Alésia, brochure imprimée à Toulouse sans nom d*auteur
Alésia, nous sommes surpris qu*on n'ait pas voulu la voir dans tons les lieux qui ont porté ce nom. lis sont très nomtreux*. Rendons grâce au ciel, car la question, telle qu'elle se pose entre Alise-Sainte^Reine, Alaise, AUse-Izernore, est déjà bien assez complexe.
Nous prétendons qu'nl faut impitoyablement écarter Alise- Sainte-Reine et Alaise. Nous allons en donner les motifs.
Il semble que depuis l'inauguration officielle d'une statue admirable de Vercingétorix dans la première de ces deux localités, la plupart des archéologues aient pensé qu'il y avait chose jugée, comme on dit en langage de droit. Ils n'ont pas continué la lutte, et le public a pris leur silence pour un acquiescement.
Napoléon III n'a pas obéi à une conviction personnelle en faisant ériger à Alise-Sainte-Reine un splendide monument. Il a été influencé certainement par les Remarques de Vempereur Napoléon /" 'sur les Commentaires de César. Le fondateur de la dynastie à laquelle la France est redevable de trois invasions semble être partisan de l'Alise bourguignonne et son neveu n'a pas voulu séparer son opinion de la sienne. Nous avons écvii semble et nous pensons être strictement dans la vérité. Le vainqueur d'Austerlitz ne pouvait pas se déclarer pour une autre ville que celle dont la tradition lui parlait. Mais, le texte des Commentaires en main, comme Napoléon fait bien ressortir, une partie des impossibilités que Ton rencontre lorsqu'on veut appliquer à la configuration du sol les renseignements que nous donne le vaincu de Gergovia *.
Les impossibilités ! C'est par leur étude que nous nous efforcerons de trancher la difficulté qui se dresse devant nous.
D'abord quel est le véritable nom d'Alise-Sainte-Reine?
Ce nom a-t-il autrefois différé de ce que nous le voyons
1 . Dans son Alaix Alix Victor ReviUout' cite un grand nombre de viUages portant le nom d'Alise, d'Alaise, et d'Aiièze.
2. Voyez les Remarques de Napoléon /" dans Tédition des Commentaires de César, traduction d'Artaud.
être aujourd'hui? Non. Une antique inscription trouvée sur le mont Auxois prouve jusqu'à la dernière évidence que cette ville s'appelait autrefois Alisia.
Nous n'ignorons pas qu'un moine du nom de Harric qui vivait au ix** siècle a écrit : Alesia dans un de ses vers :
Tu quoque CâDsaris fatalis Alesia campis.
Mais ce vers prouve-t-il que le mot Alesia soit plus ancien que celui qu'on lit sur la fameuse inscription que nous avons mentionnée? Croirons-nous de préférence un moine qui voulait que la ville où était son couvent eût un passé glorieux, plutôt que Plutarque et Dion Cassius quand ces auteurs illustres nous affirment que César porta la guerre en Séquanie après avoir quitté le territoire des Lingons? Ne savons-nous pas que les moines étaient peu scrupuleux? N'en voyons-nous pas un de Saint-Pift're-le-Vif,à Sens, inventer, à la même époque, des titres pour que son abbaye puisse accroître le montant de ses dîmes? Tels sont la fausse charte de Clovis qu'il date de 500 et le faux testament de Théodochilde qu'il date de 5^0.
Nous savons qu'on peut nous répondre qu'il est impossible de ne pas admettre la mutation de l'E en I. C'est grâce à cette mutation que de Lexovie, de Begorra, de Letnovices sont venus nos mois : Lisieux, JBigorre et Limoges». Nous ne nions pas cela; ce que nous disons, c'est que le plus ancien document écrit nous fournit la leçon Alisiia. Il faut croire que l'inscription est bien vieille puisqu'elle contient peutêtre des mots gaulois. Il y a au commencement de la seconde ligne un certain ievru, qu'on prétend être un verbe. Pour être juste il convient d'ajouter que d'autres savants y voient un adverbe. Le comte Léopold Hugo traduit le fameux ievru par ici. Il voit dans la pierre gravée d'Alise une inscription tombale lécrite dans une sorte de dialecte germanique. Nous donnons (fig. 145) la représentation de cette pierre, et à titre de curiosité l'interprétation du comte Hugo.
