‹ Histoire mythique de Shatan [microform]Chapitre 14 sur 22 · L INCARNATION DE LA CHIMERE · texte numérisé non relu

L INCARNATION DE LA CHIMERE

15. Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne. Elle te brisera la tête, et tu tâcheras de la mordre par le talon.

Je mettrai une antipathie profonde entre toi, Cupidité etlaVolition (les aspirations de l'âme), entre tes productions et ses productions :

les siennes comprimeront en toi le principe du mal, et les tiennes comprimeront en elle les suites de sa faute.

17. Il dit ensuite à Adam : ... La terre sera maudite à cause de ce que vous avez fait, et vous n'en tirerez de quoi vous nourrir pendant toute votre vie qu'avec beaucoup de travail.

18. Elle vous produira des épines et des ronces, et vous vous nourrirez de l'herbe de la terre.

19. Vous mangerez votre pain à la sueur de votre visage, jusqu'à ce que vous retourniez en la terre dont vous avez été tirés : car vous êtes

Il dit ensuite au Principe humain : . . .Maudit soit l'Elément adamique (les conditions de la vie animale [ou supérieure]) homogène et similaire à toi, relativement à toi ; et tu seras forcé d'y vivre tous les moments de ton existence avec angoisse.

Et les résultats nuisibles, et les productions de folie germeront abondamment pour toi : tu prolongeras ta A^'ie matérielle par les fruits acres et desséchés de la matière.

Tu la vivras dans l'agitation continuelle de ton esprit, jusqu'au moment de ta réintégration à l'Elément adamique (les conditions de la Vie [animale ou] su-

poudre et vous retour- périeure) homogène et simi-

nerez en poudre ! laire à toi ; car comme tu es

iTi-aduction (i?) de Lemaistre do ^ine émanation spiritueusc

^acy). de cet élément, ainsi c'est à

cette émanation spiritueusc que tii dois être réintégré.

{D'après la traduclion de Fabre d'Olivcl.)

Si, immédiatement après le retour de la grande captivité, le peuple comprenait encore le sens littéral et matériel de cet apologue, c'était tout : le sens abstrait lui échappait complètement. Bientôt même, la lettre du texte sacré ne fut plus saisie par sa compréhension, et seul, subsista pour lui, dans les brumes flottantes et indécises de son passé, le légendaire souvenir d'une épreuve à laquelle avait succombé le premier homme et d'où dérivaient tous les maux qui, depuis lors, avaient accablé l'humanité. Or, la cause efficiente de cette effroyable chute avait été un serpent...

Pourquoi un serpent plutôt qu'un autre animal, porc ou chameau? et qu'est ce serpent,^

L'auteur de cette merveilleuse cosmogonie qu'est la Genèse a employé le mot NHhSch, parce que, au sens radical, il lui permettait de montrer dans le mythe du serpent l'évolution de l'égoïsme, cause de tout mal dans l'humanité.

Au sens concret, NHhSch signifie siffler (d'où le sens serpent) murmurer [des prières ou des formules magiques], et, par suite, user de prestiges. Mais, au

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sens abstrait, en sa signification ésotériqué supérieure, le serpent symbolise l'égoïsme primordial, l'attrait de Soi vers Soi, qui est le principe même de la divisibilité (cf. le pantacle du serpent qui se mord la queue) , cette force qui sollicite tout être à s'isoler de l'Unité Originelle pour se faire centre et se complaire dans son Moi (S. de Guaita). Le serpent n'a-t-il pas été de tous temps le symbole de la jalousie et de l'égoïsme ?

Donc, Moïse avait de plausibles raisons pour faire du serpent le personnage principal de son apologue.

Mais ces raisons, dix siècles plus tard, le peuple ne les connaissait plus. Il savait seulement que ce récit avait un sens caché... Quel?

