‹ Histoire musicale de la main, son rôle dans la notation, la tonalité, le rythme et l'exécution instrumentale. La main des musiciens devant les sciences occultesChapitre 26 sur 39 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La Chirognomonie. — Lavater et le capitaine D'Arpentigny. La paume de la main. Les doigts lisses, noueux, spatules, carrés, pointus. La prédominance du pouce. Les grandes mains, les mains fermes et le;^ mains molles. Les 7 types de mains. La main de Liszt et la main de Chopin.

La Chiromancie. — Desbarrolles et la Kabbale moderne. Les influences planétaires. Les monts d'Appollon, de la Lune et de Vénus. Jupiter, Rossini et le 29 février. Saturne, Berlioz, Ambroise Thomas, Beethoven et Paganini. Les lignes de la main. L'horoscope d'Auber et de Gounod.

La Graphologie. — Lavater et l'abbé Michon. Analyse graphologique de la signature de S. Bach, Haëndel, Haydn, Mozart, Beethoven, Gluck, Grétrj', Chérubini, Spontini, Weber, Méhul, Berton, Boieldieu, Schumann, Donizetti, Bellini, Chopin, Adam, Auber, Hérold, Halévy, F. David, Meyerbeer, Gounod, Rossini, Berlioz, Wagner, Nourrit, Duprez, Liszt, Thalberg, Paganini, Ole-Bull et Vieuxtemps.

LA CHIROGNOMONIE

La main, qui obéit au cerveau, a sa physionomie comme le visage.

Ne souriez point, chers lecteurs. La plupart des sciences dont notre siècle est si fier, n'ont-elles point pris racines dans les terres mystérieuses de la magie et de la kabbale? Les magiques ancêtres de nos Aragos et de nos Leverriers écoutaient la musique des sphères et la traduisaient en danses astronomiques. Les inventeurs de l'harmonica chimique, du pyrophone et du phonographe ne sauraient renier pour aïeux les alchimistes et les chercheurs de pierre philosophale. Le bâton à l'aide duquel nos maestros magnétisent leur orchestre en charmant le public, ne dérive-t-il pas en droite ligne de la baguette des anciens enchanteurs? Colonne renierait-il Moïse et Lamoureux Circé?

Hélas! malgré tant de belles découvertes et en dépit des Rameau et des Helmholz, les lois suprêmes de l'art musical en sont encore à leur pé-

28o HISTOIRE MUSICALE DE LA MAIN

riode occulte, et les arcanes inexplorés de l'esthétique générale attendent toujours leur Colomb.

De tous temps et en tous lieux, les hommes ont été poussés par leur instinct à juger de leurs semblables en cherchant à déchiffrer les signes extérieurs dont la nature a mystérieusement signé l'organisme liumain. De cette tendance instinctive sont nées la chiromancie, lachirognomonie, la physiognomonie , la phrénologie et la graphologie. Nous ne nous occuperons ici que des sciences de la main, en les dépouillant toutefois des rêveries m3'stiques qui les ont si longtemps discréditées et en laissant nos lecteurs seuls juges du degré de confiance qu'on leur peut accorder.

« In manus omnium, dit Jobj Deus signa posiiit, nt noverint singiiU opéra sna. » « Dieu mit des signes dans la main des hommes, afin que tous pussent connaître leurs œuvres. » (Job, cap. 87, verset 7.)

Les philosophes grecs Anaxagore, Démocrite, Artémidore, etc., ont mentionné dans leurs écrits certains rapports entre les penchants et les aptitudes des hommes et la forme de leurs mains. On trouve encore des traces de ces recherches dans les œuvres de Savonarole et de Porta, ainsi que dans les élucubrations de plusieurs kabbalistes.

Au siècle dernier, le suisse Lavater fut le premier qui condensa toutes ces observations en un corps de doctrines, dans son célèbre Traité de Physiognomonie. Les sciences de la main n'y étaient

LA CHIROGNOMONIE 20I

pourtant encore qu'à l'état embryonnaire. Ce ne fut que de nos jours qu'elles se spécialisèrent. En i857, le capitaine D'Arpentigny érigea en système la Cliirognonioiiie ' dans son livre de la Science de la main.

Dans cet ouvrage remarquable -, l'auteur classe les mains en sept catégories :

1° La main élémentaire, où à grande paume;

2" La main nécessaire, ou en spatule ;

S"» La main artistique, ou conique ;

4" La main utile^ ou carrée;

5° La main philosophique, ou noueuse;

6" La main psychique, ou pointue;

7'' La main mixte.