•1. A. de Longpérier, Rapport fait à V Académie des inscriptions et àelles-lettres dans la séance annuelle du 7 août 1857.
UISTOIRI^ NATIONALE DES GACIOIS.
HAHTIAUS D ANNTOLIA Martïalii ans Anutolien Hnrtialii de AnatoHa (EVRU VCVETE SOSN CKLICNON hier liegt sein leichnani
Hic depoiilum ejus corpus ETIC GOBEDBI Etkho (uDd) Gundebald Eticho et Gombeldi D VCIIONTIIO VIVETIN
de tiaonlio posueruilt IH AL[St[A
in Alisia
Sens français : Martial d'Ânatolie. — Ici repose son corps. Eticho (peut-être Eulychès) et Gondebaut de Besançon ont placé (ce monumeni?} — à AUsia'.
Il ne faut donc plus qu'on nous parle de l'inscription qui précède et qui a été conservée maintenant dans le musée d'Alise-Sainte-Reine.
Nous dirons en passant que les défenseurs de la cause d'Alaise en Franche- Go m té, ont trouvé un fragment de poterie antique dont ils se montrent bien fiers; il porte en elTet
l.CointeLéopoIdIluf!0,/nlerpré(afto)i''e l'intcription d'Alise, p.7 el8.
le mot Al&sia. Nous dirons bientôt pourquoi cette preuve ne nous suffit pas, et nous ne nous attarderons pas plus longtemps à la question des noms, préférant l'examen des lieux. César, qui semble dans toute cette seconde partie du VII® livre des Commentaires n'avoir pour but que de faire des réticences et de déguiser la vérité, n'a aucune raison pour ne pas être sincère dans la description qu'il nous donne à'Alesia. Nous croyons à sa sin€érité toutes les fois que nous ne lui reconnaissons pas un intérêt à mentir.
Alésia, — nous dit le proconsul, — est située au sommet d'une montagne dans une position très élevée. Il est clair qu'à première vue la disposition des lieux, au mont Âuxois, se rapporte à cetle description. Il pnursuit en ces termes : « De deux côtés, deux rivières coulaient au pied de la montagne. En avant de la place s'étendait une plaine d'environ trois milles de longueur ; sur tous les autres points, la ville était entourée par des collines peu distantes entre elles et d'une égale hauteur ^ » La plaine dont parle César serait évidemment la plaine des Laumes. Elle ne s'accorde pas du tout avec ce que nous en disent les Commentaires, puisqu'elle n'a pas moins de 5000 pas romains entre Pouillenay etGrignon. a II est vrai qu'en suivant une ligne qui ne soit ni la longueur ni la largeur, mais quelque chose d'interr médiaire et de, très oblique, il est possible de trouver trois mille pas, comme quatre mille ou comme deux mille cinq cents. >i II y a aussi des auteurs qui soutiennent que devant Alesia, il y a trois plaines au lieu d'une.
Au bas du plateau d'Alise-Sainte-Reine coulent deux rivières qui d'ailleurs sont trop éloignées pour se trouver dans la position indiquée par César. Il dit positivement qu'elles baignaient le pied même de la colline. C'est l'Oze et l'Ozerain, qui tous deux se jettent dans un troisième cours d'eau qui est beaucoup plus important. Il est au moins étrange que les Commentaires n'en parlent pas. César, par ses travaux, priva les assiégés de ces deux rivières. La montagne présente-t-elle des sources? Une seule, dont on a fait un