‹ Histoire mythique de Shatan [microform]Chapitre 11 sur 22 · disant : Parle-lui en mon nom, mais cache-toi à ses yeux · texte numérisé non relu

disant : Parle-lui en mon nom, mais cache-toi à ses yeux

4. Puis dévoile-lui le grand cataclysme qui doit faire périr tous les hommes : car les eaux du déluge se répandront sur la face de la terre, et toute créature sera détruite.

5. Mais enseigne-lui les moyens d'échapper ; dis-lui comment sa race se perpétuera sur toute la terre.

6. Puis le Seigneur dit à Pvaphaël : Prends Azaziel ^ lie-lui les pieds et les mains ; jette-le dans les ténèbres ; abandonne-le dans le désert de Dudaël ^

7. Fais pleuvoir sur lui des pierres lourdes et pointues ; enveloppe-le de ténèbres.

8. Qu'il y reste à jamais; que sa face soit couverte d'un voile épais ; et qu'il ne voie jamais la- lumière !

9. Et quand se lèvera le jour du jugement, plonge-le dans le feu.

10. Cependant purifie la terre que les anges ont souillée; annonce-lui la vie ; annonce-lui que je la revivifierai.

'['[. Les fils des hommes ne périront pas tous à cause des secrets que les Vigilants leur ont révélés, et qu'ils ont enseignés à leurs descendants.

^ Ce nom est bizarre. Sous une l'orme nettement sanskrite, on y trouve des racines hébraïques dont la signification est : fils de Dieu ou lumière de Dieu. Quelle en i)eut être l'exacte origine ?

- Probablement Arazeal, ou mieux Samy-Aza,

^ « Aaron mettra sur les boucs deux sorts, un sort à l'Eternel » et un sort à Azazel. Et le bouc sur lequel est tombé le sort à » Azazel sera placé vivant devant l'Eternel, pour rédimer sur lui, » pour le renvoyer à Azazel dans le désert. » (Lêvit. XVI, 21, Irad. Cahen. — La traduction officielle de Sacy est pleine de contresens. Il est même lamentable de voir nos livres sacrés traduits d'aussi abominable façon !)

12. Mais la terre a été souillée parles enseignements impurs d'Azaziel. Aussi est-ce lui qui doit être responsable de tous les crimes.

13. Le Seigneur dit ensuite à Gabriel: Va vers les méchants; vers les réprouvés, vers les enfants de fornication ; extermine ces enfants de fornication, ces rejetons des Vigilants du milieu des hommes ; pousseles, excite-les les uns contre les autres. Qu'ils périssent de leurs propres mains, car leurs jours ne seront pas complets.

14. Ils te supplieront, mais leurs prières n'obtiendront rien pour eux, et c'est en vain qu'ils espéreront pour leurs enfants la vie éternelle, et une même vie de cinq cents années.

15. Le Seigneur dit ensuite à Michaël ; Va, et annonce le châtiment qui attend Samy-Aza, et tous ceux qui ont participé à ces crimes, qui se sont unis à des femmes, qui se sont souillés par toutes sortes d'impuretés. Et quand leurs fils seront exterminés, quand ils auront vu la ruine de ce qu'ils ont de plus cher au monde, enchaîne-les sous la terre, pour soixante-dix générations, jusqu'au jour du jugement et de la consommation universelle ; et l'effet de ce jugement sera pour eux éternel.

16. Alors, ils seront jetés dans les profondeurs d'un feu qui les tourmentera sans cesse; et ils y resteront toute l'éternité.

17. Avec eux, leur chef brûlera dans les flammes ; et tous, ils y seront enchaînés jusqu'à la consommation d'un grand nombre de générations.

Pour bien faire saisir la portée de ce fragment capital, il me faut dire quelques mots sur ce qu'est

Tapocryphe que l'on appelle le Livre d'Enoch, œuvre d'étrange destinée que TEgiise n'a jamais su si elle devait admettre ou repousser, et qui, par suite, reste dans une sorte de pénombre sacrée d'où la tirent seuls les auteurs canoniques, mais dont les écrivains postérieurs n'ont jamais usé qu'avec crainte.