Le célèbre chirognomoniste base son système sur la forme de la paume de la main, sur la forme des doigts et sur leur degré de dureté ou de mollesse.

« Sur la paume de la main, dit-il, siège le signe des appétits physiques, et jusqu'à un certain

• Du grec cheir, main, gignôskô, je connais, — Il est bon de faire remarquer au lec'eur que la chirognomonie diffère de la chiromancie en ce que celle-ci prétend baser ses jugements sur l'inspection des lignes et des éminences de la main, tandis que la première se borne à tirer ses pronostics de la forme des doigts,

* La science de Ij main ou art de reconnaître les tendances de l'intelligence d'après les formes de la main, par le capitaine S. d'Arpentigny.

point, celui de l'intensité des aptitudes intellectuelles que ces appétits déterminent. Trop grêle, trop étroite, trop mince, elle indique un tempérament faible et infécond, une imagination sans chaleur et sans force, des instincts sans portée.

«Souple, d'une épaisseur et d'une surface enharmonie avec les proportions des doigts, elle indique une aptitude à tous les plaisirs. Souple, mais offrant des développements trop marqués, elle est l'indice de l'égoïsme et de la sensualité. »

Selon D'Arpentigny, les doigts sont /l'sses ou noueux; ils se terminent en spatule, c'est-à-dire en s'élargissant plus ou moins à leur phalange onglée; les doigts sont carrés, c'est-à-dire que leurs lignes latérales se prolongent parallèlement; ou ils sont coniques, c'est-à-dire se terminant plus ou moins en pointe.

Si le nœud qui lie la 3- phalange (celle qui porte l'ongle) à la 2^ est saillant, elle indique de « l'ordre dans les idées ». Si celui qui lie la 2« phalange à la i'"'^ est saillant, elle trahit une « dose remarquable d'ordre matériel ».

Les doigts sans nœuds, au contraire, portent en eux le germe des arts. Si positif que soit le but vers lequel leur intérêt les pousse, ils procéderont toujours par l'inspiration plutôt que par le raisonnement, par la fantaisie et le sentiment plutôt que par la connaissance, par la synthèse plutôt que par l'analyse.

LA CHIROGNOMONIE 283

Le goût (au point de vue intellectuel), parce qu'il résulte de la mesure, appartient surtout aux doigts noueux; et la grâce, parce qu'elle ne raisonne pas, appartient surtout aux doigts lisses.

La main aux doigts lisses et dont la phalange onglée offre la forme d'un cône ou d'un dé à coudre, a l'intuition du beau et le génie de l'art; cette même main avec des nœuds a les mêmes propensions, mais avec plus de combinaisons et de force morale.

La prédominance de l'inspiration ne comporte pas Tabsence de tout génie de combinaison, de même que la prédominance de la combinaison n'implique pas l'absence complète d'inspiration.

Tous ces oracles sont extraits de l'oeuvre du fondateur de la chirognomonie. Le lecteur pourra juger de son talent d'observateur en le voyant aux prises avec nos célébrités musicales.

« L'observation rigoureuse de la mesure, dit-il, étant la condition nécessaire du rythme musical, c'est parmi les doigts carrés qu'on trouve le plus de musiciens corrects et savants. — L'instrumentation appartient surtout aux doigts en spatule, et le chant par excellence aux doigts pointus. »

ff Les musiciens tels quels sont nombreux parmi les mathématiciens et les algébristes ; mieux que d'autres, ils pèsent les sons aux nombres. »

(f. La main de l'éminent pianiste Liszt étant très grande, c'est par le fini; ses doigts étant très noueux, c'est par la précision; ses phalanges étant

très spatulées, c'est par la force qu'il enlève l'admiration de son auditoire. Maigre, svelte, la tête longue et sèche, le profil en découpure, il secoue les bras croisés et d'un air d'infatuation à la fois, courtoise et cavalière, ses cheveux lourds et plats, comme ceux de Bonaparte, premier consul, ne demandant pas mieux que de rappeler ce personnage et de lui donner un pendant chez les marchands d'estampes. Il s'assied et le concert commence, sans autre instrument que le sien, sans autre concertant que lui-même. Ses doigts volent et l'on croirait entendre le piétinement de toute une armée : c'est Attila, le fléau de Dieu, qui passe; où c'est l'ouragan hurlant dans la plaine, tandis que la grêle fouette grain à grain l'ivoire retentissant. Il n'avait pas trop présumé de ses ressources; ses doigts valent, en effet, tout un orchestre, — mais si ardent et si fougueux qu'il semble, il se possède néanmoins ; car sa main n'est pas seulement celle d'un instrumentiste, elle est encore celle d'un mathématicien, d'un mécanicien, et, par extension, celle d'un métaphysicien, c'est-à-dire celle d'un homme plus réfléchi que spontané, — plus d'habileté que de passion, plus d'intelligence que d'âme '. »

