révolutionnaire, cette nouvelle Charlotte Corday fut condamnée i mort, ainsi que son père, un de ses frères, et sa tante. Tous étaient n convaincus de s'être rendus ennemis du peuple, en participant k la conspiration de l'étranger, en tentant, par l'assassinat, la famine, la fahrication et l'introduction de faux assignats, la dépravation de la morale et de l'esprit public, le soulèvement des prisons , de faire éclater la guerre civile, de dissoudre la représentation nationale et de rétablir la tyrannie (a). »

C'était la queue du procès fait à Chabot et à ses amis. Le baron de Batz organisait cette conspiration étrangère; et, dans l'esprit des rohespierristei, Cécile Renault, en immolant V incorruptible, donnait le signal de la contre-révolution ouverte. Ces quatre personnes furent conduites à l'échafaud vêtues d'une chemise rouge (6). Au reste, à cause de la conspiration de Batz, près do soixante individus furent guillotinés, et, de plus, Ladmiral, habitant la même maison que CoUot-d'Herbois, et qui fut accusé d'avoir tiré deux coups de pistolet sur ce conventionnel, mourut aussi sur l'échafaud. Cécile Renault et Ladmiral, que l'on croyait avoir été payés avec l'or de Pitt, l'ennemi do genre humain, déterminèrent Barrère à proposer un décret défendant de faire aucun prisonnier anglais ou hanovrien (c).

Mais il y avait une autre affaire qui, par contre, entachait la réputation de Robespierre. Depuis quelque temps une fille de soixante-neuf ans, nommée Théot,-— dite Théot, — tenait des conciliabules religieux dans une maison de la rue Contrescarpe. On crut voir là une conspiration contre le gouvernement, et l'on fit main basse sur la mère de Dieu (d).

La mère de Dieu habitait la rue Contrescarpe, dans le faubourg Saint-

(<t; Pttllrtin du tribunai réiiolntionnaitr.

[h] Cofiipte-rrjidii dans le Moniteur.

(r; La volont<^ <1« B.iiT<>re ne trouva poinl d'oliéibsimc «lins les armée»

'fi; Hafrport ffr fadtcr à la con^cniinn.

(Mai 1794.) catbbriiib tuéos. 377

Jacques, aectioade rObsenraloire, d° 1078. Elle ae disait tantôt Eve, tantôt mire de Dieu, et voulait régénérer Tespèce humaine. Elle avait déjà été emprisonnée pour ses visions scandaleuses ; calmée d'abord, elle était redevenue inspirée au commencement de Tannée 1794. Son assesseur était dom Gerie, Tex-chartreux, ex-membre de l'assemblée constituante, à qui elle écrivait des lettres comme celle-ci, par exemple : «cO Gerle, cher fils Gerle, chéri do Dieu, digne amour du Seigneur... c'est sur ta tête, sur ce front paisible où doit être posé le diadème digne de ta candeur... Vis à jamais, cher frère, dans le cœur de tes deux petites sœurs... elles t'engagent à venir déjeuner avec elles demain, jour de décadi, sur les neuf heures et demie, ni plus tôt, ni plus tard... Mille choses agréables au cher fils, de la part de ces deux colombes (a,...» Les chères sœurs portaient les noms d'Ecûnreuse, de Chanteuse, et de Colombe. L'éclaireuse introduisait le nouveau- venu dans la chambre des mystères de la mère de Dieu ; la Chanteuse et la Colombe étaient plus spécialement chargées d'entonner les cantiques à la louange du Dieu vivant, tels que celui-ci :

Air : (alarmante GtibriMe.

Au seul Ètre-Suprème Élevons tout nos ccnir». Pour qu'il dai(>ne lui-ménie DÎMÏper nos maliieuFi.

l*our son nom, pour sa cloirv,

Formons des tqpux ; Au champ de la Ticloire

Courons heureux.

Marchons, frappons sans grai-cr Tout profane insolent; ^)uiconque avec audace • Jkrait récalcitraoL

Hère de Dieu puibsantc, Soutenez-nous ; Phalange combattanie, Entendons>nous.

