I. Monnier, VercingétoriXy p
HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS. 3i3
pulaire. Il aspirait à rentrer dans ses rangs, mais moins par c nviction que par intérêt. Viridomare représente assez bien celte classe de gens qui, au début de leur carrière polititique, lont un vœu, celui de faire fortune, et qui, suivant que les circonstances paraissent l'exiger, penchent tantôt à droite, tantôt à gauche.
Eporédorix, lui, était issu d'une des plus grandes familles du pays éduen. Sa naissance le portait donc naturellement vers les Romains. Nous avons vu quels services il rendit à la cause du proconsul, en le prévenante temps des desseins de Litavic. Il comprenait que si la noblesse se mettait en lutte avec le sentiment populaire, son rôle était à jamais fini. Il fallait en quelque sorte l'abuser; il fallait avoir l'air de pactiser avec la multitude pour affranchir la patrie du joug étranger, quitte, une fois la victoire obtenue, à mettre cette même patrie sous un autre joug aussi pesant, c'est-à-dire sous leur propre joug. »
On voit donc qu'^à toutes les époques le jeu des classes privilégiées a été le même. Toujours elles ont cherché à exploiter à leur profit ce que faisait le peuple.
César nous dit que les deux colliers d'or éduens lui affirmèrent qu'ils n'avaient pas d'autre but en prenant congé de lui promptement, que de devancer Litavic pour désabuser leurs compatriotes et les retenir dans l'alliance romaine. Le proconsul prétend qu'il savait que Viridomane et Eporédorix n'étaient point sincères dans leurs déclarations, mais que pourtant il n'osa pas les retenir auprès de lui.
Il est probable que les deux brenns, en arrivant au camp de leur ancien général, n'avaient pas«ncore un parti. bien arrêté. César ne put leur cacher l'immensité des pertes qu'il avait faites. C'est ce spectacle qui dut dicter à Eporédorix et à Viridomare la conduite qu'il leur fallait suivre. Ils crurent que les Romains étaient pordus.
Autant nous avons critiqué vivement le discours que le proconsul adresse à ses troupes le lendemain de la bataille de Gergovitty autant nous rendons ici hommage à l'habileté des paroles adressées aux deux Eduens.
Au moment même où ils allaient le quitter. César leur dit :
— Rappelez-vous tout ce que j'ai fait pour les Éduens, dans quel état d'abaissement et de faiblesse ils étaient, lorsque je les ai adonis dans mon alliance. Ils étaient rejetés dans leurs villes, leurs champs étaient envahis, leurs troupes étaient détruites, le pays tout entier était soumis à de honteux tributs, enfin les familles les plus nobles avaient dû livrer en otage quelques-uns de leurs membres. Je vous ai rétablis à un tel degré de prospérité, que non seulement je vous ai élevés dans votre premier état, mais encore vous êtes plus puissants qu'au temps de votre plus brillante fortune ^
Certes, le général romain dit bien à ces deux hommes ce qui pouvait le plus les toucher. Il leur montra « à quel degré de prospérité s'était élevée, grâce à lui, la Confédération éduenne et combien au contraire, elle comptait peu dans la Gaule cà l'époque où il parut à la tête de ses légions. C'était les faire se ressouvenir de la prépondérance que les Arvernes avaient acquise et que la bataille de Gergovia allait encore accroître.
Césai* prétend qu'il comprit fort bien que le départ des deux chefs allait hâter le soulèvement du pays. S'il avait été si assuré de ce fait, il les aurait de gré ou de force retenus auprès de lui. Le proconsul les croyait évidemment peu sincères dans leurs allégations; il se souvenaitdu rôle qu'avaient joué les auxiliaires de leur nation sous les murs de Yoppidum des Arvernes, mais certainement il ne pensaitpoint que ces deux hommes se tourneraient contre lui. 11 avait fait tant d'efforts, pendant leur séjour auprès de lui, pour les exciter contre Vercingétorix! César en cette occasion se trompa. Mais nous savons quel était son orgueil. Dans ses Commentaires y il ne veut pas avouer que ses calculs furent déjoués. Il avait la prétention d'être infaillible. C'est ce sentiment qui lui dicta cette phrase . c Quoiqu'il vit bien que leur départ hâterait la révolte, il ne jugea pas à propos de les retenir, de peur de les offenser, ou de faire croire qu'il avait la moindre inquiétude, tamen retinendo$ eos non cen^