Le pouce, en chirognomonie, est le doigt le plus caractéristique. Sur la racine du pouce siège la volonté raisonnée, volonté dont on mesure

* « La science de la main », p. 40.

LA CHIROGXOMONIE 285

l'intensité à la longueur, à l'épaisseur de cette racine.

Dans la i''^ phalange du pouce est le signe de la logique, c'est-à-dire de la perception, du jugement, du raisonnement. Et dans la 2« phalange, l'onglée, est celui de l'invention, de la volonté, de l'initiative. « Les gens à petit pouce sont gouvernés par le cœur et les gens à grand pouce sont gouvernés par la tête. »

« Celui qui joint à des phalanges coniques des doigts lisses et un petit pouce est trois fois prédestiné à la poésie. »

c( Les artistes à main ferme tendent aux idées de fond, et leurs œuvres ont plus de virilité que celles des artistes à main molle. Les artistes à main molle, plus influencés par les objets extérieurs, agissent sous l'empire des idées de surface; mais leurs œuvres ont plus de nuances, plus de diversité, plus de finesse que celles des artistes à main ferme. La petite protubérance charnue, vulgairement appelée la. goutte d'eau, qui occupe le milieu desjK^;^.v de la main, c'est-à-dire des phalanges extérieures, est généralement plus saillante, plus délicate chez eux que chez les autres. Or, c^est dans cette goutte d'eau que résident les organes les plus exquis du sens du tact, lequel est, par excellence, le sens du jugement et, par conséquent, le symbole du tact moral \ »

' Loc. cit., p. 72.

Nous allons maintenant passer en revue les caractères typiques et donner la physionomie des mains dont D'Arpentigny a formé les bases de son système.

« La Main élémentaire a les doigts gros et dénués de souplesse, le pouce tronqué, la paume d'une ampleur, d'une épaisseur et d'une dureté excessives » Elle appartient aux gens se livrant à des travaux grossiers, a3^ant les sens épais et l'esprit lourd.

Si l'on en croit D'Arpentigny, les mains élémentaires sont, pour la plupart, plus accessibles aux charmes de la poésie qu'à ceux de la science. « Ce fut, dit-il, aux lyriques accents de la voix d'Orphée et aux accords de la flûte d'Amphion que, dans le monde grec, les premièresagglomérations d'hommes furent formées et que les premières villes furent bâties. » A l'appui de cette thèse, j'ajouterai que les chants populaires que tant de musiciens se sont plu à enchâsser dana. leurs œuvres, sont nés dans un monde de mains élémentaires, chez l'homme des champs, le peuple.

Les mains spatulées possèdent d'instinct et au plus haut degré le sentiment de la vie positive et ils régnent par l'intelligence naturelle qu'ils ont sur le monde des choses et des intérêis matériels. Vouées au travail manuel, à l'action et douées, par conséquent, de sens plus actifs que délicats, la constance en amour leur est plus facile qu'aux

LA CHIROGNOMONIE

cœurs tournés vers la poésie et qu'influence, plus que le devoir et l'habitude, l'attrait charmant de la jeunesse et de la beauté.

Main spaliilée.

On sera quelque peu surpris d'apprendre que D'Arpentigny ait classé le pianiste Chopin dans la catégorie des mains spatulées, mais à petit pouce. Cette anomalie, selon lui, indiquait que le système

nerveux du grand artiste n'était pas en harmonie avec son tempérament et son ossature.

