‹ Histoire musicale de la main, son rôle dans la notation, la tonalité, le rythme et l'exécution instrumentale. La main des musiciens devant les sciences occultesChapitre 30 sur 39 · CODA · texte numérisé non relu

CODA

Bravo! Bravissimo !. . .

t Histoire romaine.) Le veau d'or est toujours debout.. .

I Faust.) Que votre main gauche ignore...

{Evangile selon saint Jean.) Ombre légère. . .

(Pardon de Ploërmel.)

Nous venions d'achever le final d'un des derniers quatuors de Beethoven, quand minuit sonna. Impressionnés par l'œuvre énigmatique du maître, nous gardions le silence, prêts à coucher dans leur étui nos instruments dont les cordes palpitaient encore.

— Messieurs, dit le second violon, si, du haut de sa dernière demeure , Beethoven a pu nous entendre, j'espère qu'il doit être content de nous.

— Malheureusement, répliqua l'alto, le maestro est sourd et puis il demeure si loin, depuis que messieurs les spirites ont eu l'idée baroque de le loger dans la planète Saturne.

— Je vous en prie, interrompit le violoncelle, n'attaquez point les spirites :

De leur suite je suis.

Un concert d'exclamations accueillit cette révélation inattendue.

— Quoi! Vous faites tourner des tables? Vous évoquez les esprits? Pourriez- vous nous donner une séance?

— Je me mets immédiatement à votre disposition, répondit en souriant le disciple de la clé de fa.

— Diable ! m'écriai-je, je ne possède ici aucun guéridon capable de lever les pieds à votre appel.

— Cet intermédiaire est inutile. Étant médium, je puis vous mettre en contact direct avec les esprits.

Et, malgré l'heure avancée de la nuit, nous nous assîmes, l'esprit agité à la fois par un sentiment de curiosité et de doute.

Le violoncelliste souffla les bougies des pupitres, baissa la lampe et se retira dans un coin de la chambre plongée dans une demi-obscurité.

Qu'allait -il se passer? Nos coeurs battaient d'anxiété.

UNE INTERVIEW DANS l' AUTRE MONDE 329

— Je suis à vos ordres, dit le médium.

Pour ma part, je n'étais pas fâché de pénétrer dans les arcanes de cette secte mystérieuse et de pouvoir mettre à l'épreuve et, au besoin, de prendre en défaut un des émules d'Allan Kardec.

Notre violoncelliste étant entré depuis peu dans notre association , je résolus de l'interroger sur mon livre que l'on venait de mettre sous presse et dont j'étais absolument sûr qu'il ignorait le premier mot.

— Mon cher confrère, lui dis-je, je désirerais avoir l'opinion d'un grand critique musical sur mon Histoire de la Main. Est-ce possible ?

— Parfaitement, répondit le médium. Voulezvous que j'évoque Fétis, Kastner, Berlioz?...

— Berlioz! Berlioz! nous écriâmes- nous en chœur.

— Soit. Veuillez-donc vous mettre en contact avec moi.

Je lui donnai la main. Il resta quelque temps pensif.

— Je viens, dit-il, d'évoquer l'esprit du grand compositeur, qui est en train de prendre connaissance de votre ouvrage. Tout à l'heure il vous parlera par ma voix.

Nous retenions notre respiration, attendant avec impatience que l'oracle daignât parler.

— Ecoutez, fit le médium, c'est lui !... « Je viens de parcourir ta monographie musicale de la main.

33o HISTOIRE MUSICALE DE LA MAIN

Aura-t-elle du succès? Oui et non; ni oui, ni non... Les livres, en France, ont le sort des opéras:

Beaucoup d'épelés, peu de lus.

Tu as bien fait de considérer une partie de tes futurs lecteurs comme de grands enfants, en leur dorant la pilule par des anas et des intermèdes divertissants. Seulement ton livre contient deux trous énormes qu'il importe de remblayer au plus tôt, s'il en est temps encore.

II ne suffit pas, disait jadis un de mes heureux confrères, d'avoir la chance d'avoir du talent, il faut encore avoir le talent d'avoir de la chance.

Or, au théâtre comme au concert, ce sont les phalanges romaines qui dispensent cette chance aux affamés de gloire. Et c'est à un chanteur couronné, à un empereur romain, à sa majesté Néron, que revient l'honneur de cette superbe invention.

