‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 120 sur 190 · Bell. GalL, VII, Liv · texte numérisé non relu

Bell. GalL, VII, Liv

suit ne aut inferre injuriam videretur aut dare timoris aliquam suspicionem, >

Quand Viridomare et Eporédorix quittèrent le camp, le parti qu'ils voulaient prendre était bien arrêté. Ils se rendirent en toute hâte à Noviodunum (Nevers). Le proconsul avait compris toute l'importance stratégique de cet oppidum. C'est sur son territoire que se partagent les eaux de la Seine et de la Loire; car il est probable que la ville gauloise occupait le même emplacement que la cité moderne. Elle était située sur un confluent, c'est-à-dire dans une position que nos pères recherchaient. Lyon (Lugdunum), Nantes (Condaté) et tant d'autres villes peuvent témoigner en faveur de ce que nous venons de dire.

Noviodunum appartenait aux Eduens. César y avait rassemblé tous les otages qu'il avait reçus depuis qu'il était dans les Gaules. C'était là qu'étaient déposés en réserve les subsistances et la caisse de l'armée. C'était là enfm qu'il avait son dépôt de remonte. Il nous dit qu'il avait fait venir de nombreux chevaux d'Italie et d'Espagne.

Eporédorix et Viridomare se rendirent bientôt compte de l'agitation qui régnait dans tous les esprits. Ils apprirent aussi que Litavic, naguère banni deBibracte, y était rentré. Levergobreith Convictolitan, de même qu'une grande partie du sénat l'avaient fort bien reçu et avaient envoyé ouvertement des députés au camp de Vercingétorix pour faire avec lui un traité d'alliance et d'amitié.

Les deux colliers d'or comprirent que le moment d'agir était venu. Ils se mirent donc à la tête des habitants de Noviodunum, Les légionnaires laissés à la garde des magasins furent massacrés ainsi que tous les Romains, négociants ou voyageurs, qui se trouvaient dans la ville. L'argent et les chevaux furent partagés entre les révoltés. Les otages furent conduits à Bibracte et remis entre les mains du vergobreith.

Les instigateurs de ce soulèvement ne crurent pas qu'ils pouvaient conserver la ville. Après avoir emporté tout le blé qu'ils purent charger sur ces grands chariots gaulois nommés bennes (bennœ) qu'on retrouve encore dans certaines

346 HISTOIRE NÀTIOISÀLË D£S GAULOIS.

parties de la France, désignés par un nom presque semblable, puisqu'on les appelle des benrots, ils brûlèrent le reste ou le jetèrent dans la Loire. Naviodunum fut ensuite incendiée.

La Loire était en ce moment grossie par la fonte des neiges. Quoiqu'elle parût être une barrière infranchissable, sa rive fut garnie de postes nombreux.

César qui savait ^e quels événements le nord de la Gaule avait été le théâtre. César ne perdit point courage. A Ten croire, il ne songea pas un seul instant à regagner la Province. Cette retraite eût été une chose honteuse. Le proconsul la qualifie dHnfamia et dHndignitas. Il ne nous laisse pas ignorer d'ailleurs que plusieurs circonstances le forçaient à ne pas reculer. Les chemins étaient détestables et les Cévennes présentaient un obstacle insurmontable au milieu de populations soulevées qui eussentsans cesse harcelé son armée. Il ne faut donc pas s'extasier plus que de raison sur l'héroïsme que César déploya en cette circonstance. Il ne pouvait pas agir autrement ; c'est là tout le secret de sa conduite. Nous verrons que le proconsul, qui déclare ici hautement que, même dans le cas le plus urgent, il n'eût pas voulu fuir, n'hésitera pas à le faire plus tard, quand il se sentira pressé par l'armée de Vercingétorix.

S'il eût trouvé un moyen de déjouer la vigilance des Gaulois et de franchir les Cévennes, quel accueil eût-il reçu à son retour à Rome? Caton, qui le haïssait, lui aurait demandé ce qu'il avait fait pour sauver Labiénus et ses quatre légions? En effet, lui parti, cette division de son armée aurait été facilement anéantie.