Il y avait aussi le frère iervant.

Catherine se disait la mère de Dieu, avec lequel elle avait des révélations. Elle voyait dans dom Gerle son second prophète, et prétendait avoir passé au travers des murs de la Bastille et de la Salpétrière où elle avait été enfermée. Elle soutenait que son trône était le Panthéon. Dans une lettre, elle appelait Robespierre, son premier prophète, son Mahomet, élevant un trône par les mains des illuminés (6). Elle soumettait tout à elle, mère de Dieu, tout, les

(a) UémoiiTi de Ménari , cliap. \% (l») UémoitYt 'h Sènart, rliap. t\

378 PAKTiciLARirKâ siJB ELLK. (Mai 1794.)

rois , les princes, les sujets, la convention elle-ofiéme. Dans ses papiers, oo trouva les vers suivants :

O Paris, ville très-heurciue , Entre les citt's d'ici-bas, Lcve-(oi, ne sois plus peurense .

I^a V<5rité guide tes pas.

Oe rcnnemi la t«te .iltirre

Doit en peu tomber sous not coups :*

Tu le sais , la nature entière

N'attend son salut que de noua....

V(*rité , montre-foi , viens changer notre son. Viens pour anéaiiiir l'empire d« la mort.

Et encore ceux-ci :

Ni culte, ni prêtre, ni roi; *

Car lu nouvelle Eve, c'c^t toi.

Enfin, cette prédiction : « A la Pentecôte ou aux environs, frappera enfin et se fera sentir sur la partie proprement enragée des chefs de la nation, le coup céleste et vengeur, depuis un long temps différé à mes yeux, qui, de longue main, désirant voir Tordre, et le bon ordre rétabli en France par uo coup du ciel ; mais ce qui est différé n'est point pour cela perdu et manqué .v

Et seront teri sasâs ces Titans or(;ueillcux. Osant, duns leur fureur, braver m^me lescieus.

Toutes ces momeries, plus plaisantes que dangereuses, parurent aux robespierrhtes une trame ourdie par le comité de salut public contre leur patron. En ef!'et, on accusait l'incorruptible de protéger dom Gerle et Catherine Théos, accusations auxquelles son projetde fétei TÊtre-Supréme ne laissait pas que de donner une certaine force.

La ronspiran'on de Catherine Théos, qu'on ne manqua pas non plus de rattacher à celle du baron de Batz, tourna donc contre Robespierre. La mère de Dieu fut arrêtée, et ne tarda pas à être décrétée d'accusation, avec dom Gerle, son second prophète (a). Quant au premier prophète, Robespierre, il y prit peu garde, et ne continua pas moins de poursuivre son idée religieuse. C'est alors que la division avait commencé d'éclater dans le comité de salut

public.

Laissez s'accomplir la fête de l'Être-Supréme, et les haines se montreront!

découvert.

Il F.llr inonnit s la Oon» i«;r5;«rir. rinfj somaines «pr^ sou aii^^l.ilinn

Juin 179^. FÊTE DU iîO prairial. 379

Revenons donc à la cérémonie dite du 20 prairial.

11 fit un temps magnifique le jour qu'on célébra la réte. Dès cinq heures du matin, des salves d'artillerie, et le rappel dans toutes les rues , réveillèrent la population parisienne. Chaque particulier s'occupa à tendre sa maison de fleurs et de verdure. Dans chaque section, on avait fait choix de dix vieillards, de dix mères de famille, de dix jeunes filles de quinze à vingt ans, d'autant d'adolescents de quinze à dix-huit ans , de dix enfants mâles, au-dessous de huit ans, — tous pour composer le cortège.

