‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 134 sur 190 · Bell. GalL, VU, lxix · texte numérisé non relu

Bell. GalL, VU, lxix

lieu de pèlerinage en la mettant sous la protection d'une sainte. Les citernes et les puits qu'on découvre en fouillant le sol ont.une origine romaine évidente. Ce sont les restes d'une ville opulente qui prit la place d'un oppidum celtique. Qu'on le remarque bien, nous ne nions pas qu'une agglomération de maisons ait couronné le mont Auxois au temps de l'indépendance de nos pères. Ce que nous ne pouvons admettre encore une fois, c'est qu'Alise- Sainte-Reine soit Alesia.

Comment cette fontaine eût-elle suffi aux habitants et à l'armée réfugiée sous les murs et dans l'enceinte d' Alesia? Si nous nous en rapportons aux chiffres donnés par les auteurs anciens, il y avait 470000 bouches à nourrir. Les partisans de l'Alesia bourguignonne qu'on pourrait appeler les savants arthodoxes, ne veulent généralement pas qu'on touche aux renseignements fournis par l'antiquité. Aux hommes, il convient d'ajouter les bestiaux qu'on, ne peut pas estimer à moins de trente mille. Quel immense espace il fallait pour emmagasiner toutes les provisions, tous les fourrages! Or le plateau d'Alise-Sainte-Reine mesure en tout 97 hectares de superficie, sur lesquels il faut en prélever 5 pour l'emplacement des fortifications telles que les Gaulois les construisaient*.

Quelques archéologues ont pensé que la légende de sainte Reine pouvait être légitimement invoquée. Nous la résumerons ici. Une jeune chrétienne du nom de Régina fut à cause de sa grande beauté remarquée par le préfet païen Olibrius dont elle repoussa les avances avec indignation. Pour se venger, ce dernier la fit jeter en prison. Elle y resta six longues années, et n'en sortit que pour être décapitée. On a cru retrouver dans cette histoire, assurément fort touchante, quelques traits qui font songer au lugubre dénouement de la lutte entre César et Vercingétorix* On a dit que cette jeune Régina, fille de l'Alise bourguignonne, était, en quelque sorte, une symbolisation de la Gaule. La patrie gauloise était une reine (régina). Ce nom qui est

1 . J. Quicberat, La question SAlésia dans la Revue des deiAx mondes.

aussi un titre a paru rappeler le righ du nom de notre grand héros Arverne. Le nombre d'années que la jeune martyre a passé dans une prison a fait songer à la longue détention du vaincu d'Alésia. On sait qu'elle fut d'une égale durée. Régina subit enfin le même supplice que le Pen- Tiern.

On a même été jusqu'à prétendre que la date à laquelle tous les ans arrive la fête de sainte Reine doit coïncider à peu près avec celle de la chute d'Alésia*.

Certes les légendes ont parfois un grand fonds de vérité, défiguré, voilé plutôt par l'imagination populaire. Mais nous avouons ne pas trouver dans l'histoire qui précède un argument nouveau en faveur d'Alise. D'abord le martyre de la sainte n'eut pas lieu à Rome ainsi que le veulent quelques auteurs. C'est à Alise même qu'elle ieut la tête tranchéte, après une longue captivité dans une des tours du château de Grignon et à Flavigny. Sainte Reine, au surplus, nous rappelle moins la Gaule vaincue et personnifiée qu'une déesse grecque. Écoutons M. Delacroix : « Sainte Reine, dont l'image se tenait jadis à l'entrée de la Chénée, du côté de Savra, défend l'approche du lieu en lançant des feux et des chiens non moins redoutables. Elle inspire aux profanes la Terreur-Sainte-Reine, un mal qui mène dans les précipices du Lison. Mais on peut se guérir par une prjère à sainte Anne de Savra. » Orphée nous dit qu'au fond d'un bois sacré de la Colchide se trouvait un grand sanctuaire entouré de la vénération la plus grande. « Sur le seuil de la • porte était placée la statue d'une reine qui distribue des rayons de feu. Les Colches l'adorent sous le nom de Diane la portière, déesse redoutable par sa présence et par les accents de sa voix pour tous les hommes qui s'approchaient de ses demeures sans avoir fait des expiations. La malheu* reuse Médée, seule dépositaire de ces mystérieuses cérémonies, les avait toujours accomplies en secret, comme prêtresse de la divinité. La déesse qui habite ces lieux en éloi-

Page 1