III
peut être rattaché à la divinité germaine appelée Man (le Mannm de Tacite). Ce Man est un vocable venu d'Asie qui se retrouve dans un grand nombre de mots en usage des deux côtés du Rhin. Après avoir exprimé l'idée du premier homme, il a pu, il a dû exprimer tous les hommes, dans ceiiains dialectes. Nous le retrouvons dans le mot germain, de ghier et mariy homme de guerre. Nous le voyons, dans les Gaules, dans Cenomani, qu'on peut traduire par hommes anciens, à moins qu'on ne préfère voir dans ce Céno^ le xotvo; des Grecs; nous aurions alors: homme vivant en commun. Il existe également dans Vero-man-dui. Nous le rencontrons dans Mandeure, sur le Doubs, et enfin dans Mandubie.
Nous avons parlé d*une autre solution. La voici. Alésia est de fondation phénicienne. Il se pourrait que la syllabe Man fût précisément une preuve de cette origine.
Il convient que nous donnions à présent une courte des-* cription de notre Alésia^ puisque nous avons parlé des sites qu'occupent ses rivales.
«Alisia (Izernore) occupait à peu près le centre d'une plaine elliptique dont la longueur, du sud au nord, est d'environ quatre kilomètres et demi ; et la largeur moyenne, de l'est à l'ouest, d'environ deux kilomètres. Cette plaine est englobée dans une ceinture de collines d'égale hauteur ^, qui la ferme de tous côtés, ne laissant au sud qu'un seul passage, par le défilé de Saint-Germain-de-Béard, et deux au nord, l'un par l'étroite vallée de Matafelon, l'autre par celle de Samognat. Elle est bordée à l'ouest parla rivière d'Olgnin qui serpente au pied du coteau, et qui, après être entrée par le défilé de Saint-Germain-de-Béard, va sortir par celui de Matafelon, l'autre par celle de Samognat. A l'est coule l'Enconnant, affluent de l'Oignin, qui prend sa source dans cette plaine même et qui vient se perdre à son confluent, au nord, sans l'avoir quittée. L'Enconnant reçoit à son tour le Fossard, ruisseau qui sort d'une gorge de la
1. Nous reviendrons plus tard sur celte assertion qui abissoin d*ét.d expliquée.
colline orientale, qui ne manqué jamais d'eau, et dont le nom aussi bien que Taspect éveillent immédiatement l'attention du touriste égaré sur ses bords. Le long du Fossard qui coule de Torient à l'occident, la montagne se rejette brusquement à l'est pour remonter vers le nord à huit centimètres de là, suivre cette seconde direction pendant un kilo* mètre, revenir ensuite vers l'ouest sur une longrueur de douze cents mètres, reprendre enfin sa propre continuation après avoir fait ainsi le fer à cheval, et enfermer de la sorte dans cette espèce de baie un monticule d'un prodigieux escarpement, couronné par un plateau d'un peu moins d'un kilomètre carré. Ce plateau qui est celui d'Izernore fut celui d'Alesia ^ »
Comme à Âlise-Sainte-Reine, comme à Alaise, à Izernore, une ville romaine remplaça un vieil oppidum. On peut encore y admirer aujourd'hui les restes d'un temple romain qui était peut-être consacré à Mars, ou à, la Victoire, ce qui reporterait sa construction à l'époque qui suivit immédiatement la défaite des Gaulois. Si les fils de Romulus crurent de leur intérêt d'avoir une ville sur le mont Auxois, une autre sur le plateau d'Alaise-les-Salins, combien il leur importait davantage d'en fonder une à Alise-Izernore. Cette place occupait en effet une position stratégique de premier ordre, comme nous le montrerons dans la suite de notre récit.
Il y a encore un fait qui milite bien fortement en faveur de notre théorie. César, qui n'aurait jamais pu gagner la Province en allant du côté d'Alise-Sainte-Reine qu'en se dirigeant vers Alaise, serait entré, comme de gaieté de cœur, dans une sorte d'impasse ^ César, disons-nous, prenait sa vraie route en se portant du côté d'Izernore. H voulait parn^ courir le chemin qu'il avait suivi pour entrer dans les Gaules. Quelques mots d'explication sont nécessaires.
César, ayant appris que les guerriers d'Orgétorix s'étaient rassemblés sur la rive droite du Rhône, non loin de Genève, dont le nom celtique, Genava^, signifie bouche et se re-