« Le bruit de deux mains qui claquent l'une contre l'autre, a dit un expert en l'art de la main, le prestidigitateur Robert Houdin, les trépignements, les clameurs incohérentes par lesquelles le public témoigne sa satisfaction dans un théâtre sont certainement, comme harmonie, le bruit le plus discordant que l'on puisse entendre; mais rien n'est plus doux à l'oreille et au cœur de celui qui en est l'objet '. »

' Le spirituel physicien raconte dans le grand dictionnaire du XIX» siècle, qu'un directeur de the'àtre de province

UNE INTERVIEW DANS l' AUTRE MONDE 33 1

Tu aurais donc dû esquisser dans un chiapitre de ta monographie le rôle important que les Chevaliers du battoir ont joué dans l'histoire de la musique, les opéras mort-nés qu'ils ont galvanisés en escamotant un four et en le transformant en similisuccès, les mauvais chanteurs qu'ils ont portés aux nues, en faisant prendre au public des vers-luisants pour des étoiles.

imagina une claque mécanique, une sorte de piano-claque dont il fait ainsi la description. «Sous les planches du parquet qui forme le parterre, qu'on se figure fixés, à quatre endroits différents, des marteaux articulés et disposés de telle sorte qu'on puisse les faire frapper de loin en tirart une ficelle. Le choc de ces marteaux a pour but de simuler celui d'une canne. A quelques mètres des marteaux, et vers le centre de la salle, sont installés deux instruments qui imitent, à s'y méprendre, le claquement des mains. Ce sont deux larges castagnettes garnies de peau. Une ficelle fait rapprocher les deux coquilles l'une de l'autre. Le bruit de ces claqueuses mécaniques pénètre dans la salle par des ouvertures placées au-dessus d'elles et dissimulées par les sièges des spectateurs. Les six cordes aboutissent dans un endroit du théâtre ignoré de tous, et sont reliées à six fortes touches en bois disposées comme celles d'un piano.

On comprendra facilement le jeu de l'instrument: à certains passages d'une pièce, indiqués à l'avance par le directeur, le machiniste posait le doigt sur une touche ou sur une autre, frappait de petits coups, tantôt à droite, tantôt à gauche, comme le font avec leurs cannes des gens impatients d'applaudir. 11 était bien rare que le public ne répondit pas à cet appel. Dans ce cas, notre machiniste mettait en œuvre ce qu'il appelait le grand jeu; tous les engins approbateurs se faisaient entendre à la fois et venaient se mêler aux applaudissements réels des spectateurs. »

Avoue qu'il eût été fort amusant pour les lecteurs d'étudier de près le tarif des applaudissements auxquels tant d'illustres farceurs doivent leur réputation *.

Au théâtre, le chef de claque est une puissance avec laquelle il faut compter.

Dans la salle, c'est au centre Que l'on voit trôner son ventre:

1 V. Couailhac a dressé ce tableau humoristique du taux des applaudissements au théâtre :

Salve ordinaire. . 5 fr. Tirade enlevée. . . i5 fr.

Salve redoublée . 20 fr. Trois salves. ... 25 fr.

Rappel simple . . 25 fr. Rappels illimités . . 5o fr.

Murmures d'effroi exécutés comme si la force

manquait pour applaudir i5 fr.

Applaudissements, contrariés d'abord, puis enlevés, comme dans le cas où la partie saine du public l'emporte sur une cabale 32 fr.

Long gémissement suivi d'applaudissements, à

la fin d'une scène de meurtre 12, 5o

Ricanements 5 fr.

Rires 8 fr.

Rires francs 10 fr.

Exclamations: «Ah! qu'il est drôle! ah! qu'il est

amusant !» i5 fr.

Exclamations superlatives: «Ah! qu'il est donc

drôle ! Ah! qu'il est donc amusant! »... 20 fr.

Les phrases: «Ah! quelle bonne troupe! C'est mieux qu'à l'Opéra! Quel directeur que M. X...» forment l'objet d'une des clauses d'un traité passé entre le directeur et le chef de claque.

{La Vie au théâtre.)

UNE INTERVIEW DANS l'aUTRE MONDE 333

In medio stat virtus.

Il fait relever la toile

Et sa main crée une étoile:

Finis coronat opus.

C'est avec ce grand manuductor que le maestro règle les détails du lancement de la pièce :

— Ici, Auguste, il me faudra trois salves ; là vous crierez bis...

— Hum! c'est dangereux... Enfin, ayez quelques amateurs pour attaquer, et je les suivrai, 5/ cela prend.