En effet, ce livre, dans son ensemble, est certainement antérieur même à la Genèse de Moïse qui le résume pour partie en un seul verset (VI, 2). On a vu que j'}^ ai relevé des racines chaldaïques et sanskrites. Il a été connu de toute l'antiquité judaïque et des premiers temps du christianisme. On le trouve cité dans les épîtres de Jude (14), de Paul (Hœbr, XI, 5): Pierre et Jacques y font allusion [pass.]. Plus tard, Origène, Procope, Tertullien ont invoqué son autorité. Mais, au xvf siècle, lorsque l'Église fixa son Canon, elle se trouva fort embarrassée au sujet du Livre d'Enoch, qui était alors perdu depuis longtemps : elle ne put par suite le ranger ni dans les livres canoniques ni dans les deutero-canoniques ; et, lorsqu'il fut retrouvé en fragments successifs (Gedrenuset Georges leSyncelle chez les Grecs), et surtout au siècle dernier par Bruce en Abyssinie ^ on

' Cette double source peut, au premier abord, paraître étrange; j'y vois pour ma part une preuve de l'antiquité égyptienne du document qui est certainement antérieur à Moïse. Le texte primitif, demeuré en Egypte, a été retrouvé de nos temps en Abyssinie ; le texte emporté par les Hébreux s'est, comme je l'ai montré plus haut, imprégné d'Assyriologie, et finalement s'est grécisé en idées comme en transcription. — Le texte le plus pur — mais non le plus explicite — est donc, à mon avis, celui qui a été retrouvé et rais au Jour par Bruce.

l'ut forcé de le placer parmi les apocryphes, bien qu'il fût une autorité pour les auteurs ecclésiastiques des premiers temps.

En ce qui concerne notre sujet, il est évident que cet ouvrage ne fait que rapporter une légende de la pré-histoire, mais comme cette légende est la base, ainsi qu'on le verra par la suite, de toute croyance démonologique, on m'excusera d'en avoir donné le texte complet.

2° Lorsque, au cours des temps, le serpent de la Genèse fut identifié avec le démon, les traditionnistes comprirent que cette identification ne pouvait se soutenir qu'en reportant la chute des anges avant la création de l'homme.

C'est alors que s'établit la croyance à une révolte des anges rebelles — antérieure au primitif Adam, croyance que résume magnifiquement — au moins semble-t-il au premier abord (on verra plus loin le sens exact de ce passage) — Isaïe [vif siècle avant notre ère) lorsqu'il s'écrie : (XIV, 12, seq.) : « Gom- « ment es-tu tombé du Ciel, Lucifer, toi qui parais- « sais si brillant au point du jour ? Gomment as-tu « été renversé sur la terre, toi qui frappais de plaies « les nations, qui disais en ton cœur : « Je monterai « au Ciel, j'étabhrai mon trône au-dessus des astres « de Dieu, je m'assiérai sur la montagne de l'Alliance « aux côtés de l'Aquilon ; je me placerai au-dessus « des nuées les plus élevées, et je serai semblable « au Très-Haut ! » Et, néanmoins, tu as été précipité

« dans l'enfer ^ jusqu'au plus profond des abîmes ! » Et c'est là que Lucifer est retenu depuis lors, avec ses complices de révolte, captif selon l'expression de Pierre et de Jude, sous des chaînes de ténèbres.

3° Cet examen de l'origine des démons ne serait pas complet, si je ne mentionnais ici Fopinion de plusieurs rabbins [Rabb. Salom, in pscdm. LXXXIX, 23; Rabb. Jereju. fil. Eliezei\ etc.) suivant lesquels Adam, après avoir été chassé de l'Eden, serait demeuré durant cent trente ans dans une sorte d'excommunication qui l'aurait tenu éloigné de sa compagne. Pendant tout ce temps, il avait commerce avec des anges ou démons femelles, particulièrement avec Lilith, et ces rapports auraient donné naissance à des démons; d'autre part, des anges mâles, entre autre Sammael, durant cette même période, s'approchant d'Eve, auraient eux-mêmes engendré d'autres démons.