« Ses nerfs, dit-il, d'une extrême ténuité, ne répondaient pas à sa forte charpente : on eût dit une basse montée avec des cordes à violon ; aussi ne rendait-il pas les sons que les ph^^siologistes exercés sentaient qu'il eût dû rendre. On attendait de la vigueur, de l'énergie, de la précision, et il se ondait, comme les artistes, aux doigts de velours, &nh?irmQmç:s estompées . En proie à deux tendances qui le tiraillaient en sens contraires, il ne savait à laquelle entendre. Ce que son sang voulait, ses nerfs ne le voulaient pas; il aspirait au mouvement et s'affaissait dans le repos, il appelait les coursiers et chevauchait les nuages, il eût voulu mugir comme la tempête, mais une voix intérieure, l'éclair bleu des beaux regards, je ne sais quels appels vers les lambris blasonnés de la zone héraldique , lui commandaient des chants sotto voce. Courtois et souriant, avec une ombre dans les yeux, il était de ces créatures qu'un rien fait tressaillir. Il avait vers le monde, du sein de la solitude, et vers la solitude, du milieu du monde, des aspirations pleines d'espérances inquiètes, de tristesses rêveuses, de prostrations attendries, qui se reproduisaient avec des grâces chastes et poétiques dans ses compositions; mieux organisé, il eût été plus heureux, mais il eût eu moins de génie. Le charme de son talent procédait de la souffrance. Comme le

LA CHIROGNOMONIE

principe de la vitalité est dans les nerfs, Chopin est mort jeune'. )>

La Main artistique a trois tendances différentes: avec de la souplesse, un petit pouce et une paume

Main ariistique.

développée sans excès, elle a pour but le beau par la forme; large, épaisse et courte, avec un grand

' Loc. cit., p. 186.

pouce, elle se propose la richesse, la grandeur; grande et très ferme, elle tend aux plaisirs sensuels. La première procède par l'enthousiasme, la seconde par la ruse, la dernière par les suggestions de la volupté.

Analysant la main artistique de race, c'est-à-dire la mieux douée, celle qui a pour but le beau par la forme, D'Arpentigny la caractérise par des doigts volumineux à la première phalange, et allant en s'amincissant jusqu'à l'extrémité, en forme de cône. Son pouce est petit et sa paume assez développée. « C'est parmi ces organisations artistiques, ajoute le piquant observateur, qu'on trouve le plus d'invidus n'ayant que les défauts de leur t3'pe, c'est-àdire la sensualité, la paresse, l'égoïsme, la singularité, le C3^nisme, l'esprit de dissipation, l'inaptitude intellectuelle, l'astuce, le penchant au mensonge et à l'exagération. »

La Main utile est de dimension moj^enne, plutôt grande, néanmoins, que petite, doigts noueux à phalange extérieure carrée. Organiser, classer, régulariser, S3'métriser : telle est la mission des mains utiles. Elles ne conçoivent ni le beau, ni le vrai, hors des limites de la théorie et du convenu.

La Main philosophique a la paume assez grande et élastique. Des nœuds dans les doigts. La phalange extérieure quasi carrée, quasi conique, et formant, à cause du oP^ nœud, une sorte de spatule ovoïde, le pouce grand, et indiquant autant de

LA CHIROGNOMONIE

logique que de décision, c'est-à-dire formé de deux phalanges de longueur égale, ou à peu près.

Par les nœuds, les mains philosophiques ont le calcul, les déductions plus ou moins rigoureuses.

Main philosophique.

la méthode; par la phalange quasi-conique, elles ont l'intuition d'une poésie relative; et par l'ensemble, le pouce compris, bien entendu, l'instinct de la métaph3'sique. Elles plongent dans le monde

HISTOiRli MUSICALE DE LÀ MALM

extérieur et dans le monde intérieur; mais elles y cherchent moins la beauté que la vérité, moins la forme que l'essence.

Main psychique.

La Main psychique est de toutes la plus belle et la plus rare. Elle est petite et fine, relativement à la personne. Paume moyenne; les doigts sans nœuds, ou très modiquement ondulés; la phalange exté-

LA CHIROG.NOMONIE 293

rieure longue et effilée; le pouce élégant et petit. Grande et avec des nœuds, elle a la force et la combinaison, mais elle manque de naïveté.

« Le type psychique, observe l'ingénieux chirognomoniste, n'est pas, comme l'ont prétendu d'agréables romanciers, le partage exclusif des races héraldiques. Rare partout, il existe néanmoins partout, et jusque dans les classes les plus abjectes, où il végète, s'ignorant lui-même, incompris et dédaigné, à cause de son aptitude aux travaux manuels. Apollon, hélas ! a gardé les vaches. Les mains artistiques veulent voir l'imagination et l'art partout; les mains carrées, la règle et l'arrangement partout; les mains philosophiques, la raison humaine partout; — c'est la raison divine qu'en vertu de la même loi, les mains psychiques veulent partout voir. »

Enfin les Mains mixtes sont celles dont les lignes indécises semblent appartenir à deux types différents. Propres à beaucoup de choses, les mains mixtes n'excellent néanmoins dans aucune.

