‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 18 sur 190 · L*0R DE LA VEUVE · texte numérisé non relu

L*0R DE LA VEUVE

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

Parmi les plus fiers colliers d'or Qui commandaient les clans d'Armor On vantait partout Garann-Maur.

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre !

Jamais guerrier dans les combats

N'affronta si bien le trépas

En semant le deuil sous ses pas.

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre,

Nul n'était plus fou de butin ; Nul jamais, d*un air plus hautain Ne s'assit autour d*un festin.

Harpe d*airain sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

Quand il rentrait victorieux

Des chants éveillaient dans les cieux

L'écho longtemps silencieux!

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

Puis c'étaient des fêtes sans fin Des repas brujants où le vin Coulait dans des coupes d'or fin !

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre!

Sitôt qu'il avait dépensé Tout ce qu'il avait amassé Son cri de guerre était lancé !

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre.'

Mais le destin fit qu'une fois Il ne put, pour d'autres exploits, Ranger tout son clan sous ses lois !

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre!

Bien qu'on fût dans les plus longs jours Le mauvais temps durait toujours. L'hiver continuait son cours !

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre!

Faute de pouvoir guerroyer Il dut j rêveur à son foyer , Laisser ses armes se rouiller!

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre !

Il emprunta donc son trésor A la veuve d'un chef d'Armor, Environ trente pièces d'or!

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre'

Pendant un mois, on festina, La table sous les mets plia, Si bien que Je brenn oublia!

Harpe d*airain, sous mes doigfts vibre.

Chante Ja race forte et libre !

Garann vit arriver uif soir

La veuve en long costume noir :

« Mon argent, Brenn, je veux Tavoir !

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre!

« Nidé fais-moi crédit encor » Le soleil va rendre l'essor » A mes guerriers; j'aurai de l'or. «

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre,

Nidé se remit en chemin...

Les premiers feux du lendemain Luirent sur Garann coupe en main.

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre !

Les jours suivaient gaiment les jours, Les buveurs les trouvant trop courts.

La nuit à leurs jeux donnait cours !

Harpe d'airain sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre !

Au bout du temps marqué, soudain, On entendit crier : « J'ai faim !

Je t'en prie, ô mère, du pain ! »

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre!

Le Brenn, effrayant de pâleur.

Se leva le front en sueur.

On aurait dit qu'il avait peur.

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

Un guerrier sortit, et, du seuil Il aperçut la veuve en deuil Serrant son fils, son doux orgueil !

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre !

La loi lui donnait comme droit Sinon comme dcToir étroit.

De séjourner en cet endroit.

Harpe d*airain, sous mes doigts tibre.

Du logis s'échappe un parfum...

Avec son fils, spectre importun.

Elle doit demeurer à jenn...

Harpe d*airain, sous mes doigts vibre Chante la race forte et libre !

Tant qu'il ne voudra pas payer, Garann-Maur entendra crier L'enfant qui ne peut sommeiller ^ !

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

Le Brenn, après s'être remis.

Dit, s'adressant à ses amis :

c Que ces pauvres gens soient admis. »

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

« Approchez et mangez!... > L'enfant Montra d'un geste triomphant Les mets que la loi lui défend!

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre !

Sa mère lui retint le bras :

« Garann, nous ne mendions pas

» Quelques reliefs de ton repas ! m

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

1. La curieuse coutume qui sert de base à ce poème bardique est empruntée aux Études sur le droit celtiqucy présentées récemment à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, par M. Ed. Laboulaye. Sous le titre que nous venons de mentionner, M. d'Arbois de Jubainville a étudié le Senchus-Mor, vieux recueil de lois irlandaises remontant à l'an 800 comme rédaction, mais beaucoup plus ancien en réalité, ainsi que le prouve, par exemple, cet usage pour le créancier de jeûner à la porte de son débiteur, jusqu'à ce qu'il ait reçu satisfaction de ce dernier. Cet usage se retrouve chez les Hindous, .et beaucoup d'auteurs présument que très anciennement il devait être en vigueur chez tous les peuples originaires de la mystérieuse Asie.

« Mon époux fut Brenn, comme toi...

» C'est à son jeune fils, à moi, » Que tu manques ainsi de foi ! »

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

« Mon argent ! » « Sortez ! » « Pitié ! » dit Au Brenn Garann-Maur interdit.

L'enfant en pleurs qui se raidit.

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre!

Les guerriers causant à l'écart Sur le Brenn lançaient un regard Parfois aigu, comme un poignard !

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Cliante la race forte et libre !

Garann, peut-être intimidé Ou par le repentir guidé, Calme s'approcha de Nidé!

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

« Je n'ai rien, tu sais bien cela... »

Nidé pour sortir, se voila.

Alors un guerrier s'approcha.

Harpe d'airain sous mes doigts vibre,

C'était un vieillard noble et fier Plus blanc que la neige, l'hiver.

Son œil brillait comme un éclair!

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre, Chante la race forte et libre !

« Tu n'as rien, dit-il, Garann-Maur » Tu mens Brenn! Et ton collier d'or?

» Oses-tu le porter encor? »

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre !

« Je suis un juge en ce moment.

» Nidé, je te donne en paiement » Ce signe de commandement. »

Harpe d'airain, sous mes doigts vibre Chante la race forte et libre !

Et sans qu*il put se défier.

D'un geste brusque, le guerrier Au Brenn arracha son collier !

Harpe d*airain, sous mes doigts vibre.

Chante la race forte et libre !

Voici maintenaiit une ballade en prose formée de triades, nous l'intitulons :

L*AIKAIN DU GLAIVE

Au dehors le vent siffle dans la montagne comme les serpents du dieu Penn ^, mais Tàtre est rouge dans la maison de Gott ^ le chef puissant des Gentrones ^, ces gardiens des Alpes.

Ce brenn dont nul marchand étranger ne peut franchir le territoire sans payer rançon et dont Topulente demeure est entourée des cases habitées par des soldures et des ambactes ^, aime les chants des bardes.

Au dehors le vent siffle, mais le Yéragre<^ Mogoanat que la déesse Awen^ chérit entre tous ceux de sa nation est assis près du foyer sur une peau d'urus '^.

1. Il est certain que les Celtes reconnaissaient aux serpents un pouvoir magique. Le serpent formant un cercle symbolisait l'univers. Certains de ces reptiles apprivoisés figuraient dan$ les cérémonies religieuses, comme le prouve le fragment suivant d*un vieil hymne cité par M. de la Villemarqué : « Le serpent s'avance en rampant vers le vase du sacrificateur au croissant d*or. Le croissant d'or dans sa main, sa maie sur le couteau et le couteau sur ma tête »

Le dieu Penn était adoré dans toute cette partie de la Suisse qui forme le Valais actuel. Il semble aussi avoir donné son nom aux Alpes Pennines.

2. Nous avons mis en scène ce Cott, Gothus, Cottius des historiens romains, qui résista seul, quand le reste des Gaules était déjà soumis et devint l'ami d'Octave. Il a donné son nom aux Alpes Cottiennes.

3. Les Cen trônes occupaient la partie la plus montagneuse de la Savoie, celle où se trouve le mont Blanc. Ce pays était riche en mines de toute sorte.

4. Les soldures et les ambactes formaient les deux degrés de la clientèle gauloise.

5. La capitale des Véragres était Octodur (Martigny dans le Valais).

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