Voilà comment un certain nombre de mes collègues ont escaladé l'escalier de la célébrité. Otempora ! O mores !. . .

La seconde lacune de ton livre me rappelle la fable du Singe montrant la lanterne magique. Ta monographie musicale de la Main n'a oublié que d'étudier le rôle capital joué par la main des musiciens dans la question du Capital. La musique en chiffres (rien de Galin-PârisChevé), but suprême pour les gens qui font de l'art pour de l'argent et dont les doigts croches aiment à froisser le papier Joseph et à glisser les rondes dans leurs poches; musique sublime dont l'exécution exige une dextérité particulière et dont les sons (j'allais dire les sous) font pousser à leurs adorateurs des soupirs de satisfaction idéale!...

O Beethoven! ô Mozart! Jamais vos pages im-

mortelles n'ont été souillées par le contact de la clé de la caisse.

De nos jours, le fils d'un banquier a fait chanter à l'Opéra :

Oui, l'or est une chimère...

aphorisme ironique auquel un confi*ère a riposté par cette constatation peu consolante :

r.e veau -d'or est toujours debout...

La musique en chiffres n'est pas une science occulte et le public peut, tous les jours, en admirer les beautés éparses dans toutes les gazettes Ici, c'est un opéra, chef-d'œuvre frais éclos du cerveau d'un maître, dont les éditeurs se disputent, à coups d'enchères pactoléennes, la bienheureuse possession. Là c'est une étoile du chant sur laquelle tous les directeurs de théâtre braquent à l'envi leur télescope d'or. Le chiffre des offres s'étale majestueusement dans les colonnes de la presse, faisant bâiller les badauds et sourire le sceptique qui, nouveau saint Thomas, sachant que les deux traitants ont le même intérêt à dièser leurs chiffres et à jouer de la grosse caisse pour attrouper la foule, demande à voir le contrat pour croire au traité.

Nous sommes bien loin du temps où Sophocle se contentait, pour tout droit d'auteur, d'une simple couronne de chêne. Ce n'est pas que les artistes

UNE INTERVIEW DANS l'aUTRE MONDE 335

modestes détestent les couronnes, mais il faut qu'elles entourent la tête d'un Louis ou d'un Napoléon.

On parlait un jour de l'opéra nouveau d'un compositeur en renom, et l'on prétendait que sa pièce était sans intérêt.

— C'est une calomnie, s'écria "un pince -sansrire. Il est impossible que cet artiste-là ait fait quelchose sans intérêts. . .

Le poète Colletet reçut de Richelieu 600 livres d'argent pour six vers contenant la description de la pièce d'eaudu jardin desTuileries. Lulli, pour une simple batterie de tambour de quelques mesures qu'il avait composée pour le duc de Savoie, reçut le portrait de ce prince enrichi de diamants valant mille louis.

Si la pluie d'or n'arrosait que des œuvres géniales, le symbolisme pourrait peut-être les faire accepter comme une émanation naturelle du rayonnement de la chevelure d'Apollon. Hélas! n'a-t-on pas vu, de nos jours, une méchante opérette ou une simple valse rapporter à leurs auteurs plus d'argent que Beethoven n'en toucha jamais pour ses neuf immortelles symphonies. Le doigter de la bourse était si peu familier au grand homme.

C'est surtout parmi les chanteurs que l'on rencontre les plus habiles financiers.

La voix est un banquier donné par la nature.

« — Pourquoi donc, messieurs, appelez-vous la

voix de ma fille un diamant? demandait la mère d'une étoile lyrique.

— Tiens ! dit l'étoile, c'est à cause de mes feux.

— C'est vrai, ajouta le directeur, on est forcé d'enchâsser un diamant dans l'or.

— Ne savez-vous pas, hasarde un ténor fatigué, que le diamant ne s'use que par lui-même.

— Pour moi, fit le docteur, le diamant c'est un morceau de charbon.

— Tu vois, maman, s'écrie l'étoile, ça fait de la braise '. »

Les diamants lyriques se font payer cher leur rareté. Et, en finance comme en musique, ce sont les divas qui ont les notes les plus élevées.

La Gabrielli ayant demandé 5ooo ducats à l'impératrice de Russie pour chanter deux mois à Saint- Pétersbourg, la souveraine répondit: «Je ne paye sur ce pied-là aucun de mes feld-maréchaux. »

— En ce cas, fit la Gabrielli, Votre Majesté n'a qu'à faire chanter ses feld-maréchaux.

