Suétone, Vie de César y
lié les mains derrière le dos ootnme à des nialfaiteors. Ver* dogétorii et quelques autres étaient portés sur des brancards pour que la foule pût mieux se repaître tle leur spectacle. Quelques-uns de ces fiers Gaulois qui pendant huit années avaient tenu en échec la puissance romaine étaient abattus. Ils se courbaient sous la honte et l'humiliation. Les autres, et parmi ceux-là surtovt, Yercingétorix, fixaient sur ta foule des yeux pleins d'un profond mépris, ' et parfois même menaçants.
César parut enfin. Il était précédé de licteurs et de balaéins en costume étrusque qui dansaient la pyrrhique. Parmi eux, il en était un changé spécialement, chose horrible, d'insulter les vaincus et de provoquer les rires de la populace, qui répétait ses grossières plaisanteries en montrant Vercingétorix et ses compagnons de gloire et de martyre.
Quelle joie d'outrager ces héros ! quelle ivresse d'abreuver lêsplus nobles fils de cette race qui une fois s'était emparée de Rome et qui souvent l'avait fait trembler! On n'avait plus maintenant à déclarer le tumuUus Gallicus. L'ennemi héréditaire, selon l'expression des Allemands, était à jamais vaincu!
Yercingétorix est pour nous le €hrist national. Entre le dernier jour du fils de Marie, et le dernier jour de ce jeune brenn de trente ans, n'y a-t*il point de l'analogie. Tous deux n'ont-ils point monté au Calvaire au milieu des insultes de la foule ?
Le Christ à dit Mon père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font, » en parlant des Juifs qui l'outrageaint et qu'il était venu pour sauver. Vercingétorix dont le Dieu suprême était le devoir austère, en s'adressant à lui, quand il vit dans les rangs de l'armée qui suivait le char de son vainqueur, tant de Gaulois a pu s'écrier : « Ils ne savent pas ce qu'ils font ! » Et songeant à la grande patrie Gauloise trahie par eux, il a pu lui demander de pardonner à ces fils dénaturés !
Devant César marchaient les thuriféraires, les clients, tous les magistrats, tous les sénateurs, et l'or coronaire c'est-à-dire les couronnes et les inscriptions en métal pré-
HISTOIRE NATIONAi-E DES GAtlOtS. 4S&
cieux données par l'année et par les alliés du pBwple romain. César était daas un quadrige, c'esl-Ji-dire sur un char de forme ronde doré, réhaussé de pieiTeries «t traîné |)ar quatre magnîSques chevaux blancs attelés de front. Entre lui et les couronnes dont nous venons deparler.des officiers portaient deux cent trente enseignes et drapeaux gaulois. Nous mentionnerons rapidement la brillante cavalcade des tribuns militaires et des officiers de tout grade el l'immense défilé de toute l'armée,
Vercingétorix était certes plus majestueux sous ses chaînes, plus grand sur son brancard, que le divin Jules sur son char de triomphateur : car, il faut le remarquer, semblable aux anciens Péruviens, le divin Jules avait les bras et la figure enluminés de vermillon. Quand au milieu des sons de la trompette, quelques bribes deé chansons satiriques chantées par les soldats arrivaient jusqu'au groupe formé par les breuns, un sourire éclairait parfois leurs sombres visages. Ce fut leur dernière joie peut-être d'entendre ce vers dont nous donnons ici la traduction :
Que ce char triomphal, au-dessus duquel flottaient suspendus des verges et une clochette qui servaient dans les supplices capitaux, convenait bien à l'homme dont nous avons étudié pas à pas la marche à travers les Gaules et qui ne recula jamais devant un crime pouvant lui profiter.
Nous ne suivrons pas le vainqueur d'Alésia au Capitole. Nous laisserons l'athée César, \epontifex maximus en gravir les degrés sur les genoux ; et nous reviendrons i la prison Hamerline dont la sombre façade avait l'air de menacer le forum. Vercingétorix, Vergasillaune et les autres broonsy rentrèrent aux approches de la nuit. Ou les précipita dans le tullianum, où le bourreau et ses aides les attendaient. Us furent décapités. Les membres du Pen-Tiern, sa noble tête furent déchirés par des crocs de fer qui servirent à les faire passer par l'ouverture de la voûte. On exposa ces membres déchirés des deux ctttés des Gémonies. Ces saa-
glants trophées furent salués par ]es cris de la foule qu'éclairaient quarante éléphants chargés de candélabres. Quelle belle civilisation que la civilisation romaine!
Dès que César eut apprit que les chefs gaulois avaient cessé de vivre, il pénétra dans le sanctuaire du maître des dieux et leur adressa une fervente prière.
Quelfe belle civilisation que la civilisation romaine ! ! ! .