4° Enfin, puisque nous sommes sur ce terrain, je mentionnerai une origine des démons, très peu connue et rapportée par Basange [Hist. des Juifs, IV, 1. VI, ch. II) d'après quelques docteurs juifs : Après la création d'Adam, Dieu fit descendre deux anges pour le suivre en tout lieu; l'un était à sa gauche, et

' SchOL n'est pas l'enfer du Christianisme mais la demeure collective des morts, par opposition au tombeau qui en est la demeure individuelle ; il répond exactement aux Inferi (lieux inférieurs, souterrains) des latins, dont, par une étrange extension d'idées le Christianisme a fait un Enfer de feu. — Cette question sera d'ailleurs examinée plus loin en détail.

l'autre à sa droite. Après le péché, l'ange de gauche engendra d'autres esprits qui peuplèrent l'air, et sont employés à fouetter- ou à affliger les hommes. De plus, les âmes des pervers se changeraient après la mort en démons pour aller tourmenter les hommes; ils visitent leurs propres tombeaux et vont voir les vers ronger les restes de leurs corps, ce qui les rem put de douleur. Ces démons, toujours d'après la même source, auraient trois avantages qui leur sont communs avec les anges : ils savent l'avenir, ils ont des ailes pour s'élever en l'air ; ils volent en un moment d'un bout du monde à l'autre. Ils ont aussi trois imperfections qui leur sont communes avec les hommes : ils engendrent et se multiplient; ils boivent et mangent; et enfin, ils sont sujets à la mort\

Ce ne sont là que des légendes curieuses, mais quoi ! ne sommes-nous pas ici en pleine légende ? Où que l'on se retourne en ce sujet, on ne trouve en face de soi que de vagues traditions cosmiques, des allégories sans consistance, des mythes difficilement discutables, et des fictions basées sur de primitives affabulations.

Comme terrain solide de discussion, comme textes positifs et précis, comme réalités saisissables, — rien !

Plus tard, des docteurs ont ergoté sur les démons, leur donnant ou leur refusant des corps physiques,

' Cette théorie a beaucoup de rapports avec différents enseignements de l'occultisme.

examinant leurs conditions d'être; des conciles ont gravement statué sur leur sort, affirmant que leurs châtiments sont éternels, etc. Mais quant à leur origine, rien autre chose que les vagues rêveries qui viennent d'être exposées et dont on trouve réunis cidessus tous les textes primordiaux.

Voyons maintenant si nous serons plus heureux en étudiant l'entité directrice du Rovaume d'En-Bas,

Le dévot a plus pciii' du diable qu'il n'adore Dieu.

Raspau,.

Un fait remarquable, pour qui étudie la Bible au point de vue qui nous occupe actuellement, c'est que la démonologie hébraïque est vague et flottante durant toute la période historique qui précède les grandes captivités. Les démons d'Iswara-El — en admettant que nombre de passages qui y font allusion ne soient pas de postérieures interpolations — ne sont pas des êtres extra-humains, mais en quelque sorte des hommes ne se distinguant du commun des mortels que par des quahtés mauvaises, ph^^siques ou morales. Ce sont ou des géants, des monstres (NPhL), ou des ravageurs (SDIM), ou des hommes velus comme des boucs (STsRIM), etc. Mais on ne les rencontre pas avec les attributs que nous avons l'habitude de donner au démon. Qu'en faut-il conclure, sinon que la démonialité des Juifs était purement matérielle si l'on peut s'exprimer ainsi, et que pour eux, ce terme vague s'appliquait à tous les êtres qui leur nuisaient, que ce fussent des conquérants, ou calomniateurs, ou larrons, ou bêtes malfaisantes dans les événements ordinaires de la vie, ou bien,

dans un autre ordre d'idées, des chagrins, des passions, des maladies?... Schaoul est agité d'un malin esprit (I, Rois XVl, IS); mais c'est simplement un esprit mauvais, un esprit de mal, un esprit de maladie qui le persécute : nous dirions aujourd'hui une neuropathie. Et cela est si vrai que David le soulage par le seul son de la harpe, qui lui calme les nerfs; s'il en était autrement, si le mal qui étreignait le roi provenait d'un démon, on serait fondé à demander quel rapport peut exister entre le dîabolisme et la musique, alors que l'on est fixé sur les propriétés calmantes — ou excitantes, suivant les cas, — de la musique appliquée à la cure des maladies psycho-nerveuses.