L'impératrice paya les 5ooo ducats.

Les marchands de faux diamants exposent dans leurs vitrines des fac-similé du Régent, du Sancy et de la Mer-de-Gloire, avec le chiffre des sommes fabuleuses que les tètes couronnées ont dû verser pour acquérir ces brillants cailloux. Tu aurais dû faire dans ton livre une exposition analogue, en

1 «L'argot musical». E. G.

UNE INTERVIEW DANS l' AUTRE MONDE SSy

énumérant la musique en chiftVes exécutée par les Normas, les Marthas, les Almavivas, les Arnolds, les Rosines, les Favorites et toutes les étoiles formant la voie lactée de l'art lyrique. Cette galerie de diamants eût été intéressante à étudier. On y eût admiré Tamberlick demandant, pour son ut dièse, un cachet de 25oo fr. ', l'Alboni ne chantant dans aucun concert à moins de 3ooo fr. par soirée, la Malibran se faisait pa3'er à Londres au cachet de SySo fr., la Catalani touchait au même endroit 5ooo fr. pour chanter le God save the Qiiccn, la Nilsson faisait monter le cachet à 6000 fr. et la Patti à 10,000 fr. J'ai calculé que si cette diva avait été payée en gros sous, elle aurait mis, à vérifier son compte,

1 "Peur donner une ide'e du prix de revient de ce que chante un ténor à 100,000 francs, prenons un exemple dans Guillaume Tell. Arnold chante :

fiMa (i fr.) présence (3 fr.) pour vous est peut-être un outrage (0 fr.).

" Mathilde, (3 fr.) mes pas indiscrets (5 fr.}.

"Ont osé jusqu'à vous (ô fr.) me frayer un passage '7 fr,).

Total pour Arnold : 34 fr. Mathilde répond :

«0« pardonne aisément (3 fr. 5o; des torts que Von partage {3 fr. 3o).

^i Arnold, (i fr.) je vous attendais n (2 fr. 5o] .

Total pour Mathilde: 10 fr. 3o. Remarquez que nous ne comptons la prima dona qu'à 3o,ooo fr. Nous supposons au moins sept représentations par mois, et un rôle de 1,100 notes chaque fois. Amsi cinq petits vers coûtent à la direction 44 fr. 5o. C'est roide!»

{La langue théâtrale. A Bouchard. 1

juste le temps que dure une représentation du Barbier de Séville.

On a dit que la Grisi avait recueilli à Londres, en une seule soirée, la somme de 60,000 fr. et qu'un barnum avait offert un million à Rossini pour chanter pendant six mois le rôle de Figaro.

Aujourd'hui le traitement d'une étoile de moyenne grandeur dépasse le total du budget de tout le personnel de l'Opéra du siècle dernier.

Le diamant intermittent des pensionnaires honoraires coûte encore plus cher que celui des étoiles. En 1824, M"e Demery Gloscop, engagée à raison de 25,000 fr. par an, ne chanta qu'une seule fois pendant une période de trois ans, ce qui porta le cachet de sa soirée à la somme de 75,000 fr. ^

Que l'on compare ces chiffres suraigus aux notes graves touchées par les musiciens instrumentistes dont le cachet, par soirée, oscille de 3 à 5 fr. Il est vrai qu'ayant l'avantage de connaître la musique, ils peuvent augmenter leur budget en courant le cachet, dont le chiffre idéal n'a jamais été atteint que par deux professeurs : Labiache, qui, pour une leçon de chant à la reine d'Angleterre, reçut 1000 fr , et mon ami Paganini, dont quelques riches amateurs payèrent les leçons à raison de 2000 fr. le cachet.

* «Le théâtre d'autrefois et le théâtre d'aujourd'hui». (De Lyden).

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Un chanteur vous dirait que nos modernes musiciens d'orchestre peuvent se considérer comme de véritables Crésus en comparaison des pauvres harpeurs du XV<= siècle, à qui leurs mécènes princiers octroyaient un maigre écu par mois. Vous pourrez lui répondre que, dans l'autre monde, les harpistes sont payés encore moins cher et que nos anciennes divas y sont condamnées à chanter gratis, pro Deo, in sœcula sœculorum. Amen! -a

Le médium se tut et, voyant que cette scène d'évocation nous avait fort impressionnés, il poussa un éclat de rire qui nous rappela à la réalité.

— Hé bien, messieurs, dit-il, que pensez-vous de cette interview?

