CÉCILE
Lève-toi, cher Eugène, embrasse ton amie; Un pareil abandon n'a rien qui t'humilie : Je suis une mortelle et Kreutzer est un dieu...
Un seul, parmi les plus célèbres virtuoses du violon, a pu échapper à cette déification à outrance: Paganini. Sa physionomie étrange, son jeu fantastique et les légendes absurdes dont on broda son existence lui valurent auprès du public l'honneur d'incarner le diable.
De tous les musiciens, ce sont les chefs d'orchestre qui détiennent le record de la mimique. La plupart s'identifient tellement avec l'œuvre qu'ils dirigent que, pour se faire comprendre de leur orchestre, ils se livrent à une pantomime souvent amusante pour le public. L'un, en dirigeant une prière, bénit ses symphonistes ; l'autre nage sa barcarolle. Celuici lance du fluide à pleines mains pour magnétiser ses bois et dompter ses cuivres. Le bâton de cet autre, en conduisant la symphonie héroïque, a l'arpect d'un sabre de général conduisant ses troupes à l'assaut.
Il y a quelques années, un artiste du Palais- Royal, Léon Fusier, dans une scène qui fit courir tout Paris ', caricatura d'une façon très plaisante les plus célèbres bâtons de l'époque, Pasdeloup, Litolf, Arban, Métra, etc., et ces artistes ne furent point les derniers à en rire.
Il arrive quelquefois qu'un chef d'orchestre perd le fil de sa partition. Malheur à l'ouvrage s'il continue sa pantomime! Citons, à ce propos, un joli mot de M. Colonne :
« Quand je suis perdu, dit-il, je fais la planche » De nos jours, le seul chef d'orchestre dont la critique puisse déclarer la mimique irréprochable, c'est le chef d'orchestre du théâtre de Bayreuth.
« Le, chefs d'orchestre, scène comique d'E. Goulet.