On peut donc soutenir avec une absolue certitude qu'aux premiers âges de leur histoire les Juifs n'avaient aucune notion du diable tel que nous le concevons aujourd'hui.

Qu'à ce propos on n'oppose pas les divinités étrangères qu'ils adoraient sur les « Lieux hauts » : bien plus tard seulement, quelques-unes de ces divinités furent assimilées au démon, et seulement lorsque la croyance primitive se fût modifiée, dans les captivités successives, au contact des religions accadiennes et sumiriennes. Durant toute la première période de son histoire, le peuple juif, façonné — même par la violence — à ridée monothéiste, crut en un Yahveh unique, et s'il adopta parfois partiellement et momentanément les religions étrangères de Dagon, de Moloch, d'Astaroth et autres divinités voisines, ce

fut simplement pour lui une façon de rendre au Dieu national un culte moins austère, plus compréhensible, plus exotérique en un mot. Ce ne fut d'ailleurs dans son existence qu'un accident auquel mettait fin parfois la sévérité du législateur, mais qui, généralement, n'avait pas grande durée, la loi sabbatique (en vertu de laquelle tous les sept ans les biens étaient remis dans leur état primordial) interrompant par ce fait même toutes relations prolongées avec l'étranger.

Ce qui vient d'être dit de la démonologie des Juifs à cette époque, s'applique également à leur angélologie. L'ange placé par la Genèse à la porte de FEden pour en interdire l'entrée n'est autre qu'un chérubin (KRVB, ou, avec la notation massorétique, Ghérub) lequel n'était qu'un sphinx, composé de formes diverses où se retrouvent l'homme, le bœuf, l'aigle, le lion, qui dans la suite devinrent les quatre figures apocalyptiques. Iswara-El en avait rapporté l'image de l'Egypte ainsi que celle des Téraphim que nous rencontrons dans les visions des prophètes. Il en est de même de l'ange contre lequel lutta Jacob : cet ange est plus que vague : la Genèse à cet endroit ne parle que d'un homme (XXXII, 24 seq.). Et il parut en même temps un homme qui lutta contre lui jusqu'au ?natin. Cet homme, voyant qu'il ne poiwait le surmonter Et cet homme lui demanda Et le

même homme ajouta etc.\

' Ce qui fait que d'aucuns ont cru par la suite que cet homme était le démon [quidam apud Procopum, in Gènes.) ; d'autres que

Au reste, dans le sévère monothéisme de Moïse, il y avait à peine place pour les anges; aussi, leur existence n'a-t-elle jamais été un dogme de la religion juive. Ce que la Bible appelle des messagers (ML'Ch) n'est peut-être qu'une concession aux croyances populaires. En tous cas l'auteur nous fait souvent sentir que, pour lui, les messagers de Yahveh sont identiques avec lui-même et ne sont que les symboles de ses facultés et de sa puissance (S. Munk, Palestine). Ainsi la Genèse nous montre (XVI, 7) un messager divin apparaissant à Agar, et, six versets plus loin, on nous dit que c'était Dieu en personne. 11 en est de même dans la seconde vision d'Agar (XXI, 17-19). Ailleurs (XXIV, 7) Abraham dit à son intendant que Yahveh enverra son messager devant lui ; et plus loin (48) Tintendant dit que c'est Yahveh qui Ta conduit. L'ange qui parle à Jacob au milieu des troupeaux de Laban (XXXI, 11-13) lui dit : « Je suis le Dieu de Béthel )). Dans le buisson ardent un messager de Yahveh apparaît à Moïse (Ex. III, 2-4) ; mais bientôt on voit que c'est Yahveh lui-même. Ainsi, on peut affirmer que les anges tels que nous les comprenons n'existent pas dans la doctrine moïsiaque mais seulement dans les croyances populaires des anciens Hébreux.

11 n'y a là, en somme, qu'une erreur — pas même

c'était la seconde personne de la Trinité (Justin, Tertullien, Hilaire, Atlianase, Ghrysostome, etc.). Depuis Augustin seulement [XVI, de Civit. XXXIX, etc.) l'idée d'un ange a prévalu. •

— un défaut, très léger de traduction, mais dont les conséquences furent et demeurent très importantes : le mot hébreu ML'Gh n'a pas d'autre sens que celui de messager; les Septante le rendirent donc par le terme grec correspondant : Aggelos. Le latin avait le mot missus, mais dont le sens était plutôt domestique ou politique; pour laisser à ce terme l'idée divine qu'il comportait, on latinisa le mot grec qui devint Angélus, d'où notre mot ange qui s'applique à une entité toute différente de l'original hébreu : de là toute une série de confusions chaque fois que, dans la Bible traduite en français, le terme ML'Gh est rendu par le mot ange.