A huit heures du matin, une seconde salve d'artillerie annonça le rendezvous au jardin national , où un orchestre exécuta une symphonie jusqu'à l'arrivée des députés , président en tète. Un échafaudage avait été dressé sur le bassin rond, en face du château. Au centre s'élevait la Sagesse, recouverte d'une toile garnie d'artifices, qui la déguisait de manière à ce qu'elle représentât l'hydre de r.irAmme. Le président, avec une lance à feu, allégorie du flambeau delà Raison, incendia le monstre de toile artificielle. Après cet embrasement subit, on ne vit plus que la Sagesse assise sur son trône. Puis, un roulement de deux cents tambours annonça le départ du cortège pour le Champ de la réunion. Voici quel était son ordre de marche :

Détachement de cavalerie, précédé d'un grand nombre de trompettes. — Les sapeurs-pompiers. — Les canonniers des quarante-huit sections. — Cent tambours, élèves de l'Institut. — Vingt-quatre sections marchant sur deux colonnes de chacune six personnes : au milieu des deux colonnes s'avançaient les adolescents; à droite, les bourgeois et les vieillards ; à gauche, les femmes et les jeunes filles. — Corps de musique suivant ce groupe. — Autre corps de musique. — Un char, sur lequel brillaient des trophées et des instruments des arts et métiers, ainsi que des productions du territoire français. Il était traîné par huit superbes taureaux couverts de festons et de guirlandes. — ^Autre groupe de cent tambours. — Vingt- quatre autres sections de Paris, dans le même ordre que les premières , et au milieu d'elles un char d'enfants aveugles , qui chantaient des hymnes à la Divinité. — Corps de cavalerie fermant la marciie (a).

Au champ de la réunion . la colonne des femmes se développa à droite ; celle des hommes à gauche. Aussitôt qu'ils eurent, les uns et les autres, entouré l'autel à r£tre-Supréme, le corps de musique exécuta des hymnes et dO'^ symphonies : après quoi, on entonna l'hymne général Pire de l'Univers, hymne de Chénier, dont nous citerons quelques strophes :

Source de vérité qu'outrance riroposturc. De tout ce qui rc»pire éternel protecteur, Dieu de la lilterté, père de la nature, (Iré.iteur cl conservateur !

(a) Pri't'tii hiAtorique Mit Ks U'tcs, le« !i|)ecLirles ei les rrjouiaeanre» palilique», par Cl. Ttugf mi , aiiifiritT du roi.

380 SUIT! OB LA fAtb. (Juîd 179b.)

O toi! seul ùicréé, sail grand, mil néceuaire. Auteur de la vertu, principe de la loi. Du pouvoir despotique immuable adversaire, La France est debout devant toi

L.1 courrière des nuits, perçant de sombres voiles, Traîne à pat iné|;aux son cours silencieux ; Tu lui marqua» sa route , et d'un peuple d'étoile» Tu semas la plaine des cieux.

La fête se termina par des danses , des illuminations , des repas civique:» où chacun 8*cmbrassait. Il n*y eut ni confusion, ni dispute, ni accident, pendant la cérémonie.

Les mères qui figuraient dans le cortège étaient habillées de blanc, avec des rubans aux couleurs du jour. Les jeunes filles, aussi vêtues de blanc, étaient coiffées en cheveux, et les fleurs ornaient leurs têtes. Les membres de la convention , qu'on voyait pour la première fois astreints à un costume uniforme, portaient un habit bleu barbeau, noué delà ceinture tricolore. Leurs sabres, leurs chapeaux, leurs rubans, leurs panaches, donnaient i la cérémonie un caractère de véritable majesté. Chacun d'eux tenait à la main un bouquet de fleurs. Robespierre, président de la convention, était seul vêtu d*un habit bleu foncé et coiffé d'un chapeau à panache flottant. Il portait deux bouquets; l'un énorme, à la main; l'autre, moins fort, sur le cœur (a).

Les jours-qui suivirent la fête décadaire de TÊtre-Suprême , — c'est ainsi qu'on appelait toutes celles que nous avons énumérées plus haut, — il parut une foule d'invocations, d'hymnes, de chœurs, de couplets i Y Éternel , à VÉtre-Supréme , parmi lesquels on distingue des strophes de Legouvé et de Chénier. — Une des quelques odes àDieu ( style vieilli) est de Désaugiers.

(a) Article sur Robespierre, par Charles Kodier. hnue de Paris,

FIN DU TOME PKKMlliB.

Page 1