— Très suggestive. Quel bavard est-ce Berlioz! Le séjour de l'Elysée n'a point mis une sourdine à sa verve caustique . .

— Ne vous en plaignez pas, reprit notre spirite, sa critique vient de fournir à l'ouvrage de notre ami les matériaux d'un chapitre complémentaire : La main et la musique financière.

— Avant de me remettre à tisser ma toile, lui répliquaije, je serais curieux de savoir si l'auteur des Troyens n'a pas lui-même commis quelque oubli.

— Voulez-vous que je consulte un des esprits les plus experts en cette matière délicate, une des princesses de la rampe?

— Oui, oui, criâmes-nous en choeur.

— Redonnez-moi donc la main, reprit le mé-

dium. Je vais évoquer une des plus brillantes étoiles du passée Giulia Grisi.

Chacun de nous se repelotonna sur son siège, s'apprêtant à entendre la voix de la grande artiste en qui s'étaient incarnées les Norma et les Desdemona dont les accents tragiques avaient soulevé les applaudissements du monde musical.

Le médium nous fit signe que l'esprit allait parler.

— « Celle que tu viens d'invoquer, dit-il, ne peut se rendre à ton appel. A titre d'amie, elle m'a priée de la suppléer, tâche flatteuse que je ne saurais toutefois remplir qu'à la condition de laisser le masque de l'incognito sur mon visage de femme.

La légende raconte qu'un vieux roi de France, compatissant aux malheureux, ne dédaignait pas de toucher leurs plaies pour les guérir. Eh bien! l'art musical ressemble à ce bienfaisant monarque : il sait toucher les cœurs des heureux de la terre pour guérir les déshérités de la vie de leurs maux et de leur misère.

Qu'un incendie éclate, qu'une inondation surgisse, qu'un coup de grisou ébranle le sol, qu'une tempête jonche la grève d'épaves sinistres, que la famine, la peste ou la guerre montrent leur tête horrible en un coin quelconque de la terre, la Musique apparaît. Elle chante et sa voix, dominant le tumulte des catastrophes, lance au monde un appel à la fraternité ; elle chante et ses notes,

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toutes vibrantes d'amour et de pitié, se changent soudain en une rosée bienfaisante, et les veuves et les orphelins tournent vers elle leurs yeux noyés de larmes et les blessés de la vie tendent vers elle leurs bras tremblants, en lui criant : Merci!

On nous a souvent reproché avec bien de l'amertume d'ouvrir la main pour recevoir le prix de notre talent. On oublie que la plupart des artistes ont le cœur sur la main et que cette main ils savent au besoin TouvTir toute grande pour donner.

Un jour, un musicien célèbre que l'envie s'efforçait de faire passer pour un avare, fait à l'auteur de la Symphonie fantastique un cadeau royal de 20,000 fr.

Un autre jour, hier, une cantatrice que je ne puis nommer, fait à l'assistance publique^ aux écoles et aux hôpitaux de la ville de Paris un legs représentant une valeur de plus de deux millions.

Comptez-vous beaucoup de Crésus qui se soient montrés aussi généreux que ces artistes? Concluez. »

La voix de l'esprit s'arrêta, et chacun de nous, frappé par ses dernières paroles qui avaient involontairement trahi son incognito , s'écria : C'est l'Alboni!

Mais le médium nous fît un signe.

— Un autre esprit, nous dit-il, demande à ajouter quelques mots au plaidoyer que vous venez d'entendre. Ecoutez.

Surexcités au plus haut degré par cette scène, étrange, nous nous taisions, retenant notre souffle. On aurait entendu le battement précipité de nos cœurs.

— «Mortels, dit l'esprit, je suis le sphinx anonyme dont le chien fidèle est l'X énigmatique.

Quoique habitant le royaume des ombres, je reste quand même un nombre tétraforme. . . L'astre se couche, mais ne meurt point. Le génie non plus...

Mon nom aurait dû retentir dans ton livre comme un leitmotiv, proclamant hautement la part qui m'est due dans l'histoire musicale de la main...

Hier, mes deux mains façonnaient l'art de demain.

Aujourd'hui mon œuvre est dans toutes les mains... Que dis-je! Je suis la Main même et chaque mortel peut, à son gré, ressusciter mon profil ornithologique...

La page 65 du i3^ tome de ta bibliothèque te dévoilera le mystère de ma puissance occulte et te révélera l'origine de mon universalité...

Je retourne au pays des ombres... Hojo to ho ! Heiaha ! ...t>

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