Donc, jusqu'aux exils, on peut affirmer que les Juifs ne connaissaient aucun être surnaturel, à part leur divinité Yahveh — au moins de façon doctrinale ; s'ils parlent de chérubs ou à^êtres impurs, aucune de ces entités mythiques n'est nommément désignée dans leurs livres d'alors.

Mais dès que, par des captivités successives, ils sont mis en contact avec les rehgions des grands empires de l'Orient, alors leur jaloux et pur monothéisme s'effondre et se perd peu à peu. Certes, pour eux, Yahveh est toujours le Dieu souverain, dominateur de l'espace et de la durée ; mais ils ont rencontré à Bab-llou et dans toute la Ghaldée la croyance, universellement répandue, à des divinités secondaires, favorables ou mauvaises. Et cette croyance qui domina toujours l'Orient, émanée de la religion des

Parsis et des dogmes Zoroastriens, leur offrait une grossière satisfaction qui convient aux débuts de toute intelligence populaire parce qu'elle semble la décharger de sa responsabilité morale : — l'idée des Amschaspands et des Dervands, divinités secondaires, intermédiaires entre l'homme qu'elles se disputent et Dieu à qui elles sont soumises, ceux-ci dirigés vers le bien, et ceux-là faisant œuvre de mal.

Les Talmuds reconnaissent formellement {Talm. Hier os. lib. de piHnc. anni) que l'angélologie et la démonologie juives datent des captivités enBab-Ilou. Seul, le livre d'Enoch parmi ceux qui furent écrits antérieurement, renferme des noms d'anges et de démons dont la forme ainsi qu'on l'a vu est généralement accadienne : mais ce livre, ayant été perdu, a pu subir de nombreuses interpolations de la part des copistes. Pour ne s'en tenir qu'aux livres orthodoxes, Tobie est le premier qui ait désigné un ange (Raphaël) par son nom : or Tobie vivait à Nin-Yeh. Daniel qui vivait à Bab-llou, nous en cite d'autres, à forme également assyrienne.

C'est alors que la croyance s'établit et prend corps, d'émanations divines, de ministres secondaires de Yahveh, d'entités supérieures à l'homme, ayant charge de l'éprouver en le poussant vers l'abîme, ou de le soutenir en le guidant dans les voies des justes. Et c'est alors, par suite, que l'on rencontre des noms plus fréquemment cités que d'autres, et qui par leurs plus nombreuses applications, sont

amenés peu à peu à désigner les chefs des angéliques cohortes, ou les principaux d'entre les esprits d'En-

Bas.

Parmi ces derniers, sept noms se distinguent que la la suite des âges a fini par appliquer au seul Roi du Mal, lequel, par l'importance qu'il a acquise de cette accumulation d'entités différentes en lui-même, a progressivement été amené à prendre l'apparence d'un Dieu d'Abîme, rival et souvent vainqueur du Seigneur des Temps. Ces noms, que je vais successivement et rapidement examiner sont : Beelzébub, Sammaël, Python, Asmodée, Bélial, Lucifer et Shatan^

1" Beelzébub

Beel-Zebub (BHL-ZBVB, dieu-mouche) était simplement la divinité locale des Phéniciens d'Accaron (en Juda, puis au Dan), où il avait un temple et un oracle célèbres. Achaziah, roi de Juda, l'ayant fait consulter à la suite d'un accident où il avait été blessé (IV, Rois, I, 2), cette divinité acquit par suite une grande importance : de là est-il advenu que souvent les Ecritures (Matt. XII, 24; Luc, XI, 15; Marc, 111, 22 et passhii) l'ont appelé prince des démons.

' Je ne parle pas de Moloch, dieu des Ammonites, ni d'autres divinités étrangères qui, bien que momentanément accueillies par les Juifs, n'ont jamais contribué à la formation de la personnalité morale du démon.