Tel est le résumé du curieux ouvrage que le capitaine D'Arpentigny a consacré à la science de la main.

Afin que mes lecteurs puissent vérifier, de visu, l'exactitude de ces assertions chirognomoniques, j'ai reproduit dans ce livre le moulage de la main de trois artistes qui ont porté au plus haut degré l'art de l'exécution instrumentale.

La main du violoniste Nicolo Paganini {voir au frontispice) est la reproduction d'un moulage appartenant au m.usée du Conservatoire de musique de Paris. J'estime qu'on peut fixer à l'année 1887 la date de cette œuvre.

Le grand virtuose était donc âgé de 53 ans lorsque Dantan prit l'empreinte de la dextre nerveuse qui anima son archet fantastique.

La main du pianiste Franz Liszt {voir p. i8ç) est reproduite d'après un moulage, fait en 1881, par Ch. Verlat, directeur de l'Académie de peinture d'Anvers ',

A cette époque, Liszt était âgé de 70 ans. La pose anti-pianistique de cette main, trahissant la pensée du célèbre artiste, semble nous révéler qu'il attachait plus de prix à son titre de compositeur qu'à sa qualité de virtuose.

La main du pianiste Frédéric Chopin {voir p. 2-]'f) est la reproduction d'un moulage qui m'a été gracieusement communiqué par M""^ Sand- Clessinger.

Cette main fut moulée par Micheli en 1847, c'està-dire deux ans avant la mort du poétique compositeur. C'est la mélancolique senestre qui sonna le glas de la marche funèbre.

* Le possesseur de ce précieux moulage désire le céder, avec les pièces attestant son authenticité.

LA CHIROMANCIE

La main est un pantacle '.

(Desbarrolles.)

La Chiromancie - est l'art de juger des gens d'après l'inspection des lignes de la paume de la main. Vieux comme le monde, ce genre de divination a été pratiqué par tous les peuples antiques. On lui donne l'Inde pour berceau. Après avoir reçu les hommages des savants, des philosophes et des princes les plus illustres de l'antiquité, cette science est tombée dans le plus profond discrédit. De nos jours elle n'est plus cultivée que par quelques rares diseurs de bonne aventure. Pourtant elle ne méritait

Ni cet excès d'honneur ni cette indignité.

Sous le dernier empire, un homme d'esprit, M. Ad. Desbarrolles, tenta de ressusciter la chiromancie en l'alliant à la chirognomonie.

' Pantacle vient de Pantacuhim :qui contient toutes choses. - Du grec Cheir, main; manteia. divination.

Si son liv^re, les Mystcies de la main ', ne fit pas beaucoup d'adeptes, il initia du moins notie siècle sceptique aux secrets merveilleux et aux ingénieux symboles de cette vieille branche de la kabbale.

La Main, professe la chiromancie, est le résumé de l'homme et subit l'influence des planètes. Les astres agissent sur la main de même que le soleil et la lune influent sur la mer, dans le phénomène des marées. Comme à l'origine de la kabbale, on ne connaissait que sept planètes*, les kabbalistes localisèrent l'influence planétaire en sept petites éminences charnues, dont cinq se trouvent à la naissance de chaque doigt, une au bord de la main et la dernière sur le bord de la paume.

Chacune de ces éminences, appelée mont, correspond à une planète, de laquelle^ prétendent les chiromanciens, il reçoit une influence favorable ou funeste, suivant sa conformation particulière.

Nous ne nous occuperons ici que des monts artistiques du Soleil, de la Lune et de Vénus.

Le Mont d'Apollon, le dieu des arts, le Soleil, est placé sous l'annulaire, c'est-à-dire à la racine du

1 Les Mystères de la Main, révélés et expliqués. Art de connaître la vie, le caractère, les aptitudes et la destinée de chacun, d'après la seule inspection des mains, par Ad. Desbarrolles (i83o).

2 Les nouvelles planètes, découvertes de nos jours, ne déconcertent nullement nos modernes chiromanciens. "Elles sont trop petites, disent-ils, ou trop éloignées pour avoir sur nos mains la moindre influence. »

LA CHIROMANXIE

290 HISTOIRE i\IUSICALE DE LA MAIN

doigt qui fait le désespoir des musiciens instrumentistes.