Le proconsul se hâta le plus possible afin de combattre les ennemis avant qu'ils eussent rassemblé de plus grandes forces. Il arriva donc à la Loire au moment où l'on s'y attendait le moins et la traversa sous les yeux des Gaulois étonnés de sa témérité. Il est très difficile de déterminer le lieu où les légions trouvèrent ce gué qui les sauva peut-être. Les uns le placent à Bourbon-Lancy parce que de tout temps, il a existé un gué dans cet endroit. Cet argument ne nous paraît pas très sérieux, chacun sait que les gués se dépla-

cemt souvent, surtout dans des laps de temps considérables.

Quel que soit notre amour de la vérité pour tous les détails archéologiques, nous estimons qu'il n'y a pas lieu de s'arrêter longuement à toutes ces restitutions d'itinéraires quand elles ne présentent pas un grand intérêt pour l'intelligence des événements. Peu importe que l'armée de César ait passé le fleuve à Bourbon-Lancy ou partout ailleurs ! Elle l'a franchi, voilà le point essentiel et malheureux pour nos ancêtres.

La cavalerie romaine s'engagea bravement dans la Loire et s'y posta de manière à rompre le courant. Les légions défilèrent sans perdre un seul homme. Les soldats tenaient leurs bras levés pour porter leurs armes et leurs bagages.

Eporédorix et Viridomare étaient si intimement persuadés que César ne pourrait point traverser la Loire, qu'ils n'avaient pas détruit les récoltes qui couvraient alors les campagnes ni fait retirer les troupeaux. Aussi les ennemis trouvèrent-ils de tout en abondance, et purent, en partie du moins, réparer le préjudice que leur avait causé la destruction de Noviodunum,

Le général romain ne resta que le temps nécessaire pour approvisionner largement son armée. 11 avait hâte de gagner Agendicum, craignant sans doute que l'esprit de révolte s'emparât aussi des Sénons et les poussât à massacrer les recrues qu'il avait amenées avec lui d'Italie au commencement de la campagne et qu'il avait cantonnées dans ce camp retranché, avec des bagages nombreux et un dépôt de matériel. On peut présumer que les machines employées par lui au siège de Gergovia avaient dû être perdues en partie. César vaincu prit la fuite, nous dit Orose. Nous ne pouvons pas croire qu'il ait dans sa retraite emmené son parc de siège. Comment d'ailleurs eût-il pu, sans pont, le transporter d'une rive de la Loire sur l'autre? Nous savons en effet que le gué était difficile.

Nous voici arrivés à la partie la plus ardue de notre tâche. Jusqu'à présent nous avons pu, dans une certaine mesure tout au moins, nous fier au récit de César pour -déterminer l'emplacement exact des villes dont il a été question. Nous

n*allons plus maiotenant pouvoir nous appuyer sur le texte du proconsul, car plus nous approcherons d* A tma, plus les Commentaires deviendront obscurs.

Après avoir passé la Loire, nous voyons que le proconsul se dirige vers le pays des Sénons, iter in Senones facere instituit. Nulle part dans la suite de son récit nous ne voyons qu'il Tait atteint. Labiénus, lui au contraire, le traversa. Notre texte nous apprend positivement qu'il pensait rallier son général à Agendicum. Il ne Ty trouva point, contre son attente. Il prit tout le matériel, versa toutes ses recrues dans les légions et se dirigea vers Tendroit où César campait avec le reste de l'armée, c inde cum omnibus copiis ad Cœsarem pervenit *».

Il est fort étonnant que César n'ait pas songé à nous faire reconnaître exactement ce lieu où toutes les forces romaines se trouvèrent concentrées au début de la dernière phase de sa quatrième campagne.

Nous nous efforcerons de suppléer à son silence; mais nous laisserons un instant l'armée de César pour étudier la situation faite à Vercingétorix par la révolte des Ëduens.

Il nous faut maintenant passer en revue des faits dont la connaissance est d'une grande importance, car ils serviront à expliquer la catastrophe qui marqua la fin d'une guerre mémorable soutenue par un héros de trente ans contre Tun des plus fameux généraux de l'antiquité.

i. Bell. GalL, VÏIl, LXii, in fine.

Page 1