2° Sammael

Sammaël (Sch ML) doit surtout son existence aux rabbins [Rabhoth. in Deuter. cap. ult. fol. 303; Buxtorf, Lexic. Rahh. in Samuel, etc.) qui, dans leurs commentaires mystiques sur le Pentateuque, le considèrent comme le prince des démons, et surtout l'adversaire mythique de Moïse dont l'ange Michel lui aurait disputé la dépouille mortelle. D'après ces commentateurs, c'est Sammaël qui aurait trompé Eve, monté sur l'ancien serpent; de plus, il serait l'ange de la mort \ le prince des airs; et suivant d'autres, le premier des anges, celui qui doit présider au jugement universel {po7n Calmet, Dict. Bibl. in Sammaël). De toules ces conceptions différentes est née l'importance énorme qu'a prise ce nom par la suite.

3° Python

Python est un vocable grec que Ton est surpris de rencontrer dans les traductions de la Bible. Son origine, au premier abord, paraît des plus obscures, car le terme ('VB) que l'on traduit ainsi, a le sens ordinaire de outre ou vase de peau, et l'on ne comprend pas bien le lien d'analogie qu'il peut y avoir entre

* On verra plus loin, en étudiant Shatan, comment dans la conception juive, un démon pouvait être un ange.

LA ;NAISSANGE DE SHATAN 37

une outre et un esprit de proj^hétie ou de mal. L'abbé J.-B. Glaire dit que v. peut-être cm. a donné ce nom aux devins parce que, dans leur enthousiasme, ils s'enflaient comme des outres (?) » ; je lui laisse son enfantine explication jpour ce qu'elle vaut, et je présenterai sur le transfert de signification du ' YB hébraïque au Puthôn grec quelques considérations que l'on mé pardonnera de donner de façon détaillée, jamais — au moins à ma connaissance — ce sujet n'ayant été traité scientifiquement.

Il ne faut pas croire que dans la Bible, les livres de Moïse * aient été par leur auteur écrits avec le sens naïf que nous leur connaissons vulgairement. Loin de là! au chapitre suivant je donnerai d'irréfutables preuves de ce que j'avance ici. Pour l'instant, afin de ne pas me répéter, je supposerai prouvées les allégations que je discuterai plus loin.

Pour qui l'étudié en son essence en faisant abstraction de la lettre, la cosmogonie de Moïse est dans son esprit une des plus profondes, sinon la plus profonde que nous connaissions. Là où nous ne savons que la lumière dans sa généralité. Moïse distinguait la lumière neutre, celle qui tombe sous nos sens('VR), — la lumière positive, celle qui s'élève, qui monte ('VD) — et la lumière négative, qui s'abaisse, qui

' Particulièrement la Genèse, les livres suivants étant d'une authenticité plus discutable. On appelle cet ouvrage communéîiient «Genèse «lorsqu'on le comprend sous son sens concret et « Berescliit » quand on l'envisage dans ses significations abstraites.

Parsis et des dogmes Zoroastriens, leur offrait une grossière satisfaction qui convient aux débuts de toute intelligence populaire parce qu'elle semble la décharger de sa responsabilité morale : — l'idée des Amschaspands et des Dervands, divinités secondaires, intermédiaires entre l'homme qu'elles se disputent et Dieu à qui elles sont soumises, ceux-ci dirigés vers le bien, et ceux-là faisant œuvre de mal.

Les Talmuds reconnaissent formellement [Talm. Hier os. lib. de princ. anni) que l'angélologie et la démonologie juives datent des captivités en Bab-Ilou. Seul, le livre d'Enoch parmi ceux qui furent écrits antérieurement, renferme des noms d'anges et de démons dont la forme ainsi qu'on l'a vu est généralement accadienne : mais ce livre, ayant été perdu, a pu subir de nombreuses interpolations de la part des copistes. Pour ne s'en tenir qu'aux livres orthodoxes, Tobie est le premier qui ait désigné un ange (Raphaël) par son nom : or Tobie vivait à Nin-Veh. Daniel qui vivait à Bab-Ilou, nous en cite d'autres, à forme également assyrienne.