«Apollon, dit M. Desbarrolles, donne le goût des arts (littérature, poésie, musique, peinture), le succès, la gloire, l'intelligence, le génie, la célébrité, la lumière, tout ce qui brille et fait briller; il donne l'espoir, la conviction d'un nom immortel. Il donne aussi l'amour de l'or, du faste, de la dépense, le goût des riches étoffes, de la célébrité à tout prix. Si le mont manque, c'est existence matérielle, insouciance pour les arts, vie nulle et monotone comme un jour sans soleil. »

« La Lune donne l'imagination, la douce mélancolie, la poésie sentimentale, les rêveries et l'harmonie en musique. »

«Vénus donne la beauté, la grâce, l'amour des belles formes, la tendresse et la mélodie en musique. »

En prenant ces théories au pied de la lettre, Bellini aurait été un vénusien et Wagner un lunatique.

Les anciens astrologues prétendaient que l'homme subit pour le reste de sa vie l'influence de la planète dominante à l'heure de sa naissance. Il en reçoit la signature indélébile. M. Desbarrolles a dépensé beaucoup d'ingéniosité pour soutenir cette thèse cosmique.

Selon lui, Rossini serait né avec la signature de la planète Jupiter.

LA CHIROMANCIE 299

La naissance de Rossini eut lieu sous une étoile autrement merveilleuse. Né le 29 février de l'année bissextile 1792, le malin maestro se prétendait quatre fois plus jeune qu'on ne le croyait. « Venu au monde un 29 février, disait-il, je n'ai un an de plus que tous les quatre ans. »

Voici ce que M. Desbarrolles dit des musiciens nés sous l'influence de la planète Saturne: «Ils aiment la musique sérieuse, religieuse, chorale, s'adonnent surtout à la science dans l'art, à la partie grammaticale, pour ainsi dire, et en recherchent avec amour les difficultés. Berlioz est un véritable saturnien ; AmbroiseThom*as l'est aussi. Beethoven était saturnien à coup sûr. C'est chez les saturniens que l'on trouve les instrumentistes arrivés par la patience à vaincre les plus grandes difficultés, et en général les instrumentistes les plus habiles. Paganini, avare, triste, pâle, noir de peau, maigre, était aussi un véritable type inspiré par Saturne. »

Ces pronostics datent de l'an i858. Or, 20 ans auparavant, M. de Rothschild recevait la lettre suivante:

« Monsieur le baron,

« Je vous prie de vouloir bien remettre à M. Berlioz les 20,000 francs que j'ai déposés chez vous.

a Recevez, etc..

«Paganini. »

3oO HISTOIRE MUSICALE DE LA MAIX

Il faut croire que, ce jour-là, la main du célèbre violoniste s'était débarrassée de son néfaste anneau de Saturne.

La chiromancie possède d'autres indices divinatoires non moins certains que les monts planétaires; ce sont les lignes qui sillonnent la paume de la main. Ces lignes principales sont la ligne de cœur, la ligne de tête, la ligne de vie, la ligne saturnienne ou ligne de chance, la ligne he'patique ou ligne du foie, r anneau de Vénus et la ligne du Soleil.

Cette dernière ligne, que nous n'avons pu indiquer dans la figure, part de la ligne de vie ou du mont de la lune et trace son sillon jusqu'au mont d'Apollon ou du soleil.

« Si elle est droite, bien creuse, bien nette, longue, si elle ouvre le mont du soleil comme le soc d'une charrue ouvre la terre, elle signifie : célébrité dans l'art, mérite, richesse ou amour de l'or. Ceux-là même qui ne seront pas artistes recevront de cette ligne le désir des belles choses; ils auront l'oeil artiste, s'ils n'en ont ni le goût, ni l'âme. »

Tous les pronostics tirés de la conformation des lignes sont encore modifiés par une foule de signes, points, carrés, rameaux, étoiles, grilles, etc., qu'il serait trop long d'énumérer ici.

Afin de convaincre les incrédules que les merveilleux mystères de la chiromancie avaient pu effaroucher, M. Desbarrolles a interviewé un certain nombre de personnages célèbres qui ont bien voulu

LA CHIROMANCIE 3oi

lui tendre la main, afin de mettre en pratique la fameuse devise du temple antique: « Gnôti seaiitoii, Connais-toi toi-même. »

Mes lecteurs me sauront gré de mettre sous leurs 3'eux le portrait de deux musiciens célèbres dont le subtil chiromancien a tracé la silhouette.

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