Le serpent était le plus rusé des êtres; il s'était montré tentateur ; il n'avait, certes, agi qu'avec l'autorisation de Yahveh, dont il était en quelque sorte, dans ce récit, le ministre d'épreuves... Mais, dans la démonologie générale, il existait un autre être qui, lui aussi, est envoyé par Yahveh pour perdre les hommes par la tentation, et qui est un des exécuteurs de ses vengeances... Et NHhSch, le serpent, s'identifia dès lors avec SchTiN, l'ange maudit.

Cependant, Shatan n'était le roi du mal que pour le peuple, alors que pour les rabbins ce rôle était dévolu à Samaël : Samaël s'adjoignit donc, dans les légendes rabbiniques, à l'association du serpent- Shatan, qui devint alors la trinité malfaisante : NHhSch-SchML-SchTN.

Voici, d'happés les légendes (Dom Galmet, Dict. de la Bible), comment les rabbis expliquaient la chute de l'homme :

« Dieu, s'entretenant un jour avec les anges, remarqua que la jalousie s'était emparée de leur esprit à l'occasion de l'homme. Ils soutenaient que l'homme n'est que vanité, et que mal à propos il lui avait été donné un si grand empire sur les créatures. Dieu soutint la dignité de son ouvrage par deux raisons : la première parce que l'homme était destiné à le louer sur la terre comme les anges font au ciel ; et la seconde, parce que Adam savait les noms de toutes les créatures, en quoi il était supérieur aux anges qui ne le savaient pas. Sammaël, chef des esprits révoltés résolut de faire perdre à l'homme les plus belles de ses prérogatives. Il descendit sur la terre, et, ayant remarqué que le serpent est le plus rusé et le plus subtil de tous les animaux, il s'en servit pour tenter Eve, et pour lui inspirer des sentiments d'orgueil et d'indépendance. Eve fut séduite, et Adam eut la complaisance d'imiter la vanité et la désobéissance de sa femme. Sammaël s'était approché d'Eve, monté sur le serpent; il la corro mpit, en abusa, et eut d'elle un fils qui fut Gain. »

Telle était la croyance qui, fixée dans les récits rabbiniques, avait cours vers le nf siècle avant notre ère [Bibl. orient.. Philo, etc); le démon est couramment appelé, dans les écrits et commentaires, VAiicien Serpent. Alors, on s'est ingénié à étayer de preuves la personnalité mauvaise de cet Ancien Serpent; c'est à lui que Ton appHque des textes vagues trouvés çà et là, tels que celui de Job (XXYI, 13) :

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« ...et l'adresse de sa main a fait paraître le serpent plein de replis », ou celui d'Isaïe (XXVII, 1) :

« le Seigneur viendra avec sa grande épée...

pour punir Léviathan, ce serpent immense, Léviathan, ce serpent à divers plis et replis... »

Peu à peu, de plus en plus, à la longue et par la force même de tout ce qui est légendaire parmi le peuple, le Serpent de la Genèse s'affirme comme une entité démoniaque; les rabbins propagent le mythe; les docteurs l'enseignent; mais il n'y a encore rien de textuel, de précis, de positif, lorsqu'enfin l'auteur de l'Apocalypse met le sceau au satanisme de cette entité jusqu'alors imprécise, en écrivant d'après les antiques traditions que tout le monde juif vénérait alors comme articles de foi : « Et ce grand dragon, cet Ancien Serpent, qui est appelé diable et Satan, qui séduit tout le monde, fut précipité en terre et ses anges avec lui » (Apoc, XII, 9).

Dès lors, la Chimère du Mal était incarnée ; dès lors l'humanité avait son Génie d'En-Bas, sans se douter que, seule, sa propre lâcheté l'avait créé et que, seule, la complicité de son ignorance et de sa bassesse lui avait permis de prendre un corps.

Vouloz-voiis savoii' combien l'imaginalion l'emporte sur les sens ? Songez que ce qui paraît le plus effrayant à la plupart des hommes, est ce qu'ils n'ont jamais vu et no peuvent jamais voir ; — l'enfer !

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