C'est alors que la croyance s'établit et prend corps, d'émanations divines, de ministres secondaires de Yahveh, d'entités supérieures à l'homme, ayant charge de l'éprouver en le poussant vers l'abîme, ou de le soutenir en le guidant dans les voies des justes. Et c'est alors, par suite, que l'on rencontre des noms plus fréquemment cités que d'autres, et qui par leurs plus nombreuses applications, sont

amenés peu à peu à désigner les chefs des angéliques cohortes, ou les principaux d'entre les esprits d'En- Bas.

Parmi ces derniers, sept noms se distinguent que la la suite des âges a fini par appliquer au seul Roi du Mal, lequel, par l'importance qu'il a acquise de cette accumulation d'entités différentes en lui-même, a progressivement été amené à prendre l'apparence d'un Dieu d'Abîme, rival et souvent vainqueur du Seigneur des Temps. Ces noms, que je vais successivement et rapidement examiner sont : Beelzébub, Sammaël, Python, Asmodée, Bélial, Lucifer et Shatan^

1° Beelzébub

Beel-Zebub (BHL-ZBVB, dieu-mouche) était simplement la divinité locale des Phéniciens d'Accaron (en Juda, puis au Dan), où il avait un temple et un oracle célèbres. Achaziah, roi de Juda, l'ayant fait consulter à la suite d'un accident où il avait été blessé (IV, Rois, 1, 2), cette divinité acquit par suite une grande importance : de là est-il advenu que souvent les Ecritures (Matt. XII, 24; Luc, XI, IS ; Marc, III, 22 et passim) l'ont appelé prince des démons.

' Je ne parle pas de Moloch, dieu des Ammonites, ni d'autres divinités étrangères qui, bien que momentanément accueillies par les Juifs, n'ont jamais contribué à la formation de la personnalité morale du démon.

2° Sammael

Sammaël (Sch ML) doit surtout son existence aux rabbins {Rabboth. in DeMter. cap. ult. fol. S02; Buxtorf, Lexic. Rabb. in Samuel, etc.) qui, dans leurs commentaires mystiques sur le Pentateuque, le considèrent comme le prince des démons, et surtout l'adversaire mythique de Moïse dont l'ange Michel lui aurait disputé la dépouille mortelle. D'après ces commentateurs, c'est Sammaël qui aurait trompé Eve, monté sur l'ancien serpent ; de plus, il serait l'ange de la mort \ le prince des airs; et suivant d'autres, le premier des anges, celui qui doit présider au jugement universel [Dom Calmet, Dici. Bibl. in Sammaël). De toutes ces conceptions différentes est née l'importance énorme qu'a prise ce nom par la suite.

3° Python

Python est un vocable grec que Ton est surpris de rencontrer dans les traductions de la Bible. Son origine, au premier abord, paraît des plus obscures, car le terme ('VB) que l'on traduit ainsi, a le sens ordinaire de outre ou vase de peau, et l'on ne comprend pas bien le lien d'analogie qu'il peut y avoir entre

• * On verra plus loin, en étudiant Shatan, comment dans la conception juive, un démon pouvait être un ange.

LA iNAISSAfîCE DE SHATAN 37

une outre et un esprit de prophétie ou de mal. L'abbé J.-B. Glaire dit que v. peut-être on a donné ce nom aux devins parce que, dans leur enthousiasme, ils s'enflaient comme des outres (?) » ; je lui laisse son enfantine explication [pour ce qu'elle vaut, et je présenterai sur le transfert de signification du ' YB hébraïque au Puthôn grec quelques considérations que l'on më pardonnera de donner de façon détaillée, jamais — au moins à ma connaissance — ce sujet n'ayant été traité scientifiquement.

11 ne faut pas croire que dans la Bible, les livres de Moïse * aient été par leur auteur écrits avec le sens naïf que nous leur connaissons vulgairement. Loin de là ! au chapitre suivant je donnerai d'irréfutables preuves de ce que j'avance ici. Pour l'instant, afin de ne pas me répéter, je supposerai prouvées les allégations que je discuterai plus loin.

