E. Desor, Les palafittes
étaient, dit-on, enfermées dans un pieu long d'un pied. On plaçait un grand nombre de ces morceaux de bois ainsi armés devant les ouvrages dont on voulait défendre rapproche. L'ensemble du pieu et de sa tige de fer portait le nom de stû mulus. Il n'y aurait donc pas besoin de remonter jusqu'à César pour trouver l'explication des fameuses tiges d'Alise- Sainte-Reine.
Au surplus ont-elles bien eu réellement la destination qu'on leur attribue? Il est permis d'en douter. Une tige de fer enfoncée à coups de marteau ou mieux de maillet, au milieu d'un morceau de bois, ne le fait-elle pas éclater presque forcément? Un officier distingué de notre armée a nié que les hami aient eu la forme des objets dont nous venons de parler. Il veut qu'ils aient été de simples morceaux de fer qu'on fixait sur un pieu avec une bride. De cette façon il n'y avait point à redouter l'inconvénient que nous signalions plus haut ; un autre avantage se présentait encore. Pour faire les hami (ou hameçons des stimuli), tels que les décrit Napoléon III, il faudrait assez de temps et de travail. Tout se simplifie dans l'autre hypothèse.
On a voulu aussi tirer des conclusions de la découverte d'objets en argent plaqué recueillis sur le mont Auxois. Tout le monde sait qu'AÎésia, la ville fondée par l'Hercule Tyrien, avait, comme industrie principale, la spécialité du placage. Si l'on avait trouvé un de ces chars ou de ces jougs qui avaient fait la réputation de Voppidum^ il est clair que l'argument de nos adversaires aurait de la valeur. Les pièces qu'ils nous opposent sont trop peu importantes et en trop petit nombre pour que nous devions y attacher un intérêt quelconque. A Bibracte, renommée pour la fabrication de ses émaux, c'est par centaines qu'on a trouvé des bronzes niellés ou préparés pour recevoir les matières vitrifiables en fusion. On a mis au jour des ateliers de fondeurs avec leurs creusets et tous les autres outils nécessaires à la fabrication.
Ce sont des découvertes analogues faites à Alise-Sainte- Reine qui auraient pu nous convaincre de l'importance de cette place.
Tout ce qu'on peut dire, c'est que dans le vieil oppidum
gaulois qui a certainement existé au sommet du mont Auxois, dans l'opulente cilé gallo-romaine qui lui a succédé, les personnages de marque se servaient d'objets en plaqué. C'est ce qui explique aussi fort bien dans ce terrain la présence du vase en argent repoussé qui est aujourd'hui au musée de Saint-Germain en Laje et que montre notre figure 146.
Passons maintenant à l'Alésia franc-comtoise.
Nous avons montré, pour A H se- Sainte -Reine, que la colline qui la porte ne répond pas à l'idée qu'on doit s'en faire d'après le texte de César. Le mont Auiois n'est pas très élevé et il faudrait qu'il le fût, admodum edito loco.
A Alaise nous nous trouvons eu face d'une impossibilité d'un autre genre. La montagne est trop haute et elle est environnée d'autres sommets dont il est bon de consigner les c6tes. DouJaize a 460 mètres, Bonchaux 567, Geraize 687. A l'Orient le plateau d'Amancej a 20 kilomètres de l'est à l'ouest et i3 du nord au sud. Le Lison est plus au pied de la colline d'Alaise que ne l'est l'Oze k Alise, mais il nous faut un autre cours d'eau. Nous ne trouvons qu'un petit ruisseau à sec une partie de l'été. C'est à peine si l'on peut en parler. On avait cru d'abord reconnaître autour de l'Alésia franc-
comtoise des fossés creusés assez régulièrement. Ceux qu'on désigne sous le nom des fossés des Mouniots sont les plus célèbres. Il n'est pas malaisé d'y reconnaître de simples interstices entre des soulèvements de rochers, et « si le moindre doute pouvait rester à cet égard, il serait entièrement levé par l'étrange configuration de ces prétendus fossés. Us n'ont jamais eu la forme que M. Delacroix leur prête, forme qui serait déjà assez singulière, et qu'il serait, je crois, fort difficile à un stratégiste d'expliquer. Ce n'est point un V dont le sommet est en haut et qui embrasse entre ses côtés le versant sud des Mouniots; ce seraient tout simplement deux fossés établis sans régularité, l'un en arrière de l'autre, et très rapprochés par leurs deux bouts * . >
Les combes profondes qui existent tout autour d'Alaise, n'eussent pas permis un investissement. L'armée de César eût été coupée en plusieurs fractions qui n'eussent pas pu se secourir les unes les autres. L'attaque des Gaulois eût été extrêmement facile, car en se portant successivement sur les divers points occupés par leurs ennemis ils les eussent détruits en détaiL Le proconsul nous dit positivement qu'une plaine s'étendait devant la ville. Nous avons montré qu'à Âlise-Sainte-Reine, il en existe trois... C'est une abondance de biens qui nuit beaucoup et, par suite, qui fait mentir le proverbe. A Alaise, c'est le contraire. Il n'en existe, pas. Certains archéologues de Besançon ont voulu que le combat de cavalerie dont il est question dans les Commentaires ait été liyré à l'endroit qu'on nomme Charfoigne, or cette localité est un coteau couvert de nombreux accidents de terrain qui auraient rendu toute manœuvre de cavalerie impossible. Il convient de reconnaître qu'à Charfoigne comme sur le plateau d'Amancey, on a découvert un grand nombre de sépultures. Beaucoup ont été fouillées et ont livré aux chercheurs une quantité vraiment surprenante d'objets gaulois. Nous avons déjà fait allusion à un certain fragment de vase gallo-romain en terre rougeâtre sur lequel on lit très distinctement ALE SI