INCANTATION
En avant i au vent les épées Depuis longtemps inoccupëes, Et que le désordre soit mis Dans les rangs de nos ennemis!
Que nos durs épieux d^aulne jaune En chargeant s'enfoncent d'une aune Dans la poitrine des guerriers Sous les lourds boucliers plies,
Awen, sœur de Thomme intrépide Guide à la bataille livide Les sangliers contre les loups, Chante muse et conduis nous tous.
Poète à récharpe mouvante
Afin de semer Vépouvante
Vante nos. àieux glorietuCy
Et dis que nous valons mieux qu'eux !
Qu'avec fureur chacun s'élance !
Cornes mornes, plus de silence,
Et sonnez vos airs à travers
Les clameurs et les bruits divers.
Parfois la voix sainte du barde
Bien mieux que Y airain fin nous garde !
Voici une deuxième pièce du genre Incantation :
Debout, les guerriers du clan.
Sanglant ^ le soleil se lève Avant que le jour s'achève, L'ennemi fuira tremblant!
Debout ! La vive alotiette Montant d'un vol inégal ^ous jette son gai signal Que l'écho du camp répète.
1. Nous avons exprimé en italiques tous les exemples d'allitérations ou rimes intercalaires que nous avons pu faire entrer d^ns cette pièce. Nous avons également imprimé en italiques toutes les syllabes formant rimes, pour rendre plus sensible à la vue le mécanisme de ces vers.
Essuyez les boucliers Mouillés encor de rosée Par la nuit froide posée.
Partons, drapeaux dépliés!
Nos rangs déroulés en ordre Egaux dans la marche et beaux Ressembleront aux anneaux D'un reptile prompt à mordre.
Nous jurons devant les dieux Maîtres des cieux^ sur nos lames i , De ne plus revoir nos femmes Si ce n'est victorieux!
Un autre genre, le bardit, était la forme la plus noble de toutes celles que les Gaulois employaient.
Le bardit était sacré; il était écrit sur un rythme ternaire. Dans notre poésie moderne, on ne peut le comparer qu'à l'ode. Comme elle, il a toujours pour sujet quelque héros fameux, quelque grand principe moral ou religieux. Souvei^t dans un bardit on a dû chanter Eusus, les chênes aux vénérables rameaux, le gui symbole sacro-saint.
Voici un bardit en l'honneur des menhirs, son premier vers est littéralement traduit du gaulois, beaucoup d'autres sont des imitations.