JE VEUX
Je veux un tranchant aux épées, Je veux des âmes bien trempées Et de l'honneur seul occupées.
Je veux des moissons en été;
Je veux dans le cœur la fierté
Et Tamour de la liberté. '
Je veux que chacun ait son rôle Servant moins le Brenn que la Gaulé.
Le chêne est plus grand que le saule.
Je veux que la flèche de fer - Frappe la foudre qui fend Tair.
Un Dieu ne guide point l'éclair.
Je veux que l'homme ne redoute Que de voir tomber de la voûte L'astre dont Bel ^ trace la route.
Les poèmes gnomiques couronnés au concours dans les grandes assemblées poétiques de chaque peuplade gauloise, devaient sans doute passer dans renseignement des druides. « Chaque barde, nous dit M. de la Villemarqué, avait son trésor de sagesse qu'il se faisait un devoir véritable de partager avec ses contemporains. »
Nous connaissons les pensées des Gaulois sur la mort. Toute âme en s'envolant au ciel avait le droit d'y être accompagnée par les adieux des amis, des parents, qu'elle laissait derrière elle. Jamais une tombe ne se refermait sans qu'un chant de mort, un maronad, n'eût été déclamé. Liwarc'h-Henn et Taliesin nous ont laissé des maronad célèbres; nous avons cherché à rassembler dans une seule et même pièce, les passages les plus caractéristiques de leurs ouvrages; en voici un spécimen :
1 Bel ou Belen était, dans la mythologie gauloise, le soleil déifié»
MARONAD.
Le noir corbeau qui tournoie Sur Kledno, sanglante proie
Aux yeux morts, A fondu plein d'allégresse Labourant avec ivresse
Son beau corps.
Le Tiern que vingt ans de guerre Rendit si puissant naguère
Mon ami, Mon maître au maintien superbe Est dans un dolmen, sous Thcrbc
Endormi.
C'est accablé par le nombre Qu'il est mort farouche et sombre
En luttant.
Pleure, Argoed, qui fut sa terre, Kledno, ta hanche, ton père
T'aimait tant.
Qui dans la fauve mêlée Te valait, àme envolée
Vers les cieux.
Qui poussait plus intrépide Son cheval au flanc humide
Et poudreux?
Kledno, ta tombe m'attire.
Adieu la joie et le rire
Pour jamais !
A ta gloire, ombre bénie Je consacre mon génie
Désormais !
Pour marcher au combat, pour s'exciter à bien faire, les Gaulois redisaient souvent des poèmes composés par leurs bardes les plus savants. Dans ces morceaux de littérature d'an caractère sauvage, on avait toujours soin d'accumuler les rimes. Dans le même vers soiîvent plusieurs mois avaient la même terminaison. Nos pères s'imaginaient produire de la sorte un plus grand efifet. On peut appeler Incantations ces poésies auxquelles les rimes qui se trouvent espacées
dans l'intérieur des vers sans règle fixe donnent un caractère très étrange.