‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 175 sur 190 · Monnier, Yercingétorix, fi · texte numérisé non relu

Monnier, Yercingétorix, fi

rium lui venait justement de ce souvenir? et aussi parce que par la suite on y vendit des bœufs. Non loin de ce forum s'élevait Vara maxima^ consacrée précisément à ce demi-dieu. C'était là qu'à l'époque des rois, sous la voûte du ciel, un silex à la main, la tête nue, on jurait les contrats. Du forum boarium à Vara maxima, s'étendait la voie Triomphale, et « comme Hercule vainqueur l'avait parcourue, les triomphateurs la parcouraient aussi en souvenir de cette première victoire*».

César demeurait encore dans sa petite maison de la voie Sacrée. Elle était ornée de lauriers et de dépouilles opimes.

Le cortège se réunit hors des murs, une ancienne coutume ne permettant point au général qui demandait les honneurs du triomphe de pénétrer dans Rome avant son entrée officielle. Il entra dans l'enceinte de la Ville éternelle par la porte Triomphale, gagna le Vélabre, riche quartier où l'on trouvait surtout des marchands d'étoffes de soie, des conQseurs et des parfumeurs, traversa le forum boarium, passa auprès du grand cirque (circus inaximus) et descendit la voie Sacrée {via Sacra), encombrée d'une foule de citoyens vêtus de toges blanches. On avait dû ouvrir un passage au milieu de leurs rangs pressés. Il se refermait sans cesse malgré la présence de soldats et de licteurs armés d'un bâton et chargés de la police.

Le cortège atteignit de la sorte le forum romanum et de là, prenant le clivus Capitolinus, monta au Capitole où se termina sa marche.

D'abord on vit paraître une troupe de musiciens qui sonnaient de joyeuses fanfares avec des trompes aux orbes immenses. Immédiatement après, venait un grand nombre de chariots; ils étaient remplis de butin et de trophées de victoire. Parmi eux on remarquait le Rhin, le Rhône et l'Océan représentés sous la forme de figures allégoriques en or. Les deux fleuves et la mer étaient chargés de chaînes et courbés sous la hache. Dans cette première partie de la pompe triomphale figurait un grand nombre de tableaux retraçant

1. Revue germanique et française, n® du 1" février 1865, p. 221.

des épisodes glorieux de la guerre des Gaules, on y voyait aussi les reliefs des provinces conquises, avec l'indication de leurs , productions les plus utiles. Des tours également en relief représentaient toutes les villes tombées au pouvoir de César, tandis que sur d'immenses châssis étaient inscrits les noms des généraux vaincus. Le peuple poussait des cris d'admiration en voyant défiler des lingots d'or ou d'argent et d'immenses tas de pièces de monnaie. César étalait avec faste et bonheur toutes ses richesses.

Nous savons qu'un des motifs qui le déterminèrent à demander, dans la distribution des provinces, le gouvernement de la Gaule Cisalpine et de la Narbonnaise, c'est qu'il comptait bien trouver tôt ou tard un prétexte pour s'insinuer dans les affaires de la Gaule encore indépendante, la conquérir, et s'approprier ensuite ses immenses richesses. Et qu'on ne nous dise pas que nous sommes trop sévères pour le proconsul. Ses contemporains ne le jugeaient pas autrement. Suétone nous dit positivement que dans les Gaules, « il dépouilla les temples et les sanctuaires des dieux, qu'il ne s'empara quelquefois d'une ville que pour la mettre à sac. » Aussi avait-il de l'or en abondance : il le vendit tant en Italie que dans les provinces, sur le pied de trois cents sesterces la livre *, c'est-à-dire 614 francs.

Ensuite la foule put admirer un troupeau de cent vingt bœufs gras. Ils étaient tous blancs, et avaient les cornes dorées. Leurs tètes, parées de guirlandes, tournaient avec surprise à droite et à gauche ; leurs yeux étonnés regardaient les rangs innombrables des spectateurs. Ils étaient maintenus par de jeunes sacrificateurs aux riches costumes, tandis que des enfants portaient des vases d'or et d'argent qui devaient servir aux libations.

Immédiatement après, venaient les généraux vaincus; la plupart marchaient à pied; leur front comme celui des victimes était ceint d'une couronne . A chaque pas qu'ils faisaient, leurs chaînes d'or et d'argent rendaient un son joyeux qui contrastait . avec leur air triste et grave. On leur avait

Page 1