Pour qui l'étudié en son essence en faisant abstraction de la lettre, la cosmogonie de Moïse est dans son esprit une des plus profondes, sinon la plus profonde que nous connaissions. Là où nous ne savons que la lumière dans sa généralité, Moïse distinguait la lumière neutre, celle qui tombe sous nos sens('VR), — la lumière positive, celle qui s'élève, qui monte ('VD) — et la lumière négative, qui s'abaisse, qui

^ Particulièrement la Genèse, les livres suivants étant d'une authenticité plus discutable. On appelle cet ouvrage communément «.Genèse «lorsqu'on le comprend sous son sens concret et « Bereschiù » quand on l'envisage dans ses significations abstraites.

descend ('VB) ^ Ces trois termes ont encore d'autres acceptions très abstraites dans lesquelles il est inutile de s'égarer en ce moment; qu'il suffise, pour en faire comprendre la portée, de dire que nos rayons X, récemment découverts par Rontgen, sont une des manifestations de la lumière 'VB.

La première fois que Ton trouve ce terme en la Bible, c'est dans le Deutéronome (XVIII, 11) qui défend de consulter « ceux qui ont l'esprit de Python », c'est-à-dire ceux de qui l'esprit reçoit une lumière spéciale — les illuminés, dirions-nous aujourd'hui. L'esprit d"YB signifie donc à proprement parler, l'Esprit de lumière, d'où Esprit prophétique.

Au iif siècle avant notre ère, lorsque fut faite la traduction grecque de la Bible, connue sous le nom des Septante, les traducteurs de la communanté essénienne du mont Moria, comme nous le verrons au chapitre suivant, cherchèrent le moyen d'exprimer en grec courant ce terme « esprit d"VB ». Quels motifs les engagèrent à le rendre par le mot Python ? Deux raisons majeures, se corroborant l'une Pautre à cet égard.

' 'VR a, dans les dictionnaires, le sens de feu, flamme, lumière ; et au sens intellectuel : révélation, doctrine illuminante ; c'est un des mots hébraïques qui ont le plus embarrassé les critiques.

— 'VD signifie charbon, braise, lumière ou flamme qui monte.

— 'V13, pris substantivement, veut dire une outre ; mais verbalement, il a le sens de revenir, descendre, et, en parlant du soleil, baisser, se coucher ; il éveille l'idée d'une lumière qui décline.

1° D'abord, ces traducteurs grecs étaient naturellement, fatalement, imbus d'hellénisme. Or, dans la grécité ancienne, quel vocable pouvait rendre l'idée de lumière surnaturelle? Il n'en est point d'autre que celui d'' Apollon - Phoibos, Apollon - Soleil. Mais (( Esprit d"VB » éveille une idée de prophétisme. Or, Apollon n'était pas seulement Dieu de soleil et de lumière, il était aussi la divinité oraculaire ; il était appelé Pythien pour avoir tué le serpent Python, et, de là, ses prêtresses qui rendaient des oracles à Delphes et en d'autres lieux universellement connus, même dans le monde judéo-oriental, étaient désignées sous le nom de Pythies.

Cette première raison est déjà convaincante et donne bien la clé du transfert de signification qui nous occupe; mais une autre, absolument probante vient la confirmer.

2° En cette période des âges, un mythe avait déjà pris naissance et s'était développé en Iswara-El, celui de Shatan-serpent, ainsi que nous le verrons au chapitre suivant. ApoUon-Pythien ou Python répondait déjà parfaitement au postulatum faisant de l'esprit d"VB un esprit de Serpent. Mais un hasard devait donner au terme hellénique Python toute l'acception hébraïque qu'il pouvait et devait comporter : — il existe en hébreu un terme qui ne se rencontre qu'une fois dans la Bible (Is. XI, 8) celui de PThN, aspic (avec les points massorétiques Pethen, transcription qui le distingue du Python ordinaire) :

cette coïncidence vocale * répondait merveilleusement au point de vue littéral et intellectuel, à l'Apollon- Pythien des Grecs, dont le vocable semble confondre le serpent Python avec l'Apollon qui l'a tué.

De là cette translation étrange du terme hébraïque a esprit d"VB » en un autre terme hellénique « Python », dont la corrélation semble incompréhensible au- premier abord, mais en tous cas )ie donne ni dans son origine ni dans sa translation grecque l'idée du démon tel que nous nous le figurons.

Revenons maintenant aux noms successifs que l'on croit avoir désigné le Prince du Mal dans l'antiquité hébraïque.

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